Wall Street préfère la Chine

Wall Street ne suit pas Trump dans sa politique envers la Chine. Les établissements financiers, comme les grands groupes, aiment la mondialisation, quitte à laisser la dés-instrualisation s’imposer dans leur propre pays. Que s’est-il passé récemment ?

La finance s’installe


La Chine continue d’ouvrir son marché, American Express et Master Card, en ont profité pour arriver sur le marché .
La State Administration of Foreign Exchange (SAFE) indiquait en juin que 200 milliards de dollars avaient été investis par des sociétés étrangères sur les douze derniers mois.
Fin septembre, le FTSE Russel a indiqué que les bons du Trésor chinois intègreraient leurs indices. Pékin estime un flux de capitaux à hauteur de 1200/1500 milliards de dollars.
Les établissements financiers américains comment à s’installer. JP Morgan viendrait de signer un bail pour des locaux de 1 000 m² dans le quartier d’affaires de Shanghai, Lujiazui. Morgan Stanley agrandit ses bureaux et de grands fonds de gestion suivent.
Wall Street préfère miser sur la taille du marché chinois encore jeune, plutôt que sur la politique américaine. Trump a-t-il perdu une bataille – avant les élections?

FTSE finance Chine



Le gouvernement américain a longtemps parié sur le marché chinois, en pensant que l’ouverture économique s’accompagnerait d’une libéralisation politique. Si certains pans de l’économie ressemblaient davantage à un capitalisme débridé, le politique a accordé de minces concessions. La Chine a été la grande gagnante et ce n’est pas fini. Le gouvernement chinois a su manœuvrer alors qu’on peut parler du pari perdu des Etats-Unis.

Ne rêvons pas ! Les secteurs les plus intéressants et rémunérateurs sont encore réservés aux sociétés chinoises (voir l’article) ? A quand une véritable ouverture ?

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Sources :

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27 octobre 2020

Les véritables raisons du contretemps d’Ant Group

Le 20 juillet, le groupe Ant Financial avait annoncé préparer son entrée en bourse simultanée sur les deux places financières de Shanghai et Hong Kong. La société visait une évaluation de 200 milliards de dollars, voir l’article.  Les actions sont prisées, la valorisation est en hausse à 281 milliards et le groupe va céder davantage de capitaux, 35 milliards contre 30 milliards prévus. La double introduction était prévue pour ce mois, mais des informations non officielles indiquent qu’un retard est prévu en raison d’une enquête des autorités boursières. Pourquoi une telle investigation ?

Première page du prospectus boursier 招股书 d’Ant :

Ant Group IPO notice

Un conflit d’intérêt?

Un potentiel conflit d’intérêt a attiré l’attention de la vigilance officielle. Huit fonds financiers ont rassemblé les investissements d’actionnaires. La société Ali Pay du groupe permet à des actionnaires individuels d’acheter cinq des fonds de placements consacrés à l’introduction.  La somme atteint neuf milliards de dollars. La commission de régulation voit dans ce point un conflit d’intérêt.

Les véritables raisons

La part du gâteau
Le journaliste Wang Jian pense que c’est un faux problème. La véritable raison tient dans l’aversion des six grandes banques chinoises pour le groupe Ant qui prend une part de marché de plus en plus importante sur un secteur très rémunérateur. Ali Pay commercialise beaucoup de produits financier sans passer par les dinosaures du monde bancaire.
Ali Pay occupe une part de marché dans le crédit à la consommation de 21%. Elle est un intermédiaire qui travaille avec des petites banques, qui n’ont pas le réseau assez étendu pour capter une large clientèle. La société perçoit une commission. Par ailleurs, grâce à ses divers services et sociétés, notamment Taobao, le groupe recueille beaucoup d’informations sur ces clients, individuel ou PME, et peut facilement évaluer le risque client. 
Les grandes banques souhaitent également attirer les jeunes. La grande majorité de leurs clients qui se rendent dans les agences sont plus âgés. Mais les jeunes préfèrent le service en ligne, où excelle Ant. Une part du gâteau échappe aux grands établissements classiques.

La protection
Les six grandes banques sont publiques, c’est l’Etat. Les autorités de régulation ont, selon Wang, la tâche de les protéger. Avec l’argent de l’entrée en bourse, Ant pourra se développer davantage, aller sur d’autres créneaux et occuper une position plus importante. 

Wang pense que ce contretemps est davantage le fruit de plainte des grandes banques contre le groupe de Hangzhou afin de se protéger et limiter l’expansion du concurrent principal. L’introduction n’est pas compromise, mais des négociations doivent se tenir pour trouver un terrain d’entente.
Dernière minute : Les autorités chinoises viennent de donner le feu vert. Les négociations ont été efficaces? Tout est bien qui finit bien. Il manque juste l’accord de Hong Kong.

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Articles sur la finance

Source :

监管机构调查支付宝 蚂蚁集团大规模IPO推迟

19 Octobre 2020

Les recettes publiques sont en berne

Les journalistes du site Yicai 第一财经 ont réalisé une étude sur les recettes publiques des municipalités chinoises des sept premiers mois de 2020. Que nous apprend leur analyse ?

60% des villes ont des recettes publiques en baisse

Parmi les 330 municipalités ayant le rang de ville, certaines sont administrées en directement par le gouvernement central. On ne peut les comparer. Une partie des villes n’avait pas de données complètes. 176 ont donc été retenues. 60% d’entre elles accusent une baisse des recettes publiques sur les sept premiers mois de l’année. Les plus touchées, telle Harbin, sont dépendantes de l’industrie lourde et d’une structure industrielle non diversifiée.

Le Hubei et le Nord-Est

Parmi les 74 villes à croissance positive, sept ont affiché une hausse de plus de 10%. La plupart se trouvent dans le Guangxi.
Sur les 102 villes qui enregistrent un recul de leurs recettes, 20 accusent une chute de plus de 10%. Certaines se sont trouvées au cœur de l’épidémie dans le Hubei : Xianyang -47,2%, Shiyan, Jingzhou et Wuhan.
Xianyang -47,2%, et Shiyan – 36,3 ont connu les plus fortes chutes. Le marché automobile est très important pour ces deux cités. Au point mort au premier trimestre, le secteur a pesé sur les revenus. Wuhan, qui comptait une baisse de 45,9% au premier trimestre, a réussi à ramener la chute à 30,5% sur les sept premiers mois.
Le Nord-Est a souffert, Harbin est à -20,7%. Les régions concentrées sur les industries lourdes et l’énergie n’ont pas été épargnées, comme Yangquan et Ordos en Mongolie Intérieure.

L’économie numérique encore

L’économie numérique, qui a généré le quart du PIB national au premier semestre avec une hausse de 10,5%, a permis aux municipalités investies dans le secteur de résister.
Hangzhou a bénéficié d’une progression de ses recettes de 1,1%. 

Les gouvernement locaux meilleurs

Les gouvernements locaux s’en sortent mieux que le gouvernement central avec un recul des recettes de 6,2% contre 11,3%. En effet, les recettes centrales sont davantage liées à l’économie, et l’impact de l’épidémie sur les taxes et les impôts est fort. Les impôts locaux, comme les taxes liées au foncier, sont moins affectés. Par ailleurs, les gouvernements locaux, face aux difficultés financières, emploient plus d’énergie à percevoir les taxes et n’hésitent pas à les augmenter pour arriver à un équilibre. Ils ont tout un arsenal à leur actif ; d’ailleurs, les recettes non fiscales affichent une augmentation bien plus forte que les recettes fiscales habituelles. Avec des taxes spéciales sur l’éducation, les charges administratives, ils peuvent vendre des actifs et des terrains.

Billets chinois

Deux phénomènes

Zhang Zhenyu, directeur de l’institut de recherches des finances locales de l’Université de Dalian, deux points importants sont à considérer :  1. A côté de l’émergence du Centre de la Chine, on assiste à un recul du Nord-Est. A côté d’une structure de l’économie Est-Ouest, la différenciation Nord-Sud prend forme. 2. La qualité des recettes publiques baisse, les recettes non fiscales prennent trop d’importance.

Un PIB positif et des recettes publiques en berne!

Ces chiffres sont intéressants car ils permettent d’avoir une autre vue de l’état de l’économie. A côté de la croissance du PIB, les recettes publiques baissent , beaucoup pour le gouvernement central, 11,3%, moins localement 6,2%, selon cette étude. Personne ne s’étonne de cette différence dans les données sur le PIB et les recettes. On peut rester perplexe ! Quant aux gouvernements locaux, ils emploient leur créativité habituelle pour sauver les meubles et faire rentrer de l’argent dans les caisses. Publiquement, l’article ne peut aller plus loin dans les causes et les implications.
Ils attirent l’attention sur le recul du Nord-Est évoqué la semaine dernière et l’écart qui se creuse entre le Nord et le Sud ces dernières années. La bonne nouvelle est la confirmation du dynamisme du Centre du pays autour d’une zone Chengdu-Chongqing.

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Sources :

176城前7月财政收入:近六成负增长,多城非税收入增长快


28 septembre 2020

Taux de change du yuan, que peut se permettre la Chine?

La Chine n’a pas un taux de change flottant de sa devise. Est-ce un cas isolé ? Non, la majorité des pays dans le monde n’ont pas adopté ce système.

Comment est fixé le taux du yuan ?


La banque centrale le détermine tous les matins à 9H15 en fonction principalement de deux facteurs, le taux de clôture de la veille et les fluctuations d’un panier de devises, composé notamment du dollar qui pèse 21,59%, de l’euro 17,40% et du yen 11,16%. Toutes les monnaies du panier : 

 A 9H, treize établissements financiers font des cotations et le taux moyen est le taux fixé à 9H15. Les transactions peuvent commencer à 9H30 avec une fluctuation maximale de 2% à la hausse ou à la baisse autour de ce cours pivot. En août 2015, les autorités avaient laissé fluctuer le yuan, une baisse de la devise et une chute de 15% de la bourse de Shanghai en deux jours avaient suivi. Face à la sortie massive de capitaux de 2016, la banque centrale en 2017 a mis des mécanismes pour éviter les mouvement trop forts, appelés « facteurs de régulation anticycliques 逆周期调节因子 ».

Plus d’élasticité?

Une partie du monde financier chinois souhaite une plus grande élasticité de la devise chinoise. Pour Sheng Songcheng, ancien directeur du bureau des statistiques de la Banque du peuple, ce n’est pas une bonne idée de passer d’une marge de fluctuation de 2% à 3%, voire 4%. 2% est déjà un mouvement très important. L’économie et les entreprises ont besoin d’espoir et de stabilité. De telles amplitudes ne vont pas dans le bon sens.

taux de change du yuan

La Chine, un cas isolé?

Il rappelle que les contrôles de monnaie ont toujours existé sous diverses manières. Le gouvernement japonais intervient quand les conditions le demandent. En 2003, afin d’éviter la hausse du yen, la Banque du Japon a acheté 150 milliards de dollars sur les marchés. Durant la crise de la dette européenne, la monnaie helvétique s’est envolée. La Banque nationale de Suisse a acquis massivement des euros pour freiner l’ascension de sa devise. En septembre 2011, elle a même fixé un cours plancher : « La surévaluation actuelle du franc est extrême. Elle constitue une grave menace pour l’économie suisse et recèle le risque de développements déflationnistes. La Banque nationale suisse (BNS) vise par conséquent un affaiblissement substantiel et durable du franc. Dès ce jour, elle ne tolérera plus de cours inférieur à 1,20 franc pour un euro sur le marché des changes. » 
Un contrôle des changes similaire au système chinois est exercé dans de nombreux pays et selon les données du FMI 46,4% des pays dans le monde le pratiquent contre 34,6% en 2009. Par ailleurs, Le National Bureau of Economic Research de Cambridge aux Etats-Unis va encore plus loin. Sur un échantillon de 196 pays, il estime qu’en dépit des grands discours de principe, 80% ont un régime de flexibilité limité avec des taux de change peu flexibles. 

Taux de change flottant, luxe

Bien entendu, je ne suis pas sourd. La chaîne Fox répète depuis au moins 15 ans que la Chine manipule sa monnaie, ce que beaucoup répètent sans connaître vraiment la situation. Un taux de change flottant et une convertibilité de sa monnaie sont considérés comme un luxe dans les pays émergents. Certes, la Chine a dépassé ce stade, mais elle ne peut pas encore se permettre une telle liberté. Elle est peut-être la seconde puissance mondiale, mais 70% de sa population a des revenus inférieurs à 2 000 yuans par mois et les problèmes structurels sont légion.
Les quelques ouvertures ont montré des fuites de capitaux et des fluctuations qui perturbent l’économie. L’objectif du gouvernement n’est pas de répondre aux exigences de Washington, mais il doit d’abord protéger le pays des risques. Des fluctuations permises, indexées sur un panier de devises, avec un cours pivot et une marge de fluctuation de 2%, est pour l’instant le seul luxe que peut se permettre Pékin. Mais, on prépare l’avenir avec une internationalisation progressive du yuan et l’instauration de la monnaie numérique. La convertibilité et le taux flottant ne sont pas encore à l’ordre du jour, même s’ils font objets de débats. Dans cinq ans, dix ans ? Aux calendes grecques?

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16 septembre 2020

Le yuan poursuivra-t-il sa hausse par rapport au dollar?

Hausse du yuan par rapport au dollar

Le renminbi est en hausse depuis la fin du mois de mai, notamment ces derniers jours.  En Chine, quand on dit que le yuan monte ou descend, c’est souvent par rapport au dollar américain. En effet, la devise américaine valait plus de 7,15 yuans fin mai, elle s’échange actuellement à 6,82/6,83 après avoir cassé 6,9 le 25 août. Cette progression chinoise, c’est plutôt une baisse du dollar :

La monnaie américaine recule également par rapport à d’autres devises. L’euro est passé de 1,07 fin mars à 1,19 aujourd’hui. Les prévisionnistes et les hedge fund n’avaient même rien vu venir.

Baisse du yuan par rapport à l’euro

En revanche, par rapport à d’autres monnaies, notamment l’euro, le yuan ne s’est pas apprécié, il a perdu du terrain :

Qu’en pensent les économistes? Le chroniqueur Wang Jian fait le point.

Qu’est-ce qui provoque cette ascension du yuan par rapport au dollar ?

  1. La baisse du dollar.
  2. L’écart des taux d’intérêt (利差), 250 points, entre les deux pays.
  3. La politique de la Réserve Fédérale américaine (FED) : elle a fortement abaissé ses taux de base, elle a affirmé clairement qu’ils resteront bas, même si l’inflation dépasse l’objectif de 2%. Il est clair que la FED veut un dollar bas pour stimuler l’économie.
  4. La banque centrale chinoise, selon le journaliste Wang Jian, n’intervient pas et s’accommode de la situation.

Appréciation du dollar sur le moyen terme?

Goldman Sachs pense que le yuan va continuer à progresser sur les douze prochains mois, que son niveau est très dépendant de la guerre commerciale. Les négociations sur les accords commerciaux ne sont pas interrompues, c’est un facteur de hausse. En revanche, selon d’autres analystes financiers, une aggravation de l’épidémie dans les pays occidentaux pourrait changer la donne.

Pour l’économiste pékinois Gao Shenwan, le cycle de baisse du renminbi sur les cinq dernières années de baisse est terminé et il commence sa hausse sur le long terme.La part de marché mondiale des exportations chinoise n’a cessé d’augmenter jusqu’en 2015. Pour lui, de 2005 à 2015, le renminbi a bénéficié d’une survalorisation. Le 8 août 2015, la Chine décidait d’abaisser le taux de référence de 2% par rapport au dollar, ce qui équivalait à une dévaluation. 
En 2019, la part de marché de marché a augmenté sur 2018 car, selon Gao, le yuan était sous valorisé. Les progressions actuelle et future ont plusieurs causes : les accords commerciaux sino-américains, un assouplissement des conditions de crédit et une sous valorisation du yuan.

L’export va mieux

Wang Jian ajoute qu’il faut également mentionner l’amélioration des exportations. Le secteur se porte mieux pour plusieurs raisons. Les usines ont repris assez tôt malgré l’épidémie, dès mars-avril. Les difficultés ont poussé certaines sociétés à mettre la clé sous la porte, mais le bon côté, les meilleures sont restés et elles ont récupéré une partie des parts de marchés, et ont même de meilleurs bénéfices. La demande mondiale pour les équipements médicaux est très forte et la Chine est bien placée dans ce domaine.

Les risques


Selon le journaliste, les risques tiennent dans la tournure des relations sino-américaines et de la situation à Hong Kong. Autre point crucial : la capacité des autorités à éviter la fuite des capitaux. Les mesures de sorties de devises sont déjà strictes, mais il existe encore beaucoup de parade.

Le consensus table donc sur une hausse du yuan – mais le consensus n’a pas toujours raison ! La Banque centrale chinoise pourrait s’en accommoder à condition qu’elle soit progressive. La tendance ne devrait pas changer jusqu’aux élections américaines. Et après?

Source principale :

Articles sur la finance ici

3 septembre 2020

La monnaie numérique (3) et la dynastie Ming

Une lectrice chinoise m’a indiqué le parallèle effectué par Wen Zhao entre la monnaie numérique chinoise et l’émission de billets de banques sous la dynastie Ming. Le chroniqueur taïwanais considère cette innovation semblable à l’impression de papier monnaie avec toutes ses conséquences. Revenons sur ces billets des Ming.

Zhu Yuanzhang combattit la dynastie mongole des Yuans et fonda la dynastie des Ming en 1368. Hong Wu- son nom d’empereur – tenta de créer une société autosuffisante.

 empereur chinois mins hongwu Zhu yuanzhang

Crise des métaux

Très vite, bronze, or et argent qui servaient pour les échanges commençaient à manquer. L’empire chinois avait déjà eu recours à l’émission de billet sous les dynasties précédentes. Afin d’assurer les échanges commerciaux, le gouvernement en 1375 a décidé de créer une monnaie papier, baptisé Da Ming Baochao (大明宝钞). La population avait l’obligation de changer le métal en leur possession pour avoir des billets.

Sale temps pour les arrangements entre amis


L’empereur issu d’une famille de paysans pauvres nourrissait une haine pour les fonctionnaires corrompus. Le procédé visait, entre autres, cette caste et l’assèchement de leurs ressources. Bien entendu, avec cet épisode, on pense aux tonnes de billets rouges qui s’empilent dans les recoins des maisons de fonctionnaires à notre époque. L’ouverture économique de la Chine a généré une corruption colossale qui touche de nombreux échelons de la société jusqu’aux plus hauts sommets. La presse chinoise, même sélective, a largement couvert ces affaires. L’instauration de la monnaie numérique vise aussi l’argent dit sale.

corruption chine billets de banque

L’inflation n’est pas loin


Très vite, une inflation galopante a suivi et en 1400, deux ans après la disparition de Hong Wu, les billets de banques ne valaient plus que 3% de leur valeur. Un immense marché noir avait pris place où s’échangeait les anciennes pièces de métal des dynasties précédentes.

Quelles sont les motivations?

La venue de cette monnaie numérique pose beaucoup de questions. Quel est le véritable objectif ? Comme souvent, selon l’endroit où on se positionne sur l’échiquier politique, idéologique ou en fonction de ses intérêts, la réponse varie. Je lis toutes sortes d’hypothèse. Contrôle de la société et des capitaux, protection, modernisations, assainissement, temps difficiles. Et pourquoi ce ne serait pas un cocktail de toutes ces motivations ?

Autres article sur la monnaie numérique ici.

Sources, vidéo de Wen Zhao :

28 août 2020

La monnaie numérique en Chine (2)

J’avais présenté les grands traits de la monnaie numérique -数字货币 – chinoise ici, en fonction des données disponibles. La presse chinoise a récemment divulgué quelques informations.

Pas de planning?


Le 14 août, le gouvernement annonçait l’extension des zones de tests à 28 provinces et villes gérées directement par le gouvernement. La zone Pékin-Tianjin-Hebei (京津冀), les deltas des Perles et du Yangzi et le centre -ouest sont concernées. On se pose des questions sur ces évolutions. Les journaux chinois font écho de rumeurs qui circulent : les ventes d’appartement à Shenzhen ne pourront s’effectuer qu’avec cette monnaie et elle ne pourra servir à acheter de l’or ou des devises étrangères. Rien n’a été démenti officiellement. Un dirigeant de la Banque centrale a seulement déclaré qu’il n’y avait pas de planning défini pour ce sujet. Difficile à croire !
Depuis fin avril, dans la nouvelle zone économique de Xiongan au sud de Pékin, de nombreuses enseignes, Starbucks, Mc Donald’s, JD.com et Subway utilisent déjà la monnaie de demain. Didi Chuxing, L’Uber chinois a déjà effectué des tests avec son demi-milliard de clients.

数字货币 monnaie digitale numérique chinoise

Les gagnants?

Ant Financial et Tencent seraient associés à certains projets dans le domaine. On scrute également les sociétés présentes dans les services financiers qui pourraient bénéficier de cette innovation, notamment : Westone Information Industry 卫士通, Client Service International Inc 科蓝软件,Shenzhen Forms Syntron 四方精创,Koal Software Co 格尔软件, HyUnion Holding 海联金汇 et Hengbao Co Ltd 恒宝股份.

L’adoption probable de la monnaie numérique est liée à de nombreuses perspectives. La Chine cherche depuis longtemps des voies pour sortir de la dictature du dieu dollar. C’est une piste. La monnaie numérique s’inscrit bien entendu dans la numérisation de la société stimulée par les deux groupes leaders Alibaba et Tencent et couvée des yeux par le pouvoir central. L’argent sale aura plus de difficulté à s’évaporer. Elle permettra un meilleur contrôle des capitaux. En revanche, Big Brother en saura plus sur chacun.  C’est net, un monde, un modèle différent s’impose. Les Chinois dans l’ensemble l’acceptent…tant que la croissance est là et partagée -en partie !

Articles sur la finance ici

Sources :

深度解读央行数字货币在28省市深化试点背后的逻辑

27 août 2020

La théorie japonaise


Depuis quelques années, circule en Chine la théorie de « la chute du Japon dans les années 80 ». L’économie japonaise omniprésente partait à la conquête du monde, les économistes parlaient même à l’époque du miracle économique japonais. De nombreux articles et livres en Chine (voir le célèbre ouvrage de Hongbing Song paru en 2007 en Chine, La guerre des monnaies) sont persuadés que les Etats-Unis ont orchestré la chute de l’île nippone en mettant la pression sur le gouvernement japonais pour qu’il accepte une dévaluation du yen. Le scénario se redessine avec la Chine à la place de son voisin. La menace de voir la Chine rattraper les Etats-Unis effraie les dernières administrations américaines. Mais peut-on comparer les économies des deux pays, celle de la Chine aujourd’hui et celles du Japon de l’époque ?

livre chinois finance

Trois grandes différences

Certainement pas !  L’économiste taïwanais Lang Xianping pense que trois facteurs les différencient.

1. Le Japon de l’époque était un pays semi-colonisé par les Etats-Unis, qui l’avaient mis sous tutelle en 1945. Même au début des années 80, les Américains pouvaient encore indirectement contrôler certains organismes japonais. Quant à la Chine, c’est un pays souverain, qui contrôle sa monnaie et peut la défendre. Elle est une puissance nucléaire.
2. En 1985, le Japon contrôlait le marché des semi-conducteurs à hauteur de 78 %, les Etats-Unis en achetait 55 %. La Chine est le plus grand acheteur de semi-conducteurs et a un objectif de produire 40% de sa consommation en 2020 et 75 % en 2025, contre 16% en 2019.
3. Le Japon avait un petit marché de consommation, la Chine devrait dépasser en 2020 les Etats-Unis en termes de consommation.

Verre à moitié plein?

Ces points, seront-ils suffisants pour résister aux attaques de l’administration américaine et ne pas subir le sort de l’archipel nippon ? Bien entendu, la Chine a d’autres points forts, mais pourront-ils contrebalancer les points faibles : les problèmes structurels, le surinvestissement, la surproduction, la dépendance à l’export, la faiblesse de la consommation par habitant, les défis de l’innovation, les risques énergétiques, les inégalités sociales et géographiques ?

Articles sur l’économie ici

Sources :

24 août 2020

Economie chinoise : ce n’est que le début!

Les discussions et débats abondent sur le chemin à suivre avec les conséquences des troubles sino-américains et de l’épidémie. Huang Qifan, ancien maire de Chongqing, expert dans les domaines financiers et économiques, est très pédagogique dans ses interventions, sans les artifices de la langue politique habituelle. Invité d’une émission économique, il décrit les leviers disponibles pour développer le marché intérieur concernant l’innovation, les nouvelles infrastructures, la surproduction, l’automobile, le schiste, la répartition des richesses et le développement de l’ouest de la Chine. Un résumé de ces idées ci-dessous.

Huang Qifan  homme politique chinois

Innovation

Le gouvernement a consacré 2,1% de son budget à la recherche et au développement. Seulement 5% de cette partie vise le segment des hautes technologies des équipements d’infrastructures contre 20% dans les pays du G20. L’objectif est de monter à ce niveau. Par ailleurs, un arsenal juridique va se mettre en place pour protéger les droits intellectuels de l’innovateur, le développement et la commercialisation avec des constitutions de fonds financier afin de pousser les innovations. 

Les nouvelles infrastructures

Les anciennes infrastructures – aéroports, chemin de fer, autoroute, ports, étaient principalement financées par le gouvernement, elles nécessitaient d’importants investissements, elles rapportent au bout de vingt-trente ans d’utilisation. Elles avaient un impact important sur l’économie locale.
Les nouvelles infrastructures peuvent être fiancées en partie par le privé, elles rapportent très vite. La technologie 5G va permettre de déployer une économie numérique qui va transformer la société et l’époque et toucher tous les domaines de l’économie, permettant une modernisation des anciennes et nouvelles activités, nous aurons des villes intelligentes, 智慧城市. Les cinq domaines les plus importants sont : le big data, le cloud computing, l’intelligence artificielle, la Blockchain, l’internet des objets – 大数据, 云计算, 人工智能, 区块链, 物联网 . Ce n’est que le début !

villes intelligentes en chine

 

Surproduction

Les productions très polluantes et vieilles ont été supprimées. Concernant l’aciérie, les installations et les équipements ont été renouvelés et ont moins de vingt ans. La production d’acier l’an dernier s’est élevées à 996 millions de tonnes. Les besoins s’élèvent à 700/800 millions, la surproduction approche donc 200 millions. Les bâtiments en moyenne en Chine comprennent 40 kilos de construction à armature d’acier par m², contre 150 kg dans les pays avancés Il suffit d’utiliser plus d’acier pour faire diminuer la surproduction. 
L’an dernier, 1,6 milliards de m² a été construit. Si on réduit les constructions à seulement un milliard de mètre carré avec 150 kg par m², on utilisera 100 millions de tonnes en plus. Tout en baissant la surproduction, on augmente l’espérance de vie d’un bâtiment. Les constructions en béton armé utilisées depuis les années 80 ont une espérance de vie de 30-40 ans. En armature d’acier, on monte à 70-100 ans. Dans le même temps, les biens de la population prennent plus de valeur.

Automobile

Les ventes se sont élevées à 25 millions de véhicule en 2019. Afin d’éviter les problèmes de circulation, on limite les immatriculations. On devrait penser à développer les transports en commun, les routes et les parkings tout en misant sur les énergies renouvelables. La Chine compte 170 véhicules pour 1 000 habitants, contre 840 pour les Etats-Unis, 600 pour la France, l’Allemagne et le Japon, et 470 pour la Malaisie et les Philippines. La Chine a donc une marge d’évolution rien qu’en doublant le nombre de véhicules par 1000 personnes ; elle devrait assouplir le système d’immatriculation tout en accélérant le développement des infrastructures pour améliorer la circulation, ce qui contribuera à la croissance. 

Le schiste


La consommation de pétrole est de 650 millions de tonnes par an, la production de 200 millions, il faut donc importer plus de 400 millions. Avec les besoins croissants, il existe un danger pour la sécurité en source d’énergie. Aujourd’hui, la dépendance à l’extérieur est de 70% et elle pourrait monter à 80, voire 90%.
La Chine dispose de 2500 milliards de m³ de réserves de schistes, autant que les Etats-Unis, elle a une exploitation annuelle de 20 milliards, il faudrait qu’elle puisse passer dans les 10 ans à 200 milliards par an pour répondre aux besoins. On peut entendre le « circuit intérieur » ainsi. Utiliser les vieilles industries et de développer de nouveaux créneaux.

Répartition des richesses


Plusieurs mesures pour améliorer la répartition :
1. Baisser les impôts et taxes des 400 millions travailleurs des villes afin de stimuler la consommation.
2. Les impôts sur le revenu représentent seulement 7% des recettes publiques malgré des taux assez élevés. La moyenne des pays du G20 est de 20%, en Russie, en Inde, en Asie du Sud-Est et aux Philippines 15%. Pourquoi cet impôt rapporte si peu en Chine ?
Deux raisons : les hauts revenus sont taxés à 45% alors que l’impôt sur les bénéfices des entreprises est de 25%, ça incite les patrons à trouver toute sorte de moyens pour éviter d’être taxer à 45%. Par exemple, les grandes entreprises paieront une partie des salaires dans des pays à des taux plus faibles, Hong Kong ou Singapour – 15-17%. Le patron trouvera toujours un moyen pour sortir de l’argent de l’entreprise. Une règle veut que l’impôt sur le revenu ne dépasse pas l’impôt des sociétés. En 1980, quand a été fixé le taux de 45%, c’était juste, les entreprises avaient un impôt de 55%, qui est descendu à 33% dans les années 90, puis à 25%. En revanche, l’impôt sur le revenu n’a pas enregistré de baisse et est resté à 45%. Les hauts salaires au final paient peu d’impôt sur le revenu.
3. Dans les villes, les revenus de propriétés (mobilières et immobilières) représentent au minimum 30% des revenus des ménages alors que dans les zones rurales, ils ne dépassent pas 3%. La réforme sur la propriété foncière permettra aux paysans de transférer, louer ou hypothéquer les terres rurales collectives et donc d’avoir davantage de revenus fonciers.

Inégalité et répartition des richesses en Chine


4. Les TPME représentes 80% des entreprises et regroupent 70% des emplois, 60% de la production nationale, 50% des rentrées fiscales. En 2018, des mesures fiscales ont été mises en place pour deux ans, il faudrait les rendre définitives pour permettre d’avoir une vision long terme et renforcer la confiance des entreprises et des partenaires.
5. La consommation moyenne était de 23 000 yuans par personne. 50% sont consacrés au logement, l’éducation et la santé. Actuellement, en général, seuls les « anciens » habitants des villes peuvent profiter des logements sociaux. Il faudrait que les nouveaux arrivants, les jeunes, les étudiants ou les ruraux qui viennent travailler en ville puissent en profiter. Ainsi, la partie habitation pèserait moins sur le budget et plus de consommation serait possible. Si les dépenses pour le logement ne dépassent pas un sixième des dépenses totales, la consommation globale d’un ménage est assurée.
6. Le développement de l’Ouest de la Chine, il faut abandonner les anciennes stratégies qui étaient de reproduire les modèles de l’Est, il est nécessaire prendre en compte les caractéristiques de chaque région. Il faut privilégier l’agriculture avec de gros investissements.

Huang Qifan présente plusieurs armes qui peuvent stimuler l’économie chinoise et rééquilibrer la structure de l’économie, encore très dépendantes du marché étranger. Les stratégies à long terme qui ne sont pas bousculés tous les quatre ou cinq ans ont assuré le succès des quarante dernières années. La dernière décennie a vu la modernisation avec l’arrivée d’Internet. L’économie numérique est encore à ses débuts, elle a un potentiel colossal qui devrait être un atout majeur pour le pays.

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Acheter Ant, c’est acheter la Chine de demain !

Sources :
Emission avec Huang Qifan

17 août 2020

Acheter Ant, c’est acheter la Chine de demain !

Le 20 juillet, le groupe Ant Financial a annoncé préparer son entrée en bourse simultanée sur les deux places financières de Shanghai et Hong Kong. La société vise une évaluation de 200 milliards de dollars. Jack Ma, fondateur du groupe Alibaba, a établi cette société en 2014. Elle se concentre sur cinq activités : Finances, technologie, financement, assurance et crédit.

entrée en bourse d ant financial

Alipay, la porte d’entrée

L’application de paiement en ligne, Alipay, est la porte d’entrée à ses services. Alors que Paypal compte 300 millions d’utilisateurs, son concurrent chinois regroupe 900 millions de personnes en Chine et 400 millions à l’étranger.Paypal a une capitalisation d’environ 200 milliards de dollars, Visa et Mastercard de plus de 300.
Concernant les services financiers, le groupe enregistre 740 millions de clients et peut compter sur 28 millions de micro-entreprises.  80% des utilisateurs d’Alipay ont recours à trois autres services d’Ant et 40% à cinq services. Avantage pour les sociétés américaines, pour l’instant, le consommateur occidental demeure plus rentable que le consommateur chinois.

微信 支付宝 entrée en bourse d'ant

Alipay-We Chat

Le concurrent d’Alipay sur le marché chinois est le porte-monnaie de We Chat qui a une part de marché de 30% sur le paiement en ligne. Cependant, We Chat ne peut soutenir la comparaison en termes de montant car ils sont beaucoup plus faibles. Sur le commerce hors ligne, We Chat a une part de marché plus forte avec une proportion 7:3 en sa faveur.

Synergie avec Alibaba

Alipay bénéficie aussi de tous les services qu’offre le groupe Alibaba avec la vente de tickets de cinémas, agence de voyages, livraison à domicile. Il compte développer les services de conseils médicaux. Les deux sociétés ont investi beaucoup dans le développement tout en collaborant avec des partenaires pour le développement de petites applications. We Chat travaille avec 1,5 millions de développeurs et Alipay a mis en place un d’un milliard de yuans pour les développeurs.

Des finances vers la technologie

Le secteur le plus rentable est celui des services financiers, notamment les emprunts. L’économiste Huang Qifan, ancien maire de Chongqing, estimait qu’en 2019, Ant avait un résultat de 10 milliards de yuans, 45% provenaient de deux sociétés de Chongqing spécialisées dans les « petites prêts » aux PME   – 36 000 yuans en moyenne. Le dossier d’introduction n’est pas encore sorti, mais on pense qu’Ant a accordé 1700 milliards de yuans de crédit en 2019, + 72% par rapport à 2018.
Le secteur des assurances présente un potentiel très important. Ant a enregistré 240 millions de yuans sur ce segment en 2019, le milliard devrait être dépassé cette année.
Ant tient à mettre l’emphase davantage sur les services technologiques que sur la finance. Au lieu de Fintech, à Hangzhou, on parle de Techfin. Cinq chantiers sont au cœur des recherches, le blockchain, l’intelligence artificielle, la sécurité, l’Internet des objets et l’information. 
En juin 2020, le groupe a changé de nom, il enlevé « services financiers 金融服务 » pour laisser place à « technologie 科技 » et « Zhejiang  浙江» sa province d’origine, pour d’une part mettre en évidence son cœur de métier, la technologie, et d’autre part enlever la connotation locale et afficher son ambition mondiale.

International

L’internationalisation est un pôle important ; en 2018, Ant a levé 14 millions de dollars pour le développement à l’international. L’objectif à 2025 est de compter 2 milliards de clients, dont 50% à l’étranger. Actuellement sur 1,3 milliard d’utilisateurs, 30% se trouvent hors de Chine. 
Asie
Ant a racheté ces dernières années nombre de sociétés ou créé des alliances. En Asie, le développement se passe plutôt bien.
En Inde, en février 2015, il est entré au capital de Paytm en tant qu’investisseur stratégique pour former le premier acteur local du paiement en ligne. Il a envoyé 100 techniciens à Delhi pour partager son expertise.  En deux ans, les chiffres se sont envolés, les transactions de l’alliance ont décuplé avec 200 millions d’utilisateurs, dont 90 millions d’actifs.  Fin 2019, le nombre s’élevait à 300 millions. On ne parle pas de rentabilité, mais de cash burn. Paytm affichait une perte nette de 500 millions de dollars. Le gouvernement indien, à la suite des tensions avec son voisin, dans un objectif de sécurité nationale, a interdit l’utilisation de 59 applications chinoises, dont We Chat et Tik Tok. En revanche, Ali Pay et Paytm ont été épargnées. Dans d’autres pays et territoires d’Asie, Thaïlande, Pakistan, Corée du Sud, Malaisie, Hong Kong, la stratégie reste la même : s’allier, avec des participations minoritaires, à un leader local qui a une bonne couverture Internet et un vaste réseau d’utilisateurs.

 rachat de Wordlfirts par un groupe chinois, ant Financial


Royaume-Uni, pas d’Etats-Unis
Aux Etats-Unis, l’aventure n’a pas connu le même succès. Le gouvernement américain a mis son veto en 2018 au rachat de Money Gram pour des questions de sécurité. Le groupe mené par Jack Ma s’est rabattu sur le britannique WordFirst le 14 février 2019 avec un montant de 700 millions de dollars. Dans le même temps, ce dernier mettait un terme à ces opérations sur le sol américain. Afin d’éviter un blocage du rachat par les autorités américaines, qui voit d’un mauvais œil les données de citoyens américains dans les mains d’une société chinoise ? Alipay a déjà passé de nombreux accords avec la plupart des pays européens. 

Les autorités de régulation

Les autorités de régulation de plusieurs pays ne voient pas toujours d’un bon œil l’implantation du géant chinois, l’administration chinois, quant à elle, suit de très près les évolutions ; le site Caixin pense qu’elle présente un véritable défi. Le secteur bancaire se plaignait qu’Alipay fonctionnait sur certains aspects comme une banque sans les contraintes et les obligations de sécurité d’une banque. En 2014, la Banque centrale chinoise avait déjà stoppé temporairement les transactions d’Alipay. Au premier trimestre 2018, le montant des sommes disponibles sur les comptes des clients s’élevait à 1690 milliards de yuans. La commission de régulation a interdit aux sociétés une pratique courante dans le secteur, faire travailler ces sommes à leur profit. Elle leur a enjoint de les déposer en tant que réserve sur les comptes de la Banque central, sans aucun intérêt. Une enquête pourrait être lancée par le comité anti-monopole sur Ant et Tencent, le propriétaire de We Chat. Les deux géants du paiement en ligne effectuent près de 95% des transactions en ligne du pays.

Les soutiens politiques

Les interrogations sont multiples sur l’appui que doit avoir Jack Ma pour « avoir la permission » de monter aussi haut et de défier les banques en place sur leur terrain. Fait-il partie d’un club d’hommes d’affaires de haut vol qui a le soutien du groupe de Shanghai (déclinant) que combat le président actuel depuis son accession au pouvoir ? C’est le lot des grands patrons chinois de composer avec le politique et d’obtempérer aux « demandes patriotiques » s’ils veulent pouvoir continuer à développer leur société (voir l’article). 

Acheter Ant, c’est acheter la Chine de demain !

Alipay gagne de l’argent sur le volume, mais le challenge du groupe est de transformer un service à faible marge en sociétés de services technologiques à grosse marge. Le groupe Alibaba a contribué aux profonds changements de la société et du commerce en Chine ces deux dernières décennies, Ant pourrait susciter d’autres transformations profondes. Acheter l’action Ant, c’est acheter la Chine de demain !
Le secteur des services génère près de 60% du PIB chinois, mais il a besoin d’une grande modernisation et la digitalisation que veut encore apporter le groupe donnera-t-elle un autre visage à la Chine ? Sans doute !

Sources :
Article de Caixin

Rubriques à consulter :
Economie
Finance

5 août 2020