Où sont concentrés les établissements d’enseignement supérieur en Chine?

L’examen d’entrée pour les établissements d’enseignement supérieur – le fameux Gaokao 高考, s’est déroulé les 7 et 8 juillet. 10,71 millions d’élèves ont participé à l’examen, 400 000 de plus que l’an dernier. Les notes ont été publiées en fin de semaine dernière. Maintenant, les universités choisissent les futurs étudiants en fonction des résultats obtenus et des vœux de chacun. Où vont ces étudiants ?

Le Delta du Yangzi en tête


Le réseau d’agences immobilières Lianjia 链家 (6000 bureaux) détaille les observations d’une étude sur les établissements supérieurs. Elle montre qu’en 2018 trois régions se détachent : le delta du Yangzi (Shanghai et les provinces proches du Zhejiang, Jiangsu et Anhui) avec 458 établissements, 17% du total en Chine, l’ensemble Pékin-Tianjin-Hebei, 270, 10% et la région de la Grande Baie du Guangdong 181, 7%.
La première région comprend 5,08 millions d’étudiants, la seconde 3 millions et la troisième 2,38 millions. On assiste à un effet Matthieu, les universités tendent à entretenir leur domination. Les organismes moins prestigieux ont beau baisser les droits d’inscription et offrir des allocations, elles ne peuvent rivaliser avec leurs concurrents plus prestigieux.

Le Jiangsu devant

Pour les provinces, le Jiangsu, près de Shanghai, est la province qui regroupe le plus d’établissements supérieurs (167), devant le Guangdong (154) et le Shandong (146).

Pékin, première ville

Pour les villes, Pékin est au premier rang avec 93 établissements, devant Wuhan, 83, et Canton, 82. Shenzhen se trouve à la 40e place. Wuhan est devant Canton, Chongqing devant Shanghai. Les étudiants ne travaillent pas toujours sur leur lieu d’études ; ils suivent plutôt les mouvements de l’économie. Un peu plus de 50% des étudiants diplômés en 2019 de l’Université pékinoise Qinghua travaillent dans la capitale. Pour Shenzhen, la Silion Valley nationale, qui attire de nombreux diplômés, une expression résume bien sa situation « Shenzhen ne forme pas les talents, c’est le travail des autres villes. »


La répartition des universités correspond davantage à un héritage historique qu’aux récents développements du pays. Par exemple les célèbres instituts du Nord-Est spécialisés en géologie ne répondent plus aux besoins de l’économie ; ils attirent moins.

Articles connexes :
Quelles villes attirent le plus de population en Chine?

Quelles sont les provinces chinoises les plus attrayantes ?

Source : Article de Lianjia

29 juillet 2020

Reprise de l’économie ou non?

La vie en rose


Parler de la Chine, notamment de sa santé économique et de son système politique peut parfois relever de la plaisanterie quand on ne veut pas se regarder dans une glace. Observer ce pays quand on l’habite ou quand on est à l’extérieur donnent évidemment des visions différentes. Cependant, il faut éviter d’être dupe des divers conditionnements. En Chine, le dynamisme de l’économie, de sa population, et son optimisme – bien entretenu par des médias officiels harmonieux – peuvent nous faire entrer dans une bulle. Quand on a des intérêts, financiers, familiaux, économiques ou autre, on est encore plus exposé au risque de se transformer en perroquet conscient ou inconscient de l’Agence Chine nouvelle avec un fanatisme qu’apprécient les franges les plus nationalistes et qui fait rire les autres. 

Noir de noir

D’un autre côté, hors de Chine, où on relève plutôt les trains qui ne sont pas à l’heure, loin de la belle vitrine, il est facile de tomber dans un autre biais. Avec le noir qu’on aime broyer dans les pays occidentaux, on voit vite une Chine en chute libre depuis des décennies. Ce genre d’événement arrive également à des Chinois qui semblent découvrir leur pays en écoutant des médias chinois basés à l’étranger. L’un me répétait qu’il faut aller à New York pour savoir ce qui se passer dans les coulisses du gouvernement chinois. 
Par-dessus, vous ajoutez une crème de grille de lecture idéologique, de gauche ou de droite et la comédie intellectuelle peut battre son plein ou plutôt c’est l’enterrement du discernement. Je ne veux donner de leçon à personne car on peut tous passer par ces états, moi le premier, et osciller de l’un à l’autre. C’est pourquoi sur ce site, je rapporte des voix des divers camps. Aujourd’hui, j’évoque l’émission de Wang Jian sur la santé économique chinoise. Ce journaliste économique, après avoir travaillé en Chine et à Hong Kong, vit désormais aux Etats-Unis où il peut s’exprimer plus ouvertement et sa chanson ne vient pas de Pékin. Voyons d’abord les chiffres officiels sortis en fin de semaine dernière.

La consommation chinoise au premier semestre : -5,9%

Le Bureau national de statistiques a publié les chiffres sur la consommation au premier semestre. Ils s’élèvent à 9 718 yuans par personne et accuse une baisse de 5,9% (9,3% en enlevant le facteur prix). Les citadins ont dépensé en moyenne 12 485 yuans (- 8%, -11,2% corrigés) et les habitants des zones rurales 6209 yuans (-1,6%, -6%).
Deux catégories de produits affichent une hausse, l’une aliments-alcool, tabac avec + 5% et l’autre habitation + 3,1%. L’habillement recule de 16,4%, les articles ménagers de 6,4%, la télécommunication de 10,7%, l’éducation et les loisirs 35,7%, les dépenses de bien-être et médicales de 9,9%.

Consommation, dépenses par catégorie, et proportion dans la consommation globale sur le 1er semestre 2020 :

Consommer en Chine, quels articles?

Les bénéfices des entreprises : – 12,8%


Les bénéfices des entreprises ont baissé de 12,8 % au premier trimestre, 28,5% pour celles du public, 13,7% pour les sociétés par action, les sociétés étrangère ( y compris celles à capitaux de Hong et Macao) de 8,8% et les entreprises privées de 8,4%.

Juin : amélioration

Le mois de juin présente de meilleures perspectives.
1. Les ventes des grandes entreprises industrielles sur juin se sont redressées. La valeur industrielle après un frémissement à +0,4% en mai, affiche une hausse de 4,8% en juin.2.  Après la chute du début d’année 2020, l’indice des prix à la production (PPI) se redresse, voir illustration. 3. Les prix de revient, grâce, en partie, au recul du baril de pétrole, sont moins élevés. Sur 100 yuans, la baisse des coûts équivaut à 0,22 yuans.
Indice des prix à la production (PPI) :

PPI Chine reBOND en juin 2020

Pas de rebond?

Wang Jian, journaliste économique, ne croit pas à la reprise économique chinoise, comme l’indiqueraient les données du mois de juin. La consommation est faible et les marchés étrangers ne permettent pas au secteur de l’export de se relever. Comment peut-on avoir une économie qui repart ? Il n’a pas confiance dans une partie des chiffres officiels. Par exemple, ces dernières années, les douanes ont commencé en 2018 à utiliser la monnaie chinoise et non le dollar pour indiquer les montant du commerce extérieur. Il est plus difficile de faire les recoupements avec les données d’autres pays en raison de l’effet de change qui peut être influencé dans le sens qu’on veut bien lui donner. Il observe d’autres données qui sont peu regardées et qui ne passent pas par l’ « harmonisation », comme par exemple les chiffres sur les transports. Le premier semestre 2020 a un volume qui représente seulement 45,2% du volume de 2019 et le mois de juin qui verrait une reprise enregistre un volume de 68,8% de juin 2019 à l’intérieur des villes et 56,3% entre les villes. Le journaliste trouve qu’il est beaucoup trop tôt de parler de reprise. Beaucoup de secteurs avaient atteint un sommet dans les années 2016-2017 avant de baisser, la crise sanitaire n’a qu’aggravé une économie qui a besoin de réformes structurelles.

Le catastrophisme sans catastrophe

Le catastrophisme économique et financier sur la Chine existe depuis plus de trente ans et aucune collision n’est arrivée. Que les chiffres officiels soient orientés pour une belle esthétique, je le crois. Pour cela, doit-on penser que la situation est aussi mauvaise que certains milieux le disent ? Non, ce n’est pas mon avis. Nul pays n’est parfait. La Chine est multiple. On a une Chine des villes et de la façade est, avec certains secteurs – le numérique- en forme. Les plans de relance chinois sont présents. D’un autre côté, on a une Chine à la traîne avec ces 600 millions de personnes et leurs 1000 yuans ( 140 $) de revenu moyen par mois. L’économie chinoise repart? Certainement! A petits pas? Il y a de fortes chances!

Sources:
Bureau national des statistiques
Bureau des statistiques 2
Emission de Wang Jian

28 juillet 2020

Où va la Chine?

Les informations dans les médias chinois et occidentaux mainstream n’abondent pas sur le mouvement discret qui se dessine depuis quelques années en Chine : le contrôle public de plus en plus renforcé sur les grandes entreprises privées en Chine, voire des nationalisations et la distanciation forcée et progressive de certains grands patrons des manettes des entreprises. Jack Ma, le fondateur d’Alibaba est-il un exemple ? Les premières fortunes chinoises n’ont pas intérêt à débattre publiquement de l’emprise de l’Etat sur leur groupe. Il faut aller chercher les informations dans les médias chinois plus libres hors de Chine, faire le tri et recouper les informations avec ce qu’on peut glaner sur le terrain grâce à des contacts personnels.

Nationalisation

 La chercheuse Mary-Françoise Renard dans un article de décembre 2019 note qu’« On assiste par ailleurs depuis quelques mois à une « nationalisation » de certaines entreprises privées qui sont en partie rachetées par des firmes publiques, notamment pour bénéficier des avantages de celles-ci, la distinction entre privé et public étant parfois peu claire. » Cette lame de fond rappelle à certains les années 50 lorsque les méchants capitalistes ont vu les nationalisations de leurs entreprises. Au début, la campagne lancée répondait au concept du doux nom «公私合营 Partenariat public-privé ». La partie privée, qui a vu ses biens enlevés, ne considérait pas l’opération comme un partenariat ! 

Les princes rouges et les grands groupes


Le journaliste Wang Jian, comme plusieurs intellectuels chinois basés à l’étranger, considère le sort de Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, emblématique de la vie d’un grand chef d’entreprise en Chine. Le pouvoir et les groupes d’intérêt formés du « parti des princes rouges » et de divers clans parfois ennemis mettent la main sur les groupes-clés. De nombreux chefs d’entreprises essaient d’avoir le moins de relations possibles avec le gouvernement pour éviter les complications mais ils n’ont pas le choix. Ma a déclaré il y a une dizaine d’années qu’il aimait le gouvernement, mais qu’il ne voulait pas se marier avec.

Retraite volontaire?


Le New York Times annonçait le 7 septembre 2018 que Jack Ma né en 1964, qui n’est pas un vieillard, allait prendre sa retraite en 2019. Le lendemain, le groupe Alibaba rachetait Le South China Morning Post, journal anglophone de Hong Kong. Le 10 septembre, le dynamique Jack Ma annonçait dans une lettre publique qu’il partirait à la retraite un an plus tard. Il vient d’annoncer l’introduction en Bourse du groupe Ant, la branche très lucrative services financiers et technologiques. La société phare avec Ali Pay effectue  55% des transactions financières en ligne en Chine ; l’application revendique 1,3 milliard d’utilisateur dans le monde. L’entité est évaluée à 200 milliards de dollars. Selon le journaliste Wang Jian, la retraite et l’introduction en bourse d’Ant font partie d’une négociation avec des personnages haut placés représentant des divers groupes d’intérêt politiques et économiques. Ces derniers apportaient une protection politique à Ma. Des différends sont intervenus à la suite de diverses opérations de Ma pour se protéger si bien que son retrait a été demandé. Il aurait obtempéré en échange de la mise en bourse de la partie financière de l’entité Alibaba. Si personnellement, l’homme d’affaires ne détient que 0,53%% du capital, par le jeu des sociétés actionnaires, il jouit de plus de 50% des droits de vote.

entreprise privée 私企 国企entreprise publique en Chine

La chercheuse française rappelle que le secteur public détient 85% du secteur bancaire, la majorité des réseaux de transport, des télécommunications, des services liés à l’éducation, à la science et à la technologie et l’ensemble des média publics. A Pékin, une expression en vogue dans les années 50 recommence à circuler « L’Etat avance, le privé recule, 国进民退 ». Les plus critiques évoquent un retour au communisme, les modérés à un contrôle de l’Etat sur toutes les activités stratégiques et lucratives. 

Principales sources :
L’émission de Wang Jian
Article de Mary-Françoise Renard dans Alternatives Economiques

22 juillet 2020

Impôt et double nationalité

A côté de la construction de l’arsenal juridique, la Chine poursuit la constitution de ses lois fiscales. Une étude officielle évalue à 60 millions le nombre de citoyens chinois établis à l’étranger. Le gouvernement a décidé de taxer les revenus internationaux de ces citoyens et de faire le ménage de la double nationalité. 

Une note salée ?

Le ministère des finances a annoncé que tous les citoyens chinois devront payer des impôts sur leurs revenus globaux dans le monde entier. Cette mesure touche donc les Chinois habitant à l’étranger. Pour les employés chinois de Hong Kong, la note pourrait être salée. Les plus hauts revenus sont taxés à 17% à Hong Kong alors qu’en Chine le barème monte à 45%.

Fin de la double nationalité

Une étude officielle évalue à 60 millions le nombre de citoyens chinois établis à l’étranger. La Chine ne permet pas la double nationalité, cette mesure pourrait obliger ceux qui détiennent une nationalité étrangère à faire un choix. D’autant plus que le ministère de la sécurité publique a commencé à faire le ménage avec les certificats de résidence chinois, le fameux 户口 hùkǒu. 
On ne connaît pas les chiffres sur les personnes détenant au moins deux passeports, on doit les compter en centaines de milliers au minimum. Depuis quelques années, le renforcement des contrôles et la mise en place de l’empreinte obligatoire avec la carte d’identité et à la douane ont permis aux autorités de repérer des détenteurs chinois d’un passeport étranger, mais ils ne touchaient qu’une faible partie. Une amende est prévue, mais elle n’est pas toujours demandée. L’abandon d’une des nationalités, bien entendu, est obligatoire.
Cette année, la volonté de faire respecter la loi est forte. Les municipalités de Shanghai, Guangzhou et Chengdu ont commencé à composer les premiers règlements. Les commissariats locaux demandent aux Chinois qui ont une nationalité étrangère ou qui sont établis à l’étranger ou à leurs proche en cas d’absence, d’effectuer les démarches pour la suppression du certificat de résident à partir 20 août. Les étudiants et les employés envoyés l’étranger par une société ou un organisme ne sont pas touchés par cette mesure.

double nationalité en chine

Incertitudes


La suppression du hukou entraînera-t-elle la suppression de la carte d’identité chinoise, qui est indispensable pour de nombreuses démarches administratives ou privées ? Comment sera réglé le problème de la personne qui a acheté un appartement avec sa carte d’identité chinoise, aura-t-elle les mêmes droits qu’un citoyen chinois habitant en Chine ? Une personne qui voudra abandonner la nationalité étrangère pourra-t-elle récupérer son hukou et la nationalité chinoise ?

Source :
重磅!中国开启全球征税时代!海外永居华人国内户口要被注销?

21 juillet 2020

Double incompréhension sino-occidentale

La médecine chinoise est un domaine passionnant, elle avait motivé ma décision d’apprendre le chinois, mais le tourbillon de la vie m’en a écarté. J’ai croisé les vidéos éclairantes d’Eric Marié et l’une évoque les incompréhensions entre deux mondes, la Chine et le monde occidental. 

Le professeur explique la réaction au XVIIe siècle des médecins chinois devant les planches anatomiques et les représentations du corps humain occidentales, ainsi que la perception des Occidentaux devant les réalisations chinoises.

anatomie chinoise corps humain acupuncture chinoise

Les réactions occidentales


Les illustrations chinoises proviennent d’un traité d’acupuncture et de moxibustion -針灸大成- paru en 1601. La première planche montre le système des organes et des entrailles et la seconde la répartition du système méridien dans le corps humain. Les Occidentaux ont pensé que les Chinois ne connaissaient strictement rien à l’anatomie, que la répartition des organes était peu réaliste et cohérente, qu’ils étaient très mauvais en dessin figuratif. Sur le second dessin, ils voyaient plutôt un orang outang et ne trouvaient pas les proportions utilisées ridicules avec des lignes et des points qui ne correspondaient à rien. 

squelette humain corps humain anatomie

Les réactions chinoises

Les planches anatomiques occidentale venaient d’un ouvrage du célèbre médecin des rois français, Ambroise Paré, de la fin du XVIe siècle. Quant aux Chinois, ils voyaient un squelette dans un jardin et un écorché vif et ne comprenaient pas comment un homme sans peau, sans chair puisse être en vie et travailler. Ils trouvaient ces schémas absurdes et conclurent que les Occidentaux ne connaissaient rien au corps humain et à la médecine.
Les deux côtés ont délaissé les représentations de l’autre.

Double incompréhension

Les Chinois n’ont pas fait de planches anatomiques mais ont réalisé un schéma explicatif. En l’absence de véritable dialogue, cette double incompréhension a perduré et il reste encore une partie de la médecine occidentale qui ne reconnaît pas l’intérêt de la médecine chinoise.

Dans tous les domaines


Cet épisode fait partie des multiples exemples d’incompréhension entre les deux mondes et aucun domaine n’est épargné, même au niveau politique. J’ai abordé plusieurs fois le sujet d’une arrogance occidentale qui croit vite savoir comment est la Chine. Ce manque d’humilité mène parfois à des échecs criants. Au niveau politique, les Etats-Unis ont longtemps cru à une certaine docilité chinoise, voir l’article sur le pari perdu. Un conseiller de la Maison Blanche reconnaissait que la politique envers la Chine signait le plus grand fiasco depuis les années 30. Ces incompréhensions ne sont-elles pas contingentes à la nature humaine ? Quand l’ego se met de la partie, les mêmes mésententes existent entre deux personnes de la même famille, deux amis, deux collègues, deux voisins et bien d’autres.

Article sur les propos du conseiller de la Maison Blanche

Vidéo d’Eric Marié :

13 juillet 2020

Penser (en général, et à la Chine en particulier)

Article écrit par Stephane Baillie Gee, Consultant en management, Europe – Chine

Dans toutes ses dimensions (surface, population, économie, histoire), la Chine est ”énooooooorme”. Alors comment intégrer un aussi gros morceau? La réponse simple serait : “une bouchée à la fois.” Sauf que ce n’est pas si évident. En voici quelques raisons.

Courbe en cloche

Nombre de choses sur notre planète suivent une distribution “normale” que l’on appelle aussi la courbe en cloche. Ne parlons pas de la Chine, sujet épineux s’il en est, mais de la taille des êtres humains. En moyenne, elle est d’environ un mètre soixante-cinq. Maintenant, imaginez-vous dans une conversation où vous relayez cette information. Combien de temps, à votre avis, avant que quelqu’un vous dise (parfois avec un ton accusateur, triomphant ou de dédain) que vous avez oublié les basketteurs ? De bonne disposition, vous les ajoutez à votre description. Mais combien de temps avant que l’on vous mette sous le nez les amis de Blanche-Neige ? Vous voyez le problème. 

Général et particulier

Parler de la Chine, c’est pareil. Vous dites une généralité, et vous allez vous prendre un retour sur le fils de la voisine qui est sinologue et qui habite un quartier de Guangzhou où ce n’est pas comme vous dites. D’une manière générale, il est essentiel d’être capable de naviguer entre le général et le particulier. Or, le particulier peut aller à l’encontre du général, mais ça ne change rien. 
J’ai eu l’occasion d’avoir ce genre de conversation avec des collègues chinois à de nombreuse reprises. Je leur demandais comment ils faisaient telle chose en Chine et la réponse était invariablement “tu sais, nous sommes un milliard quatre, ça dépend”. C’est très frustrant pour un occidental à la recherche d’une certitude.
Avec l’habitude, on se rend compte que finalement, oui ça dépend, mais qu’il y a malgré tout une tendance. Elle donne une idée de la culture. Une définition de la culture que j’apprécie est : “c’est comme ça qu’on fait ici”. Mais c’est aussi une histoire de poupées russes : les gens de Xintiandi à Puxi (rive gauche de Shanghai) ne sont pas les mêmes que ceux de Jinqiao à Pudong (rive droite). Alors maintenant, il faut choisir, on veut le pedigree de tous les Chinois ou une généralité qui par définition ne pourra décrire toutes ses exceptions ?

foule chinoise

Généralité et stéréotype

Il est important de comprendre la différence entre généralité et stéréotype. La première est l’application d’une “règle” dans un but pratique et de rapidité. Mais, et c’est un grand “mais”, avec souplesse et adaptabilité. Je vois un asiatique dans un restaurant chinois, donc c’est un chinois : rapide, pratique. Mais il parle coréen, donc c’est un coréen : souple et adaptable. 
Le stéréotype est tourné vers l’application “quasi-idéologique” de la même règle. Vous savez, dans la vie, il y a deux types de gens… Etc. L’addiction aux catégories peut nous empêcher de naviguer avec délice entre le micro et le macro, le général et le particulier, tout et son contraire. 
Surtout qu’il n’y a pas que l’addiction aux catégories, il y a aussi celle de savoir mieux que les autres. C’est peut-être imaginable avec les vins de Bordeaux (je dis cela car je n’y connais rien), mais la Chine, vraiment, je n’y crois pas. Pour montrer qu’on s’y connait mieux que les autres il suffit souvent de montrer qu’ils n’y connaissent rien. 
Les stratagèmes sont multiples. Il y a tous les sophismes tels que : “Comment osez-vous citer Untel, il était alcoolique !” Euh… oui ! Ou encore : “tout le monde sait que…!” Euh… non. Je vous laisse faire vos recherches sur le sujet. 

Syndrome de Robinson Crusoe

Enfin, il y a un mal particulier aux étrangers en Chine. Il m’avait été décrit comme une variante du syndrome de Robinson Crusoe : Je suis perdu en Chine, il ne peut donc y avoir que moi en Chine. Si vous vous êtes un peu baladé dans l’Empire du milieu, vous avez peut-être croisé un “laowai” qui vous regardait de travers sans autre raison que justement, à cause de vous, il n’était plus seul en Chine. Rassurez-vous, retourné au pays, il est redevenu le seul à pouvoir en parler. 

Un éléphant (et) sa trompe!

Comme je l’ai indiqué au début, la Chine est “”énooooooorme”, alors plutôt que de vouloir avoir absolument raison, souvenons-nous de cette histoire où un éléphant est apporté dans un village où personne n’en avait jamais vu. La nuit tombée, certains se sont glissés dans son enclos. La conversation du matin : “c’est un tuyau qui monte au ciel” dit celui qui avait touché la trompe. “Non, c’est une énorme colonne” dit celui qui avait trouvé une des pattes. “Pauvres de vous, c’est une voile” dit celui qui s’était retrouvé près de son oreille”. J’espère vous avoir mis la puce à l’oreille.

9 juillet 2020

Quelles sont les provinces chinoises les plus attrayantes ?


Les dernières données sur la circulation des populations en 2019 montrent le renforcement de la tendance de 2018, avec un attrait toujours important pour les provinces du Zhejiang et du Guangdong. 

Sud-Est/Nord-Est

En effet, elles regroupent à elles deux 70% du solde migratoire positif interprovincial en Chine. Pour le Zhejiang, 90% de cette population se concentre sur deux villes, Hangzhou et Ningbo. Pour la province du Guangdong, les villes les plus recherchées sont Shenzhen, Canton et Foshan. Le Zhejiang enregistre un solde positif de 841 000 personnes et le Guangdong 826 000. Le Xinjiang avec + 271 500, la ville de Chongqing +134 700 et le Fujian +51 000 suivent dans le classement. 
La province du Shandong, qui compte plus de 100 millions d’habitants, a un solde négatif de 199 800 personnes, les trois provinces (Heilongjiang, Jilin et Liaoning) du Nord-Est continuent de voir un solde négatif, avec -330 130 en 2019.
Le Sud-Est largement reste bénéficiaire de cette migration alors que le Nord-Est subit. Les inégalités se retrouvent également entre les grandes et les petites villes.

Grandes villes/Petites villes

En effet, dans l’ensemble de la Chine, les villes de première et secondes catégories ( les 30 plus grandes villes) ont des soldes migratoires positifs alors que les villes de troisième à cinquième catégorie présentent un solde négatif, qui ne va pas s’arrêter.
Pékin et Shanghai sont des cas spéciaux, elles ont pris des mesures pour limiter l’afflux de population. La capitale, qui a même mis en place une politique de départ, continue d’enregistrer un solde négatif ; de 2018 à 2019, il a baisse certes, de -220 000 à -6 300 ; Shanghai, le solde est légèrement positif, +10 000. Au contraire, Canton a un solde positif de +250 000 et celui de Shenzhen, non divulgué, est estimé à +300 000.

Facteur économique

La principale motivation de cette émigration tient dans le facteur économique. La province de Canton, la plus peuplée de Chine avec 115 millions d’habitants compte un PIB équivalent à celui de la Corée du Sud. Diverses politiques attirent aussi ; Hangzhou a défini un plan sur trois ans pour favoriser la création d’entreprises en faveur des étudiants. La capitale du Zhejiang a toute une batterie de mesures pour attirer les étudiants de l’étranger avec des allocations de retour en fonction des niveaux d’étude. Ces diverses dispositions visent un millions d’étudiants.

répartition de la population chinoise

Tension immobilière

Bien entendu, cette urbanisation à bride abattue des plus grandes villes pose des problèmes de gestion en termes de logement et accentue la pression sur les prix. Les limites d’achat instauré dès 2010 dans de nombreuses grandes villes veulent limiter la hausse des prix face à la demande gigantesque.

De tels afflux de population dérangent les règles classiques occidentales qui prédisent l’éclatement de la bulle immobilière chinoise depuis 15 ans régulièrement. Le facteur population bouscule beaucoup de grilles de lecture et quand on l’oublie on voit la Chine avec des lunettes de myope.
Ce quasi exode ne va pas s’arrêter et contribue à accentuer l’inégalité entre la façade sud-est le le centre du pays et entre les grandes villes et le reste du pays.
Les politique de rééquilibrage du gouvernement central sont-elles un véritable contrepoids?

Sources :
2019年人口净流入前五省份揭晓:浙江广东新疆重庆福建
年人口迁徙大盘点中泰宏观2019年从人口流向看房价走势

23 juin 2020

Comment apprendre les caractères chinois ?

Avec l’aide de Cyrille Javary

Quand j’ai commencé le chinois dans les années 80, il n’existait pas de méthode digne de ce nom en français. Pour comprendre les idéogrammes, à notre disposition, nous avions « Caractères Chinois, étymologie, graphies, lexique »  de L. Wieger et « L’idiot chinois » de Kyril Ryjik. 

Livre de Cyrille Javary 100 mots pour comprendre

« 100 mots pour comprendre les Chinois » de Cyrille J.-D. Javary est un excellent fil conducteur pour apprendre et comprendre les caractères. Cet ouvrage nous raconte l’histoire et les histoires de ces caractères en plusieurs thématiques : nature et temps, corps et sentiments, famille et société, manger et boire, culture et technologie, histoire et politique, sagesses et spiritualité. Je passe sur diverses considérations pertinentes de l’auteur pour m’attacher au processus mnémotechnique qui peut nous aider à comprendre la logique et à les retenir.

L’arbre, 木

木 arbre

L’auteur démarre dans la section « Nature et temps » avec l’idéogramme désignant arbre 木, mù.  Nous voyons dans l’illustration ci-dessous l’évolution du caractère, de gauche à droite avec d’abord sa forme archaïque avec en haut, la ramure, le trait vertical, le tronc, et en bas, la racine. Ensuite, nous avons des formes plus stylisées pour arriver à la forme idéographique classique. 

caractère chinois arbre

Racine,本


Comment dit-on racine ? Très simple, on ajoute un trait au bas de l’idéogramme, la racine est bien dans le bas de l’arbre : 本, běn. Ce caractère se retrouvera dans « Japon » avec soleil, ce pays est bien nommé le pays du Soleil Levant – la racine du Soleil, 日本.
« Pour ce qui est de : 本, ce n’est pas tant le fait que la racine est bien dans le bas de l’arbre que le fait que la racine ne se voit pas, puisqu’elle est enfouie en terre. C’est donc la preuve que le signe 木 n’est pas un pictogramme, un dessin qui sert à décrire ce qu’on veut écrire, mais bien un idéogramme, le dessin d’une idée, ici le « système-arbre » qui pendant la période yang de l’année pousse vers le ciel et pendant la période yin de l’année pousse vers la terre. L’idéographie, ne suggère pas des idée, elle les représente, elle les donne à voir » ( mail de C. Javary).

Branche,

Où se trouvent les branches ? En haut. En ajoutant à arbre, un trait en haut, on retrouve le mot branche, 末, mò.

Fruit, 果

Les fruits poussent à l’extrémité des branches. La forme primitive le montrait, mais les contraintes du tracé au pinceau ont transformé le fruit en carré, 果, guǒ.

Nid,  巢

Le nid, souvent dans les arbres, se différencie, avec trois traits supplémentaires au-dessus des fruits, rappelant « le battement des ailes des parents oiseaux, revenant au nid avec la nourriture de leurs oisillons » : 巢, cháo.

Cueillir, 采

Et cueillir ? Il suffit de placer au-dessus de l’arbre, un signe de la main se refermant sur quelque chose. 采, cǎi.

Je vous donne un aperçu d’un ouvrage qui aide beaucoup dans l’apprentissage de la langue.

Davantage d’articles sur la langue chinoise dans la rubrique des caractères ici.

7 juin 2020

Covid 19 : La Chine et ses tests

30 sortes de tests
Avec les retours au travail, dans les écoles et universités, la Chine, pour assurer le contrôle de l’épidémie et la reprise de l’économie, a dû prendre de grandes précautions. Le 22 avril, le gouvernement prenait la décision de lancer une grande campagne de tests de dépistage. Le 8 mai, il autorisait 30 types de tests, 19 à acide nucléiques et 11 sanguins pour répondre aux demandes intérieures et étrangères. 

Coronavirus text Chine

ADAPATATION
Les autorités sanitaires doivent constamment s’adapter aux évolutions du virus comme l’apparition de nouveaux phénomènes : les personnes asymptomatiques contagieuses, les malades guéris qui redeviennent positifs (复阳), les Chinois qui rentrent aux pays porteurs du virus.

LES TYPES DE TESTS
Les centres de dépistages utilisent trois types de test : 
1. A séquençage génétique. Il a une grande fiabilité, mais coûte cher, plus de 500 euros et les résultats sont lents à sortir.
2. A acide nucléique, relativement fiable même si il peut rater des cas positifs. C’est le type de test le plus utilisé, notamment en raison de son coût, entre 10 et 35 euros.
3. Test sanguins anticorps, rapide, permet de détecter les personnes contaminés et guéris. Ce test est davantage un apport au test nucléique. Il ne permet pas de déterminer si le patient testé positif est contagieux. Il ne peut remplacer le test nucléique.  Coût entre 6 et 12 euros.

UNE DEMANDE EXPONENTIELLE
Les centres de dépistage se sont multipliés, Wuhan, par exemple, a ajouté à ses 211 centres, 111 nouveaux fin avril. Pékin est passé de 3 à 53. Les hôpitaux ont renforcé les conditions de sortie. Un scanner et un test de selle doivent désormais confirmer la guérison du patient. Les douanes aussi ont augmenté le nombre de laboratoire tout comme le personnel dédié aux contrôles. De nombreuses sociétés, comme Huawei ou le promoteur Vanke font passer des tests à leurs employés.

La demande de tests est donc très forte en Chine, comme hors de Chine. Le site Caixin estime la demande étrangère à 1,2 milliard alors que la production journalière est 9,02 millions de tests. Il sera difficile de répondre à cette exigence de tests massifs en Chine, mais à l’heure actuelle, on ne peut encore chiffrer l’ampleur de la difficulté. Combien de tests manquent à la Chine ?

Article consulté : 新冠检测挑战