Ant, Jack Ma et la bataille pour le contrôle

Quand le groupe Ant pourra-t-il entrer sur le marché boursier ? Les estimations sont constamment repoussées depuis un an. Enquête et bataille sont de la partie.

Enquête et convocation


Même si l’entreprise du fondateur du groupe Alibaba bénéficie de nombreux appuis dans les plus hautes sphères du gouvernement, il dérange de gros intérêts. Mi-octobre, on apprenait qu’une investigation avait été lancée pour évaluer des conflits d’intérêt des investisseurs. Hier, un communiqué laconique des autorités de régulations annonçait que quatre organes, La Banque populaire de Chine, La Commission de réglementation des banques et des assurances de Chine, La Commission de réglementation des valeurs mobilières de Chine et L’administration de gestion des devises convoquait, 约谈, les trois dirigeants principaux du groupe. Aucun détail n’est sorti de la teneur des échanges, hormis de grandes phrases générales indiquant que les discussions ont abordé la santé et la stabilité des marchés financiers. Quels peuvent être les motifs de cette convocation ?

Ant group chine bourse ipo

Irrégularités?

Les contrôles peuvent avoir laissé apparaître des irrégularités ou des pratiques qui ont franchi la ligne rouge. Mais, comme elles ne sont pas graves, elles déclenchent une simple convocation pour trouver une solution. Jack Ma avait déjà reçu une convocation en 2015 pour lui demander d’être plus strict et actif dans la lutte contre la copie sur les plates-formes du groupe.

A l’aide des grandes banques

D’autres hypothèses concernent l’aversion des grandes banques pour le groupe Ant qui a raflé une bonne part du gâteau très rémunérateur de la finance en ligne servant d’intermédiaires pour les petits et moyens établissements financiers du secteur. Les autorités doivent protéger ces grands établissements publics. Nous avons développé cet angle dans les précédents articles sur l’entreprise.

Les groupes d’intérêt 利益集团

A ce point s’ajoute l’accord qu’aurait passé Jack Ma avec les groupes d’intérêt de plusieurs factions politiques. Il aurait accepté de prendre du recul avec Alibaba en prenant une prétendue retraite l’an dernier et en leur lâchant du capital ; en échange, on lui permettait de mettre en bourse la partie services financiers et technologiques regroupés sous Ant. Mais, l’histoire se corse quand ils découvriront par la suite que ce n’est pas Alibaba qui contrôle Ant, mais Jack Ma par le jeu de sociétés qu’il contrôle. Certains observateurs, comme Wang Jian, pensent que les contretemps rencontrés par Ant viennent de cette bataille autour du contrôle de la société, baigné d’un parfum de stratégie de jeu de go et d’échecs (chinois).

Comme d’habitude

Rien de bien nouveau dans la bataille autour des fleurons high tech chinois, qui doivent être dans les clous et participer à la renaissance du pays tout en partageant les dividendes de la croissance avec les groupes d’intérêts liés au pouvoir. Les éventuelles irrégularités servent de prétexte pour resserrer les vis.

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C’est le moment d’investir dans la bourse chinoise?

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Sources :

罕见!证监会等四部门联合约谈马云、井贤栋等!央行、银保监会同日发布重磅文件,蚂蚁深夜回应:拥抱监管

C’est le moment d’investir dans la bourse chinoise?

Un effet de balancier a souvent existé entre les places boursières et le marché immobilier chinois. L’argent se déplaçait d’un marché à l’autre. Va-t-on assister à un retour vers les actions chinoises ? C’est ce que pensent plusieurs observateurs.

Qui fait le marché?

Les entreprises publiques et les groupes d’intérêts sont souvent très bien placés pour savoir quelle grande direction se prépare et à quel moment il faut se retirer avant la grande tonte. Ils se sont servis plus d’une fois de leur position privilégiée pour entrer avant la foule sur un marché. Grâce à leur position, ils pouvaient emprunter aisément et alimenter la spéculation. L’un des meilleurs coups se passe avant les Jeux Olympiques de Pékin de 2008 quand l’indice de la bourse de Shanghai voit sa valeur multipliée par sept de 2005 à 2007. De son sommet à 6124 points le 16 octobre 2007, il a plongé en un an de 65%. Actuellement, il se situe autour de 3200 points. Plus d’un petit porteur pékinois, amer, répétait que le gouvernement s’était servi du marché boursier pour payer les J.O en le faisant monter, puis en prenant ses bénéfices au plus haut.

spéculation bourse chine

De l’immobilier vers la bourse

Les autorités tentent « officiellement » de contrôler la hausse de l’immobilier pour éviter d’être à des prix trop prohibitifs pour les petits revenus. Elles ont mis en place des mesures de limitation d’achat et sorti de nouvelles taxes, avec un succès très relatif. Elles aimeraient que les flux de capitaux aillent davantage vers l’économie réelle. Le gouvernement de la banque de Chine l’a reconnu à demi-mots.

Ant, symbole?


L’introduction en bourse d’Ant est un symbole important. Elle représente en quelque sorte la direction que veut prendre l’économie de la Chine : numérique, haut de gamme, loin du Made in China à bas prix,  ainsi qu’une ouverture importante aux actionnaires individuels. Et bien entendu, un début de transfert des investissements vers le marché boursier. Les fonds consacrés aux particuliers sont débordés. Un intérêt pour l’investisseur est l’appui du gouvernement derrière cette opération et quand le gouvernement est présent, le risque diminue d’autant plus que de nombreux fonds publics, comme celui de le la protection sociale ou de grandes assurances publiques aussi sont au nombre des actionnaires. Toute le monde a intérêt à la hausse !

IPO plus facile


D’autres chiffres indiquent un œil bienveillant pour les marchés financiers. Le taux d’autorisation d’entrée en bourse retrouve les plus hauts sommets des dix dernières années. Près de 96% des entreprises qui ont fait une demande en 2020 obtiennent une approbation. Le taux est bien au-dessus des plus bas de 2017, 82% et 2018, 77%. En outre, les délais de la procédure sont raccourcis. 

Le retour du rêve américain

Les investisseurs devraient voir de nombreuses opportunités. En effet, les sociétés qui vont se retirer du marché américain vont revenir à la bourse locale. Les difficultés actuelles de trésorerie et un avenir incertain sur les rentrées de cash incitent les entreprises à chercher des financements sur les places financières. 

Et le buy back


Les investisseurs devraient profiter de la nouvelle mode de rachat d’action 股票回购. Le chroniqueur Sun pense que la Chine a très bien imité les Etats-Unis sur ce point pour renforcer le cours boursier. Ces deux dernières années, les montant de rachats se sont envolés, voir graphique :

 rachats d'action en Chine

Alors, c’est le moment d’investir sur le marché boursier chinois?

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Wall Street préfère la Chine

Le yuan poursuivra-t-il sa hausse par rapport au dollar?

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Source :

收益下滑 破发增多 市场化发行机制成效显现

Premier novembre 2020

Wall Street préfère la Chine

Wall Street ne suit pas Trump dans sa politique envers la Chine. Les établissements financiers, comme les grands groupes, aiment la mondialisation, quitte à laisser la dés-instrualisation s’imposer dans leur propre pays. Que s’est-il passé récemment ?

La finance s’installe


La Chine continue d’ouvrir son marché, American Express et Master Card, en ont profité pour arriver sur le marché .
La State Administration of Foreign Exchange (SAFE) indiquait en juin que 200 milliards de dollars avaient été investis par des sociétés étrangères sur les douze derniers mois.
Fin septembre, le FTSE Russel a indiqué que les bons du Trésor chinois intègreraient leurs indices. Pékin estime un flux de capitaux à hauteur de 1200/1500 milliards de dollars.
Les établissements financiers américains comment à s’installer. JP Morgan viendrait de signer un bail pour des locaux de 1 000 m² dans le quartier d’affaires de Shanghai, Lujiazui. Morgan Stanley agrandit ses bureaux et de grands fonds de gestion suivent.
Wall Street préfère miser sur la taille du marché chinois encore jeune, plutôt que sur la politique américaine. Trump a-t-il perdu une bataille – avant les élections?

FTSE finance Chine



Le gouvernement américain a longtemps parié sur le marché chinois, en pensant que l’ouverture économique s’accompagnerait d’une libéralisation politique. Si certains pans de l’économie ressemblaient davantage à un capitalisme débridé, le politique a accordé de minces concessions. La Chine a été la grande gagnante et ce n’est pas fini. Le gouvernement chinois a su manœuvrer alors qu’on peut parler du pari perdu des Etats-Unis.

Ne rêvons pas ! Les secteurs les plus intéressants et rémunérateurs sont encore réservés aux sociétés chinoises (voir l’article) ? A quand une véritable ouverture ?

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Sources :

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富时罗素公司宣布中国国债将被纳入富时世界国债指数

27 octobre 2020

Les véritables raisons du contretemps d’Ant Group

Le 20 juillet, le groupe Ant Financial avait annoncé préparer son entrée en bourse simultanée sur les deux places financières de Shanghai et Hong Kong. La société visait une évaluation de 200 milliards de dollars, voir l’article.  Les actions sont prisées, la valorisation est en hausse à 281 milliards et le groupe va céder davantage de capitaux, 35 milliards contre 30 milliards prévus. La double introduction était prévue pour ce mois, mais des informations non officielles indiquent qu’un retard est prévu en raison d’une enquête des autorités boursières. Pourquoi une telle investigation ?

Première page du prospectus boursier 招股书 d’Ant :

Ant Group IPO notice

Un conflit d’intérêt?

Un potentiel conflit d’intérêt a attiré l’attention de la vigilance officielle. Huit fonds financiers ont rassemblé les investissements d’actionnaires. La société Ali Pay du groupe permet à des actionnaires individuels d’acheter cinq des fonds de placements consacrés à l’introduction.  La somme atteint neuf milliards de dollars. La commission de régulation voit dans ce point un conflit d’intérêt.

Les véritables raisons

La part du gâteau
Le journaliste Wang Jian pense que c’est un faux problème. La véritable raison tient dans l’aversion des six grandes banques chinoises pour le groupe Ant qui prend une part de marché de plus en plus importante sur un secteur très rémunérateur. Ali Pay commercialise beaucoup de produits financier sans passer par les dinosaures du monde bancaire.
Ali Pay occupe une part de marché dans le crédit à la consommation de 21%. Elle est un intermédiaire qui travaille avec des petites banques, qui n’ont pas le réseau assez étendu pour capter une large clientèle. La société perçoit une commission. Par ailleurs, grâce à ses divers services et sociétés, notamment Taobao, le groupe recueille beaucoup d’informations sur ces clients, individuel ou PME, et peut facilement évaluer le risque client. 
Les grandes banques souhaitent également attirer les jeunes. La grande majorité de leurs clients qui se rendent dans les agences sont plus âgés. Mais les jeunes préfèrent le service en ligne, où excelle Ant. Une part du gâteau échappe aux grands établissements classiques.

La protection
Les six grandes banques sont publiques, c’est l’Etat. Les autorités de régulation ont, selon Wang, la tâche de les protéger. Avec l’argent de l’entrée en bourse, Ant pourra se développer davantage, aller sur d’autres créneaux et occuper une position plus importante. 

Wang pense que ce contretemps est davantage le fruit de plainte des grandes banques contre le groupe de Hangzhou afin de se protéger et limiter l’expansion du concurrent principal. L’introduction n’est pas compromise, mais des négociations doivent se tenir pour trouver un terrain d’entente.
Dernière minute : Les autorités chinoises viennent de donner le feu vert. Les négociations ont été efficaces? Tout est bien qui finit bien. Il manque juste l’accord de Hong Kong.

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Source :

监管机构调查支付宝 蚂蚁集团大规模IPO推迟

19 Octobre 2020

Les recettes publiques sont en berne

Les journalistes du site Yicai 第一财经 ont réalisé une étude sur les recettes publiques des municipalités chinoises des sept premiers mois de 2020. Que nous apprend leur analyse ?

60% des villes ont des recettes publiques en baisse

Parmi les 330 municipalités ayant le rang de ville, certaines sont administrées en directement par le gouvernement central. On ne peut les comparer. Une partie des villes n’avait pas de données complètes. 176 ont donc été retenues. 60% d’entre elles accusent une baisse des recettes publiques sur les sept premiers mois de l’année. Les plus touchées, telle Harbin, sont dépendantes de l’industrie lourde et d’une structure industrielle non diversifiée.

Le Hubei et le Nord-Est

Parmi les 74 villes à croissance positive, sept ont affiché une hausse de plus de 10%. La plupart se trouvent dans le Guangxi.
Sur les 102 villes qui enregistrent un recul de leurs recettes, 20 accusent une chute de plus de 10%. Certaines se sont trouvées au cœur de l’épidémie dans le Hubei : Xianyang -47,2%, Shiyan, Jingzhou et Wuhan.
Xianyang -47,2%, et Shiyan – 36,3 ont connu les plus fortes chutes. Le marché automobile est très important pour ces deux cités. Au point mort au premier trimestre, le secteur a pesé sur les revenus. Wuhan, qui comptait une baisse de 45,9% au premier trimestre, a réussi à ramener la chute à 30,5% sur les sept premiers mois.
Le Nord-Est a souffert, Harbin est à -20,7%. Les régions concentrées sur les industries lourdes et l’énergie n’ont pas été épargnées, comme Yangquan et Ordos en Mongolie Intérieure.

L’économie numérique encore

L’économie numérique, qui a généré le quart du PIB national au premier semestre avec une hausse de 10,5%, a permis aux municipalités investies dans le secteur de résister.
Hangzhou a bénéficié d’une progression de ses recettes de 1,1%. 

Les gouvernement locaux meilleurs

Les gouvernements locaux s’en sortent mieux que le gouvernement central avec un recul des recettes de 6,2% contre 11,3%. En effet, les recettes centrales sont davantage liées à l’économie, et l’impact de l’épidémie sur les taxes et les impôts est fort. Les impôts locaux, comme les taxes liées au foncier, sont moins affectés. Par ailleurs, les gouvernements locaux, face aux difficultés financières, emploient plus d’énergie à percevoir les taxes et n’hésitent pas à les augmenter pour arriver à un équilibre. Ils ont tout un arsenal à leur actif ; d’ailleurs, les recettes non fiscales affichent une augmentation bien plus forte que les recettes fiscales habituelles. Avec des taxes spéciales sur l’éducation, les charges administratives, ils peuvent vendre des actifs et des terrains.

Billets chinois

Deux phénomènes

Zhang Zhenyu, directeur de l’institut de recherches des finances locales de l’Université de Dalian, deux points importants sont à considérer :  1. A côté de l’émergence du Centre de la Chine, on assiste à un recul du Nord-Est. A côté d’une structure de l’économie Est-Ouest, la différenciation Nord-Sud prend forme. 2. La qualité des recettes publiques baisse, les recettes non fiscales prennent trop d’importance.

Un PIB positif et des recettes publiques en berne!

Ces chiffres sont intéressants car ils permettent d’avoir une autre vue de l’état de l’économie. A côté de la croissance du PIB, les recettes publiques baissent , beaucoup pour le gouvernement central, 11,3%, moins localement 6,2%, selon cette étude. Personne ne s’étonne de cette différence dans les données sur le PIB et les recettes. On peut rester perplexe ! Quant aux gouvernements locaux, ils emploient leur créativité habituelle pour sauver les meubles et faire rentrer de l’argent dans les caisses. Publiquement, l’article ne peut aller plus loin dans les causes et les implications.
Ils attirent l’attention sur le recul du Nord-Est évoqué la semaine dernière et l’écart qui se creuse entre le Nord et le Sud ces dernières années. La bonne nouvelle est la confirmation du dynamisme du Centre du pays autour d’une zone Chengdu-Chongqing.

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Sources :

176城前7月财政收入:近六成负增长,多城非税收入增长快


28 septembre 2020

Taux de change du yuan, que peut se permettre la Chine?

La Chine n’a pas un taux de change flottant de sa devise. Est-ce un cas isolé ? Non, la majorité des pays dans le monde n’ont pas adopté ce système.

Comment est fixé le taux du yuan ?


La banque centrale le détermine tous les matins à 9H15 en fonction principalement de deux facteurs, le taux de clôture de la veille et les fluctuations d’un panier de devises, composé notamment du dollar qui pèse 21,59%, de l’euro 17,40% et du yen 11,16%. Toutes les monnaies du panier : 

 A 9H, treize établissements financiers font des cotations et le taux moyen est le taux fixé à 9H15. Les transactions peuvent commencer à 9H30 avec une fluctuation maximale de 2% à la hausse ou à la baisse autour de ce cours pivot. En août 2015, les autorités avaient laissé fluctuer le yuan, une baisse de la devise et une chute de 15% de la bourse de Shanghai en deux jours avaient suivi. Face à la sortie massive de capitaux de 2016, la banque centrale en 2017 a mis des mécanismes pour éviter les mouvement trop forts, appelés « facteurs de régulation anticycliques 逆周期调节因子 ».

Plus d’élasticité?

Une partie du monde financier chinois souhaite une plus grande élasticité de la devise chinoise. Pour Sheng Songcheng, ancien directeur du bureau des statistiques de la Banque du peuple, ce n’est pas une bonne idée de passer d’une marge de fluctuation de 2% à 3%, voire 4%. 2% est déjà un mouvement très important. L’économie et les entreprises ont besoin d’espoir et de stabilité. De telles amplitudes ne vont pas dans le bon sens.

taux de change du yuan

La Chine, un cas isolé?

Il rappelle que les contrôles de monnaie ont toujours existé sous diverses manières. Le gouvernement japonais intervient quand les conditions le demandent. En 2003, afin d’éviter la hausse du yen, la Banque du Japon a acheté 150 milliards de dollars sur les marchés. Durant la crise de la dette européenne, la monnaie helvétique s’est envolée. La Banque nationale de Suisse a acquis massivement des euros pour freiner l’ascension de sa devise. En septembre 2011, elle a même fixé un cours plancher : « La surévaluation actuelle du franc est extrême. Elle constitue une grave menace pour l’économie suisse et recèle le risque de développements déflationnistes. La Banque nationale suisse (BNS) vise par conséquent un affaiblissement substantiel et durable du franc. Dès ce jour, elle ne tolérera plus de cours inférieur à 1,20 franc pour un euro sur le marché des changes. » 
Un contrôle des changes similaire au système chinois est exercé dans de nombreux pays et selon les données du FMI 46,4% des pays dans le monde le pratiquent contre 34,6% en 2009. Par ailleurs, Le National Bureau of Economic Research de Cambridge aux Etats-Unis va encore plus loin. Sur un échantillon de 196 pays, il estime qu’en dépit des grands discours de principe, 80% ont un régime de flexibilité limité avec des taux de change peu flexibles. 

Taux de change flottant, luxe

Bien entendu, je ne suis pas sourd. La chaîne Fox répète depuis au moins 15 ans que la Chine manipule sa monnaie, ce que beaucoup répètent sans connaître vraiment la situation. Un taux de change flottant et une convertibilité de sa monnaie sont considérés comme un luxe dans les pays émergents. Certes, la Chine a dépassé ce stade, mais elle ne peut pas encore se permettre une telle liberté. Elle est peut-être la seconde puissance mondiale, mais 70% de sa population a des revenus inférieurs à 2 000 yuans par mois et les problèmes structurels sont légion.
Les quelques ouvertures ont montré des fuites de capitaux et des fluctuations qui perturbent l’économie. L’objectif du gouvernement n’est pas de répondre aux exigences de Washington, mais il doit d’abord protéger le pays des risques. Des fluctuations permises, indexées sur un panier de devises, avec un cours pivot et une marge de fluctuation de 2%, est pour l’instant le seul luxe que peut se permettre Pékin. Mais, on prépare l’avenir avec une internationalisation progressive du yuan et l’instauration de la monnaie numérique. La convertibilité et le taux flottant ne sont pas encore à l’ordre du jour, même s’ils font objets de débats. Dans cinq ans, dix ans ? Aux calendes grecques?

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16 septembre 2020

Le yuan poursuivra-t-il sa hausse par rapport au dollar?

Hausse du yuan par rapport au dollar

Le renminbi est en hausse depuis la fin du mois de mai, notamment ces derniers jours.  En Chine, quand on dit que le yuan monte ou descend, c’est souvent par rapport au dollar américain. En effet, la devise américaine valait plus de 7,15 yuans fin mai, elle s’échange actuellement à 6,82/6,83 après avoir cassé 6,9 le 25 août. Cette progression chinoise, c’est plutôt une baisse du dollar :

La monnaie américaine recule également par rapport à d’autres devises. L’euro est passé de 1,07 fin mars à 1,19 aujourd’hui. Les prévisionnistes et les hedge fund n’avaient même rien vu venir.

Baisse du yuan par rapport à l’euro

En revanche, par rapport à d’autres monnaies, notamment l’euro, le yuan ne s’est pas apprécié, il a perdu du terrain :

Qu’en pensent les économistes? Le chroniqueur Wang Jian fait le point.

Qu’est-ce qui provoque cette ascension du yuan par rapport au dollar ?

  1. La baisse du dollar.
  2. L’écart des taux d’intérêt (利差), 250 points, entre les deux pays.
  3. La politique de la Réserve Fédérale américaine (FED) : elle a fortement abaissé ses taux de base, elle a affirmé clairement qu’ils resteront bas, même si l’inflation dépasse l’objectif de 2%. Il est clair que la FED veut un dollar bas pour stimuler l’économie.
  4. La banque centrale chinoise, selon le journaliste Wang Jian, n’intervient pas et s’accommode de la situation.

Appréciation du dollar sur le moyen terme?

Goldman Sachs pense que le yuan va continuer à progresser sur les douze prochains mois, que son niveau est très dépendant de la guerre commerciale. Les négociations sur les accords commerciaux ne sont pas interrompues, c’est un facteur de hausse. En revanche, selon d’autres analystes financiers, une aggravation de l’épidémie dans les pays occidentaux pourrait changer la donne.

Pour l’économiste pékinois Gao Shenwan, le cycle de baisse du renminbi sur les cinq dernières années de baisse est terminé et il commence sa hausse sur le long terme.La part de marché mondiale des exportations chinoise n’a cessé d’augmenter jusqu’en 2015. Pour lui, de 2005 à 2015, le renminbi a bénéficié d’une survalorisation. Le 8 août 2015, la Chine décidait d’abaisser le taux de référence de 2% par rapport au dollar, ce qui équivalait à une dévaluation. 
En 2019, la part de marché de marché a augmenté sur 2018 car, selon Gao, le yuan était sous valorisé. Les progressions actuelle et future ont plusieurs causes : les accords commerciaux sino-américains, un assouplissement des conditions de crédit et une sous valorisation du yuan.

L’export va mieux

Wang Jian ajoute qu’il faut également mentionner l’amélioration des exportations. Le secteur se porte mieux pour plusieurs raisons. Les usines ont repris assez tôt malgré l’épidémie, dès mars-avril. Les difficultés ont poussé certaines sociétés à mettre la clé sous la porte, mais le bon côté, les meilleures sont restés et elles ont récupéré une partie des parts de marchés, et ont même de meilleurs bénéfices. La demande mondiale pour les équipements médicaux est très forte et la Chine est bien placée dans ce domaine.

Les risques


Selon le journaliste, les risques tiennent dans la tournure des relations sino-américaines et de la situation à Hong Kong. Autre point crucial : la capacité des autorités à éviter la fuite des capitaux. Les mesures de sorties de devises sont déjà strictes, mais il existe encore beaucoup de parade.

Le consensus table donc sur une hausse du yuan – mais le consensus n’a pas toujours raison ! La Banque centrale chinoise pourrait s’en accommoder à condition qu’elle soit progressive. La tendance ne devrait pas changer jusqu’aux élections américaines. Et après?

Source principale :

Articles sur la finance ici

3 septembre 2020

La monnaie numérique (3) et la dynastie Ming

Une lectrice chinoise m’a indiqué le parallèle effectué par Wen Zhao entre la monnaie numérique chinoise et l’émission de billets de banques sous la dynastie Ming. Le chroniqueur taïwanais considère cette innovation semblable à l’impression de papier monnaie avec toutes ses conséquences. Revenons sur ces billets des Ming.

Zhu Yuanzhang combattit la dynastie mongole des Yuans et fonda la dynastie des Ming en 1368. Hong Wu- son nom d’empereur – tenta de créer une société autosuffisante.

 empereur chinois mins hongwu Zhu yuanzhang

Crise des métaux

Très vite, bronze, or et argent qui servaient pour les échanges commençaient à manquer. L’empire chinois avait déjà eu recours à l’émission de billet sous les dynasties précédentes. Afin d’assurer les échanges commerciaux, le gouvernement en 1375 a décidé de créer une monnaie papier, baptisé Da Ming Baochao (大明宝钞). La population avait l’obligation de changer le métal en leur possession pour avoir des billets.

Sale temps pour les arrangements entre amis


L’empereur issu d’une famille de paysans pauvres nourrissait une haine pour les fonctionnaires corrompus. Le procédé visait, entre autres, cette caste et l’assèchement de leurs ressources. Bien entendu, avec cet épisode, on pense aux tonnes de billets rouges qui s’empilent dans les recoins des maisons de fonctionnaires à notre époque. L’ouverture économique de la Chine a généré une corruption colossale qui touche de nombreux échelons de la société jusqu’aux plus hauts sommets. La presse chinoise, même sélective, a largement couvert ces affaires. L’instauration de la monnaie numérique vise aussi l’argent dit sale.

corruption chine billets de banque

L’inflation n’est pas loin


Très vite, une inflation galopante a suivi et en 1400, deux ans après la disparition de Hong Wu, les billets de banques ne valaient plus que 3% de leur valeur. Un immense marché noir avait pris place où s’échangeait les anciennes pièces de métal des dynasties précédentes.

Quelles sont les motivations?

La venue de cette monnaie numérique pose beaucoup de questions. Quel est le véritable objectif ? Comme souvent, selon l’endroit où on se positionne sur l’échiquier politique, idéologique ou en fonction de ses intérêts, la réponse varie. Je lis toutes sortes d’hypothèse. Contrôle de la société et des capitaux, protection, modernisations, assainissement, temps difficiles. Et pourquoi ce ne serait pas un cocktail de toutes ces motivations ?

Autres article sur la monnaie numérique ici.

Sources, vidéo de Wen Zhao :

28 août 2020

La monnaie numérique en Chine (2)

J’avais présenté les grands traits de la monnaie numérique -数字货币 – chinoise ici, en fonction des données disponibles. La presse chinoise a récemment divulgué quelques informations.

Pas de planning?


Le 14 août, le gouvernement annonçait l’extension des zones de tests à 28 provinces et villes gérées directement par le gouvernement. La zone Pékin-Tianjin-Hebei (京津冀), les deltas des Perles et du Yangzi et le centre -ouest sont concernées. On se pose des questions sur ces évolutions. Les journaux chinois font écho de rumeurs qui circulent : les ventes d’appartement à Shenzhen ne pourront s’effectuer qu’avec cette monnaie et elle ne pourra servir à acheter de l’or ou des devises étrangères. Rien n’a été démenti officiellement. Un dirigeant de la Banque centrale a seulement déclaré qu’il n’y avait pas de planning défini pour ce sujet. Difficile à croire !
Depuis fin avril, dans la nouvelle zone économique de Xiongan au sud de Pékin, de nombreuses enseignes, Starbucks, Mc Donald’s, JD.com et Subway utilisent déjà la monnaie de demain. Didi Chuxing, L’Uber chinois a déjà effectué des tests avec son demi-milliard de clients.

数字货币 monnaie digitale numérique chinoise

Les gagnants?

Ant Financial et Tencent seraient associés à certains projets dans le domaine. On scrute également les sociétés présentes dans les services financiers qui pourraient bénéficier de cette innovation, notamment : Westone Information Industry 卫士通, Client Service International Inc 科蓝软件,Shenzhen Forms Syntron 四方精创,Koal Software Co 格尔软件, HyUnion Holding 海联金汇 et Hengbao Co Ltd 恒宝股份.

L’adoption probable de la monnaie numérique est liée à de nombreuses perspectives. La Chine cherche depuis longtemps des voies pour sortir de la dictature du dieu dollar. C’est une piste. La monnaie numérique s’inscrit bien entendu dans la numérisation de la société stimulée par les deux groupes leaders Alibaba et Tencent et couvée des yeux par le pouvoir central. L’argent sale aura plus de difficulté à s’évaporer. Elle permettra un meilleur contrôle des capitaux. En revanche, Big Brother en saura plus sur chacun.  C’est net, un monde, un modèle différent s’impose. Les Chinois dans l’ensemble l’acceptent…tant que la croissance est là et partagée -en partie !

Articles sur la finance ici

Sources :

深度解读央行数字货币在28省市深化试点背后的逻辑

27 août 2020

La théorie japonaise


Depuis quelques années, circule en Chine la théorie de « la chute du Japon dans les années 80 ». L’économie japonaise omniprésente partait à la conquête du monde, les économistes parlaient même à l’époque du miracle économique japonais. De nombreux articles et livres en Chine (voir le célèbre ouvrage de Hongbing Song paru en 2007 en Chine, La guerre des monnaies) sont persuadés que les Etats-Unis ont orchestré la chute de l’île nippone en mettant la pression sur le gouvernement japonais pour qu’il accepte une dévaluation du yen. Le scénario se redessine avec la Chine à la place de son voisin. La menace de voir la Chine rattraper les Etats-Unis effraie les dernières administrations américaines. Mais peut-on comparer les économies des deux pays, celle de la Chine aujourd’hui et celles du Japon de l’époque ?

livre chinois finance

Trois grandes différences

Certainement pas !  L’économiste taïwanais Lang Xianping pense que trois facteurs les différencient.

1. Le Japon de l’époque était un pays semi-colonisé par les Etats-Unis, qui l’avaient mis sous tutelle en 1945. Même au début des années 80, les Américains pouvaient encore indirectement contrôler certains organismes japonais. Quant à la Chine, c’est un pays souverain, qui contrôle sa monnaie et peut la défendre. Elle est une puissance nucléaire.
2. En 1985, le Japon contrôlait le marché des semi-conducteurs à hauteur de 78 %, les Etats-Unis en achetait 55 %. La Chine est le plus grand acheteur de semi-conducteurs et a un objectif de produire 40% de sa consommation en 2020 et 75 % en 2025, contre 16% en 2019.
3. Le Japon avait un petit marché de consommation, la Chine devrait dépasser en 2020 les Etats-Unis en termes de consommation.

Verre à moitié plein?

Ces points, seront-ils suffisants pour résister aux attaques de l’administration américaine et ne pas subir le sort de l’archipel nippon ? Bien entendu, la Chine a d’autres points forts, mais pourront-ils contrebalancer les points faibles : les problèmes structurels, le surinvestissement, la surproduction, la dépendance à l’export, la faiblesse de la consommation par habitant, les défis de l’innovation, les risques énergétiques, les inégalités sociales et géographiques ?

Articles sur l’économie ici

Sources :

24 août 2020