Le mot politique en chinois

Apprendre la langue chinoise aide à avancer en Chine. Chaque mot a sa propre vie (voir 差不多) et une utilisation spécifique parfois. Nous avons vu ici comment 调整, ajuster, servait à couvrir une certaine réalité.  A un autre niveau, le champ sémantique prend une dimension et demande un bagage culturel. Un exemple avec le mot politique.

Politique en Grèce

En lisant l’ouvrage de Moses I. Finley « L’héritage de la Grèce », me reviennent en mémoire les remarques du sinologue Jean-François Billeter dont je garde un lointain souvenir sur le mot politique et la difficulté de s’entendre sur un même terme entre la Chine et les pays occidentaux.
Le mot politique tire son origine du grec polis et avait une signification bien particulière comme le rappelle Finley, il a en lui le germe de la démocratie : « … les Grecs accomplirent un pas décisif et même deux : ils firent de la polis la source de l’autorité, au sein même de la communauté, et ils stipulèrent que l’intérêt serait discuté par tous, et en public, en finissant par un vote après décompte des participants. La politique, c’est cela… » (p.64). Certains « mots chinois ne couvrent pas le même champ sémantique » qu’en français et bien entendu leur connotation et les notions auxquels ils renvoient se recoupent difficilement. On peut avoir l’impression de parler de la même chose lors d’une conversation alors que…

政治 politique en chinois et en Chine

Le texte de Billeter issu de « Notes sur Tchouang-tseu et la philosophie » :
 « Le terme chinois, tcheng-tcheu (政治 ) est également un néologisme contemporain, mais le cas de figure est différent. D’abord parce que l’équivalence est univoque : “politique” (nom et adjectif) se traduit toujours par ce même mot, et inversement. Ensuite parce que ce mot est entré dans l’usage commun. Il a cependant une résonance bien différente. En son fond, il renferme une noblesse liée à l’idée de polis, ou de cité, qui est l’association de citoyens égaux et libres délibérant publiquement de la façon de prendre en main leur destin. Tcheng-tcheu est composé de tcheng 政 “gouvernement” et de tcheu 治  “régler”, “assurer le bon fonctionnement” de quelque chose. Le binôme signifie, littéralement, “assurer par le gouvernement le bon fonctionnement (de la société)”. Le noyau ancien qui donne sa valeur à notre notion du “politique” est absent. Le terme chinois n’est pas porteur du gène démocratique. Il va de soi que la langue chinoise possède ses propres réseaux d’associations, ses propres résonances. Le li (理) que j’ai mentionné a une longue histoire. Il est riche de sens et se retrouve dans de nombreuses expressions d’aujourd’hui, savantes autant que familières. Tcheu “régler” a d’abord signifié : “réguler les eaux” afin d’éviter les inondations et d’assurer l’irrigation. Le caractère comporte, à gauche, l’élément de l’eau 氵. Ce mot a ensuite été appliqué aux flux d’énergie qui animent le corps humain, d’où le sens de “guérir” une maladie, et à ceux qui circulent dans le corps social, d’où le sens de “gouverner”, “administrer”. Il semble impliquer le respect de certaines lois de la nature (celles de la physique des liquides) mais, comme l’attestent de nombreuses expressions anciennes et modernes, il n’en a pas moins une forte connotation autoritaire. Quant à tcheng  “gouvernement”, il est étymologiquement lié à tcheng 正 “droit”,“remettre droit”,“rectifier”. L’association d’idée n’est pas éloignée de celle que nous avons dans la famille du radical reg-: régalien,roi,régner,régler,régir, diriger, etc. »

Billeter ouvrage sur Zhuangzi

Ces lignes nous rappellent la différence entre les deux mondes politiques, l’un où l’on débat et s’écharpe en public pour la démocratie et un autre, où le gouvernement gère sans débat public véritable même si à l’intérieur des plus hautes instances, il y a débat et plus que des débats. Les origines du mot politique et l’étude du caractère et l’histoire de 政治 sont éloquents et permettent de mieux comprendre ces différences.

PS : Billeter utilise une autre transcription que le pinyin. J’ajoute le pinyin pour les caractères utilisés :
政治 : zhèngzhì
正 : zhèng

Article sur les influences grecques en Occident et les différences avec la Chine.

8 juillet 2020

Qu’est-ce qui se passe en Chine ?

Qu’est-ce qui se passe en Chine ? Parfois, on ne sait pas vraiment, l’accès limité à certains pans de l’information assèche les sources. Les informations sur les inondations actuelles ne débordent pas des sites officiels d’information. Le journaliste Wang Jian, lui pense que le sujet est le gros problème de la Chine actuellement.

Que les trains arrivent à l’heure !

Le contrôle sur l’information réduit la connaissance que l’on peut avoir du pays. Les journalistes chinois ne peuvent pas parler de tout et doivent contribuer à l’harmonie de la société. On préfère les trains qui arrivent à l’heure. Le site Caixin, dans son édition payante, pousse la limite un peu plus loin. Certains de ses articles de la version anglaise servent de réchauffé pour la presse occidentale. Les journalistes étrangers, en raison de réseaux moins étoffés, ont souvent plus de difficultés à avoir l’information. 
Il existe nombre de sites et de chaînes d’information basés à l’étranger en langue chinoise fondées par des personnes originaires de Chine. Ils sont en général fort intéressants car ils reprennent des informations non divulguées en Chine.
Le hic, c’est qu’une partie n’est pas vérifiable en raison du manque d’accès aux sources. Certains sont en campagne contre le gouvernement de Pékin ; leurs passions brouillent un peu l’objectivité. Il faut faire le tri et éviter fausses informations et spéculations hasardeuses qui abondent.
Une plus grande ouverture de l’information aurait évité les spéculations sur l’origine du virus et sa propagation en Chine. Le ciel international serait plus serein.


Le silence parle

Les inondations ne font pas la une des médias officiels ces derniers jours, le sujet est peu abordé. Par exemple le très officiel site People.cn aujourd’hui sur sa page d’accueil s’étend sur une réunion du Bureau politique présidé par Xi Jinping, les actions du gouvernement et de son Premier Ministre. Il faut chercher dans le site pour trouver quelque chose, une photo d’une grand-mère sur le dos d’un valeureux sauveteur. Seulement aujourd’hui dans l’édition papier, les propos du président Xi lors de cette réunion sur les inondations sont rapportés.
Parfois, la non-mention d’une information est une information et indique sa sensibilité. On se rappellera que fin décembre et début janvier, le Covid 19 était pratiquement invisible sur les médias officiels ; les données sur le site de la commission de la santé de Wuhan étaient très légères. Il n’en fallait pas plus pour comprendre qu’il se passait quelque chose d’important, comme, notamment, Wang Jian basé aux Etats-Unis l’affirmait à l’époque. Fascinante la Chine : quand on ne parle pas d’un sujet, le silence en parle en fait !
Les autres sites chinois sont très discrets sur le sujet. Seul Caixin, dans sa version payante, aborde le sujet de l’inondation avec des informations que l’on peut retrouver dans les médias occidentaux qui préfèrent les trains qui n’arrivent pas à l’heure.

Je suis toujours très réservé face à des personnes qui prétendent tout savoir sur la Chine que ce soit des Occidentaux ou des Chinois. Les premiers sont dépendants d’une information souvent partielle et partiale. Les seconds ne peuvent pas avoir accès à toute l’information. J’ai des amis Chinois qui m’ont avoué avoir « découvert » une autre Chine quand ils sont venus habiter à l’étranger !

Emission de Wang Jian

29 juin 2020

Et si on voulait comprendre la Chine

Certains passages du discours de Robert C. O’Brien du 24 juin, conseiller à la Sécurité Nationale à la Maison Blanche, m’ont fait sourire. Faucon parmi les faucons, il est venu remplacer Bolton qui compte les millions de dollars sur son compte après la parution de son livre,  The Room Where it Happened.
Si on avait voulu comprendre la Chine, « on n’en serait pas là? »

Doux optimisme


Ces lignes me rappellent ce doux optimisme occidental qui croit souvent avoir tout compris en Chine et qui veut enseigner à la Chine comment il faut faire. O’Brien reconnaît la naïveté américaine face à la Chine, le plus grand échec dans la politique étrangère américaine depuis 1930 et l’incompréhension sur la véritable nature du gouvernement chinois.

Fast food et démocratie


Les Etats-Unis pensaient que la démocratie américaine allait s’exporter avec l’ouverture économique. Oui, Monsieur, exporter une démocratie à l’américaine en Chine n’est pas la même chose que de développer un réseau de fast food ! Ne rions pas des Américains, les Européens ne sont pas plus clairvoyants. 
Je ne reprends pas le reste du discours qui est une charge dans la ligne des sorties de Pompeo et Pence. Autre propagande, cette fois américaine, répétée des dizaines de fois ces derniers mois !

Volonté de comprendre?


Au-delà de l’aspect politique, cet aveu d’échec permet de rappeler la difficulté occidentale à vouloir comprendre la Chine. On vient avec notre grille de lecture, nos fantasmes et nos désirs et on les applique sur le pays. On n’essaie pas vraiment de se mettre à la place de l’autre. Il y a ce sentiment de supériorité conscient ou inconscient, long héritage de notre histoire économique, culturelle et religieuse. Nous nous prenions pour la civilisation et il était difficile de concevoir qu’il y ait de meilleurs modèles à l’extérieur; les missionnaires avaient bien retenu le « Hors de l’Eglise, point de salut » de Saint Paul. Bien entendu, les mentalités évoluent, les failles du modèle de démocratie occidental obligent à se remettre en question. Les échanges avec la Chine et la connaissance s’amplifient. Fort heureusement, tout bouge! Mais que de temps perdu par manque d’humilité et d’un véritable désir de comprendre!


J’avais écrit un article sur le pari perdu américain ici.
Les passages du texte de O’Brien ci-dessous et le discours sur le site de la Maison Blanche ici.
 
“As China grew richer and stronger, we believed, the Chinese Communist Party would liberalize to meet the rising democratic aspirations of its people.  This was a bold, quintessentially American idea, born of our innate optimism and by the experience of our triumph over Soviet Communism.  Unfortunately, it turned out to be very naïve.

We could not have been more wrong—and this miscalculation is the greatest failure of American foreign policy since the 1930s. How did we make such a mistake? How did we fail to understand the nature of the Chinese Communist Party?

The answer is simple: because we did not pay heed to the CCP’s ideology. Instead of listening to what CCP leaders were saying and reading what they wrote in their key documents, we closed our ears and our eyes. We believed what we wanted to believe—that the Party members were communist in name only.”

Articles sur la politique ici

28 juin 2020

知己知彼,百战不殆, Si vous vous connaissez et connaissez votre ennemi, vous ne serez pas en danger dans une centaine de batailles

L’Occident n’a jamais aimé accepter des civilisations différentes. Il a, à l’instar du christianisme, souvent voulu imposer La Civilisation. Au-delà de l’affrontement économique, voire technologique futur, les Etats-Unis rejettent le point de vue chinois sur un modèle économique et politique. Président Lapin 兔主席 est un blogueur chinois, diplômé de Harvard, qui écrit dans divers journaux chinois et sur Weibo. Dans un article intitulé « Causerie, du défi institutionnel Chine-Etats-Unis au M. De (démocratie) et M. Sai (science) 闲聊:从中国对美国的制度挑战到“德先生”与“赛先生”, il décrit une position chinoise assez répandue face aux Etats-Unis. Il y a deux à trois décennies, l’Amérique était perçue comme l’avenir. Mais les temps ont changé, la Chine est devenu le rival qui propose une voie différente et non une menace, ce que ne comprend pas le pays de Trump aveuglé par sa vanité. Il est intéressant de voir les réflexions du « Lapin ». Même si on partage pas ses idées, elles méritent plus qu’une réflexion car elles sont très représentatives d’une partie de la pensée des élites chinoises.

Résumé des principales parties du texte du Président

L’Amérique était puissante

20-30 ans auparavant, les Chinois pensaient que les Etats-Unis représentaient l’avenir, le phare du monde. Pourquoi ? L’Amérique avait une économie et une armée puissantes. On peut se poser la question, est-ce la supériorité du système américain qui a engendré une Amérique forte ou est-ce parce que l’Amérique est forte que nous pensons que le système est supérieur ? Les Etats-Unis ont dominé le XXe siècle, l’URSS et le Japon au final n’ont pas été en mesure d’apporter des systèmes rivaux longtemps. Est-ce que la force des Etats-Unis tient dans la taille de la population et les ressources naturelles Est-ce qu’ils ont pris des mesures plus tôt que les autres pays pour devenir puissants ?

Le seul rival, la Chine

Le seul pays qui peut rivaliser avec les Etats-Unis est la Chine, sa population est quatre fois plus importante, les nationalités du pays et les cultures se sont homogénéisés. Les valeurs culturelles de la société sont unies – les différends par exemples entre l’écrivain Fang Fang et les petits soldats communistes (小粉红) ne sont rien à côté des divisions au sein du peuple américain. La population chinoise est très travailleuse ; elle peut se sacrifier pour la famille, la société, elle a un sens de la collectivité. L’Etat et la société oeuvrent ensemble avec la sens de l’ordre. On considère l’épargne et l’investissement, on espère accumuler des richesses. Tout le monde attache une grande importance à l’enseignement, qui fait partie des gènes culturels du pays. La société s’est formée sur le système confucéen. Chacun doit accomplir ses devoirs. Le système des examens assurait une mobilité sociale. L’importante taille de la population garantit une demande intérieure importante et des économies d’échelle. Les systèmes politiques, culturels et éducatifs de l’État et de la société inculquent et « internalisent » ces valeurs culturelles à chaque individu.
Un tel pays, une telle société, peuvent-ils créer une économie et une civilisation fortes ?

La Chine ira plus loin que le Japon


Le Japon, véritable miracle des années 80, était devenu un défi pour l’Occident. La Chine pourra certainement dépasser le Japon. Elle dispose d’une population plus grande, de ressources plus abondantes et un vaste marché local que le Japon n’a pas.
Deuxièmement, les nationalités et la culture sont homogènes, la Chine est aussi plus diverse, plus ouverte et plus tolérante que le Japon, une nation insulaire. La Chine, avec la révolution du XXe siècle, a allégé le poids des contraintes et des restrictions de la société féodale. L’égalité entre les sexes en Chine est beaucoup plus évidente. La Chine est plus proche de l’Occident en termes d’ouverture et de liberté.

Une voie différente

Alors que la Chine a une ascension progressive, l’Amérique décline. La Chine ne veut pas renverser les États-Unis, mais proposer une voie différente de celle des États-Unis et de mettre un terme à la « fin de l’histoire ». Les civilisations humaines ont des voies de développement différentes. 

L’humilité permet de progresser

La Chine a un avantage sur les États-Unis, c’est sa relative humilité : les Chinois voient la puissance des États-Unis, s’intéressent beaucoup à ce pays et gardent un sentiment d’émerveillement et veulent toujours apprendre et intégrer les expériences avancées. La Chine, en revanche, n’est pas suffisamment consciente de ses avantages et de ses atouts et n’a pas assez confiance en elle. Mais cela place précisément la Chine dans un état de rattrapage plus autocritique et plus réfléchi, et peut constamment inciter à s’améliorer.

Assemblée nationale chine

La vanité aveugle

Les États-Unis sont limités par leur confiance en eux et la vanité peut aveugler. Ils considèrent que le système chinois est le fruit d’un système politique extrémiste venu d’Europe, ils ne peuvent pas voir le véritable succès de la Chine, les caractéristiques de l’histoire et de la civilisation chinoises. Comme le dit le proverbe « 知己知彼,百战不殆, Si vous vous connaissez et connaissez votre ennemi, vous ne serez pas en danger dans une centaine de batailles* ». Les Chinois peuvent lire les États-Unis, mais les Américains ne peuvent pas lire la Chine.

Complémentarité

 Si la Chine pouvait intégrer les points forts des Etats-Unis et de l’Occident et inversement si les Etats-Unis/l’Occident pouvaient intégrer ceux de la Chine, il n’y aurait plus de concurrence mais une complémentarité. La civilisation politique du XXIe siècle devra intégrer les éléments de l’Orient et de l’Occident. La Chine est en train de rattraper son retard, elle est capable d’une humble introspection et d’un apprentissage. Elle a donc le potentiel pour construire une civilisation plus élevée. 

Schéma de pensée de guerre froide

La puissance de l’Occident (Etats-Unis) le rend arrogant, avec des vues arriérées, coincées dans un schéma des mentalités de la guerre froide avec l’affrontement Etats-Unis-URSS. Pendant longtemps, il n’a pas compris d’où venait la menace. Marx, Lénine, Staline, les anciens systèmes féodaux, les anciens Etats centralisés ? La Chine avec ses caractéristiques rouges a rendu la Chine incompréhensible.
Fin du résumé

Bien entendu, on peut faire diverses objections à ces affirmations : « L’homogénéisation de la culture, des nationalités et de l’Etat », il faut aller poser la question dans certaines régions, comme le Tibet ou le Xinjiang.  Les Etats-Unis ne comprennent pas la Chine, un peu facile à dire. Il faudrait comprendre la Chine avec les critères en vigueur à Zhongnanhai, je suppose. Pour expliquer la puissance des Etats-Unis, l’auteur aurait pu mentionner notamment l’ouverture du pays, ses investissements dans la recherche et le développement, l’attraction qu’il exerce auprès des personnes hautement qualifiées, le souffle de création (bien moins fort en Chine) et beaucoup d’autres choses. Ce discours est bien entendu dans la ligne officielle qui décrit la renaissance de la Chine, revendique son propre modèle qu’elle voudrait faire reconnaître et même exporter, et déplore le manque de désir de compréhension de l’étranger. 

*Citation de Sunzi
D’autres articles sur la politique ici

Qui sont les architectes de la politique américaine envers la Chine?

Le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo est parti hier pour Hawaï rencontrer une délégation chinoise emmenée par Yang Jiechi. Le discours et le langage de l’administration américaine ont progressivement changé ces derniers mois. Ils utilisent certains éléments de langage digne des sites et chaînes Internet de médias chinois basés aux Etats-Unis, positionnés nettement dans l’opposition au gouvernement de Pékin. On parle davantage de virus chinois ou de Parti communiste chinois au lieu du Covid 19 ou de la Chine. La chaîne 華爾街電視 et le Washington Times ont donné des précisions cette semaine sur l’équipe de Pompeo qui se consacre à la Chine.  Un petit groupe, qui se veut réaliste face à la Chine, s’est formé.  Trois personnalités se détachent.

余茂春, Miles Yu

L’une très influente est professeur au département d’histoire de l’Académie Navale Américaine, son sujet est la Chine, l’Asie du Sud-Est, histoire diplomatique et militaire. D’origine chinoise, Miles Yu, né en 1962, a grandi à Chongqing, traversé la Révolution culturelle dans son enfance avant de faire des études à Tianjin, d’immigrer aux États-Unis en 1985 et de faire un PhD à Berkeley. Il a été un grand avocat de la liberté et de la démocratie en Chine après les manifestations de Tiananmen en 1989. Il est un des architectes de la nouvelle politique envers la Chine. Il permet à cette équipe de mieux décrypter et de lire entre les lignes la stratégie et le discours chinois.

 余茂春 conseiller de Pompeo chine Etats Unis

David Stilwell

Le général David Stilwell, assistant du secrétaire d’Etat pour les affaires d’Asie du Sud-Est et Pacifique est une autre personne importante de ce groupe. Il qualifie Yu de « Trésor national » pour la qualité de ses contributions. Stilwell est venu remplacer Susan Thornton en octobre 2018 jugée pas assez dure envers la Chine.

Matthew Pottinger

Conseiller à la Sécurité Nationale, cet ancien journaliste du Wall Street Journal, en poste à Pékin au début des années 2000 est sinologue et considéré comme le pivot de ce changement de politique. Sinophone, il a fait un discours politique en excellent mandarin le 4 mai 2020 sur le mouvement du 4 mai 1919 tout en rapprochant ce mouvement populaire et celui  qui a mené Trump à la Maison Blanche. Bien entendu, du côté de Pékin, on a montré une incompréhension de cet événement patriote, qui s’opposait au féodalisme et au colonialisme.

Trump a clairement dit que les anciens présidents américains n’avaient pas « fait le job » avec la Chine en laissant le grand rival asiatique se rapprocher tout près de la puissance mondiale. Il veut remettre à égalité le deal. L’équipe en place va-t-elle adoucir sa position. Quelle influence peut avoir Steve Bannon, ancien conseiller de Trump et associé au plus bruyant des dissidents chinois, Guo Wengui, dans une croisade anti-communiste?
La rencontre de Hawaï va-t-elle signer une accalmie ?

D’ autres articles sur la politique ici

17 juin 2020

Chine-Etats-Unis : le point

L’économiste Huang Qifan, ancien maire de Chongqing, lors d’un séminaire du 8 au 10 juin, fait le point sur les relations sino-américaines. Il rappelle le contexte actuel et les tensions, puis détaille la batterie de sanctions dans les mains de l’administration de Washington. Il appelle la Chine à prendre les menaces au sérieux et à lutter tout en restant souple et à s’améliorer dans divers domaines. 
Ci-après un résumé-traduction de la partie du discours sur les relations des deux pays, « 积极应对美国对华脱钩的系列措施, Réponse proactive à la série de mesures américaines de découplage de la Chine ».

Un environnement très tendu


« Dans le contexte de la crise sanitaire, les États-Unis s’efforcent de faire porter à la Chine la responsabilité de leur propre échec dans la lutte contre l’épidémie. Sans oublier la guerre commerciale et le retour de production aux Etats-Unis. A l’approche des élections américaines de novembre, les relations sino-américaines entrent maintenant dans la phase la plus difficile depuis l’établissement des relations diplomatiques.  

Les restrictions-sanctions


Les États-Unis ont récemment bloqué Huawei tout en mettant en place des restrictions à 33 sociétés et institutions chinoises. Les autorités boursières prennent des mesures contre les sociétés chinoises. Les étudiants chinois ne pourront plus partir étudier les STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques aux États-Unis, on discute de la suspension ou de restriction des visas. Certains politiciens demandent l’annulation des bons du Trésor américain, le gel des avoirs chinois aux États-Unis, etc. On peut dire qu’il y a déjà les débuts d’une importante poussée américaine pour le découplage de la Chine.

Chine Etats_Unis

La base juridique pour de plus amples sanctions

En 2015, le Congrès américain a adopté un projet de loi qui constitue désormais la base juridique permettant au département du Trésor des États-Unis de déterminer si un pays est un « manipulateur de devises ». En vertu de cette loi, si un pays est reconnu comme étant un « manipulateur de devises », les États-Unis pourront lui infliger des sanctions dans les dix domaines suivants : 
1. Stopper les échanges. 
2. Interdire aux banques et autres institutions financières américaines de fournir des services aux entreprises de ces pays. 
3. Imposer des restrictions sur des technologiques, interdisant l’exportation de haute technologie vers des pays rivaux. 
4. Ne pas permettre aux entreprises des pays rivaux d’entrer sur le marché boursier, et celles qui y sont déjà devront en sortir. 
5. Pour l’éducation et les ressources humaines, limiter le nombre et l’inscription des étudiants.
6. Profiter du monopole du Swift et exclure du système financier ces pays (voir l’article sur l’instauration de la monnaie numérique chinoise).
7. Utiliser la « long arm juridiction » pour chasser les entreprises étrangères.
 8. Geler les actifs aux États-Unis.
9.  Dégrader la notation de la dette souveraine.
10. Mesures visant à faciliter la fuite des capitaux de ces pays.

Prêt à lutter

En août 2019, le Département du Trésor américain, changeant ses critères, a soudainement qualifié la Chine de manipulateur de devises avant de revenir sur sa décision. Néanmoins, au cours des six derniers mois environ, de nombreux hommes politiques américains ont, à diverses reprises, entonné un discours avec le rejet de la responsabilité de la Chine et le découplage. À cet égard, nous ne devons pas le prendre à la légère. Premièrement, nous devons nous débarrasser de nos illusions et nous préparer à la lutte ; deuxièmement, nous devons être confiants et maintenir notre détermination ; troisièmement, nous devons tenir la ligne et réagir avec souplesse.

Constante amélioration

En dernière analyse, nous devons bien faire notre travail, approfondir les réformes internes avec plus de vigueur et de détermination, élargir l’ouverture sur le monde extérieur et accélérer nos efforts pour combler les lacunes concernant l’État de droit, l’innovation, avec un niveau plus élevé de réforme et d’ouverture pour promouvoir un développement de qualité. »

Le discours très synthétique résume bien la situation. Que peut-on espérer?
Le South China Morning Post évoque une rencontre entre les deux pays à Hawaï avec Yang Jiechi, membre du Politburo et Mike Pompeo, Secrétaire d’Etat. Va-t-on vers une accalmie?

Source : 意见领袖丨黄奇帆(重庆市原市长、第十二届全国人大财经委副主任委员)

« Distanciation politique » pour M. Trump


Un peu d’humour pour la journée :

Singapour dessin humour Wang Jinsong


Dessin de Wang Jinsong (王锦松漫画) du quotidien de Singapour, Lianhe zaobao 联合早报 du 9 juin.

Au-dessus de la tête de Trump : » 政治距离 Distanciation politique ».
Le président américain non masqué tient dans la main gauche un papier sur lequel est inscrit : « 峰会 G7, Sommet du G7 ». Pendant ce temps, les dirigeants européens masqués partent!

Autre dessin de l’auteur ici

10 juin 2020

Hainan, un exemple de vision à long terme


Les mesures annoncées pour l’île de Hainan, permettant à la province de devenir une zone franche à part entière à partir de 2050, ont relancé des spéculations. En effet, après les questions sur le potentiel de Shenzhen ou Shanghai pour remplacer Hong Kong, c’est au tour de Hainan (voir l’article de la semaine dernière). En complément de cette note, quelques lignes sur la réaction officielle dans un contexte bouillant avec la loi sur la sécurité à Hong Kong. Elle permet de rappeler la vision long terme du gouvernement chinois.

VISION LONG TERME CHINE

Pas de concurrence avec Hong Kong

Le vice-directeur de la commission nationale de la réforme et du développement 国家发展改革委员会, Li Nianxiu 林念修, s’exprimait sur le sujet. La localisation et les niveaux de développement diffèrent à Hainan et Hong Kong. Les complémentarités sont plus importantes que la concurrence. Il n’y aura pas d’impact sur Hong Kong. Pour la prochaine étape, durant le processus de construction d’un port franc à Hainan, les efforts seront portés sur un co-développement de la Grande Baie Guangdong-Hong Kong-Macao -粤港澳大湾区的联动发展- dans un esprit de coopération efficace tout en assurant sur le long terme la stabilité, l’ordre et la prospérité, garantissant la pratique « Un pays, deux systèmes ».

Dissiper les inquiétudes

Ce discours a pour but notamment de dissiper les inquiétudes sur l’avenir de Hong Kong. Mais il rappelle également toute la vision long terme du gouvernement chinois à développer le pays sans être perturbé par des considérations purement électoralistes tous les quatre ou cinq ans, qui peuvent remettre en question les décisions du précédent mandat à coups de tweet.

Vision à très long terme

On oublie très souvent que la Chine est sortie de presque deux siècles de trouble avant l’avènement de la République Populaire de Chine en 1949, puis de périodes tourmentées comme la Révolution Culturelle. La volonté des dirigeants à la fin des années 70 était d’abord de redresser le pays, de retrouver la paix et de ne pas retomber dans le chaos. Si l’Occident n’avait pas sa grille de lecture et la volonté de faire accepter ses propres valeurs et son formatage, le dialogue serait facilité. On comprendrait mieux les priorités et la vision très long terme de la Chine. Le spectacle actuel de Washington serait moins nauséabond. La stratégie pour l’île de Hainan est un exemple de cette vision long terme à 30 ans.

Article chinois sur la réaction officielle.

8 juin 2020

Le pragmatisme du Premier ministre chinois

Les difficultés économiques ont vu la multiplication des vendeurs de rue dès le mois de mars dans plusieurs villes du centre de la Chine ; on parle même d’une « économie d’étals de vendeurs de rue, 地摊经济 ». Les autorités ont d’abord toléré ce phénomène puis l’ont encouragé.

Li Keqiang pragmatique

En effet, comme l’a évoqué le Premier ministre Li Keqiang ces dernières semaines, la crise sanitaire a fragilisé les plus bas revenus (voir l’article). Le 28 mai, lors d’une conférence de presse, il déclarait que l’ouest de la Chine a vu la naissance de 36 000 stands de vendeurs ambulants, qui ont engendré 100 000 emplois. Le 1er et le 2 juin, lors d’un déplacement dans la province du Shandong, il insistait sur l’importance de ce moyen d’existence pour les bas revenus. C’est un moyen pour cette couche de population de passer la période difficile actuelle avec un investissement très faible.


李克强 premier ministre chinois

Les cheng guan 城管, agents de la gestion urbaine, ont été obligés d’accomplir un virage à 180°. Auparavant, ils devaient chasser les vendeurs à la sauvette et désormais ils les rappellent pour revenir. 

L’avis de Wang Jian,王剑

Le journaliste Wang Jian sur sa chaîne Youtube voit plusieurs raisons à ce revirement, l’économie souffre beaucoup plus que prévu, le chômage devrait être au-dessus de 20% (voir article). Li Keqiang n’a pas d’autres moyens. En effet, l’export peine de la faible demande extérieure, la consommation locale n’est pas assez vigoureuse pour faire repartir l’économie. Il pense que le nombre de fermetures de PME se compte en dizaines de milliers. 
Les zones rurales sont très touchées, mais les villes ne brillent pas. Wang rappelle les données sur les revenus mensuels dans les grandes villes : seulement 50 millions de personnes ont des revenus mensuels supérieurs à 5 000 yuans (700 USD) alors que 500 millions doivent se contenter de moins de 1 000 yuans (140 USD).
Il pense que Li n’est pas suivi par l’ensemble du gouvernement sur sa stratégie, ce qui expliquerait qu’une partie des articles sur le sujet ont disparu sur les sites Internet. 

Évidemment, les médias chinois hors de Chine se sont emparés du sujet pour parler d’une économie de vendeurs de rue. La Chine s’est sortie d’autres problèmes encore plus graves. « Elle en a vu d’autres » !

Article consulté : 地摊经济火了,是时代的倒退还是前进?

6 mai 2020


La vision à double critère de M. Trump


Un dessin paru sur le site du Lianhezaobao 联合早报,plus grand quotidien en chinois de Singapour, montre bien la vision américaine à double critère.
L’image du haut montre Trump crier « Démocratie, 民主 » devant les saccages perpétrés à Hong Kong et sur celle du bas, le président américain lance « Voyous,暴徒 » devant les saccages du Minnesota. C’est ce même terme de voyou qu’utilise le gouvernement de Pékin pour qualifier les « casseurs » de Hong Kong.

Duplicité américaine

Cette caricature a fait le tour des réseaux sociaux de la ville-état, notamment quand la femme du Premier Ministre singapourien et président du groupe Temasek a diffusé ce dessin sur son compte personnel.
Bien entendu, les médias chinois n’ont pas loupé l’occasion pour reprendre cette illustration et insisté sur la duplicité habituelle américaine envers la Chine.

No comment, M. Trump!

Article connexe, sur le pari perdu américain!

2 juin 2020