D’agenouillé au cercle

卷 juǎn nous permet de revenir aux familles de caractères. 卷 signifie rouler, enrouler, objet enroulé à l’intérieur d’un étui.

Agenouillé

Les premières graphies des Shang montraient une personne agenouillée sur le côté gauche, ce qui lui a donné son premier sens.

Enrouler

La partie à droite montre deux mains qui tiennent un rouleau. La signification d’enrouler à suivi. La transformation vers le caractère moderne a pris forme « évidemment » sous les Han : 

Une forme traditionnelle a la clé de main sur le côté 捲.

Poing, courbé, frisé, cercle

Wang Li dans son ouvrage sur les familles de caractères -同源字典- rapproche 卷 de :
 拳 quán poing. Le poing n’est pas une main 手 qui s’enroule à l’intérieur ?
鬈 quán bouclé, frisé. Les cheveux frisés s’enroulent. 髟 biāo, la partie supérieure, signifie cheveux. 
棬 quān Jarre de forme courbée pour boire de l’alcool. (木 = bois)
On peut ajouter :圈 juān entourer;juàn enclos;圈 quān cercle ; 囗 est une enceinte.

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皮 pí  signifie peau, écorce, cuir, surface, espiègle 
On retrouve le caractère dans les binômes suivants :
皮肤 pí fū peau
皮革 pí gé cuir
皮鞋 pí xié souliers
Il forme un réseau avec les caractères suivants : 


被 bèi couverture, couette, par. La couverture n’est-elle pas la peau qu’on met la nuit pour se couvrir ? 被 = 衣 vêtement + 皮 peau. 

披 pī, se draper, mettre sur ses épaules, dérouler 
披  = 扌main+ 皮 peau. L’idée reste proche de 被. La main ici aide à couvrir le peau.
披肩 pī jiān châle, cape

帔 pī ou pèi robe brodée, cape


帔 = 巾 pièce de tissu + 皮 peau

La famille de 皮 :

Source :  王力, 同源字典 

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J’ai croisé ce matin sur une omoplate de bovin le caractère peu fréquent 湄 méi, qui signifie aube dans le texte lu.
J’ai essayé de retrouver le lien avec la famille 目, mù, 眉 méi sourcils, 媚 mèi flatter. Il a fallu passer par plusieurs dictionnaires pour reconstituer le chemin très clair. 
Le premier sens de 湄 à l’époque Shang, selon Li Xueqin, est rive, bord de l’eau. Comme le cil est au bord de l’œil, la rive est au bord de l’eau (字源, p. 990). Par extension, le caractère a retrouvé le bord du jour et de la nuit avec la signification aube, sens assez courant dans les écritures des Shang.
Wang Li, dans son dictionnaire des familles de caractères, inclut 梅 méi bord du toit.

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Comprendre les ramifications des caractères, les réseaux qu’ils forment est une clé pour acquérir une connaissance plus profonde de la langue chinoise. L’ouvrage du linguiste Wang Li 王力, 同源字典 Dictionnaire des familles de caractères chinois, dormait dans un carton d’un déménagement chinois. Je vais commencer une série d’articles sur le sujet. Aujourd’hui passons à une simple définition et quelques exemples.

Définition


Les caractères d’une même famille ont un son et un sens proches, ou des sens proches et une signification identique, ou encore des sens proches et le même son. Ils ont tous une même origine. Ils peuvent avoir été créés durant la même période l’un après l’autre. Ils ont dans n’importe quel cas, un même noyau. Le phonologue Laurent Sagart[i] les définit ainsi : « deux mots appartiennent à la même famille lorsque leur sens est proche et leur prononciation identique, à l’exception du type syllabique, et des affixes qu’ils contiennent. Ainsi dans l’exemple ci-dessus 并 *bpeng « combiner, mettre ensemble », et 駢 *aN-peng « attelage de deux chevaux » appartiennent à la même famille de mots car ils contiennent la même racine *peng (« mettre ensemble »), même si leur type syllabique est différent, et si le second mot contient le préfixe N- ; de même 引 *blin/ et 紖 *blrin/ appartiennent à la même famille de mots car ils ont en commun la racine *lin/ (« tirer ») même si le second a l’infixe -r-. »

Exemples


Regardons quelques exemples donnés par Wang Li. On retrouve 句 dans les sens anciens de caractères désigant les petits d’un animal. 古 est lié à des écritures désignant un manque d’eau et 夬 à une ouverture – voir tableau.


Wang Li ne donne pas d’explication sur la présence de ces composants, il expose simplement. Il est vrai que la langue chinoise, plus on avance, plus les zones d’ombres s’épaississent. Il reste de nombreux points sans explication à moins de partir dans des supputations abracadabrantes pour tout justifier. Ce n’est pas le cas de Wang Li et de ses confrères paléographes, qui appliquent rigueur dans leur démarche tout en reconnaissant les limites des connaissances actuelles.
A suivre…

[i] Laurent Sagart. L’emploi des phonétiques dans l’écriture chinoise. F. Bottéro et R. Djamouri. Ecriture chinoise/Données, usages et représentations, Centre de Recherches Linguistiques sur l’Asie Orientale, pp.35-53, 2006, Collection des Cahiers de Linguistique Asie Orientale. halshs-00103227 
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00103227/document

L’ouvrage de Wang Li :

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