Influence indienne en Chine, similitudes et différences entre les deux pays

L’ancien consul chinois de Mumbai, Yuan Nansheng 袁南生, lors d’une conférence en juillet, expose ses réflexions sur l’Inde en abordant divers sujets, culturels, religieux, économiques et politiques. Il rappelle plusieurs aspects, comme l’influence de l’Inde sur la Chine durant l’histoire, les similitudes et les différences entre les pays, ainsi que la longue coopération malgré des moments difficiles.

Résumé/traduction de plusieurs parties de la conférence :

Influence de l’Inde sur la Chine


L’Inde est la puissance mondiale qui a eu la plus grande influence sur la Chine ancienne, notamment avec le bouddhisme, la philosophie, l’agriculture, la musique, la danse, la sculpture et la médecine. Les dynasties Han et Tang sont les dynasties les plus puissantes de l’histoire de la Chine, l’Inde a beaucoup compté. Trois grandes vagues d’études à l’étranger ont vu le jour dans l’histoire chinoise, la première pour l’Inde a commencé sous la dynastie Han et s’est étendue sur six cents ans jusqu’à la dynastie Tang. La seconde, à la fin de la dynastie Qing et au début de la République de Chine s’est dirigée vers le Japon. Avec la troisième vague, les directions principales sont l’Angleterre et l’Amérique.
Deux personnages se détachent de ce mouvement vers l’Inde: Fa Xian sous la dynastie orientale des Jin et l’autre le moine Xuanzang 玄奘 des Tang. Fa Xian est le premier étudiant étranger de l’histoire chinoise en 399 après JC. Par la suite, l’URSS a exercé une grande influence sur la Chine, puis maintenant les Etats-Unis.
Xuanzang 玄奘 :

Chine Inde bouddhisme Xuan Zang

L’Inde, influence étrangère

L’Inde est un pays où les civilisations étrangères ont laissé une profonde empreinte. Certains des Aryens d’Asie centrale se sont déplacés vers l’ouest, occupant ce qui est maintenant l’Allemagne ; d’autres se sont déplacés vers le sud, l’Inde. Ces Aryens ont apporté le brahmanisme et le système de castes en Inde. Les langues de l’Inde et de l’Europe ont des racines communes, l’indo-européen. Les Mongols ont ensuite occupé l’Inde et ont établi la dynastie moghole. A cette époque, les Mongols croyaient en l’Islam, ils ont donc apporté l’Islam . Plus tard, les Britanniques sont arrivés l’Inde avec le christianisme, faisant de l’Inde le plus grand pays anglophone et la plus grande démocratie. L’Inde est le pays qui a la plus grande et la plus profonde empreinte étrangère.

L’Indien réussit mieux à l’étranger

L’Inde est le pays comptant des ressortissants qui ont le mieux réussi à l’étranger. Contrairement aux Chinois, qui parlent toujours du retour, l’Indien s’adapte facilement – où qu’il aille, c’est sa patrie. Lorsque j’étais ambassadeur au Surinam, 36% des habitants étaient des Indiens, ils constituaient le plus grand groupe ethnique, et le deuxième était les Indonésiens. En fait, dans des pays comme Trinidad et Tobago et l’île Maurice, les Indiens sont le groupe ethnique numéro un. En Afrique du Sud, au Zimbabwe et dans de nombreux autres pays, les Indiens ont une forte présence locale. Dans ces endroits où j’ai travaillé, les Indiens gagnent de l’argent sans effort, les Chinois l’inverse, beaucoup d’effort sans gagner d’argent, pourquoi ? Les Indiens sont bons en langue, ils sont instruits, spéculent sur les actions, ouvrent des sociétés de valeurs mobilières ; deviennent juges, propriétaires de banque . L’argent vient vite. Les Chinois font généralement des « travaux forcés ». Aujourd’hui, aux États-Unis également, les PDG de nombreuses grandes entreprises américaines sont des Indiens. Lorsque j’étais consul général de San Francisco aux États-Unis, le groupe aux revenus les plus élevés aux États-Unis était celui des Indiens-Américains, 165 000 dollars par an par famille ; les Chinois viennent en deuxième position avec 145 000 dollars, les Blancs 85 000 dollars, les Mexicains 23 000 dollars US par an. La diaspora indienne est celle qui réussit le mieux à l’étranger.

Position stratégique

 L’Inde attire les grandes puissances pour des raisons stratégiques. Le taux de croissance économique annuel est généralement supérieur à 7%, c’est l’une des économies les plus dynamiques du monde. L’Inde importe 80% de son pétrole, le prix du pétrole a beaucoup baissé. Il s’agit d’une opportunité unique pour l’Inde. L’économie de l’Inde est désormais plus importante que celle de la Russie. Avec la guerre des prix du pétrole, pour chaque baisse d’un dollar, la Russie perd deux milliards de dollars par an, pensez à l’argent que la Russie doit perdre. Mais l’Inde est ravie, et bien sûr la Chine profite beaucoup de la baisse des prix du pétrole. 

Similitudes entre la Chine et l’Inde

Les similitudes sont au nombre de quatre.
1.Tout d’abord, la Chine et l’Inde font partie des quatre anciennes civilisations.
2. La Chine et l’Inde ont généré les plus grandes économies du monde dans l’Antiquité. Selon les conclusions de l’historien Angus Maddison, durant les 1500 premières années de l’ère chrétienne, l’Inde comptait le plus gros PIB mondial. Mais l’Inde ancienne était plus étendue. Elle comprenait le Pakistan, le Cachemire, le Bangladesh, le Sri Lanka, le sud de l’Afghanistan, le Népal. Sous les Ming, au XVIe siècle, la Chine a pris la place de l’Inde.  
3. Deux pays en développement.
4. Des économies à croissance rapide, qui font partie des BRIC.

Les différences

Mais la Chine et l’Inde sont différentes à plus d’un titre.
1. La Chine a un système socialiste alors que l’Inde a un système capitaliste avec une séparation des pouvoirs.
2. Les traditions culturelles sont différentes. Je pense que c’est une différence très fondamentale. Dans un sens, la culture chinoise est une culture de ce monde, une culture séculière. Cette culture ne croit pas en une vie après la mort, ne valorise pas le karma et se concentre sur cette existence et sur la nécessité de se réaliser dans cette vie. L’histoire en Chine depuis des milliers d’années est très importante, les Chinois aiment laisser un nom dans l’histoire. En revanche, la culture indienne,au contraire,  est une culture religieuse. La théologie indienne est très développée. La religion se concentre sur le bonheur dans l’au-delà, pas dans cette vie. On peut comprendre la remarque de Marx « l’Inde n’a pas d’histoire », l’ancienne cour de l’Inde n’a pas de Sima Qian, pas de Sima Guang, pas d’historiens pour enregistrer l’histoire, ils ne valorisent pas cela, ils valorisent l’au-delà. Dans l’ensemble, la culture indienne est une culture qui croit que plus les gens souffrent ; plus ils sont proches de Dieu, plus ils seront heureux dans leur prochaine vie. Le gandhisme (l’idée de Gandhi, le père fondateur de l’Inde) est donc l’incarnation de la culture de la souffrance dans les temps modernes. La culture chinoise est à l’opposé, une culture de la joie, pourquoi ? Les Chinois ne croient pas en une vie après la mort, vivent chaque jour,  chaque jour pour être heureux. L’Occident est une culture de la culpabilité, qui croit que nous sommes nés dans le péché et que nous devons aller à l’église le week-end pour expier nos péchés. 
Nous pouvons rappeler qu’à l’époque pré-chrétienne, il y a plus de deux mille ans, les sages, les saints, les penseurs de l’humanité, réfléchissaient aux questions fondamentales de la destinée humaine. En Europe, Aristote et Archimède, par exemple, ils réfléchissaient à quelle question ? La relation entre l’homme et la nature. Il existe donc une tradition de sciences naturelles en Europe, qui est très bien développée jusqu’à présent. Que pensent les Indiens ? Les Indiens réfléchissent à la relation entre l’homme et Dieu, la théologie indienne est donc particulièrement développée. Tous les livres anciens en Inde sont théologiques et agricoles, il n’y a pas de livres d’histoire. À quoi pensaient les sages de Chine il y a plus de deux mille ans, Confucius, Mencius, Guiguzi, Laozi, Zhuangzi, Sun Tzu ? Ils pensaient aux relations humaines. Les Occidentaux parlent d’abord de ce qui est bien ou mal. Les Indiens parlent de réincarnation. Les cultures distinctes de la Chine et de l’Inde ont permis aux deux pays de communiquer, d’apprendre et de se compléter pendant des milliers d’années.
3. Les pressions dans la vie sont différentes. L’Inde a la gratuité des soins médicaux pour tous, même pour les étrangers à l’hôpital. Les études sont presque gratuites. L’Inde investit beaucoup dans l’éducation, environ 4% de l’ensemble du PIB.  A l’exception des films, toutes les représentations culturelles sont gratuites. Les billets sont payés par le groupe Tata ou par le gouvernement indien. En outre, de nombreux musées, des sites du patrimoine mondial et des galeries n’ont pas d’entrée payante.
4. Le logement. Le système est du côté du  locataire, il peut louer à d’autres personnes, même s’il ne peut pas payer le loyer. La loi indienne prévoit que le propriétaire ne peut pas expulser le locataire ; le locataire doit être « certifié ».
5. La force économique est différente. La Chine est maintenant la deuxième économie mondiale, notre PIB dépasse quatorze mille milliards de dollars, soit environ 60 % du PIB total des États-Unis. L’Inde est la cinquième économie, avec trois mille milliards de dollars, la Chine est plus de cinq fois plus grande que l’Inde. L’Inde doit avoir environ 20 ans de retard sur la Chine dans son ensemble.

 Chine Inde Taj Mahal

Les relations entre la Chine et l’Inde


Pour la Chine et l’Inde, la relation sino-indienne est l’une des plus importantes dans les relations extérieures. L’Inde est au centre de notre diplomatie en Asie du Sud. Qui ont été les premiers Chinois à découvrir l’Inde ? D’après nos livres d’histoire, Zhang Qian, né en 164 Av. J.-C., a effectué trois voyages en Occident ; le premier, il a fait des transactions avec des marchands indiens. Zheng He, sous les Ming, s’est rendu à sept reprises dans un endroit appelé Guri.
Après l’indépendance de l’Inde, les relations sino-indiennes sont entrées dans une nouvelle période faste. Lorsque l’Inde est devenue indépendante, qui a été le premier ambassadeur à présenter des lettres de créance en Inde et le premier à arriver en Inde ? C’était l’ambassadeur de Chine. Après la fondation de la République populaire de Chine, le premier pays non socialiste à reconnaître la République populaire de Chine est l’Inde, et le premier pays socialiste, l’Union soviétique. Au cours de sa vie, le président Mao Zedong n’a fréquenté qu’une seule ambassade étrangère à Pékin après la fondation de la République populaire de Chine. Quelle ambassade ? L’ambassade de l’Inde. En avril 1954, le Premier ministre fondateur de l’Inde, Jawaharlal Nehru, s’est rendu en Chine, c’était la première visite d’un grand dirigeant étranger depuis la fondation de la République Populaire. Lors de la visite de Nehru en Chine, un banquet a été organisé à l’hôtel de Pékin, avec huit cents fonctionnaires chinois. Il a fait une exception à la règle qui interdisait de boire de l’alcool en goûtant du Maotai.
Grâce à la coopération, aux efforts et à la collaboration du Premier ministre indien Nehru, la Chine, avec Zhou Enlai, a participé à la conférence de Bandung – la première et la plus importante conférence internationale. Une guerre a éclaté entre la Chine et l’Inde dans les années 60. Mais, c’est du passé. L’amitié et la coopération entre la Chine et l’Inde sont essentielles pour saisir les opportunités de développement communes. Le président Xi a dit ceci : lorsque la Chine et l’Inde parleront d’une seule voix, le monde entier les écoutera. Si la Chine et l’Inde travaillent ensemble, le monde entier y prêtera attention. Maintenant, le Premier ministre Modi, Il a déclaré que la Chine et l’Inde sont « deux corps, un esprit ». 
Il y a maintenant trois forces dans le monde qui ont des doutes sur la Chine, quelle est la première force ? Que pensent les États-Unis de la Chine ? Êtes-vous un ami ou un ennemi ? Il se pose des questions àce sujet. La deuxième force est l’Afrique, des dizaines de pays africains regardent la Chine et se demandent également ce que cela signifie, la Chine est-elle un pays développé ou un pays en développement ? Est-ce une superpuissance ? En Chine, nous avons toujours dit que nous étions le plus grand pays en développement. Lorsque le président Hu Jintao s’est rendu au Nigeria et a prononcé un discours au parlement nigérian, il a voulu dire que le Nigeria est le plus grand pays en développement d’Afrique et que la Chine est le plus grand pays en développement du monde. Quand il a dit cela, des centaines de députés nigérians ont dit « Non, non, non » à l’unisson. Ce qu’ils veulent dire, c’est que la Chine n’est pas un pays en développement, mais une superpuissance. Aux yeux des Africains, la Chine est une superpuissance avec des richesses et de l’argent sans fin. La troisième force est l’Inde. Qu’est-ce qui fait que l’Inde se méfie de la Chine ? Le développement de la Chine, l’essor de la Chine, est une bénédiction ou une malédiction pour l’Inde ? La Chine est très développée, en fin de compte, est-il préférable de travailler avec la Chine, de miser sur le développement rapide de la Chine en matière de coopération gagnant-gagnant dans le domaine des éoliennes ? Ou devrions-nous chacun travailler de notre côté ? Gagnera-t-elle ou perdra-t-elle en suivant ? Elle nourrit des doutes sur la Route de la Soie.  
L’Inde n’est pas accueillante pour les entreprises chinoises opérant en Inde. J’ai rencontré ces problèmes quand j’étais Consul général à Mumbai. À cette époque, Huawei a construit le plus grand institut de recherche étranger à Bangalore, appelé Huawei India Research Institute. À l’époque, elle a engagé plus de sept cents ingénieurs indiens de haut niveau. Quel problème n’a pas pu être résolu ? Les dizaines de membres du personnel de Huawei Chine ne peuvent pas obtenir de visa de travail, seulement des visas de tourisme, mais les visas de tourisme vont bientôt expirer, cela ne donne pas de visa de travail. Huawei possède un grand institut de recherche là-bas, comment la société peut gérer sans son propre personnel ?  
Les entreprises chinoises ont des difficultés pour ouvrir le marché local Récemment, les Indiens ont boycotté les produits chinois, des dizaines de logiciels chinois ont également été interdits.
Afin de répondre au nationalisme et au populisme intérieurs, l’Inde joue la carte de la frontière depuis des années. Il n’est donc pas rare que quelque chose se passe à la frontière indienne, et ce problème est indissociable des problèmes historiques hérités de l’héritage colonial britannique. Le gouvernement britannique a laissé cette situation derrière lui. Mais je ne pense pas que la Chine et l’Inde se dirigent vers une guerre à grande échelle. 

Article connexe : Chine-Inde, où aller? 

Source : 袁南生:印度不可思议

14 octobre 2020

Vous avez une case pour la Chine?

La renaissance de la Chine passe-t-elle par un contrôle plus important de l’économie par l’Etat ? Le regard sur la dernière décennie montre des avancées progressives de l’Etat dans le privé, comme nous l’avons évoqué ici.

Unité ?

Les plus critiques parlaient d’une nouvelle vague de nationalisations des années 50 et du retour du «公私合营 Partenariat public-privé ».
Face aux tourments engendrés par la guerre commerciale sino-américaine et l’épidémie, le gouvernement a demandé clairement au privé plus de patriotisme,  Xi Jinping lui-même le 16 septembre et un communiqué du gouvernement central sur son site. En échange, ces entreprises auront tout le soutien de l’Etat. Le phénomène n’est pas nouveau. Les plus grosses entreprises du privé devaient trouver des appuis pour se développer. Jusqu’alors, elles jouaient avec l’influence des divers clans. Cette fois, l’Etat affiche son ambition, il veut davantage d’unité.

Rien de nouveau


Pour dépasser les clichés idéologiques, retourner dans l’histoire permet de se rendre compte que la main de l’Etat sur le privé, qualifié du doux « 公私合营 Partenariat public-privé » n’est pas nouvelle. Le gouvernement nationaliste de la République de Chine (1927-1949), inspirée par les idées de Sun Yatsen, avait déjà montré de telles pratiques dès 1935 et ce n’est pas une première dans la longue histoire du pays.

premier ministre chine état de qi 管仲


Il faut remonter au VIIe siècle Av. J.-C. et retrouver Guan Zhong 管仲. Premier ministre de l’Etat de Qi durant la période des Printemps et Automnes, partisan d’un Etat puissant et d’une armée forte, il avait besoin d’argent pour financer la défense et les attaques militaires. Il reconnaissait l’importance de la vitalité économique, mais il se méfiait des nobles et des marchands. Il les exclut des domaines importants pour créer des monopoles d’Etat, notamment sur les ressources naturelles, comme le sel et le fer. Le gouvernement central percevait lui-même les impôts et mit sur un strapontin les puissants de l’époque. 
Cette démarche vers le privé s’inscrit dans une période difficile où le découplage annoncé risque de pénaliser la Chine sur de nombreux fronts. Resserrer les troupes est indispensable.

Une réaction à certains articles qui oublient de considérer l’histoire chinoise. L’Etat autoritaire actuel n’est pas sorti du chapeau du gouvernement moderne. Un état fort chinois a toujours essayé d’ « encadrer » l’économie et ses acteurs. Certaines réactions occidentales s’expliquent parfois par le manque de connaissance sur le pays et même par la difficulté à mettre la Chine dans une case. Certains la voient socialiste, d’autres capitaliste. Des textes brandissent le spectre de la dictature. Pourquoi mettre dans une case ? Décrivons et regardons au lieu de masquer notre vue avec nos propres idées ou une idéologie qui remplace le catéchisme d’antan !

Articles connexes :

Où va la Chine?

1er octobre 2020

Palier systémique

En lisant cet excellent article de Stephane Baillie Gee sur le pallier systémique, je pense à tout ce que j’entends sur la Chine et les Etats-Unis. On ressort encore trop les vieux modèles de pensée quand on veut défendre ou attaquer la Chine, on récite parfois un catéchisme suranné. L’opposition et les louanges aveuglent. Les biais de cognition font avaler n’importe quelle couleuvre idéologique et met plusieurs voiles devant les yeux. Tous ces discours deviennent ennuyeux.
Pourquoi toujours penser pour ou contre? D’autres approches existent.
« Or, ce que “dit” le système en place est de deux ordres. D’une part, il explique haut et fort que ce qui l’empêche d’aboutir est toujours dû à des causes extérieures. En dehors d’être une évidence, ceci indique une inadaptation à l’environnement et l’incapacité à fournir une solution. 
D’autre part ces solutions ont des conséquences “systémiques”. Elles causent plus de problèmes, ailleurs. Comme il est impensable de concéder un tel échec, le système se félicite de ses maigres avancées et dis (toujours à juste titre dans sa logique) que c’est le mieux que l’on pouvait faire. Les limites internes sont désormais bien visibles.
La solution n’est bien sûr pas dans ces comportements issus du passé. Dans un monde complexe, ce ne sont pas seulement les méthodes qui doivent changer, mais aussi les structures et surtout les modèles mentaux. »

L’article :

Dans le dernier article, il a été question des transitions que nous traversons aux plans individuels et collectifs. Nous avons vu que les sociétés humaines passent par différents paliers de systèmes de valeurs et que cette progression ne se produit pas nécessairement de manière sereine. Les nouveaux paliers tendent à émerger en réaction à l’inadaptation des paliers précédents à répondre aux besoins de l’environnement au sens large.

J’ai aussi évoqué que les systèmes de valeurs se développent comme des poupées russes et que l’on a toujours le choix, en tant qu’individu ou société, d’aller de l’avant (évolution) ou de retourner en arrière (involution). 

Enfin, j’ai décrit les différents paliers, en m’arrêtant au système de valeurs lié à l’écologie. Celle-ci a commencé à prendre une véritable place dans la société au début des années 60. Dans les pays industrialisés, le palier écologique est en “bagarre” avec les paliers liés au succès personnel et à la règle (voir l’article précédent). 

Le moment est venu de nous pencher sur le palier systémique. Mais avant, il est utile de remettre cette notion de paliers dans le contexte de la réalité. Toutes les tentatives de description de la réalité sont restrictives. Nous devons donc apprendre à naviguer entre le schéma que nous propose les modèles et la finesse de la réalité. Ceci fera d’ailleurs l’objet des prochains articles. 

Il faut aussi revenir sur la diversité que j’avais brièvement évoqué dans le précédent article. Pendant la majeure partie de notre évolution, les sociétés avaient intérêt à maintenir leur homogénéité culturelle. Même si les échanges étaient fréquents, une société cherchait naturellement à assurer la stabilité de sa culture, de ses lois, et de sa ou ses langues. 

Maintenant, tout cela a changé. Il y a cent cinquante ans, la population d’une ville était, pratiquement par définition, essentiellement originaire de cette ville. Aujourd’hui, Toronto héberge 230 nationalités et plus de la moitié de sa population est née à l’étranger. C’est, à divers niveaux, le cas de la majorité des grandes villes de la planète. 

Tous les systèmes de valeurs décrit dans le précédent article sont donc amenés à cohabiter dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres. En de multiples endroits, des visions du monde distantes à l’origine de milliers de kilomètres et séparées par des centaines d’années se côtoient maintenant au même endroit et au même instant. 

De plus, nous avons vu comment les technologies de l’information ont fait exploser la communication au cours des trente dernières années. Au début des années 90 par exemple, avoir une conversation avec quelqu’un à l’autre bout de la planète était couteux. Aujourd’hui, c’est pratiquement gratuit. En termes de nombre de connections, la donne a complètement changé. Pour faire un parallèle avec les neurones dans un cerveau, la planète est passée en une génération d’un cerveau de lézard à un cerveau hautement corticalisé. Cela n’est pas neutre.

Palier systémique

C’est ici que nous retrouvons le palier systémique. Le palier de l’écologie a permis d’élargir la vision de notre environnement, à tous les niveaux. Il manifeste aussi la prise de conscience des limites du palier précédent dont la “ligne d’arrivée” est la réussite personnelle. La conscience écologiste est la réponse à la destruction que causait et continue à causer ce palier de la réussite par l’argent. 

La science des systèmes, dont on pourrait dire qu’elle existe depuis l’antiquité, a décollé avant la seconde guerre mondiale. Depuis la fin des années 50, cette progression est en accélération. Graphiquement, cela ressemble à une courbe exponentielle. Cela n’a donc rien à voir avec le modèle de leadership à la mode que nous proposent toutes les écoles de commerce avant de passer rapidement au suivant. 

Dans le cadre de la science des systèmes, la théorie des réseaux est une science encore plus récente, et elle aussi en développement constant. Elle va bien au-delà de l’étude des connections mentionnées plus haut et fait appel à des concepts tels que la densité, la distribution et la topologie, c’est à dire la description de l’espace. 

Ces concepts expliquent par exemple pourquoi Google ou Facebook ont un tel pouvoir d’attraction qui transforme pratiquement ces plateformes en trou noir. Comprendre les réseaux est essentiel à la compréhension du monde complexe qui nous entoure. 

Or, sachant que les paliers de valeurs se nourrissent les uns les autres, la prise de conscience écologique a abouti naturellement au palier systémique. À la différence de la transition précédente, celle-ci ne s’opère pas dans la réaction. Il s’agit plutôt d’une accumulation qui débouche sur un changement de paradigme. Vous pouvez penser à l’image des connections neuronales citée plus haut et à la manière dont elles ont impacté notre planète. 

Sur le plan cognitif, les structures, les organisations etc. ne sont désormais plus envisagées en tant que telles. Ce ne sont plus les objets qui occupent toute l’attention de l’analyse systémique, mais surtout leur interrelations. En effet, l’étude des relations entre les agents permet de voir qui impacte qui ou quoi et comment. C’est le domaine de la cartographie des systèmes. Sur la durée, des boucles de rétroaction finissent par émerger et la réalité prend un tout autre jour. 

Le fait que le monde soit perçu différemment par l’approche systémique est un changement qualitatif. Mais c’est aussi un saut qualitatif car cette nouvelle approche ne mesure pas tel ou tel indicateur, ce qui correspond à l’approche réductionniste en place, elle s’intéresse à l’état du système dans son ensemble. 

Changement de paradigme

Il s’agit donc aussi d’un changement de paradigme. Jusqu’au palier écologique, les valeurs étaient appliquées dans le cadre du régime dont elles dépendaient. Il y avait donc, même si c’était de manière minimale, une sorte de conformité à l’environnement général et au régime de société en place. La vision systémique sort de ce cadre. 

Lorsque l’on utilise cette approche, il n’est plus nécessaire de vouloir avoir raison. Il “suffit” d’”écouter” le système et surtout pas de le “saucissonner”.  Il n’est plus question ici de raisonnement motivé (droite, gauche…) mais de recherche d’efficacité à travers la prise en compte des différentes perspectives du système (voir l’article suivant).

Comme évoqué à la fin du dernier article, la conséquence est qu’il n’y a plus de “ligne d’arrivée”. Les paliers précédents en proposaient toujours une : “sois fort et tu auras le pouvoir”, “suis les règles et tu réussiras”, “accumules des richesses et tu auras gagné”, “protèges la nature et tout ira bien”, etc. Bien sûr, tout cela a du sens dans le contexte originel, mais maintenant la situation est différente. 

Du fait de la complexité croissante de la société planétaire, la notion de “ligne d’arrivée” est remplacée par deux préoccupations : d’une part l’efficacité du système et d’autre part son adaptabilité aux phénomènes émergents. Les paliers précédents l’écologie géraient l’efficacité avec des organisations pyramidales et l’émergence par le contrôle. 

Maintenant, l’efficacité dépend de l’adaptabilité. Elle n’est plus déterminée par rapport à un système de croyances, des habitudes ou une idéologie. L’information se fait grâce à des boucles de rétroaction rapides dont les résultats parlent d’eux-mêmes. L’efficacité est alors mesurée dans un cadre élargi qui prend en compte non seulement le micro-système (par exemple la gestion de la santé ou de l’éducation) mais le macro-système, c’est à dire comment une fonction impacte les systèmes environnants. 

L’évaluation se fait sur l’alignement des fonctions remplies par les organisations : bon pour l’organisation, mais aussi bon pour les individus et bon pour la planète (triple bottom line ou ligne du triple résultat décrit dans le premier article). 

Pour les paliers qui précèdent le système de valeur écologique, cet alignement n’était pas une priorité. Mais pour le palier écologique, c’est une nécessité pour laquelle il faut combattre le système. Lorsque l’on rentre dans le palier des systèmes, c’est une évidence. Elle n’est donc plus d’ordre idéologique, elle est d’ordre opérationnel. Il n’est donc plus question d’opposition, mais de mise en place des conditions du changement.

Diversité

Nous avons donc cette diversité croissante de valeurs avec toutes ses opportunités et aussi les problèmes qu’elle pose. Comment vivre ensemble lorsqu’il y a une telle disparité ? 

On voit bien que les structures en place, donc issues du passé, ont de plus en plus de mal à la gérer. Qu’il s’agisse de problèmes sociaux, économiques, ou politiques, les structures en place n’arrivent qu’à faire des pas de souris là où il faudrait faire des pas de géant. Ces structures fournissent pourtant, dans leur perspective, toutes les raisons pour le justifier. 

Or, ce que “dit” le système en place est de deux ordres. D’une part, il explique haut et fort que ce qui l’empêche d’aboutir est toujours dû à des causes extérieures. En dehors d’être une évidence, ceci indique une inadaptation à l’environnement et l’incapacité à fournir une solution. 

D’autre part ces solutions ont des conséquences “systémiques”. Elles causent plus de problèmes, ailleurs. Comme il est impensable de concéder un tel échec, le système se félicite de ses maigres avancées et dis (toujours à juste titre dans sa logique) que c’est le mieux que l’on pouvait faire. Les limites internes sont désormais bien visibles.

La solution n’est bien sûr pas dans ces comportements issus du passé. Dans un monde complexe, ce ne sont pas seulement les méthodes qui doivent changer, mais aussi les structures et surtout les modèles mentaux. 

Aussi intelligents, éduqués et animés de bonnes intentions que l’on soit, il est désormais nécessaire d’acquérir les réflexes de l’approche systémique et de la complexité. Sinon, on ne fera que contribuer à un processus destructeur, même si c’est avec beaucoup d’intelligence et de bonne volonté. 

Si cette série d’articles est fondée sur la notion de systèmes, c’est qu’on ne peut plus en faire l’économie. Ce qui peut paraître impossible pour beaucoup peut être simple pour d’autres. Là où l’on croit devoir faire des pas de géant, quelques pas de souris suffisent à qui sais “lire” le système. 

Comme bien d’autres collègues qui travaillons dans le domaine de l’approche systémique, j’ai rencontré de nombreux managers et décideurs qui avaient un besoin désespéré, mais inconscient, de s’ouvrir à la pensée systémique. Par politesse ou autre, ils témoignaient souvent d’un véritable intérêt pour le sujet. Puis ils retournaient à leur travail. 

Cette incompréhension ou ce manque d’intérêt ne doivent pas décourager. C’est un signal qui vise à recentrer notre énergie là où elle est efficace. C’est un sujet que j’ai déjà abordé et j’y reviendrai lorsque nous revisiterons la double boucle évoquée au second article.  

S’il est impossible de garantir un intérêt immédiat, on ne peut pas non plus contraindre les gens à changer de palier de valeurs. De même qu’il est vain tirer sur une tige pour la faire pousser, forcer de nouvelles valeurs est à terme destructeur, comme certaines dictatures ont pu le montrer. En revanche, il est possible de créer les conditions pour que les attachements aux paliers obsolètes perdent leur intérêt. 

Il ne s’agit donc pas de gérer la diversité, mais de s’en servir. Sachant qu’elle est là pour rester, plutôt que de chercher à la maîtriser, il serait bien préférable de comprendre les systèmes auxquels la diversité est liée. Il sera alors possible de mettre en place des politiques fonctionnelles, qui seront, par définition, localisées (voir l’article sur la cité).

Posture systémique

Alors que se passe-t-il lorsque l’on rentre dans le palier systémique ? Tout d’abord, ce palier n’est pas non plus une ligne d’arrivée. D’autres suivront, et certains ont commencé à les décrire. 

De plus, nous ne sommes pas totalement sur un palier donné. On peut être sur le palier systémique en ce qui concerne la perception du monde, et fonctionner sur un autre palier au sujet de la famille ou de la gestion de carrière. Les matriochkas sont bien plus malléables que ce que peut décrire un modèle. 

Ensuite, et comme je l’ai indiqué plus haut, le palier systémique est défini par l’innovation radicale dans la manière dont on observe les choses. Dans cette perspective, le système nous “parle” en permanence, de même que ses voisins et les voisins de ces voisins. La “big picture” fait partie intégrante de nos perceptions. 

Par exemples, les problèmes liés à la voiture individuelle sont liés à bien d’autres systèmes : les réseaux routiers, les modes de propulsion (combustibles fossiles ou autres), l’industrie, la politique, la finance, la santé, le travail, l’urbanisme, les transports collectifs, l’intelligence artificielle, etc.

Sur un plan économique, le palier systémique marque une rupture claire avec la dépendance totale à la valorisation extrinsèque dont j’ai parlé dans les articles sur la valeur. Le palier écologique a mis en exergue l’importance de la valeur intrinsèque des écosystèmes. Le palier systémique rend cette valeur intrinsèque opérationnelle. Et le blockchain n’est qu’un exemple parmi bien d’autres existants et en cours de développement. 

Dans le palier systémique, le challenge est donc savoir rester centré tout en naviguant entre les systèmes et les valeurs. Ce n’est pas évident dans un monde où l’éducation et la science sont encore le plus souvent récompensées pour leur approche réductionniste, où un manager stressé coupera court à la conversation en assénant le mot magique : “concrètement”, sans avoir pris le temps “d’écouter” le système, et où le symptôme et la manifestation occultent les sources systémiques. 

Pensée critique 

Il faut aussi une pensée critique, et surtout l’appliquer. J’en ai parlé dans l’article sur le chaos, j’y reviens donc brièvement. La pensée critique consiste à réfléchir à la manière dont nous pensons, à observer comment nous en arrivons à croire ce que nous croyons.

L’objectif n’est pas d’avoir raison, mais d’aller vers la compréhension ou la résolution d’une situation ou son dépassement. Ce travail ne peut être superficiel, il faut aller profondément dans la question et voir large. Dans un monde complexe, la “tunnel vision” est impossible. Cette flexibilité permet de se positionner en différents points du système et de comprendre pourquoi d’autres ont des perspectives différentes. 

Par-dessus tout, il faut un cœur juste. Cela nous ramène à l’impossibilité de vouloir porter l’idée de départ jusqu’à l’arrivée. Trop de nouvelles informations et de nouvelles perspectives vont apparaître en cours de route pour que la position originelle puisse demeurer inchangée à l’aboutissement du processus. Il s’agit donc là d’avoir une posture d’explorateur et j’y reviendrai dans le prochain article. 

Perceptions

Avec d’une part un nouveau niveau de perception et d’autre part une nouvelle manière de penser, nous pouvons voir (et vivre) l’univers comme un système de systèmes. 

La perception de notre place et de notre rôle dans ces systèmes amène à porter un regard différent sur la vie dans toutes ses manifestations. Elle rend plus concrète la vision des sages et des maîtres spirituels qui ont de tout temps peuplé la planète. 

Lorsque vous fonctionnez dans ce paradigme, vous sortez des limites imposées par les systèmes précédents. La diversité humaine devient aussi évidente que celle qui règne depuis toujours dans un écosystème naturel. Vous pouvez visiter le monde en vous y fondant et le monde peut venir à vous sans vous déconcerter ou vous blesser. 

La connaissance cesse d’être un outil de pouvoir pour devenir un moyen de développement. C’est aussi pourquoi il est de plus en plus question de l’économie de la connaissance. 

Enfin, la posture systémique permet d’utiliser de nouveaux leviers. Il y a vingt ans, si vous aviez quelque chose d’important à partager, il y avait peu de chances que votre message soit entendu. Les conditions pour se faire entendre mettaient la barre très haut en termes de renommée, de hiérarchie, etc. 

Aujourd’hui, vous trouverez facilement ce que vous devez rejoindre et vice versa. Ceci montre à quel point le modèle de la double boucle prend maintenant tout son sens. Nous y reviendrons dans le dernier article, mais disons déjà que celles et ceux qui voient des opportunités de changements ne sont plus condamnés à suivre les règles de l’ancien système, au contraire. 

Cela ne signifie pas que les circuits de communication et de propagande du système en place ne continuent pas à fonctionner. C’est plutôt l’inverse qui se produit. Ils marchent à plein régime et finissent souvent par produire n’importe quoi. 

En termes de systèmes, cette communication à outrance est représentée par une boucle de rétroaction positive (feedback positif) qu’aucune boucle négative (bon sens, étique, logique, etc.) ne vient stabiliser. Et, pour les personnes qui sont attachées au système encore en place, il est en effet de plus en plus difficile de faire preuve de discernement et de penser efficacement. C’est ce que nous allons voir dans le prochain article. 

Pour aller plus loin sur les sujets traités, vous pouvez vous référer :

– Sur le nom des paliers : nommer un système de valeurs avec un ou quelques mots est extrêmement réducteur, à tel point que la spirale dynamique (une des approche qui traite du sujet) utilise des couleurs. Clare Graves, que j’ai cité dans l’article précédent, utilisait des lettres. Ces modèles développementaux décrivent également les paliers qui sont à peine émergents ou encore inexistants (mais les changements de paliers vont en s’accélérant. Certains l’ont fait avec succès, mais, comme la pizza, il est difficile de la décrire tant qu’on ne l’a pas goûtée.

– Sur la science des systèmes : dans la Grèce antique, les concepts philosiphiques d’épistémè, technè et phronesis sont liés à la théorie, la méthodologie et à la pratique systémique moderne en lien avec la pensée critique. La médecine traditionnelle chinoise en est un autre exemple parmi beaucoup d’autres. N’oublions que les êtres humains sont aussi systémiques par nature. 

– Sur les chiffres de la diversité : les travaux de James Fearon, professeur de science politique à Stanford ; d’Alberto Alesina, professeur d’économie à Harvard et aussi Eliana La Ferrara, professeure d’économie du Développement à l’université Bocconi de Milan.

– Sur la triple bottom line, voir le premier article

– Sur la pensée critique : j’ai publié sur Medium (en anglais) deux articles qui vont plus loin dans la description des composants de la pensée critique.

– Sur la différence entre la pensée systémique et la notion de complexité, l’excellent article (en anglais) de Marco Valente publié sur Linkedin. https://www.linkedin.com/pulse/complexity-theories-systems-thinking-parallels-marco-valente/

Stephane Baillie Gee 22 septembre 2020

Comment expliquer le profit?

 Nous avions rencontré le caractère 赢 et expliqué comment il peut être utilisé dans des formations de manager en Chine.
J’ai cherché une approche étymologique. Je reprends les considérations de Kyril Ryjik (L’idiot chinois, tome 2, page 220).

Parquement, engraissage

Le caractère de base de 赢 n’est plus utilisé. 

  Il signifiait parquement, élevage, engraissage. Il est composé avec prendre, enfermer (un animal) dans un enclos , et viande 月.

La partie de droite passée par les main des scribes a pris la forme de 凡。Cette base servira à construire d’autres caractères peu fréquents ( hormis 赢), le radical se tiendra en bas au centre.

Tout se passe au centre?

Avec le caractère du mouton 羊 au milieu : 羸, on pense à un mouton qui doit être engraissé, ce qui donnera le sens de faible, malingre.


Avec celui de l’insecte 虫 :   蠃 se retrouvera dans la composition de nom de guêpe, comme la guêpe à fruit 果蠃.

Pour le clan matrilinéaire de l’empereur Shao Hao, fils de l’Empereur jaune, 女 se tiendra au milieu 嬴.

 

赢 et son coquillage en entreprise


Dans un but pédagogique, les formateurs du séminaire en entreprise reprenaient un par un chaque caractère de  赢 :
亡, fuir, wáng, :  le danger et la crise permettent de se préparer, de prendre des mesures préventives.
口, bouche, kǒu, La capacité de communiquer
月, viande, mois, yuè 1. En chinois classique, viande. 2.Force, combat. En reprenant l’autre sens de ce caractère mois, lune : longueur, patience
贝, bèi, coquillage, cauris. Richesse.
凡, ordinaire, fán 1. Ordinaire, commun. 2.L’état d’esprit permanent qu’il faut avoir. Savoir rester calme dans la tempête, prendre les décisions dans la sérénité et agir au bon moment. Pour plus de détails, l’article.

.profit en chinois

Au niveau étymologique, nous ne sommes plus dans le management; le caractère de base signifiait, parquement, éleva, engraissage. En ajoutant au milieu le caractère du coquillage, du cauris ( monnaie ancienne, synonyme d’argent , de richesse), le sens de « s’engraisser en cauris » prend forme et apporte les autres significations, profit, bénéfice, gagner. C’est tout simple.

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21 septembre 2020

Mois/épuisé/clan 月光族

Je profiter d’une question qu’on m’a posée cette semaine sur l’expression 月光族 pour revenir sur 光 vue le mois dernier.

月, yuè, mois, Lune et 族 zú,clan, famille ne posent pas de difficultés.

月光, Brillance de la Lune

 Quant à 光 guāng, il a de multiples significations lumière, brillance et rayon (de lumière) . D’ailleurs, 月光 a le sens de brillance ou rayon de lune, qui est restée dans l’imaginaire chinois avec le poème de Li Bai, Pensées de nuit. Le premier vers : 床前明月光, chuāng qián ming yuè guāng, Le devant du lit est éclairé par la brillance de la nuit ( traduction Javary).

poème de li bo clair de lune

光, Epuisement, consommer jusqu’au bout


Dans 月光族, 月光 ne peut se rendre par la brillance de la lune. En effet, 月 a la signification de mois et  光 entretient un rapport avec deux autres de ses fonctions. En tant qu’adjectif 光 est l’équivalent de nu,  on le retrouve dans 光头 tête chauve et 光脚 pieds nus. 光 peut-être aussi un complément résultatif, il indique le résultat d’une action, qui marque l’épuisement ou quelque chose qui est complètement consommé. 他吃光 了, il a tout mangé,他花光了, il a tout dépensé.

月光, Le salaire (le mois) est épuisé ou encore mois-nu.

Revenons à notre expression qui désigne les personnes qui ont dépensé tout leur salaire et qui n’ont plus rien en fin de mois ou qui dépensent plus qu’ils ne gagnent. On peut expliquer la construction 月光 de deux manières : Le salaire (le mois) est épuisé ou encore mois-nu.
On retrouve la souplesse de la langue chinoise avec des caractères qui remplissent beaucoup de cases dans les catégories de la grammaire, nom, lumière, adjectif, brillants, complément résultatif, épuisé.

dépenser tout son salaire en chine

Le phénomène des 月光族 est assez récent avec l’arrivée de la société de consommation. Les parents, qui ont connu des temps plus sobres résument ainsi la devise de groupe « On dépense autant qu’on gagne, on mange tout et on utilise tout et soyons en bonne santé! 挣多少用多少,吃光用光,身体健康, zhēng duōshǎo yòng duōshǎo, chī guāng yòng guāng, shēntǐ jiànkāng!

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19 septembre 2020

Quarantaine 2

Nous avons vu que le mot 隔离 quarantaine, isolation était formé de deux caractères. Aujourd’hui, nous nous penchons sur le second, 离/離, lí, distant de, quitter, se séparer

Une graphie jiaguwen (à droite sur l’image ) évoquait un oiseau et un filet, d’où le sens à l’origine « attraper un oiseau » :

Par extension, il a donné « subir des dommages » comme un oiseau pris dans un filet. La seule solution est de fuir, qui amena les sens de quitter et se séparer.
D’autres graphies montraient deux mains se refermant sur un oiseau :


Évolution des caractères de la période Jiaguwen jusqu’aux caractères utilisés de nos jours, de gauche à droite :

Le caractère traditionnel a gardé la structure de base avec 离, qui rappelle le filet et 隹 l’oiseau, alors que le simplifié a laissé l’oiseau s’envoler 离.
离 est également le nom du trigramme du Yijing, le feu qui a les significations d’adhérer et s’attacher.

離 trigramme li

Emploi de 离 avec d’autres caractères : 

离线, lí xiàn, hors-ligne
离开, lí kāi, quitter, se séparer 
离婚 , lí hūn, divorce
距离, jù lí, distance

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16 septembre 2020

Taux de change du yuan, que peut se permettre la Chine?

La Chine n’a pas un taux de change flottant de sa devise. Est-ce un cas isolé ? Non, la majorité des pays dans le monde n’ont pas adopté ce système.

Comment est fixé le taux du yuan ?


La banque centrale le détermine tous les matins à 9H15 en fonction principalement de deux facteurs, le taux de clôture de la veille et les fluctuations d’un panier de devises, composé notamment du dollar qui pèse 21,59%, de l’euro 17,40% et du yen 11,16%. Toutes les monnaies du panier : 

 A 9H, treize établissements financiers font des cotations et le taux moyen est le taux fixé à 9H15. Les transactions peuvent commencer à 9H30 avec une fluctuation maximale de 2% à la hausse ou à la baisse autour de ce cours pivot. En août 2015, les autorités avaient laissé fluctuer le yuan, une baisse de la devise et une chute de 15% de la bourse de Shanghai en deux jours avaient suivi. Face à la sortie massive de capitaux de 2016, la banque centrale en 2017 a mis des mécanismes pour éviter les mouvement trop forts, appelés « facteurs de régulation anticycliques 逆周期调节因子 ».

Plus d’élasticité?

Une partie du monde financier chinois souhaite une plus grande élasticité de la devise chinoise. Pour Sheng Songcheng, ancien directeur du bureau des statistiques de la Banque du peuple, ce n’est pas une bonne idée de passer d’une marge de fluctuation de 2% à 3%, voire 4%. 2% est déjà un mouvement très important. L’économie et les entreprises ont besoin d’espoir et de stabilité. De telles amplitudes ne vont pas dans le bon sens.

taux de change du yuan

La Chine, un cas isolé?

Il rappelle que les contrôles de monnaie ont toujours existé sous diverses manières. Le gouvernement japonais intervient quand les conditions le demandent. En 2003, afin d’éviter la hausse du yen, la Banque du Japon a acheté 150 milliards de dollars sur les marchés. Durant la crise de la dette européenne, la monnaie helvétique s’est envolée. La Banque nationale de Suisse a acquis massivement des euros pour freiner l’ascension de sa devise. En septembre 2011, elle a même fixé un cours plancher : « La surévaluation actuelle du franc est extrême. Elle constitue une grave menace pour l’économie suisse et recèle le risque de développements déflationnistes. La Banque nationale suisse (BNS) vise par conséquent un affaiblissement substantiel et durable du franc. Dès ce jour, elle ne tolérera plus de cours inférieur à 1,20 franc pour un euro sur le marché des changes. » 
Un contrôle des changes similaire au système chinois est exercé dans de nombreux pays et selon les données du FMI 46,4% des pays dans le monde le pratiquent contre 34,6% en 2009. Par ailleurs, Le National Bureau of Economic Research de Cambridge aux Etats-Unis va encore plus loin. Sur un échantillon de 196 pays, il estime qu’en dépit des grands discours de principe, 80% ont un régime de flexibilité limité avec des taux de change peu flexibles. 

Taux de change flottant, luxe

Bien entendu, je ne suis pas sourd. La chaîne Fox répète depuis au moins 15 ans que la Chine manipule sa monnaie, ce que beaucoup répètent sans connaître vraiment la situation. Un taux de change flottant et une convertibilité de sa monnaie sont considérés comme un luxe dans les pays émergents. Certes, la Chine a dépassé ce stade, mais elle ne peut pas encore se permettre une telle liberté. Elle est peut-être la seconde puissance mondiale, mais 70% de sa population a des revenus inférieurs à 2 000 yuans par mois et les problèmes structurels sont légion.
Les quelques ouvertures ont montré des fuites de capitaux et des fluctuations qui perturbent l’économie. L’objectif du gouvernement n’est pas de répondre aux exigences de Washington, mais il doit d’abord protéger le pays des risques. Des fluctuations permises, indexées sur un panier de devises, avec un cours pivot et une marge de fluctuation de 2%, est pour l’instant le seul luxe que peut se permettre Pékin. Mais, on prépare l’avenir avec une internationalisation progressive du yuan et l’instauration de la monnaie numérique. La convertibilité et le taux flottant ne sont pas encore à l’ordre du jour, même s’ils font objets de débats. Dans cinq ans, dix ans ? Aux calendes grecques?

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16 septembre 2020

Vous avez dit caractère traditionnel ou complexe?

Histoire de traduction


La Chine a procédé à une simplification des caractères en 1964, qui touche 2 238 caractères. Taïwan, Hong Kong et Singapour n’ont pas opéré de réformes en ce sens et ont gardé les caractères en l’état. Les Occidentaux ont traduit ces deux catégories 繁体字 et  简体字 en « caractère traditionnel » et  « caractère simplifié ». Si caractère simplifié correspond bien au chinois 简体字, caractère traditionnel ne reflète pas 繁体字  qui veut dire caractère complexe.  Je ne sais pas comment a été prise cette décision de traduction singulière. Connaissant l’anticommunisme de certains sinologues de l’époque pour qui la Chine s’était arrêtée de vivre en 1949, je me suis demandé si ce n’était pas pour marquer la coupure de la RPC avec la richesse de sa culture.  Bref ! Je regrette juste que cette traduction peut induire en erreur.  Pourquoi ? L’immense majorité des caractères simplifiés existait bien avant cette réforme et même certains avant les caractères dits traditionnels, voir 云 ici.
Il est utile de faire un bref survol de l’histoire « simplifiée et complexe » de ces caractères.

Graphie non définie!

Les caractères chinois ont plus de 3 000 ans d’histoire, ils ont connu de nombreux changements. Les premières traces d’écritures remontent à la dynastie Shang (vers le XVIe siècle Av. J.-C.). Les premières sont les jiaguwen 甲骨文, inscriptions oraculaires sur des carapaces de tortue et ou sur des os. Les variations pour un caractère pouvaient dépasser la centaine. 
Par exemple, le caractère 中 avait de nombreuses graphies, quelques échantillons :

 jiaguwen centre chine 中

中 n’est pas un exemple isolé.

Les modifications ne cessent malgré les volontés d’unification


Les tentatives de normalisation et d’unification dans un premier temps n’ont pas rencontré de grands succès. Les distances, les erreurs humaines, les changements d’instruments pour l’écriture et de style ont favorisé la confusion.  L’arrivée du pinceau entraîna des modifications dans le tracé, les traits devinrent épais et empêchèrent les arrondis et les retours en arrière. A la confusion, s’ajoutait la confusion.
Le ministre de Qin Shi Huang en -213, Li Si oeuvra dans le bon sens en éditant un catalogue officiel de 3300 caractères, qui certes comportait des erreurs.

Changement et simplification


Les auteurs de l’ouvrage « A l’origine des caractères simplifiés 简化字溯源» considèrent que l’écriture Lishu 隶书,apparu aux environs de 200 Av. J.-C., a détruit les caractéristiques pictographiques des caractères chinois en transformant les courbes en droites et en changeant les traits. En abrégeant ou en fusionnant les caractères, ce style a procédé à une véritable simplification. Ces linguistes pensent que ces sacrifices linguistiques étaient indispensables pour la clarté de la communication. Malgré toutes ces modifications, il restait encore des caractères assez complexes avec plus de vingt traits. Les styles ultérieurs d’écriture, notamment la cursive, apportèrent aussi leur lot de diversification. Progressivement, une simplification populaire face à la complexité de certains caractères vit le jour, même chez des lettrés. Parfois, on peut parler d’abréviations.
On reprenait d’ancienne formes plus simples du caractère ou on l’allégeait tout en restant proche du sens. Sous les Qing, les Taiping se révoltèrent et fondèrent un royaume qui vécut de 1851 à 1864. Leurs publications avaient adopté des caractères simplifiés, qui existaient avant la dynastie Qin (221 Av. J.-C.). Le spécialiste Li Leyi estime que 30% des caractères simplifiés actuels viennent de cette période et de celle des Han-Qin (221 Av. J.-C.- 220 Ap. J.-C.). Les auteurs de l’ouvrage sur l’origine des caractères simplifiés ont effectué une étude sur 388 caractères simplifiés, qui montre que 12,63% existaient avant les Qin, 15,98% ont vu le jour sous Qin et les Han. Voir le détail dans le tableau :

J’ai ouvert au hasard le livre de Li Leyi  et pris des exemples :
带 dài (ceinture, apporter, emporter), a une forme traditionnelle peu complexe 帶, mais il était très employé, il a connu la simplification 带 dès l’époque des Han. Le calligraphe Shiyou des Han l‘écrivait 带.

国 guó, pays, État. Le traditionnel est assez complexe à l’intérieur de l’enceinte, 國. Dès la dynastie des Tang (618-907), la partie intérieure était occupée par le jade 玉. 

Sans exagérer, on peut affirmer que les autorités chinoises ont officialisé la pratique de la population qui utilisait des caractères plus simples, les étudiants notamment. La simplification des caractères, en fait, est un processus presque normal apparu plusieurs fois dans la culture chinoise ces trente-cinq derniers siècles. L’un des buts du pouvoir communiste était de faire reculer l’illettrisme, qui touchait 80% de la population au début des années 60.  Les réflexions sur la simplification ont débuté bien avant la fondation de la République Populaire de Chine en 1949. Elles s’inscrivaient dans un vaste débat sur la langue chinoise qui était considérée par des intellectuels comme Lu Xun, comme un obstacle à la modernisation. Certains pensaient qu’il fallait aller jusqu’à l’élimination des caractères pour un alphabet, comme au Vietnam, mais c’est une autre histoire.

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Sources :
简化字溯源,张书岩,王铁昆,李青梅,安宁,北京 1997
简化字源,李乐毅,北京 1999

15 septembre 2020

Paradoxe Hangzhou?

Hangzhou, la capitale de la province du Zhejiang, semble être la ville qui a le vent en poupe. Lancée dans le numérique, elle bénéficie du groupe Alibaba et Ant Financial. La municipalité a mis en place de nombreuses mesures pour attirer les talents et a pour objectif de transformer la Venise de Chine en cité de l’économie de l’information et de l’intelligence artificielle. Parmi les villes chinoises Hangzhou attire le plus de population. A première vue, le classement GAWC, qui examine les villes en fonction de leur intégration dans le monde sur des critères principalement économiques – finance, publicité, droit, comptabilité et management, étonne. Il fait descendre Hangzhou de la 75e place en 2019 à la 90e en 2020, derrière Chengdu (59e), Tianjin(77e) et Nankin (87e). Zhengzhou s’est envolé du 157au 116e rang. Le bureau de recherche Trigger Trend décrit les raisons de ce recul. 

Faible internationalisation


Regardons les sièges sociaux des grandes entreprises : Pékin compte 58 entreprises des Fortune 500. Shanghai regroupe 653 sièges régionaux des multinationales ; elle est la ville qui comprend le plus grand nombre qui compte le plus grand nombre d’organisations étrangères en Chine.
Shenzhen et Guangzhou ont mis en place des politiques visant à attirer des sièges sociaux depuis longtemps. À partir de 2018, Chengdu, Xi’an, Chongqing, Qingdao, Wuhan et Nankin ont également lancé de telles mesures. Hangzhou en juin seulement est devenu actif dans ce domaine. Le recul dans le classement est lié à ce retard en grande partie.

A côté de Shanghai, Hangzhou ne peut être un centre au niveau des transports

 Concernant les transports, la ville ne se trouve pas non plus aux plus belles places. L’année dernière, l’aéroport de Hangzhou Xiaoshan était classé 10e en Chine en termes de flux de passagers, loin derrière, non seulement les aéroports de Pékin-Shanghai-Canton-Shenzhen mais aussi de Chengdu, Chongqing, Kunming et Xi’an. Depuis 2017, Hangzhou reste à la 10è place sans progresser.
Quant au réseau ferroviaire à grande vitesse, Hangzhou est faible. Ces dernières années, Xi’an, Zhengzhou et Hefei sont aux cœurs de véritables noeuds ferroviaires. De ces villes, on peut partir dans de nombreuses directions, à la différence de Hangzhou. La gare de Hongqiao à Shanghai constitue un véritable centre national alors que celle Hangzhou est restée provinciale. La route présente le même tableau. 
Le rayonnement de Shanghai efface celui de Hangzhou.

Le numérique et… ?

L’an dernier, la croissance de la population de Hangzhou est la plus importante en Chine (voir l’article ici). Au cours du premier semestre de cette année, le PIB total de Hangzhou a dépassé celui de Nanjing, Tianjin et d’autres villes, se plaçant dans le top 10 national sur les six premiers mois de 2020.
L’atout de Hangzhou, l’économie numérique, est en plein essor. La valeur ajoutée de l’économie numérique représente 24,8 % du PIB. Hangzhou se prépare également à devenir la « première ville du pays pour l’économie numérique ».
L’économie numérique est une belle façade, mais l’économie réelle subit encore des turbulences. Les étudiants en sciences humaines ou matières littéraires sont confrontés à un véritable désert. Ceux en sciences, hors le groupe Alibaba, ont peu de choix.
A part les entreprises publiques et certains groupes immobiliers, les offres d’emplois permettant de payer un crédit immobilier ne sont pas nombreuses. Les grandes entreprises n’abondent pas, ce qui limite les possibilités d’évolution.


Prix de l’immobilier et faibles infrastructures

Les prix des logements à Hangzhou sont proches de ceux des villes de premier rang sans avoir des infrastructures à la même hauteur.
Les transports publics ont beaucoup de retard. Cette année, le kilométrage d’exploitation du métro de Hangzhou a atteint 206 kilomètres. Tant en termes de kilométrage d’exploitation que de densité du métro, Hangzhou ne peut rivaliser avec Shenzhen qui compte 383 km avec une superficie huit fois plus petite. La ville est légèrement plus grande que Pékin, qui enregistre 699 km.Les lignes sont peu nombreuses et donc la couverture faible.

ligne de métro en chine

Taille des entreprises

Le groupe Alibaba est classé premier sur la liste des 100 premières entreprises du Zhejiang en 2019, avec un chiffre d’affaires de 376,844 milliards de yuans en 2019. Geely, fabricant de voitures, en deuxième position, affiche 328,521 milliards de yuans et le célèbre Hikvision, 49,837 milliards de yuans.

Quant à Shenzhen : Huawei est classée deuxième sur la liste des 100 premières entreprises du Guangdong en 2019, avec des recettes de 721,2 milliards de yuans en 2018, soit près du double d’Alibaba. Tencent occupe la 11e place et dispose également de 316, 94 milliards de yuans.

Investissement dans la recherche

L’investissement en R&D de Hangzhou en 2018 était de 46,4 milliards de yuans, ce qui le place au 7e rang, bien loin derrière ses concurrentes, voir le tableau. Ils représentaient 3,43 % du PIB. En comparaison, Shenzhen était à 4,8 % et Guangzhou à 2,63 %.

Après la mise à niveau industrielle des premières années, Shenzhen possède une industrie de fabrication de smartphones très complète et constitue la base de production mondiale de smartphones. Hangzhou, à l’exception d’Ali, n’a pas développé une telle base intégrée. En outre, les investissements de Hangzhou dans la recherche en 2018 représentaient 3,43 % du PIB. En comparaison, Shenzhen était à 4,8 % et Guangzhou à 2,63 %. En ce qui concerne ces données, Hangzhou est donc à la hauteur de la situation.

Par rapport au groupe Pékin-Shanghai-Canton-Shenzhen, la relative faible internationalisation n’étonne pas. Comment faire jeu égal avec la capitale, la centre financier et deux villes qui ont constitué des têtes de ponts dans les premières décennie de l’ouverture et du développement du pays? La proximité de Shanghai a certes des avantages, mais au niveau point de transit, elle ne peut rivaliser avec sa voisine. Les autorités en sont très conscientes et mettent les bouchées doubles pour capitaliser sur l’avantage Alibaba/Ant.

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Source : 悬了?世界排名剧烈下滑,暴露了杭州最大的短板

14 septembre 2020

Qu’est-ce que la corruption?

贪/貪 (traditionnel) tān, corrompu, corruption, avide
J’ai mis du temps avant de retenir l’écriture de ce caractère. Il a fallu la prétendue campagne anti-corruption( 反贪)du nouveau président Xi en 2013 pour que les traits entrent dans mon cerveau. A l’époque, on parlait beaucoup de ce sujet. J’ aurais pu enregistrer 贪 beaucoup plus tôt si j’avais connu son origine.

caractère chinois tan corruption corrompre


Il est composé de 今 et 贝/貝 . Le premier sens de  今 était contenir, garder dans la bouche. Il a perdu ce sens, 含 hán prit cette signification.
贝/貝 est le cauris, qui servait de monnaie durant l’antiquité. Il représente l’argent.
今 + 贝/貝 /contenir, garder dans la bouche + argent = 贪/貪/corruption

Ce commentaire sur 贪/貪 montre encore l’importance de connaître l’origine des caractères pour mieux apprendre et comprendre les caractères modernes.

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11 septembre 2020