Acheter Ant, c’est acheter la Chine de demain !

Le 20 juillet, le groupe Ant Financial a annoncé préparer son entrée en bourse simultanée sur les deux places financières de Shanghai et Hong Kong. La société vise une évaluation de 200 milliards de dollars. Jack Ma, fondateur du groupe Alibaba, a établi cette société en 2014. Elle se concentre sur cinq activités : Finances, technologie, financement, assurance et crédit.

entrée en bourse d ant financial

Alipay, la porte d’entrée

L’application de paiement en ligne, Alipay, est la porte d’entrée à ses services. Alors que Paypal compte 300 millions d’utilisateurs, son concurrent chinois regroupe 900 millions de personnes en Chine et 400 millions à l’étranger.Paypal a une capitalisation d’environ 200 milliards de dollars, Visa et Mastercard de plus de 300.
Concernant les services financiers, le groupe enregistre 740 millions de clients et peut compter sur 28 millions de micro-entreprises.  80% des utilisateurs d’Alipay ont recours à trois autres services d’Ant et 40% à cinq services. Avantage pour les sociétés américaines, pour l’instant, le consommateur occidental demeure plus rentable que le consommateur chinois.

微信 支付宝 entrée en bourse d'ant

Alipay-We Chat

Le concurrent d’Alipay sur le marché chinois est le porte-monnaie de We Chat qui a une part de marché de 30% sur le paiement en ligne. Cependant, We Chat ne peut soutenir la comparaison en termes de montant car ils sont beaucoup plus faibles. Sur le commerce hors ligne, We Chat a une part de marché plus forte avec une proportion 7:3 en sa faveur.

Synergie avec Alibaba

Alipay bénéficie aussi de tous les services qu’offre le groupe Alibaba avec la vente de tickets de cinémas, agence de voyages, livraison à domicile. Il compte développer les services de conseils médicaux. Les deux sociétés ont investi beaucoup dans le développement tout en collaborant avec des partenaires pour le développement de petites applications. We Chat travaille avec 1,5 millions de développeurs et Alipay a mis en place un d’un milliard de yuans pour les développeurs.

Des finances vers la technologie

Le secteur le plus rentable est celui des services financiers, notamment les emprunts. L’économiste Huang Qifan, ancien maire de Chongqing, estimait qu’en 2019, Ant avait un résultat de 10 milliards de yuans, 45% provenaient de deux sociétés de Chongqing spécialisées dans les « petites prêts » aux PME   – 36 000 yuans en moyenne. Le dossier d’introduction n’est pas encore sorti, mais on pense qu’Ant a accordé 1700 milliards de yuans de crédit en 2019, + 72% par rapport à 2018.
Le secteur des assurances présente un potentiel très important. Ant a enregistré 240 millions de yuans sur ce segment en 2019, le milliard devrait être dépassé cette année.
Ant tient à mettre l’emphase davantage sur les services technologiques que sur la finance. Au lieu de Fintech, à Hangzhou, on parle de Techfin. Cinq chantiers sont au cœur des recherches, le blockchain, l’intelligence artificielle, la sécurité, l’Internet des objets et l’information. 
En juin 2020, le groupe a changé de nom, il enlevé « services financiers 金融服务 » pour laisser place à « technologie 科技 » et « Zhejiang  浙江» sa province d’origine, pour d’une part mettre en évidence son cœur de métier, la technologie, et d’autre part enlever la connotation locale et afficher son ambition mondiale.

International

L’internationalisation est un pôle important ; en 2018, Ant a levé 14 millions de dollars pour le développement à l’international. L’objectif à 2025 est de compter 2 milliards de clients, dont 50% à l’étranger. Actuellement sur 1,3 milliard d’utilisateurs, 30% se trouvent hors de Chine. 
Asie
Ant a racheté ces dernières années nombre de sociétés ou créé des alliances. En Asie, le développement se passe plutôt bien.
En Inde, en février 2015, il est entré au capital de Paytm en tant qu’investisseur stratégique pour former le premier acteur local du paiement en ligne. Il a envoyé 100 techniciens à Delhi pour partager son expertise.  En deux ans, les chiffres se sont envolés, les transactions de l’alliance ont décuplé avec 200 millions d’utilisateurs, dont 90 millions d’actifs.  Fin 2019, le nombre s’élevait à 300 millions. On ne parle pas de rentabilité, mais de cash burn. Paytm affichait une perte nette de 500 millions de dollars. Le gouvernement indien, à la suite des tensions avec son voisin, dans un objectif de sécurité nationale, a interdit l’utilisation de 59 applications chinoises, dont We Chat et Tik Tok. En revanche, Ali Pay et Paytm ont été épargnées. Dans d’autres pays et territoires d’Asie, Thaïlande, Pakistan, Corée du Sud, Malaisie, Hong Kong, la stratégie reste la même : s’allier, avec des participations minoritaires, à un leader local qui a une bonne couverture Internet et un vaste réseau d’utilisateurs.

 rachat de Wordlfirts par un groupe chinois, ant Financial


Royaume-Uni, pas d’Etats-Unis
Aux Etats-Unis, l’aventure n’a pas connu le même succès. Le gouvernement américain a mis son veto en 2018 au rachat de Money Gram pour des questions de sécurité. Le groupe mené par Jack Ma s’est rabattu sur le britannique WordFirst le 14 février 2019 avec un montant de 700 millions de dollars. Dans le même temps, ce dernier mettait un terme à ces opérations sur le sol américain. Afin d’éviter un blocage du rachat par les autorités américaines, qui voit d’un mauvais œil les données de citoyens américains dans les mains d’une société chinoise ? Alipay a déjà passé de nombreux accords avec la plupart des pays européens. 

Les autorités de régulation

Les autorités de régulation de plusieurs pays ne voient pas toujours d’un bon œil l’implantation du géant chinois, l’administration chinois, quant à elle, suit de très près les évolutions ; le site Caixin pense qu’elle présente un véritable défi. Le secteur bancaire se plaignait qu’Alipay fonctionnait sur certains aspects comme une banque sans les contraintes et les obligations de sécurité d’une banque. En 2014, la Banque centrale chinoise avait déjà stoppé temporairement les transactions d’Alipay. Au premier trimestre 2018, le montant des sommes disponibles sur les comptes des clients s’élevait à 1690 milliards de yuans. La commission de régulation a interdit aux sociétés une pratique courante dans le secteur, faire travailler ces sommes à leur profit. Elle leur a enjoint de les déposer en tant que réserve sur les comptes de la Banque central, sans aucun intérêt. Une enquête pourrait être lancée par le comité anti-monopole sur Ant et Tencent, le propriétaire de We Chat. Les deux géants du paiement en ligne effectuent près de 95% des transactions en ligne du pays.

Les soutiens politiques

Les interrogations sont multiples sur l’appui que doit avoir Jack Ma pour « avoir la permission » de monter aussi haut et de défier les banques en place sur leur terrain. Fait-il partie d’un club d’hommes d’affaires de haut vol qui a le soutien du groupe de Shanghai (déclinant) que combat le président actuel depuis son accession au pouvoir ? C’est le lot des grands patrons chinois de composer avec le politique et d’obtempérer aux « demandes patriotiques » s’ils veulent pouvoir continuer à développer leur société (voir l’article). 

Acheter Ant, c’est acheter la Chine de demain !

Alipay gagne de l’argent sur le volume, mais le challenge du groupe est de transformer un service à faible marge en sociétés de services technologiques à grosse marge. Le groupe Alibaba a contribué aux profonds changements de la société et du commerce en Chine ces deux dernières décennies, Ant pourrait susciter d’autres transformations profondes. Acheter l’action Ant, c’est acheter la Chine de demain !
Le secteur des services génère près de 60% du PIB chinois, mais il a besoin d’une grande modernisation et la digitalisation que veut encore apporter le groupe donnera-t-elle un autre visage à la Chine ? Sans doute !

Sources :
Article de Caixin

Rubriques à consulter :
Economie
Finance

5 août 2020

Où est passé l’or à Wuhan?

La société Kingold, 金凰珠宝, de Wuhan, cotée sur le Nasdaq, connaît des tourments. Elle avait mis en gage 83 tonnes d’or dans le cadre d’un emprunt auprès d’établissements financiers, mais rien ne se passe comme prévu et l’or a disparu ou n’a peut-être jamais existé ! 

Un grand acteur dans les bijoux en or

Kingold a vu le jour en 2002 et le 18 août 2010 (deux 8 dans cette date, août est le 8e mois!), elle faisait son entrée au Nasdaq. La société est l’un des plus grands fabricants chinois de bijoux en or. Son chiffre d’affaires en 2018 s’élevait à 2,446 milliards de dollars et le résultat net à 49,5 millions. Pour l’année 2019, seules les données des neuf premiers mois sont disponibles. Est-ce normal ? Elles montrent, sur cette période, une baisse des ventes avec seulement 1,443 milliards de ventes.

Le prêt


Afin de répondre aux besoins de trésorerie, l’entreprise a contracté en 2019 un prêt de 160 milliards de yuans (22 milliards de $) auprès d’un pool de neuf établissements financiers. Les informations sorties ne sont pas encore très précises et diffèrent. Les médias chinois rapportent qu’après les difficultés du second semestre 2019 et à la crise sanitaire, plusieurs établissements ont voulu s’assurer de la qualité de l’or et… Surprise ! Les premiers tests le 22 mai ont révélé que les lingots ne contenaient pas le précieux métal. A Wuhan, selon divers témoignages, cette pratique du propriétaire du groupe n’est pas inconnue, ce qui explique que la plupart des prêteurs ne soient pas de la région, comme la société fiduciaire de Dongguan. 
Les organismes prêteurs avaient pris une double assurance avec de l’or en gage et une souscription à une assurance. Mais, selon les premières informations, l’assurance ne pourrait pas couvrir ce genre de déconvenue.

or chinois

Encore des zones d’ombre

Le journaliste Wang Jian commente peu de genre d’information qui relève du judiciaire, mais la taille de l’affaire donne à réfléchir. Devant ces 83 tonnes, il rappelle que la réserve d’or chinoise nationale est de 1 985 tonnes et que la production annuelle atteint 380 tonnes. 83 tonnes représentent plus de 4,5 milliards de dollars. Ce n’est pas une mince affaire.
Le prétendu or était conservé dans les banques. Les assureurs, les établissements financiers, les banques n’ont pas procédé à des contrôles ? Qui a pris la responsabilité de se lancer dans une telle opération ? La société avec la complicité d’employés des assurances ? Wang Jian note que ce genre d’opération est représentatif de l’état de corruption dans les milieux bancaires et financiers et qu’elle rappelle l’état de bulle de certains secteurs. Kingold à l’origine s’est montée sur le rachat d’une société publique en 2002 à l’aide d’emprunt et se finance à l’aide d’un or irréel. Une affaire qui ne va pas redorer le blason des sociétés chinoises cotées aux Etats-Unis. L’action (code KGJI), qui avait déjà perdu plus de 50% depuis octobre 2019, a lâché hier 23,77% sur le Nasdaq pour finir à 0,85$.


A suivre, d’autres révélations viendront certainement apporter plus de précision. Le gouvernement de Wuhan a formé une équipe spéciale pour connaître toutes les ramifications de l’affaire.

Articles sur la finance ici et sur l’économie ici.

Sources consultées :

Wang Jian, 中国爆出300亿假黄金惊天大案/王剑每日观察

假黄金换百亿融资 武汉金凰什么来头?

30 juin 2020

Finance, la Chine s’ouvre, un peu!

La Chine continue d’ouvrir son marché financier aux entreprises étrangères. Les médias officiels chinois en profitent pour souligner l’attitude ouverte face à la belliqueuse Maison Blanche. Certes, American Express va pouvoir opérer dès cette année et Mastercard a reçu une approbation également. Jusqu’où va cette ouverture ? Le journaliste économique Wang Jian, bien éloigné de la chanson officielle, donne son point de vue sur sa chaîne Youtube.

Au bon moment

Il rappelle que le pays, après une baisse de son économie, ces dernières années, avait trouvé une parade pour faire venir davantage de capitaux étrangers : une ouverture dans le domaine financier. L’accélération de l’ouverture ces derniers mois, signe, selon Wang, le besoin pressant pour son économie qui ne se porte pas au mieux. 

Wall Street/Trump

Par ailleurs, des relations de Wall Street conséquentes avec le marché chinois sont un point qui peut aider la Chine à mieux contenir les assauts de l’administration américaine. Pour Trump, les marchés financiers sont importants et Pékin saura certainement bien naviguer pour s’en servir. Les manœuvres pour faire entrer ces dernières années les obligations chinoises dans l’indice Bloomberg Barclays du marché obligataire ou encore les actions chinoises dans le MSCI permettent de mobiliser des sommes colossales, que Wang estime respectivement avec les deux indices à 250 et 80 milliards de dollars. Wang Jian pense que cette ouverture est bonne pour attirer les capitaux mais ne donne pas accès aux sociétés étrangères aux marchés les plus rentables.

Banque du peuple chine

Les secteurs réservés

A. Le domaine des services de base urbains
En effet, le domaine des services de base urbains – télécommunications, transports, électricité, eau, les services financiers, restent réservés en majorité aux sociétés chinoises et font l’objet de monopole. Les autorités chinoises préfèrent réserver la meilleure part du gâteau aux groupes locaux car elle est très rentable. Le premier domaine, les services de base urbain ont dégagé l’an dernier 5 000 milliards de yuans (700 milliards de dollars) de bénéfice.
B. Les services financiers
Quant aux services financiers, ils se décomposent ainsi : les banques commerciales ont enregistré des bénéfices de 2 000 milliards de yuans, les fonds de gestion 1 100 milliards, les sociétés d’assurance 300 milliards, les banques d’investissement 1 000 milliards, les sociétés de crédit 60 milliards.
Le domaine réservé génère donc près de  9 000 milliards de yuans ( plus de 1000 milliards de dollars).

Cette ouverture existe, elle permet à la Chine d’attirer plus d’investissements. Les entreprises étrangère se développent dans une partie du domaine financier. Wang Jian retient que l’ouverture n’est que partielle. Ira-t-on plus loin ? Quand ? 

Emission de Wang Jian

Articles sur la finance

26 juin 2020

Les dangers d’une création de monnaie excessive

Les performances économiques japonaises ont toujours suscité beaucoup d’intérêt en Chine. L’économiste Li Xunlei, face à la création monétaire chinoise, prend l’exemple du voisin nippon pour inciter à la prudence dans l’usage excessif de la création monétaire. La pandémie a incité de nombreux états à assouplir les règles de de création monétaire. Le Japon a une longue expérience en ce domaine et il est utile d’observer les effets de cette politique monétaire.

Inflation très faible et baisse des salaires 

Après l’éclatement de la bulle immobilière des années 90, afin d’éviter la récession et la déflation, le Japon a appliqué une baisse des taux jusqu’à 0, l’assouplissement quantitatif et les achats de biens à risque. Selon la théorie monétaire, cette politique aurait dû entrainer une inflation importante.  Or, sur les 20 dernières années, l’inflation est au total de …2%. Les salaires sur la même période affichent une baisse moyenne de 11,3%. Clairement, la population en général n’est pas la bénéficiaire. 
Graphique sur l’évolution des salaires au Japon depuis 1970 :



Baisse des salaires au Japon sur 20 ans


Où est donc passée cette création de monnaie ? Assurément, elle n’est pas allée vers les produits et la production.

Banques et marchés financiers


En effet, une partie est restée dans les réserves bancaires. La Banque centrale exige un niveau de 0,79%, mais les réserves totales atteignent 27,2%. La circulation de cette monnaie s’arrête dans le système financier, et n’en sort pas. Les entreprises ont conservé une partie de leurs bénéfices, un montant équivalent à 27,9% des biens des entreprises sont mis en épargne. Elles ont également placé leur excédent sur le marché boursier, le Nikkei a grimpé de 145% en moins de 10 ans, alors que la moyenne annuelle de la croissance du pays atteint 1% . Pourquoi cette création monétaire ne va pas vers les produits ?

Bipolarisaison de la richesse et de la pauvreté

La raison principale est la bipolarisaison de la richesse et de la pauvreté. Prenons 10 citoyens avec 2 riches et 8 pauvres. Le pauvre aura en proportion une consommation plus importante des besoins de base et les prix de la nourriture et des vêtements monteront. Alors que pour le riche, ces domaines représentent une faible part de leurs dépenses. Les plus bas revenus utilisent 78,6% de leurs revenus dans la consommation de base alors que les plus hauts revenus 36,6%. La monnaie prendra la direction des biens. La bipolarisaton s’est donc accrue et les données sur les revenus montrent cette tendance. En effet, les plus hauts revenus ont une proportion dans l’ensemble des revenus toujours plus élevée. La concentration des richesses ne cesse. Une étude de Kitao & Yamada montre qu’entre 1994 et 2013 la « richesse » des 10% les plus riches s’est accrue de 26,1% et que celle des 20% les plus pauvres a baissé de 47,2%. L’argent appelle l’argent, les plus fortunés ont plus de facilité à obtenir des emprunts pour investir.

L’économiste alerte des effets peu productifs de la « super création » monétaire. Elle bénéficie davantage aux plus riches et contribue au creusement des inégalités et de la répartition des richesses. Il s’adresse à la Chine, mais son article a bien entendu une portée mondiale car nous sommes tous en face de l’« helicopter money ».

Source : Article de Li Xunlei

25 juin 2020

La monnaie numérique chinoise

La Chine planche depuis cinq ans sur l’utilisation d’une monnaie numérique. Afin de ne pas être sous le joug du système dollar, elle a encouragé l’emploi de sa monnaie dans les transactions internationales dès 2010. Depuis 2018, elle a lancé des contrats à terme en yuan sur le pétrole. Les autorités chinoises viennent d’élargir l’accès aux actifs chinois pour stimuler l’utilisation de sa monnaie. Mais, ça ne suffit pas, le pays qui pourrait devenir la première puissance numérique (voir l’article de Jean-Dominique Seval) planche depuis 2014 sur l’utilisation d’une monnaie numérique 数字货币-DCEP pour Digital Currency Electronice Payment. Alors que plusieurs villes, telles Suzhou ou Shenzhen, ont commencé à tester son utilisation, les médias ces dernières semaines redoublent d’articles et d’émissions sur le sujet pour vanter ses bienfaits. Faisons le point en rappelant les raisons, la différence avec les applications utilisées en Chine et les objections.

中国数字货币 dcep

Les raisons

La première raison officielle affichée est la lutte contre les délits financiers, le blanchiment d’argent et la corruption. En effet, en suivant les transactions, la Banque centrale pourrait plus facilement localiser les infractions. Par ailleurs, cela éviterait les montagnes de liquide amassées chez des fonctionnaires aux grandes poches ouvertes, comme l’a montré la dernière campagne anti-corruption. 
Cette monnaie permettrait d’atténuer la fuite des capitaux. La Chine a renforcé ces dernières années son contrôle d’exportation de devises pour les particuliers et les entreprises mais les parades pour contourner les règlements sont encore légion.
Elle permettrait de contrer les crypto-monnaies, que ne peut contrôler la Chine et qui permettent une plus grande liberté des capitaux.
Plusieurs dirigeants des autorités bancaires n’ont pas caché le désir de s’affranchir des systèmes de paiements internationaux où trône le roi dollar, SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, et CHIPS (Clearing House Interbank Payments System). La guerre commerciale américaine a incité dès l’an dernier les autorités chinoises à accélérer le projet et les médias officiels proclament que cette monnaie présente une alternative au système de règlement en dollar tout en permettant d’atténuer l’impact des sanctions ou exclusions éventuelles d’un pays ou d’entreprises.

Identique à la monnaie locale

La banque centrale a précisé que la monnaie numérique a les mêmes caractéristiques que la monnaie locale. Le paiement ne pourra être refusé par un commerçant. Sa valeur est égale au yuan. Aujourd’hui, en Chine, on peut se passer d’espèces et de cartes de crédit pour l’immense majorité des dépenses en utilisant les moyens de paiement de We Chat 微信 ou Alipay 支付宝. On peut même avoir l’impression d’être un attardé quand on sort une pièce ou un billet de sa poche ! Mais, quelles sont les différences avec les moyens de paiement en vogue?

Les différence avec Alipay et We Chat

Pour ces deux applications, les comptes doivent être reliés à des comptes bancaires existants alors que pour le DCEP, l’utilisateur n’a pas besoin de compte en banque. La Banque centrale délègue la gestion a des établissements de paiement et bancaires mais l’ouverture de compte ne sera pas obligatoire, il suffira de déposer de l’argent sur un compte spécial. Nuance ? Elle est fine !
Près de 200 millions de Chinois n’ont pas de compte bancaire. Un avantage pour cette nouvelle monnaie.
Un commerçant n’est pas obligé d’accepté ces applications, à l’inverse pour la monnaie.
Pour utiliser Alipay et We Chat, une connexion est indispensable alors que pour la monnaie numérique, il suffira seulement de l’application de la Banque centrale et d’un téléphone, qu’on mettra en face de l’autre téléphone pour effectuer la transaction.
L’arrivée du DCEP annonce-t-elle la mort de ces applications phares ? Peut-on se contenter du discours officiel qui voit deux moyens complémentaires ? 

Les différences avec les cryptomonnaies

Cette monnaie présente plus de sécurité qu’une cryptomonnaie, comme le Bitcoin, car elle est garantie par la Banque centrale, la stabilité serait donc assurée.
Le gouvernement chinois rappelle qu’elle est légale, à la différence du Bitcoin…

Les objections

Bien entendu, les détracteurs de ce projet rétorquent que c’est un moyen pour contrôler, surveiller davantage la population et faire marcher la planche à billet à moindre coût.

Le souhait de sortir du système dollar est probablement la motivation première de la mise en place de cette monnaie numérique. Son utilisation étendue donnerait une meilleure indépendance et contribuerait à mieux gérer les sorties de capitaux. La route est encore longue. Ce projet sera-t-il couronné de réussite ? Les Etats-Unis nourrissent également un projet de dollar numérique. Les deux puissances vont-elles encore s’affronter sur ce front ?

Sources :
Article : 第三方支付:数字货币推动下的支付体系重构
Nouvelle chaîne en chinois sur Youtube consacrée au sujet

Articles sur l’économie et la finance en Chine ici et ici.

9 juin 2020

La Fintech chinoise et les prêts de groupe

Le service en Chine


Le service, en général, a connu des améliorations spectaculaires en Chine sur les 20 dernières années, même dans les administrations de la capitale! Certes, certaines procédures restent encore lourdes, mais le souci de l’efficacité renverse souvent la vapeur dans le bon sens. Depuis une dizaine d’années un particulier, à partir de son téléphone, peut réaliser un virement bancaire instantané pour un nouveau bénéficiaire avec toute la sécurité nécessaire. En France, la plupart des banques, demandent encore d’attendre 24H ( le LCL par exemple), voire plus, pour enregistrer le nouveau bénéficiaire et certaines commencent à proposer en 2020 le règlement instantané. Ce n’est pas une question de technologie puisque pour les comptes professionnels, ces fonctions existent. De volonté d’assurer un bon service au client ?

Une créativité…américaine

Les services bancaires chinois ne manquent pas de créativité, qui rappelle plus des pratiques américaines qu’européennes. Lufax,  陆金所, à Shanghai, associé avec le premier groupe d’assurance Ping An 平安, présente toute une gamme de services financiers ingénieux notamment dans le crowfunding 众筹. Pour certains observateurs, le monde de la Finn tech chinoise a pris la tête du secteur.

Regroupement de clients

Les banques locales montrent beaucoup de dynamisme, une partie s’est positionnée, à l’aide d’applications en ligne,  sur le créneau du « regroupement * » avec la possibilité de former des groupes pour, par exemple, emprunter, épargner, ou faire de la gestion financière, 拼团存款, 拼团存款,、拼团理财. En effet, afin d’attirer une plus large clientèle avec des taux de rendement ou d’intérêt plus attractifs, les banques se sont jetées sur cette opportunité.



拼团贷款 emprunt en groupe

Les intérêts?


Le site Caixin explique que la Banque de Shanghai propose un taux de rendement de 4,125%  sur un compte à rémunération durant trois ans pour un groupe de cinq personnes qui verserait chacune 50 000 yuans alors qu’un client seul avec 50 000 n’obtiendrait que 3,68%.
Ce business model permet aussi aux établissements bancaires de baisser leur coût et de profiter de la clientèle plus jeune hyper connectée. Le règlement de la Banque centrale stipule que le montant pour accéder à de meilleurs taux est 200 000 yuans. Ce système permet également aux banques de décrocher de meilleurs taux avec la possibilité d’atteindre plus facilement ce seuil.

Attention!


Le boom du phénomène des regroupements a attiré l’attention des autorités de régulation qui craignent des dérapages et une hausse de l’endettement des banques. Elles ont lancé une enquête afin d’avoir une vue plus juste de la situation. En Chine, on va vite, mais les dérapages non contrôlées peuvent survenir très vite aussi ! Nous allons vers des restrictions? Certainement!

* regroupement, le terme chinois est 拼团 , littéralement « combat-groupe »

La finance vous intéresse, consultez notre rubrique sur le sujet ici.

27 mai 2020

9 milliards de yuans de perte sur le Nymex

Le 21 avril, l’expiration des contrats futures du mois de mai a enregistré une chute du baril de pétrole WTI en territoire négatif à -37,63 dollars. La banque de Chine, le premier janvier 2018, a autorisé la commercialisation de ce produit dérivé, dénommé Nymex Trésor,原油宝. Avec cette chute de ce contrat future, plus de 60 000 investisseurs chinois se sont retrouvés piégés et n’ont pu répondre aux appels de marge de la banque, la plupart sont des néophytes en la matière. Selon le site Caixin, les pertes avoisinent les 9 milliards de yuans (1,15 milliard d’euros). Les clients ont perdu 42 milliards en dépôt de garantie et doivent en rembourser 52 aux établissements bancaires.

Nymex

La grogne se retourne vers les banques qui n’auraient pas averti les clients des risques encourus ; d’ailleurs, la plupart ne comprenaient pas la complexité de ce produit dérivé. Pour l’instant, les banques n’ont pas encore exigé le remboursement.

La commission de régulation des banques et des assurances,银保监会, enquête et promet un règlement selon la loi. Certains devront donc s’asseoir sur leurs pertes ?

Articles consultés :
银保监会回应“原油宝”巨亏:要求中行尽快查清问题
中行“原油宝”风波揭示了什么问题?
原油宝(个人账户原油业务)

Vendredi 1er mai 2020