S’appuyer sur une montagne 靠山, essentiel en Chine!

Le second promoteur immobilier du pays, China Evergrande de Shenzhen, fait face à une dette, qui pourrait le conduire à un défaut de paiement. Il avait averti le gouvernement de la province du Guangdong dès la fin du mois d’août du besoin d’une restructuration de sa dette. Au-delà d’un événement peu surprenant en Chine, quels enseignements peut-on tirer de cet épisode ?

123 milliards de dollars de dettes

Le groupe, fin juin, avait un encours de dette de 835,5 milliards de yuans (123 milliards de dollars). 130 doivent être remboursés fin janvier, l’équivalent de la quasi-totalité de sa trésorerie. Les informations sont sorties fin septembre, ce qui a suscité un plongeon des actions du groupe, avant de rebondir de plus de 45% depuis le 25 septembre, grâce au soutien apporté par ses investisseurs et l’Etat.

靠山, S’appuyer sur une montagne

Quand une société est lourdement endettée, les investisseurs soupèsent moins la dette, que l’appui dont peut bénéficier la société au niveau politique. En chinois, on utilise l’expression s’appuyer sur la montagne, 靠山. Si la société a le bon soutien, la dette n’est pas un gros problème. En d’autres termes, on s’interroge sur l’identité des véritables investisseurs, si ce sont des investisseurs « rouges » influents ou des princes rouges. S’ils font partie des plus gros groupes d’intérêts proches du gouvernement central, la fête peut continuer. Un groupe, sans appui, n’est rien. Par ailleurs, il faut avoir la bonne « montagne ». Certaines entreprises pourraient se développer davantage si elles avaient choisi le bon appui.

chinois 靠山 appui soutien s'appuyer sur la montagne chine

Quand on regarde les investisseurs principaux d’Evergrande, on voit la bonne couleur, comme des sociétés qui sont quasiment publiques, telle 山东高速集团, Shandong High Speed Group ou encore une société privée,  苏宁Suning, un Darty chinois, avec beaucoup de fonds proches de l’Etat.

La machine à dettes


A chaque fois, qu’un accrochage survient, on édicte quelques mesures pour mieux contenir la frénésie de l’endettement et en même temps occuper la galerie. Les autorités ont délimité le mois dernier trois lignes rouges en matière d’endettement.
La Chine a pu se développer avec l’aide de la machine à endettement. Un professeur chinois d’économie m’avait expliqué en mots simples le modèle de croissance : « Pour investir, si tu utilises ton propre argent, tu marches. Tu empruntes, tu es en voiture. Tu fais des hypothèques, tu es en avion. » Il faut reconnaître que ces derniers années les autorités ont évité le dérapage qui pointait au début de la dernière décennie et la situation s’est améliorée.
Le secteur immobilier bénéfice d’un meilleur crédit auprès des établissements financiers que par exemple, le secteur de la fabrication. Les promoteurs peuvent mettre en garantie les biens, utiliser divers effets de levier et emprunter davantage. Sur les 50 plus importants acteurs du marchés, la moitié a un endettement dépassant 80%, supérieur aux leaders de la plupart des secteurs de l’économie.

Evergrande protégé aussi pour son importance

Les ventes des plus 100 plus importants promoteurs ont peu baissé sur le premier semestre, – 1,45%. La créativité, avec des ventes en ligne, a permis de limiter les dégâts. Surtout, ce sont les promotions avec des prix très attractifs, qui ont permis des rentrées d’argent. Evergrande montre des chiffres en hausse, mais la rentabilité a évidemment baissé et affecté la trésorerie.  Le Vice-Ministre, l’économiste Liu He, à propos d’Evergrande a mentionné le célèbre facteur de stablité. En effet, le groupe emploie 140 000 personnes, coopère avec 8400 sociétés dans 229 villes sur 7792 projets. Sa faillite pourrait toucher près de trois millions d’employés. Pékin a bien entendu tout intérêt à soutenir la société de Shenzhen.

Lessive en cours

Personne n’est dupe ! Evergrand n’est que la pointe de l’iceberg. L’économie se porte moins bien ces dernières années, l’épidémie n’a qu’accentuer des difficultés. Une partie des dettes ne pourra être honorée. Le secteur est devant un grand nettoyage. Huang Qifan, qui fait office de porte-parole gouvernemental en matière économique, avait déjà prévenu lors d’une conférence durant l’été 2019, que sur les 97 000 société dans l’immobilier, les deux tiers devraient disparaître dans les dix prochaines années. Il y a beaucoup trop de petites sociétés, le marché est trop complexe. 15% contrôlent 85%, ce qui veut dire que plus de 80 000 entreprises (85%) se partagent 15% du marché. En période de baisse des recettes publiques, les entreprises de petites et moyennes envergures ne peuvent pas trop espérer l’aide des gouvernements locaux. La prédiction de Huang montre que le gouvernement est tout à fait conscient des enjeux du marché et préfère délaisser les petits pour un assainissement d’un secteur embouteillé.

Le politique fait l’économie ?

La Chine est en proie à des dettes colossales. Ce n’est pas nouveau ! La dette d’une entreprise n’est pas un facteur inquiétant si derrière les bons appuis sont présents, au niveau gouvernemental. L’économie ne fait pas la politique, le politique fait l’économie ?
Les plus intéressantes pour le gouvernement – à divers niveaux – pourront survivre alors que la logique économique devrait laisser périr les autres ?

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Sources :

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黄奇帆:今后十几年,中国房企数量会减少三分之二以上

7 octobre 2020

D’où vient « Empire du Milieu » ?

Poursuite de l’enquête autour du caractère 中

D’où vient le mot Chine?

Le nom Chine, adopté par les Occidentaux, tire son origine du premier empereur unificateur Qinshihuang 秦始皇 et du nom de sa dynastie 秦, 221 à 206 av. J.-C. De nombreux pays voisins parlaient du pays de Qin, dès le début de l’ère chrétienne. Ainsi vint le mot Chine adapté à chaque langue locale. Il existe aussi d’autres interprétations, qui rapprochent les mots or, 金 jin et Chine ou encore le mot tartare pour soie, serique, et Chine. La Russie adopta Kitai, du nom d’un peuple de Mongolie, les Kitans.

 dynastie Qin empereur chinois

Et l’Empire du Milieu?


中国 zhōng guó en chinois désigne le pays, mais n’a pas de relation avec le terme Chine ou la première dynastie. Il est composé de deux caractères 中 centre et 国 pays. La traduction donnera Pays du Milieu ou Empire du Milieu.  Mais la Chine s’est-elle elle-même toujours appelée ainsi ?

États du centre


Le terme avait de nombreux sens. Les recherches sont brouillées par les aspects politiques locaux qui veulent démontrer la continuité historique de l’ensemble du territoire chinois. Néanmoins, les documents montrent que les principaux sens de 中国 correspondaient dans un premier temps aux territoires de la dynastie Shang, puis aux États situés au centre de la Chine.  

Noms du pays

Le pays a eu plusieurs appellations. 华夏 huá xià de 华 splendeur et  夏 première dynastie mi légendaire. Une grande banque chinoise, la Huaxia 华夏银行 a repris ce nom.  On appelle les personnes d’origine chinoise habitant à l’étranger avec ce 华 : 华人.
Taiwan a repris 华 dans son nom 中华民国, traduit à tort République de Chine, mais c’est une autre histoire. La République populaire de Chine a fait de même avec 中华人民共和国.
Les dynasties préféraient appeler le pays en mentionnant le nom de la dynastie comme les Ming (1368-1644), Grand Ming, 大明. Sous les Qing, on appelait la Chine, le Grand pays de Qing 大清国.

Nous sommes Chinois?

L’historien Shi Aidong rapporte les constatations d’un marchand portugais qui connut les geôles chinoises au XVIe siècle. Il trouvait curieux que « les Chinois (Zhongguoren) ne sachent pas qu’ils sont Chinois (zhongguoren). Il déclare : « Nous avons l’habitude d’appeler ce pays la Chine et ses habitants les Chinois, mais quand on demande à un Chinois pourquoi ils sont ainsi nommés, ils disent : « Nous ne portons pas ce nom, nous ne l’avons jamais porté ». Fort intrigué, Pereira insiste : « Comment s’appelle votre pays dans son entièreté ? Quand quelqu’un venu d’ailleurs vous demande votre pays d’origine, quelle est votre réponse ? » Pour les Chinois, cette question est très étrange, mais ils finissent par répondre : « Dans les temps anciens, il y avait de nombreux royaumes. Désormais, un seul homme les dirige. Mais chaque Etat utilise encore son ancien nom. Ces Etats sont les provinces d’aujourd’hui ( sheng 省). L’État dans son ensemble s’appelle le Grand Ming (大明) et ses habitants sont le peuple du Grand Ming (大明人). » ( Passage provenant du texte de Dirlik)

A la recherche d’un nom

L’adoption officielle de 中国 par les autorités chinoises reste assez récente, elle est apparue au contact de pays étrangers. Le terme est apparu pour la première fois dans les Traités de Nerchinsk avec la Russie en 1689.

réformateur chinois Liang Qichao


Certains intellectuels de l’époque Qing, comme Zhang Deyi se plaignaient dans un premier temps de voir les Occidentaux utilisés désormais le terme 中国 alors que le nom était Da Qingguo. Comme l’explique le sinologue Arif Dirlik, des penseurs, tel le réformateur Liang Qichao (1873-1929) , n’ont pas voulu que le terme soit seulement une dénomination géographique comme l’impérialisme nippon le prétendra plus tard.  Liang a joué un rôle pionnier dans la construction du nationalisme chinois moderne tout en donnant des bases au « concept » 中国. Il déplorait que son pays n’ait pas de nom et qu’il ait changé au fil du temps. Une école voit dans le terme 中国, l’apparition d’une nouvelle idée permettant de réunir les Chinois sous une bannière (voir le texte d’Arif Dirlik). C’est une autre histoire politique…

Articles sur le caractère 中: 中 :centre et harmonie

Sources :
中国龙的发明 , 2014,  施爱东 

Pour les aspects politiques :
Le texte de Arif Dirlik, « Née d’une traduction – « la Chine  » dans la fabrication de « Zhongguo » dans « La Chine au XXe siècle : Histoire, idéologie, révolution » (2020).

Texte en ligne en anglais, Born in Translation: « China » in the Making of « Zhongguo »

3 octobre 2020

Décryptage du voyage du président Xi Jinping

Xi Jinping s’est rendu dans la province du Hunan le 16 septembre. Quelles sont ses véritables intentions ? Au-delà de la signification apparente et du discours officiel, quels messages envoient le président chinois ?

La moitié de la couverture

Il a visité le village des minorités Yao à Shazhou, ses infrastructures et la salle d’exposition « la chaleur de la moitié de la couverture ». Quel est cet épisode entré dans la légende? Le 6 novembre 1934, le temps était déjà à l’hiver. L’Armée rouge passait par le village.  La famille de Xu Jiexiu proposa à trois femmes de l’Armée de dormir au chaud dans leur maison. L’épouse Xu Jiexiu dormit avec les trois communistes et le mari à l’extérieur sur une table. Les Xiu, très pauvres, n’avaient même pas de couverture. Les trois soldats décidèrent de laisser leur unique couverture à la famille, les Xiu refusèrent. Elles insistèrent et finalement coupèrent la couverture en deux et en offrirent une moitié. L’histoire a été reprise pour montrer la bienveillance du Parti envers le peuple. Le voyage permet de mettre l’accent sur ce rapport bienveillant du gouvernement et de Xi qui a rencontré les enfants des Xu.

Le Hunan, l’ADN – Xi, la légitimité


Tout déplacement a bien entendu d’autres significations. L’analyste Wang Jian le décrypte. Tout d’abord, il est effectué dans le Hunan. Symboliquement, il a lieu dans une province qui évoque le Parti communiste. Le Hunan est la province natale de Mao Zedong. L’autre endroit symbolique, visité par les hauts dirigeants quand ils veulent faire passer un message est le Jiangxi, qui a abrité les premières bases révolutionnaires et la république soviétique chinoise dans les années 30. Le Jiangxi évoque le développement du PCC  et le Hunan, l’ADN.  
Le PCC est souvent animé par des luttes internes, Xi veut rappeler qu’il a la légitimité, même l’ADN du PCC. Les anciens hauts dirigeants comme Chen Yun – un des huit immortels du Parti – ne voulaient pas laisser la direction du parti à n’importe qui. Elle doit rester dans le cercle des premières générations. Xi est un fils de haut dirigeant, il fait partie des dirigeants de la seconde génération -红二代 (rouge de la seconde génération).

Le peuple et le Parti


Xi est près du peuple et des origines. Le village visité vient de sortir de la pauvreté; on comptait lors de sa dernière visite en 2016 un taux de pauvreté de 57%. Le story telling officiel ne manque pas de le souligner. Par ailleurs, au niveau international, sous la poussée des architectes de la politique chinoise de la Maison Blanche, les officiels américains font de plus en plus la distinction entre le Parti communiste chinois et la Chine, dans un but politique. Ce voyage est l’occasion de rappeler que le gouvernement et la population font un. Les paroles rapportées montre une attitude (姿态) assez humble, « Je suis venu ici pour apprendre », rappelant les discours d’une époque incitant à apprendre des expériences de la population.

Le soutien du Parti


Dans ces temps difficiles, les tensions internationales et les conséquences économiques de la guerre commerciale et de l’épidémie, le président a besoin du soutien du Parti ; il veut réunir les troupes derrière lui. Les déplacements, lors des dernières décennies ont parfois servi à transmettre des messages. Mao Zedong et Deng Xiaoping les ont utilisés. Xi Jinping ne fait pas exception. A côté du discours de propagande habituel, il est bon de se rappeler que si on sait peu de choses sur les prises de décisions des plus hautes instances, les informations qui sortent indiquent que l’unanimité est loin de régner et que chaque dirigeant a toujours besoin de défendre et renforcer sa position. 

Wang Jian décrypte ainsi ce déplacement : Xi Jinping veut rappeler sa légitimité, la proximité du gouvernement avec le peuple et rallier le Parti autour de lui. En d’autres termes, comment est exploitée une histoire de couverture légendaire!

Articles connexes :

Quels sont les architectes la politique américaine envers la Chine?

Articles sur la politique

Source :
Chroniques de Wang Jian

18 septembre 2020

Le mot politique en chinois

Apprendre la langue chinoise aide à avancer en Chine. Chaque mot a sa propre vie (voir 差不多) et une utilisation spécifique parfois. Nous avons vu ici comment 调整, ajuster, servait à couvrir une certaine réalité.  A un autre niveau, le champ sémantique prend une dimension et demande un bagage culturel. Un exemple avec le mot politique.

Politique en Grèce

En lisant l’ouvrage de Moses I. Finley « L’héritage de la Grèce », me reviennent en mémoire les remarques du sinologue Jean-François Billeter dont je garde un lointain souvenir sur le mot politique et la difficulté de s’entendre sur un même terme entre la Chine et les pays occidentaux.
Le mot politique tire son origine du grec polis et avait une signification bien particulière comme le rappelle Finley, il a en lui le germe de la démocratie : « … les Grecs accomplirent un pas décisif et même deux : ils firent de la polis la source de l’autorité, au sein même de la communauté, et ils stipulèrent que l’intérêt serait discuté par tous, et en public, en finissant par un vote après décompte des participants. La politique, c’est cela… » (p.64). Certains « mots chinois ne couvrent pas le même champ sémantique » qu’en français et bien entendu leur connotation et les notions auxquels ils renvoient se recoupent difficilement. On peut avoir l’impression de parler de la même chose lors d’une conversation alors que…

政治 politique en chinois et en Chine

Le texte de Billeter issu de « Notes sur Tchouang-tseu et la philosophie » :
 « Le terme chinois, tcheng-tcheu (政治 ) est également un néologisme contemporain, mais le cas de figure est différent. D’abord parce que l’équivalence est univoque : “politique” (nom et adjectif) se traduit toujours par ce même mot, et inversement. Ensuite parce que ce mot est entré dans l’usage commun. Il a cependant une résonance bien différente. En son fond, il renferme une noblesse liée à l’idée de polis, ou de cité, qui est l’association de citoyens égaux et libres délibérant publiquement de la façon de prendre en main leur destin. Tcheng-tcheu est composé de tcheng 政 “gouvernement” et de tcheu 治  “régler”, “assurer le bon fonctionnement” de quelque chose. Le binôme signifie, littéralement, “assurer par le gouvernement le bon fonctionnement (de la société)”. Le noyau ancien qui donne sa valeur à notre notion du “politique” est absent. Le terme chinois n’est pas porteur du gène démocratique. Il va de soi que la langue chinoise possède ses propres réseaux d’associations, ses propres résonances. Le li (理) que j’ai mentionné a une longue histoire. Il est riche de sens et se retrouve dans de nombreuses expressions d’aujourd’hui, savantes autant que familières. Tcheu “régler” a d’abord signifié : “réguler les eaux” afin d’éviter les inondations et d’assurer l’irrigation. Le caractère comporte, à gauche, l’élément de l’eau 氵. Ce mot a ensuite été appliqué aux flux d’énergie qui animent le corps humain, d’où le sens de “guérir” une maladie, et à ceux qui circulent dans le corps social, d’où le sens de “gouverner”, “administrer”. Il semble impliquer le respect de certaines lois de la nature (celles de la physique des liquides) mais, comme l’attestent de nombreuses expressions anciennes et modernes, il n’en a pas moins une forte connotation autoritaire. Quant à tcheng  “gouvernement”, il est étymologiquement lié à tcheng 正 “droit”,“remettre droit”,“rectifier”. L’association d’idée n’est pas éloignée de celle que nous avons dans la famille du radical reg-: régalien,roi,régner,régler,régir, diriger, etc. »

Billeter ouvrage sur Zhuangzi

Ces lignes nous rappellent la différence entre les deux mondes politiques, l’un où l’on débat et s’écharpe en public pour la démocratie et un autre, où le gouvernement gère sans débat public véritable même si à l’intérieur des plus hautes instances, il y a débat et plus que des débats. Les origines du mot politique et l’étude du caractère et l’histoire de 政治 sont éloquents et permettent de mieux comprendre ces différences.

PS : Billeter utilise une autre transcription que le pinyin. J’ajoute le pinyin pour les caractères utilisés :
政治 : zhèngzhì
正 : zhèng

Article sur les influences grecques en Occident et les différences avec la Chine.

8 juillet 2020

Qu’est-ce qui se passe en Chine ?

Qu’est-ce qui se passe en Chine ? Parfois, on ne sait pas vraiment, l’accès limité à certains pans de l’information assèche les sources. Les informations sur les inondations actuelles ne débordent pas des sites officiels d’information. Le journaliste Wang Jian, lui pense que le sujet est le gros problème de la Chine actuellement.

Que les trains arrivent à l’heure !

Le contrôle sur l’information réduit la connaissance que l’on peut avoir du pays. Les journalistes chinois ne peuvent pas parler de tout et doivent contribuer à l’harmonie de la société. On préfère les trains qui arrivent à l’heure. Le site Caixin, dans son édition payante, pousse la limite un peu plus loin. Certains de ses articles de la version anglaise servent de réchauffé pour la presse occidentale. Les journalistes étrangers, en raison de réseaux moins étoffés, ont souvent plus de difficultés à avoir l’information. 
Il existe nombre de sites et de chaînes d’information basés à l’étranger en langue chinoise fondées par des personnes originaires de Chine. Ils sont en général fort intéressants car ils reprennent des informations non divulguées en Chine.
Le hic, c’est qu’une partie n’est pas vérifiable en raison du manque d’accès aux sources. Certains sont en campagne contre le gouvernement de Pékin ; leurs passions brouillent un peu l’objectivité. Il faut faire le tri et éviter fausses informations et spéculations hasardeuses qui abondent.
Une plus grande ouverture de l’information aurait évité les spéculations sur l’origine du virus et sa propagation en Chine. Le ciel international serait plus serein.


Le silence parle

Les inondations ne font pas la une des médias officiels ces derniers jours, le sujet est peu abordé. Par exemple le très officiel site People.cn aujourd’hui sur sa page d’accueil s’étend sur une réunion du Bureau politique présidé par Xi Jinping, les actions du gouvernement et de son Premier Ministre. Il faut chercher dans le site pour trouver quelque chose, une photo d’une grand-mère sur le dos d’un valeureux sauveteur. Seulement aujourd’hui dans l’édition papier, les propos du président Xi lors de cette réunion sur les inondations sont rapportés.
Parfois, la non-mention d’une information est une information et indique sa sensibilité. On se rappellera que fin décembre et début janvier, le Covid 19 était pratiquement invisible sur les médias officiels ; les données sur le site de la commission de la santé de Wuhan étaient très légères. Il n’en fallait pas plus pour comprendre qu’il se passait quelque chose d’important, comme, notamment, Wang Jian basé aux Etats-Unis l’affirmait à l’époque. Fascinante la Chine : quand on ne parle pas d’un sujet, le silence en parle en fait !
Les autres sites chinois sont très discrets sur le sujet. Seul Caixin, dans sa version payante, aborde le sujet de l’inondation avec des informations que l’on peut retrouver dans les médias occidentaux qui préfèrent les trains qui n’arrivent pas à l’heure.

Je suis toujours très réservé face à des personnes qui prétendent tout savoir sur la Chine que ce soit des Occidentaux ou des Chinois. Les premiers sont dépendants d’une information souvent partielle et partiale. Les seconds ne peuvent pas avoir accès à toute l’information. J’ai des amis Chinois qui m’ont avoué avoir « découvert » une autre Chine quand ils sont venus habiter à l’étranger !

Emission de Wang Jian

29 juin 2020

Et si on voulait comprendre la Chine

Certains passages du discours de Robert C. O’Brien du 24 juin, conseiller à la Sécurité Nationale à la Maison Blanche, m’ont fait sourire. Faucon parmi les faucons, il est venu remplacer Bolton qui compte les millions de dollars sur son compte après la parution de son livre,  The Room Where it Happened.
Si on avait voulu comprendre la Chine, « on n’en serait pas là? »

Doux optimisme


Ces lignes me rappellent ce doux optimisme occidental qui croit souvent avoir tout compris en Chine et qui veut enseigner à la Chine comment il faut faire. O’Brien reconnaît la naïveté américaine face à la Chine, le plus grand échec dans la politique étrangère américaine depuis 1930 et l’incompréhension sur la véritable nature du gouvernement chinois.

Fast food et démocratie


Les Etats-Unis pensaient que la démocratie américaine allait s’exporter avec l’ouverture économique. Oui, Monsieur, exporter une démocratie à l’américaine en Chine n’est pas la même chose que de développer un réseau de fast food ! Ne rions pas des Américains, les Européens ne sont pas plus clairvoyants. 
Je ne reprends pas le reste du discours qui est une charge dans la ligne des sorties de Pompeo et Pence. Autre propagande, cette fois américaine, répétée des dizaines de fois ces derniers mois !

Volonté de comprendre?


Au-delà de l’aspect politique, cet aveu d’échec permet de rappeler la difficulté occidentale à vouloir comprendre la Chine. On vient avec notre grille de lecture, nos fantasmes et nos désirs et on les applique sur le pays. On n’essaie pas vraiment de se mettre à la place de l’autre. Il y a ce sentiment de supériorité conscient ou inconscient, long héritage de notre histoire économique, culturelle et religieuse. Nous nous prenions pour la civilisation et il était difficile de concevoir qu’il y ait de meilleurs modèles à l’extérieur; les missionnaires avaient bien retenu le « Hors de l’Eglise, point de salut » de Saint Paul. Bien entendu, les mentalités évoluent, les failles du modèle de démocratie occidental obligent à se remettre en question. Les échanges avec la Chine et la connaissance s’amplifient. Fort heureusement, tout bouge! Mais que de temps perdu par manque d’humilité et d’un véritable désir de comprendre!


J’avais écrit un article sur le pari perdu américain ici.
Les passages du texte de O’Brien ci-dessous et le discours sur le site de la Maison Blanche ici.
 
“As China grew richer and stronger, we believed, the Chinese Communist Party would liberalize to meet the rising democratic aspirations of its people.  This was a bold, quintessentially American idea, born of our innate optimism and by the experience of our triumph over Soviet Communism.  Unfortunately, it turned out to be very naïve.

We could not have been more wrong—and this miscalculation is the greatest failure of American foreign policy since the 1930s. How did we make such a mistake? How did we fail to understand the nature of the Chinese Communist Party?

The answer is simple: because we did not pay heed to the CCP’s ideology. Instead of listening to what CCP leaders were saying and reading what they wrote in their key documents, we closed our ears and our eyes. We believed what we wanted to believe—that the Party members were communist in name only.”

Articles sur la politique ici

28 juin 2020

知己知彼,百战不殆, Si vous vous connaissez et connaissez votre ennemi, vous ne serez pas en danger dans une centaine de batailles

L’Occident n’a jamais aimé accepter des civilisations différentes. Il a, à l’instar du christianisme, souvent voulu imposer La Civilisation. Au-delà de l’affrontement économique, voire technologique futur, les Etats-Unis rejettent le point de vue chinois sur un modèle économique et politique. Président Lapin 兔主席 est un blogueur chinois, diplômé de Harvard, qui écrit dans divers journaux chinois et sur Weibo. Dans un article intitulé « Causerie, du défi institutionnel Chine-Etats-Unis au M. De (démocratie) et M. Sai (science) 闲聊:从中国对美国的制度挑战到“德先生”与“赛先生”, il décrit une position chinoise assez répandue face aux Etats-Unis. Il y a deux à trois décennies, l’Amérique était perçue comme l’avenir. Mais les temps ont changé, la Chine est devenu le rival qui propose une voie différente et non une menace, ce que ne comprend pas le pays de Trump aveuglé par sa vanité. Il est intéressant de voir les réflexions du « Lapin ». Même si on partage pas ses idées, elles méritent plus qu’une réflexion car elles sont très représentatives d’une partie de la pensée des élites chinoises.

Résumé des principales parties du texte du Président

L’Amérique était puissante

20-30 ans auparavant, les Chinois pensaient que les Etats-Unis représentaient l’avenir, le phare du monde. Pourquoi ? L’Amérique avait une économie et une armée puissantes. On peut se poser la question, est-ce la supériorité du système américain qui a engendré une Amérique forte ou est-ce parce que l’Amérique est forte que nous pensons que le système est supérieur ? Les Etats-Unis ont dominé le XXe siècle, l’URSS et le Japon au final n’ont pas été en mesure d’apporter des systèmes rivaux longtemps. Est-ce que la force des Etats-Unis tient dans la taille de la population et les ressources naturelles Est-ce qu’ils ont pris des mesures plus tôt que les autres pays pour devenir puissants ?

Le seul rival, la Chine

Le seul pays qui peut rivaliser avec les Etats-Unis est la Chine, sa population est quatre fois plus importante, les nationalités du pays et les cultures se sont homogénéisés. Les valeurs culturelles de la société sont unies – les différends par exemples entre l’écrivain Fang Fang et les petits soldats communistes (小粉红) ne sont rien à côté des divisions au sein du peuple américain. La population chinoise est très travailleuse ; elle peut se sacrifier pour la famille, la société, elle a un sens de la collectivité. L’Etat et la société oeuvrent ensemble avec la sens de l’ordre. On considère l’épargne et l’investissement, on espère accumuler des richesses. Tout le monde attache une grande importance à l’enseignement, qui fait partie des gènes culturels du pays. La société s’est formée sur le système confucéen. Chacun doit accomplir ses devoirs. Le système des examens assurait une mobilité sociale. L’importante taille de la population garantit une demande intérieure importante et des économies d’échelle. Les systèmes politiques, culturels et éducatifs de l’État et de la société inculquent et « internalisent » ces valeurs culturelles à chaque individu.
Un tel pays, une telle société, peuvent-ils créer une économie et une civilisation fortes ?

La Chine ira plus loin que le Japon


Le Japon, véritable miracle des années 80, était devenu un défi pour l’Occident. La Chine pourra certainement dépasser le Japon. Elle dispose d’une population plus grande, de ressources plus abondantes et un vaste marché local que le Japon n’a pas.
Deuxièmement, les nationalités et la culture sont homogènes, la Chine est aussi plus diverse, plus ouverte et plus tolérante que le Japon, une nation insulaire. La Chine, avec la révolution du XXe siècle, a allégé le poids des contraintes et des restrictions de la société féodale. L’égalité entre les sexes en Chine est beaucoup plus évidente. La Chine est plus proche de l’Occident en termes d’ouverture et de liberté.

Une voie différente

Alors que la Chine a une ascension progressive, l’Amérique décline. La Chine ne veut pas renverser les États-Unis, mais proposer une voie différente de celle des États-Unis et de mettre un terme à la « fin de l’histoire ». Les civilisations humaines ont des voies de développement différentes. 

L’humilité permet de progresser

La Chine a un avantage sur les États-Unis, c’est sa relative humilité : les Chinois voient la puissance des États-Unis, s’intéressent beaucoup à ce pays et gardent un sentiment d’émerveillement et veulent toujours apprendre et intégrer les expériences avancées. La Chine, en revanche, n’est pas suffisamment consciente de ses avantages et de ses atouts et n’a pas assez confiance en elle. Mais cela place précisément la Chine dans un état de rattrapage plus autocritique et plus réfléchi, et peut constamment inciter à s’améliorer.

Assemblée nationale chine

La vanité aveugle

Les États-Unis sont limités par leur confiance en eux et la vanité peut aveugler. Ils considèrent que le système chinois est le fruit d’un système politique extrémiste venu d’Europe, ils ne peuvent pas voir le véritable succès de la Chine, les caractéristiques de l’histoire et de la civilisation chinoises. Comme le dit le proverbe « 知己知彼,百战不殆, Si vous vous connaissez et connaissez votre ennemi, vous ne serez pas en danger dans une centaine de batailles* ». Les Chinois peuvent lire les États-Unis, mais les Américains ne peuvent pas lire la Chine.

Complémentarité

 Si la Chine pouvait intégrer les points forts des Etats-Unis et de l’Occident et inversement si les Etats-Unis/l’Occident pouvaient intégrer ceux de la Chine, il n’y aurait plus de concurrence mais une complémentarité. La civilisation politique du XXIe siècle devra intégrer les éléments de l’Orient et de l’Occident. La Chine est en train de rattraper son retard, elle est capable d’une humble introspection et d’un apprentissage. Elle a donc le potentiel pour construire une civilisation plus élevée. 

Schéma de pensée de guerre froide

La puissance de l’Occident (Etats-Unis) le rend arrogant, avec des vues arriérées, coincées dans un schéma des mentalités de la guerre froide avec l’affrontement Etats-Unis-URSS. Pendant longtemps, il n’a pas compris d’où venait la menace. Marx, Lénine, Staline, les anciens systèmes féodaux, les anciens Etats centralisés ? La Chine avec ses caractéristiques rouges a rendu la Chine incompréhensible.
Fin du résumé

Bien entendu, on peut faire diverses objections à ces affirmations : « L’homogénéisation de la culture, des nationalités et de l’Etat », il faut aller poser la question dans certaines régions, comme le Tibet ou le Xinjiang.  Les Etats-Unis ne comprennent pas la Chine, un peu facile à dire. Il faudrait comprendre la Chine avec les critères en vigueur à Zhongnanhai, je suppose. Pour expliquer la puissance des Etats-Unis, l’auteur aurait pu mentionner notamment l’ouverture du pays, ses investissements dans la recherche et le développement, l’attraction qu’il exerce auprès des personnes hautement qualifiées, le souffle de création (bien moins fort en Chine) et beaucoup d’autres choses. Ce discours est bien entendu dans la ligne officielle qui décrit la renaissance de la Chine, revendique son propre modèle qu’elle voudrait faire reconnaître et même exporter, et déplore le manque de désir de compréhension de l’étranger. 

*Citation de Sunzi
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Qui sont les architectes de la politique américaine envers la Chine?

Le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo est parti hier pour Hawaï rencontrer une délégation chinoise emmenée par Yang Jiechi. Le discours et le langage de l’administration américaine ont progressivement changé ces derniers mois. Ils utilisent certains éléments de langage digne des sites et chaînes Internet de médias chinois basés aux Etats-Unis, positionnés nettement dans l’opposition au gouvernement de Pékin. On parle davantage de virus chinois ou de Parti communiste chinois au lieu du Covid 19 ou de la Chine. La chaîne 華爾街電視 et le Washington Times ont donné des précisions cette semaine sur l’équipe de Pompeo qui se consacre à la Chine.  Un petit groupe, qui se veut réaliste face à la Chine, s’est formé.  Trois personnalités se détachent.

余茂春, Miles Yu

L’une très influente est professeur au département d’histoire de l’Académie Navale Américaine, son sujet est la Chine, l’Asie du Sud-Est, histoire diplomatique et militaire. D’origine chinoise, Miles Yu, né en 1962, a grandi à Chongqing, traversé la Révolution culturelle dans son enfance avant de faire des études à Tianjin, d’immigrer aux États-Unis en 1985 et de faire un PhD à Berkeley. Il a été un grand avocat de la liberté et de la démocratie en Chine après les manifestations de Tiananmen en 1989. Il est un des architectes de la nouvelle politique envers la Chine. Il permet à cette équipe de mieux décrypter et de lire entre les lignes la stratégie et le discours chinois.

 余茂春 conseiller de Pompeo chine Etats Unis

David Stilwell

Le général David Stilwell, assistant du secrétaire d’Etat pour les affaires d’Asie du Sud-Est et Pacifique est une autre personne importante de ce groupe. Il qualifie Yu de « Trésor national » pour la qualité de ses contributions. Stilwell est venu remplacer Susan Thornton en octobre 2018 jugée pas assez dure envers la Chine.

Matthew Pottinger

Conseiller à la Sécurité Nationale, cet ancien journaliste du Wall Street Journal, en poste à Pékin au début des années 2000 est sinologue et considéré comme le pivot de ce changement de politique. Sinophone, il a fait un discours politique en excellent mandarin le 4 mai 2020 sur le mouvement du 4 mai 1919 tout en rapprochant ce mouvement populaire et celui  qui a mené Trump à la Maison Blanche. Bien entendu, du côté de Pékin, on a montré une incompréhension de cet événement patriote, qui s’opposait au féodalisme et au colonialisme.

Trump a clairement dit que les anciens présidents américains n’avaient pas « fait le job » avec la Chine en laissant le grand rival asiatique se rapprocher tout près de la puissance mondiale. Il veut remettre à égalité le deal. L’équipe en place va-t-elle adoucir sa position. Quelle influence peut avoir Steve Bannon, ancien conseiller de Trump et associé au plus bruyant des dissidents chinois, Guo Wengui, dans une croisade anti-communiste?
La rencontre de Hawaï va-t-elle signer une accalmie ?

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17 juin 2020

Chine-Etats-Unis : le point

L’économiste Huang Qifan, ancien maire de Chongqing, lors d’un séminaire du 8 au 10 juin, fait le point sur les relations sino-américaines. Il rappelle le contexte actuel et les tensions, puis détaille la batterie de sanctions dans les mains de l’administration de Washington. Il appelle la Chine à prendre les menaces au sérieux et à lutter tout en restant souple et à s’améliorer dans divers domaines. 
Ci-après un résumé-traduction de la partie du discours sur les relations des deux pays, « 积极应对美国对华脱钩的系列措施, Réponse proactive à la série de mesures américaines de découplage de la Chine ».

Un environnement très tendu


« Dans le contexte de la crise sanitaire, les États-Unis s’efforcent de faire porter à la Chine la responsabilité de leur propre échec dans la lutte contre l’épidémie. Sans oublier la guerre commerciale et le retour de production aux Etats-Unis. A l’approche des élections américaines de novembre, les relations sino-américaines entrent maintenant dans la phase la plus difficile depuis l’établissement des relations diplomatiques.  

Les restrictions-sanctions


Les États-Unis ont récemment bloqué Huawei tout en mettant en place des restrictions à 33 sociétés et institutions chinoises. Les autorités boursières prennent des mesures contre les sociétés chinoises. Les étudiants chinois ne pourront plus partir étudier les STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques aux États-Unis, on discute de la suspension ou de restriction des visas. Certains politiciens demandent l’annulation des bons du Trésor américain, le gel des avoirs chinois aux États-Unis, etc. On peut dire qu’il y a déjà les débuts d’une importante poussée américaine pour le découplage de la Chine.

Chine Etats_Unis

La base juridique pour de plus amples sanctions

En 2015, le Congrès américain a adopté un projet de loi qui constitue désormais la base juridique permettant au département du Trésor des États-Unis de déterminer si un pays est un « manipulateur de devises ». En vertu de cette loi, si un pays est reconnu comme étant un « manipulateur de devises », les États-Unis pourront lui infliger des sanctions dans les dix domaines suivants : 
1. Stopper les échanges. 
2. Interdire aux banques et autres institutions financières américaines de fournir des services aux entreprises de ces pays. 
3. Imposer des restrictions sur des technologiques, interdisant l’exportation de haute technologie vers des pays rivaux. 
4. Ne pas permettre aux entreprises des pays rivaux d’entrer sur le marché boursier, et celles qui y sont déjà devront en sortir. 
5. Pour l’éducation et les ressources humaines, limiter le nombre et l’inscription des étudiants.
6. Profiter du monopole du Swift et exclure du système financier ces pays (voir l’article sur l’instauration de la monnaie numérique chinoise).
7. Utiliser la « long arm juridiction » pour chasser les entreprises étrangères.
 8. Geler les actifs aux États-Unis.
9.  Dégrader la notation de la dette souveraine.
10. Mesures visant à faciliter la fuite des capitaux de ces pays.

Prêt à lutter

En août 2019, le Département du Trésor américain, changeant ses critères, a soudainement qualifié la Chine de manipulateur de devises avant de revenir sur sa décision. Néanmoins, au cours des six derniers mois environ, de nombreux hommes politiques américains ont, à diverses reprises, entonné un discours avec le rejet de la responsabilité de la Chine et le découplage. À cet égard, nous ne devons pas le prendre à la légère. Premièrement, nous devons nous débarrasser de nos illusions et nous préparer à la lutte ; deuxièmement, nous devons être confiants et maintenir notre détermination ; troisièmement, nous devons tenir la ligne et réagir avec souplesse.

Constante amélioration

En dernière analyse, nous devons bien faire notre travail, approfondir les réformes internes avec plus de vigueur et de détermination, élargir l’ouverture sur le monde extérieur et accélérer nos efforts pour combler les lacunes concernant l’État de droit, l’innovation, avec un niveau plus élevé de réforme et d’ouverture pour promouvoir un développement de qualité. »

Le discours très synthétique résume bien la situation. Que peut-on espérer?
Le South China Morning Post évoque une rencontre entre les deux pays à Hawaï avec Yang Jiechi, membre du Politburo et Mike Pompeo, Secrétaire d’Etat. Va-t-on vers une accalmie?

Source : 意见领袖丨黄奇帆(重庆市原市长、第十二届全国人大财经委副主任委员)

« Distanciation politique » pour M. Trump


Un peu d’humour pour la journée :

Singapour dessin humour Wang Jinsong


Dessin de Wang Jinsong (王锦松漫画) du quotidien de Singapour, Lianhe zaobao 联合早报 du 9 juin.

Au-dessus de la tête de Trump : » 政治距离 Distanciation politique ».
Le président américain non masqué tient dans la main gauche un papier sur lequel est inscrit : « 峰会 G7, Sommet du G7 ». Pendant ce temps, les dirigeants européens masqués partent!

Autre dessin de l’auteur ici

10 juin 2020