Les trois défis de l’export en Chine

Le rapatriement des commandes indiennes vers la Chine évoqué dans le dernier article ne doit pas masquer la réalité. Le bureau de recherche Trigger Trend rappelle les trois défis majeurs qui se dressent devant les exportations, la hausse du yuan face au dollar, les délocalisations et la structure de l’économie chinoise trop dépendante des investissements.

La hausse de la monnaie chinoise 

Avec, la reprise économique chinoise et de l’élargissement du différentiel de taux d’intérêt entre les États-Unis et la Chine, le yuan par rapport au dollar américain a réalisé sa meilleure performance trimestrielle des 12 dernières années au cours du troisième trimestre avec un sommet à 6,69 pour un dollar, son plus haut niveau depuis avril 2019.

hausse de la monnaie chinoise

Au retour des vacances nationales, alors que le moral est revenu et que les marchés des changes commencent à parier sur la possibilité d’une victoire de Biden, le yuan s’est envolé de 1,4 % en une seule journée, son plus important gain en une journée depuis 15 ans. La banque centrale a réagi en limitant les prises de risque sur les contrats à terme, en vain.  
L’incertitude sur les élections américaines à court terme continuera également d’ entretenir la volatilité du yuan. Le gouvernement veut éviter le piège japonais avec l’accord de Plaza en1985 : une appréciation rapide du yen par rapport au dollar, qui alimenta le marché boursier bulle et la bulle immobilière avant de s’écrouler.
Pour les exportateurs chinois, le taux de change malmène leurs bénéfices. Plus les commandes arrivent, plus on craint de vendre à perte. Les prix donnés lors de la passation de commande n’incluaient pas le risque du change. Les sociétés travaillent sur des cycles de un à trois mois entre la commande et le paiement à la livraison.

Délocalisation

Les commandes textiles indiennes en partie ont été rapatriées en Chine, mais ce n’est pas la tendance de fond, l’industrie de fabrication des téléphones portables se tournent vers l’extérieur et notamment l’Inde. Afin d’attirer les investissements étrangers, le gouvernement indien a lancée cette année un programme d’incitation de 6,6 milliards de dollars et un plan d’infrastructure majeur de 1 400 milliards de dollars, destinés à faire de l’Inde un nouveau centre de production de smartphones.
Début août, Apple a déplacé six lignes de production de la Chine vers l’Inde, et a maintenant « délocalisé » huit usines de la Chine vers l’Inde. En juillet, le ministère indien des technologies de la communication a annoncé que l’iPhone 11 avait été mis en production dans l’usine Foxconn de Chennai, et que Foxconn prévoyait d’investir un milliard de dollars pour agrandir l’usine afin de mettre en place un cinquième de la capacité de production d’iPhone de l’usine chinoise.
Des informations provenant de la région du Guangxi indiquent que neuf cents techniciens chinois passaient la frontière vietnamienne pour prendre leur poste. Les employeurs sont des sociétés à capitaux chinois et taïwanais, comme la fameuse Foxconn. Par ailleurs, plusieurs centaines d’ouvriers entrés illégalement dans le pays ont été renvoyés en Chine. Ce genre d’événements n’apparaît dans les médias officiels chinois pour l’instant !
La dégradation des relations entre les États-Unis et la Chine a renforcé les inquiétudes des entreprises américaines et européennes quant à leur dépendance excessive à l’égard des chaînes d’approvisionnement chinoises. L’épidémie n’a que temporairement perturbé l’ajustement de la chaîne industrielle mondiale,  qui avait déjà commencé avant la crise sanitaire.

 La difficile transformation structurelle de l’économie chinoise

 La Chine a annoncé les résultats de son PIB pour le troisième trimestre. Bonne nouvelle : l’économie chinoise est passée dans le vert, avec une croissance de 4,9 % au troisième trimestre et de 0,7 % au cours des trois premiers trimestres. 
Mais en regardant de plus près les trois principales composantes du PIB, on voit que l’économie reste encore dépendante du modèle passé. Au cours des trois premiers trimestres, la consommation traîne derrière les investissements et les exportations. Les investissements en actifs ont augmenté de 0,8 % en glissement annuel : l’industrie manufacturière accuse un recul de 6,5 %,  les infrastructures enregistrent une augmentation de 0,2 %   et la promotion immobilière de 5,6 %.
Le total des importations et des exportations a progressé de 0,7 %, les exportations de 1,8 %, mais les importations ont glissé de 0,6 %. 
Les ventes au détail de biens de consommation ont diminué de 7,2 % en glissement annuel.
La dépendance économique de la Chine vis-à-vis de l’immobilier n’a pas baissé. Telles sont les réalités auxquelles la stratégie du « double cycle » doit faire face.

L’économiste Liu Yuhui compare l’économie chinoise à un camion surchargé sur une pente descendante qu’on essaie de freiner  – 中国经济是踩着刹车下坡的超载重卡. Les risques et défis sont de plus important et il est indispensable de passer à une réallocation des ressources et de sortir du « kidnapping » de l’immobilier.  La structure de l’économie doit changer, sinon tout le monde en pâtira même l’exportation. 

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23 octobre 2020

Les commandes passent de l’Inde vers la Chine

« First in, first out » . La Chine, première entrée dans l’épidémie, première sortie, renverse la vapeur après un début d’année difficile. 

De l’Inde vers la Chine


L’épisode des commandes d’Inde est un exemple.  En effet, depuis septembre, de nombreuses entreprises textiles d’exportation en Inde ne peuvent garantir leur livraison en raison de l’épidémie. De nombreuses commandes ont été transférées en Chine pour y être produites. L’Inde compte plus de sept millions de cas avérés et plus de 100 000 morts. Plusieurs grandes usines chinoises ont ainsi leurs carnets de commande remplis jusqu’en mai 2021.  

Le prix du coton s’envole

Depuis la reprise après la fête nationale, en seulement sept jours, les contrats à terme du coton ont augmenté de 16 %. Le prix du contrat principal 2101 atteint 15 305 yuans, un nouveau sommet depuis le début d’année :

indice du coton textile chine

Le marché haussier s’explique par une hausse soudaine de la demande et un probable hiver froid cette année. L’indice du textile et de l’habillement de Shen Wan affiche un gain de 11,55% depuis la fin des fêtes nationales.
La progression est également alimentée par des commandes habituelles pour la fin d’année passées en avance afin de prévenir les éventuelles difficultés liées à l’épidémie.

Bouchées doubles

Pendant ces vacances, les usines textiles ont effectué des heures supplémentaires pour enregistrer et traiter les commandes. Certaines usines ont même travaillé le premier octobre, jour férié. La société Henggang dans le Zhejiang a reçu une commande de nappes de Zara représentant 60% de son chiffre d’affaires annuel, dont la production était prévue en Inde. D’autres entreprises dans diverses provinces, du Shandong à Canton, en passant par le Jiangsu ou le Zhejiang connaissent le même phénomène.

Effet de rattrapage

Le centre de recherches d’Alibaba montre qu’à partir du mois de mai le nombre de commandes de tissus et de matières premières textiles en Chine a doublé et celles dans l’industrie de l’habillement a triplé par rapport à l’année dernière à la même époque.  Il faut compter sur l’effet de rattrapage des mois précédents.

Une performance « harmonieuse »?

Au mois d’août, les exportations de vêtements ont atteint 16,21 milliards de dollars, soit une hausse de 3,2 % par rapport à l’année précédente, ce qui représente la première croissance mensuelle positive de l’année.
Au cours des trois premiers trimestres en Chine, selon les données officielles, le textile, l’habillement et les sept autres catégories de produits à forte intensité de main-d’œuvre, ont exporté 2,59 mille milliards de yuans, soit une augmentation de 5,4 %, ce qui représente 20,4% du total des exportations. 828,78 milliards de yuans de masques ont été exportés, soit une augmentation de 37,5 % .
Les témoignages de terrain et les propos recueillis par des journalistes du site 第一财经 n’ont pas exactement le même son de cloche que les données officielles. Les connaisseurs savent que ce type de chiffres est parfois sujet à caution. Avec le ralenti et l’arrêt de certaines régions de début d’année, pour l’industrie textile, sur l’ensemble de l’année, la situation n’est pas encore positive, les entreprises qui enregistrent des volumes équivalents à 60-70% des commandes de l’an dernier s’estiment heureuses, mais dans l’ensemble, les chiffres sont autour de 50%.

Quant à l’Inde, le secteur est important. En 2019, le marché indien du textile et de l’habillement représentait environ 250 milliards de dollars. Il est le premier producteur mondial de coton de jute et le deuxième de soie, avec 22 % de la capacité de production mondiale de fil. L’industrie du textile et de l’habillement est également l’une des principales sources de devises étrangères, représentant 15 % du total des recettes d’exportation de l’Inde.
La gestion drastique de l’épidémie à partir du 23 janvier a permis à la Chine d’en sortir mieux et plus vite. Actuellement, elle récolte les commandes de pays en difficulté, comme l’Inde et continuera certainement de bénéficier du retour à la normale à l’intérieur du pays alors que de nombreux pays ne voient le bout du tunnel. Encore combien de temps?

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21 octobre 2020

Une nouvelle industrie en forme et deux villes qui montent, Chengdu et Chongqing

La transformation de l’économie chinoise redistribue une partie des cartes, les villes qui restent sur des anciens modèles de développement « regardent le train passer », tandis que d’autres saisissent la modernité. Face à l’écart qui se creuse entre le Nord et le Sud et l’Est et l’Ouest, une région casse les catégories et sort du lot : le pôle urbain Chengdu-Chongqing.
Le centre de recherche du groupe Meituan, dans une étude sur « les nouvelles industries et professions au sein du secteur des services de la vie classe les trente meilleures villes entre trois échelons : 1.  Premier échelon 2. Groupe à fort potentiel 3. Villes à potentiel. La capitale du Sichuan, Chengdu, et Chongqing ont cassé les classifications habituelles en s’insérant aux avant-postes avec les villes de première catégorie, Pékin, Shanghai, Shenzhen et Canton.

Classement :
Nouvelles professions en chine classement des villes

Meituan est spécialisée dans la vente en ligne liée à la restauration. Le terme « industrie des services de la vie 生活服务业 » comprend notamment les services liés à l’alimentation, la restauration, le logement, les soins esthétiques, la médecine esthétique, la coiffure, le bien-être, les réparations, la gestion d’appartements, le recyclage, la photographie, le stylisme personnel. Quelles sont les nouvelles professions de cette industrie ?

Chengdu et Chongqing à l’avant-garde ?

La capacité d’une ville à être un leader dans les nouvelles tendances est inévitablement liée à une économie dynamique et à un environnement ouvert. Par ailleurs, Chengdu et Chongqing affichent également une compétitivité unique, la première est surnommée la capitale de la médecine esthétique. L’industrie des services de la vie a formé un groupe de nouvelles industries. L’épidémie a accéléré la pénétration de la numérisation dans le domaine des services de la vie, tels que les plats à emporter, les achats groupés, les ventes flash, la réservation de voitures en ligne et d’autres services pour former une « nouvelle infrastructure numérique » au service de la vie des résidents.
Les habitants de Chengdu et de Chongqing ont toujours été des consommateurs plus aventureux, et ils sont à la recherche de nouvelles expériences en matière de nourriture, de boisson et de divertissement. Le marché a senti le vent, les capitaux et les talents ont rapidement afflué, le service est devenu le principal champ de bataille. De nouveaux formats d’entreprises ont commencé à émerger.

 Attraction de la région

Chengdu et Chongqing sont classées troisième et cinquième en Chine en termes de nombre d’employés dans les nouvelles professions du secteur des services de la vie. Le pôle Chengdu-Chongqing, grâce à des mesures ciblées et un cadre de vie, a attiré un grand nombre de jeunes employés. Au cours des cinq dernières années, Chengdu et Chongqing ont enregistré ensemble un solde migratoire positif de près de 500 000 personnes chaque année. Ce n’est pas un hasard si Chengdu et Chongqing se trouvent dans le peloton de tête.

Sichuan chongqing chengdu

Tendances

Le PIB par habitant de la Chine doit dépasser le seuil des 10 000 dollars pour éviter de tomber dans le piège des revenus moyens. La première tendance est de remplacer la dépendance des investissements et des ressources en s’appuyant sur la consommation et l’innovation scientifique et technologique.La seconde est de se conformer à la vague de transformation numérique et de saisir un nouvel élan. L’épidémie a entraîné des changements révolutionnaires dans le secteur des services aux consommateurs : la vente au détail en ligne, l’éducation et le divertissement en ligne progressent rapidement. De nouveaux modèles, tels que les services sans contact, apparaissent, montrant une grande résilience économique.
Les décideurs politiques ont compris que l’industrie des services devrait s’appuyer sur les plates-formes numériques. Au cours des deux derniers mois, le gouvernement central a publié deux documents sur l’accélération de la numérisation de la société et le soutien à apporter.
Chengdu-Chongqing a une place privilégiée. Dans le cadre du développement de l’Ouest 2.0,  elles se trouvent au coeur de la stratégie nationale afin de promouvoir le quatrième cercle des villes chinoises. Dans le cadre de la stratégie des double cycles, local et international, les deux cités sont les rares villes de l’intérieur qui enregistrent un décollage de son économie.

Le nouveau précurseur de la concurrence urbaine

Parmi les villes du nouveau format, les villes de Chengdu et Chongqing sont des exemples typiques axés sur l’expérience.
Il existe une autre catégorie, celle des villes de nouvelles industries axées sur la technologie.  Shenzhen, la ville de l’économie numérique, est la capitale de l’innovation technologique de la Chine. Ces deux types de villes ont un point commun : elles sont plus attrayantes pour les nouveaux professionnels. Shenzhen se classe troisième sur la liste,  la deuxième en termes de nombre de nouveaux employés. La concurrence entre les villes autour de nouvelles professions ne peut que s’intensifier.

Nouvelles carrières

La plupart des nouveaux emplois sont créés grâce à une combinaison de l’Internet et du hors ligne. Rien que sur la plateforme Meituan, il existe plus de 70 types de nouvelles professions. Pendant l’épidémie, « le chef d’achat en groupe du quartier » a vu le jour. Les niches génèrent des professions rares, : décorateur takagiste (jeu en version live), costumier style Chine traditionnelle, photographe animalier, chef des opérations numériques, organisateur de repas dans des restaurants à thème, conseiller et vendeur de produits de la campagne, organisateur pour des déplacements sur mesure professionnels ou touristiques.
Les nouvelles professions exigent une compétence essentielle en matière numérique. Le personnel dans le secteur affiche de meilleurs diplômes et revenus que lors de la dernière décennie. 26,7 % des commerçants de Meituan sont titulaires d’une licence ou d’un diplôme supérieur, 40,7 % d’entre eux ont un revenu mensuel supérieur à 9 000 yuans (1350 USD), et 24,7 % d’entre eux à 12 000 yuans.

 Croissance vertigineuse

A l’image du développement de nouvelles industries et de nouvelles professions dans le domaine du service de la vie locale, les données de Meituan sont assez convaincantes. Par exemple, au premier semestre 2020, le nombre de livreurs sur la plate-forme Meituan a atteint 2 952 000, soit une augmentation de 16,4 % d’une année sur l’autre, ce qui est très important pour la stabilité et l’emploi.
En 2019, le volume de transactions de la nouvelle industrie des services de vie sur la plateforme a atteint 483,74 milliards de yuans. De 2016 à 2019, le volume de transactions a connu un taux de croissance annuel moyen de 55,1 %.

La formation doit s’améliorer

Aujourd’hui, le système de formation des écoles professionnelles est souvent en retard sur l’évolution du marché, et la lente mise à jour des matériels et équipements pédagogiques est pénalisante. Un suivi macroéconomique est également nécessaire pour s’adapter aux changements. Par exemple, il est indispensable d’accélérer la reconnaissance des nouvelles professions, de manière à favoriser le renouvellement des filières des écoles professionnelles, à accroître la formation des praticiens de nouvelles professions.

En formant une chaîne industrielle plus efficace grâce à la technologie numérique, l’industrie des services de la vie insuffle progressivement une nouvelle vitalité à l’économie chinoise, et des changements ont déjà commencé à apparaître. Chongqing et Chengdu ont su se hisser aux premières places.

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16 octobre 2020

Découplage et protection

L’administration américaine souhaite parvenir au découplage avec la Chine. Nous écoutons les divers points de vue, les uns voyant le perdant la Chine, les autres le contraire. L’économiste chinois Huang Qifan donne le point de vue assez officiel. Il décrit les difficultés américaines actuelles, les dix aspect du découplage et affirme que les deux pays seront perdants tout en pensant que les entreprises américaines préfèrent continuer à profiter de la mondialisation que suivre Trump. Dans la dernière partie, Huang montre que la Chine n’est pas une proie facile, qu’elle ne peut succomber aux attaques financières, à la différence d’autres pays dans le passé.

黄奇帆, Huang Qifan :



Résumé de la conférence de Huang Qifan :

Les trois principales difficultés américaines

Le plus grand événement de l’année est le cygne noir, l’épidémie de coronavirus, une épidémie qui devrait toucher au moins 10 millions de personnes dans le monde d’ici la fin de l’année. Les États-Unis, la région où le virus est le plus développé au monde, connaît actuellement plusieurs graves problèmes : 1. Une stagnation économique sévère.2. Une société fortement populiste.3. Les politiciens se dérobent.
1. L’inflation et une contraction économique frappent. Le gouvernement américain a émis 3 000 milliards de dollars d’obligations ces trois derniers trois mois, 3 000 autres milliards de dollars de super-prêts d’assouplissement quantitatif, ce qui s’ajoute à 6 000 milliards de dollars d’assouplissement monétaire, à tel point que le solde de la dette nationale du gouvernement américain a atteint 27 000 milliards de dollars.
Avec une hyperinflation monétaire de cette ampleur, une inflation conséquente suit, et en cas d’épidémie, les produits, l’économie, les entreprises ne connaîtront pas l’inflation, mais le contraire. Où passe donc cette bulle monétaire ? Trois endroits : 1. La bourse, le Dow Jones est descendu à 18 000 en février pour remonter à 28 000 .2. L’immobilier. 3. Les métaux précieux, par exemple l’or des États-Unis. Son prix a augmenté de 80% depuis le début de l’année. Un autre aspect est la dévaluation du dollar par rapport à l’euro et la dévaluation du yuan.
L’autre extrémité est la contraction économique. Les Etats-Unis connaissent la pire contraction de l’économie depuis des décennies. Ils comptent aujourd’hui un nombre record de personnes sans emploi. L’inflation est un désastre, provoquant la dévaluation de la monnaie. 
Maintenant que la monnaie se dévalue, que l’économie se contracte, que la vie est sans espoir et que l’avenir est incertain, on se précipite vers les extrêmes, la gauche va plus à gauche, la droite plus à droite. L’Amérique est déchirée, entre les partis démocrate et républicain, entre les noirs et les blancs ; même le gouvernement fédéral et les gouvernements des États s’affrontent.
La troisième caractéristique est bien sûr la dérobade des politiciens, qui n’affronte pas la réalité en rejetant la responsabilité de la prolifération du virus sur les Chinois, la cause de tous les maux. Des dizaines de millions de personnes ont été licenciées à cause de l’économie chinoise, des entreprises chinoises et le gouvernement chinois, qui ont volé les emplois des Américains. 

Dix aspects du découplage entre les États-Unis et la Chine

1. Découplage des échanges, puis pas d’échanges. Le concept de découplage des échanges est plus sérieux que les droits de douane. Ajouter des droits de douane, c’est encore faire du commerce, c’est juste augmenter le coût du commerce, mais ce n’est pas encore un découplage. Mais si le commerce est découplé, je n’achète pas vos produits, je ne vous en vends pas, et les échanges commerciaux et économiques mutuels s’arrêtent.
2. Découplage des marchés des capitaux
Prévision d’un projet de loi visant plus de 200 sociétés chinoises, et si le corps législatif américain l’adopte, cette loi est un carcan pour les entreprises chinoises. Les entreprises qui sont aujourd’hui cotées aux États-Unis le sont toutes avec l’aide de banques d’investissement américaines, des cabinets d’avocats et comptables américains, le tout dans le respect total de la législation américaine. Mais avec la nouvelle camisole de force et la nouvelle réglementation, ce ne sera probablement pas légal.
3. Découplage financier. Les banques d’assurance américaines ne font pas de prêts ou d’assurances pour les entreprises chinoises.
4. Découplage technologique. Récemment, nous avons vu avec Huawei que les États-Unis bloquent les puces ou des équipements de haute technologie. 
5. Découplage des investissements. C’est ce qu’on appelle un bailleur de fonds, les entreprises américaines se désinvestissent en Chine ou n’investissent pas en Chine.
6. Découplage de l’éducation. Toutes sortes de mesures sont prises pour expulser les étudiants chinois. Après l’obtention de leur diplôme, les étudiants ne sont pas autorisés à trouver un emploi aux États-Unis
7. Découplage de l’internet. Il y a un mois et demi, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a proposé cinq aspects du découplage de l’Internet.
8. Le découplage avec le réseau Swift, qui pourrait entraîner des désagréments extrêmes dans les échanges commerciaux entre la Chine et le monde.
9. Le prétendu découplage des devises et du change
10. La compétence à bras long. Le droit interne américain est utilisé comme substitut au droit international pour trouver les fautes de diverses entreprises chinoises dans différents pays, geler les avoirs ou imposer de lourdes amendes. Exemple : l’arrestation de la fille de Ren Zhengfei de Huawei au Canada.

Tous perdants


Le gouvernement américain n’a pas encore déclaré la guerre, nous sommes sur une pente dangereuse pour le moment. Le découplage commercial américain, le découplage technologique et le découplage des investissements entraînent tous un problème de perte de marché. Les États-Unis ont plus de 10 000 entreprises en Chine, créées ces vingt dernières années années, avec un investissement total de 500 milliards de dollars, ce qui se traduit par une production de 700 milliards de dollars et 50 milliards de dollars de bénéfices. Son retour sur investissement est donc de 10 % et sa marge de vente de 7 %.
700 milliards de dollars américains en Chine équivalent à 5000 milliards de yuans de valeur de production, 1 500 milliards de yuans de PIB. Le découplage entraînerait une paralysie dans ce domaine ; la Chine perdrait 1,5 % du PIB et 2,5 millions d’emplois. En ce sens, bien sûr, cela nous affectera dans certaines régions de Chine, dans certains milieux, mais la Chine a une marge de manœuvre, elle est capable de combler le vide, elle est capable d’équilibrer, elle n’aura que des difficultés locales. Mais pour les États-Unis, si ces quelque 10 000 entreprises écoutent vraiment Trump et désinvestissent complètement, le numéro un perd 50 milliards de dollars de bénéfices.
Ils ne peuvent pas récupérer ce marché ailleurs dans le monde 

Suivre Trump ?

L’empereur de l’entrepreneur est le marché, l’efficacité ; le conseil d’administration veut du profit, il veut une base sur dix ans minimums, il ne suivra pas un homme politique en fonction pendant quatre ans et huit ans. General Motors a fondé une entreprise à capitaux mixtes à Shanghai en 1994 et vend aujourd’hui trois millions de voitures par an en Chine, la maison mère écoule plus de huit millions de voitures par an. Une fois que GM aura quitté la Chine, 3 millions de voitures auront disparu et il ne lui restera plus que 5 millions, ce qui en fera une usine automobile de second ordre. Comment les patrons de GM peuvent-ils écouter Trump ?
Apple est mort si elle quitte la Chine. Trump a dit à Apple de désinvestir. Pourquoi Apple ne peut pas fabriquer aux Etats-Unis ? Cook a expliqué qu’Apple avait eu une usine aux États-Unis et une au Brésil. La société perdait de l’argent. Mais en Chine, cette entreprise a produit plus de 100 millions de téléphones portables, qui ont permis de générer 75% des bénéfices mondiaux de la partie téléphone portable. Le patron de la société a expliqué aussi quelque chose de très intéressant, la Chine ne peut pas quitter Apple et Apple ne peut pas quitter la Chine ; quitter la Chine signifie la mort. Les entreprises ne sont pas très enclines à suivre Trump tout comme Wall Street. Le gouvernement chinois a ouvert en juin l’accès aux services financiers étrangers gouvernement central. Les données d’août montraient déjà 30 milliards de dollars d’investissement. Les investisseurs suivent le marché, pas le président. Trump perturbe plutôt les marchés.

Le marché des puces

La Chine sera touchée, qu’il s’agisse du découplage commercial, du découplage technologique, ou du découplage des investissements, ou du découplage dit de l’éducation, du découplage d’Internet, cela aura un impact sur la Chine, mais l’impact est tolérable, il peut être ajusté, et avec le temps, il peut forcer la Chine à monter d’un niveau. Bien entendu, le découplage des États-Unis ne détruira pas les États-Unis, mais certaines entreprises américaines spécifiques peuvent se retrouver dans des situations difficiles.
Une étude du Boston Consulting Group estime que les restrictions de ventes de puces à la Chine pourraient coûter jusqu’à 83 milliards de dollars aux fournisseurs américains, soit 37% de leur chiffre d’affaires. Ils pourraient perdre le marché chinois.

Finance : la Chine a des parades


On peut parler de découplage des marchés des capitaux, de découplage des assurances et de la finance bancaire, et de découplage du réseau Swift, de découplage des devises, de découplage de la juridiction à bras long. Ces découplages sont tous des instruments financiers, et en utilisant ces instruments, les Américains ont coulé l’ex-Union soviétique, provoquant une baisse du PIB de 80% en dollars. Aujourd’hui, le PIB de la Russie est inférieur à celui d’une de nos provinces, le Guangdong, et la raison en est le fléau qui a été semé en 1990. En 1998, ces attaques financières ont également fait tomber la Corée du Sud, en 1998, la Thaïlande et l’Asie du Sud-Est, et au début des années 80, le Japon a aussi été frappé durement. Les coups sont efficaces. La Chine serait-elle dans une situation insupportable si les instruments financiers venaient à la frapper ? Dans le secteur financier, si nous nous découplons des États-Unis, on serait tous perdants, les Etats-Unis davantage. Quelle en est la raison ? Pourquoi ne peuvent-ils pas battre la Chine alors qu’ils ont réussi leurs coups contre la Russie, l’Asie du Sud-Est, la Corée du Sud et le Japon ? Que ce soit la crise financière asiatique ou celle de 2008, on n’a jamais vu les méthodes financières américaines attaquer le système financier chinois, et surtout, nous avons en Chine trois défenses que l’on peut décrire comme notre parapluie nucléaire, notre bouclier. Premièrement, nous n’avons pas la libre convertibilité du capital. La prudence a toujours accompagné les décisions du Conseil d’Etat. 2. Jusqu’à aujourd’hui, même si l’on dit que nous sommes ouverts aux financements étrangers, en fait, à la fin de l’année dernière, les institutions financières étrangères ne représentaient que 1,8 % des actifs financiers en Chine. 3. Les opérations financières en Chine doivent être régies par la constitution chinoise, la loi chinoise et la banque centrale, sous peine de sanction. Nous sommes un pays souverain.
Pourquoi les cinq cas que nous venons d’évoquer sont-ils cités partout? L’économie russe avait à peine commencé à se développer que, suite aux prétendues réformes, la monnaie était entièrement convertible, sans aucune défense pour le capital. Deuxièmement, les réformes russes ont modifié toutes leurs réglementations financières au goût du FMI américain. Enfin, des entreprises américaines ont pénétré en Russie et contrôlaient plus de 30 % des actifs financiers. Tant que la Corée du Sud, l’Asie du Sud-Est et le Japon, que ces trois régions et pays sont ouverts et contrôlés par les Américains, la sécurité n’est pas assurée. La Chine a une ouverture limitée et est bien plus protégé. À ce stade, c’est la raison fondamentale pour laquelle la finance chinoise est immunisée contre les chocs internationaux, des crises financières de la fin des années 1980, fin 1990 ou de 2008. 
Fin du résumé

Il est important de reconnaître que le gouvernement chinois a su défendre les intérêts nationaux depuis l’ouverture de la fin des années 70 en avançant avec prudence notamment dans l’ouverture des marchés financiers. La crainte a toujours été vive d’être le jouet des marchés financiers à l’instar de pays plus faibles. La protection de sa monnaie a permis d’avancer dans ses eaux profondes. L’un des points forts des Etats-Unis est l’innovation, qui est le point faible de la Chine. Saura-t-elle passer du stade de la copie, de l’amélioration d’innovations déjà existantes à un statut de leader dans l’innovation? Pour l’instant, on ne peut répondre par l’affirmative. L’avenir montrera-t-il l’inverse?

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Source : 黄奇帆:美国在金融领域和我们脱钩等于自杀

13 octobre 2020

Le secteur public et les salaires, +51% mais…

Le secteur public chinois génère 40% du PIB national, ce qui ne l’empêche pas de se trouver aux premières places. Par les 500 plus grandes entreprises mondiales en 2020, on dénombre 92 entreprises à capitaux publics chinoises et 30 privées, soit trois fois plus de sociétés publiques. La force d’une entreprise peut se refléter dans ses coûts. Une étude de 2018, montre que l’accès au crédit à court terme est moins cher pour les entreprises d’Etat. Elles bénéficiaient de taux compris entre 5,06 % et 5,17 %, tandis que le privé oscillait entre 6,05 % à 6,14 %. L’écart est le même pour le long terme et les obligations. Le secteur public est avantagé, comme la plupart de ses employés, mais pas tous. Quel est le paradoxe ?

Salaires,+51% par rapport au privé… en moyenne


Le salaire moyen des salariés des entreprises d’État, 91 607 yuans, est inférieur à celui des entreprises à capitaux étrangers 106 180 (environ 14 % de moins), il est légèrement supérieur à celui des sociétés par actions et à capitaux de Hong Kong, Macao et Taïwan (légèrement supérieur) 90164, et supérieur à celui des autres entreprises privées 60551 et donc à la moyenne nationale, 75229. On estime que le salaire moyen des entreprises d’État est supérieur de 51 % à celui des entreprises privées et de 21 % à celui de l’ensemble des entreprises individuelles.
Compte tenu des positions plus stables dans les entreprises d’État, de l’aspect social et de la sécurité, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi maintenant les étudiants s’y précipitent.

Pas de salaires plus élevés pour les dirigeants « politiques »

Le secteur bancaire chinois est très rentable, le salaire et les avantages sont également élevés. Les statistiques réalisées par China Economic Net, basées sur le rapport annuel 2019, montrent que le salaire et les avantages sociaux des employés des six grandes banques commerciales d’État varient entre 267 800 yuans (Banque agricole de Chine) et 375 100 yuans (Banque des communications). Les salaires annuels des présidents des six banques se placent entre 469 900 yuans (ICBC Chen Siqing) et 779 300 yuans (Bank of Communications Ren Deqi). L’ICBC est la « plus grande banque de l’univers », avec un bénéfice de 313,4 milliards de yuans en 2019, mais le salaire annuel de son président ne représente que 1,65 fois le salaire annuel moyen des employés de la banque (285 200 yuans).
Entreprise publique en chinois :

sociétés publiques chinoises


Parmi les six grandes banques, il y a un « renversement » des salaires entre les « cadres » nommés par le gouvernement avec des restrictions salariales et 1. les cadres provenant du marché du travail, et 2. les directeurs de succursale sans restriction salariale. Ces salaires annuels (notamment ceux des directeurs financiers, des risques, de l’audit, le directeur de l’information, le secrétaire du conseil d’administration,) peuvent dépasser un million de yuans, et le salaire annuel de certains présidents de succursales provinciales ou étrangères est supérieur à deux millions de yuans. 
Les niveaux de salaire des présidents, présidents et vice-présidents des six plus grandes banques commerciales d’État chinoises sont nettement inférieurs – trois à quatre fois moins – à ceux des dix plus grandes banques commerciales par actions (China Merchants, Pudong Development, CITIC, Everbright, Huaxia, Minsheng, Guangfa, Xingye, Ping An et Zheshang) Si l’on compare les six plus grandes banques commerciales chinoises à leurs six homologues étrangères (JPMorgan Chase, Bank of America, Citi, Wells Fargo, Goldman Sachs et HSBC), les salaires du président, du président et du vice-président de ces dernières sont respectivement 266 fois, 225 fois et 152 fois plus conséquents. 

Les restrictions salariales pour les cadres nommés par le gouvernement ont sans doute un but politique, qui montre qu’on ne gaspille pas les deniers de l’Etat et qu’on gère correctement? Est-ce un modèle de gestion du socialisme aux caractéristiques chinoises? Je ne crois pas!

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Source :
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9 octobre 2020

S’appuyer sur une montagne 靠山, essentiel en Chine!

Le second promoteur immobilier du pays, China Evergrande de Shenzhen, fait face à une dette, qui pourrait le conduire à un défaut de paiement. Il avait averti le gouvernement de la province du Guangdong dès la fin du mois d’août du besoin d’une restructuration de sa dette. Au-delà d’un événement peu surprenant en Chine, quels enseignements peut-on tirer de cet épisode ?

123 milliards de dollars de dettes

Le groupe, fin juin, avait un encours de dette de 835,5 milliards de yuans (123 milliards de dollars). 130 doivent être remboursés fin janvier, l’équivalent de la quasi-totalité de sa trésorerie. Les informations sont sorties fin septembre, ce qui a suscité un plongeon des actions du groupe, avant de rebondir de plus de 45% depuis le 25 septembre, grâce au soutien apporté par ses investisseurs et l’Etat.

靠山, S’appuyer sur une montagne

Quand une société est lourdement endettée, les investisseurs soupèsent moins la dette, que l’appui dont peut bénéficier la société au niveau politique. En chinois, on utilise l’expression s’appuyer sur la montagne, 靠山. Si la société a le bon soutien, la dette n’est pas un gros problème. En d’autres termes, on s’interroge sur l’identité des véritables investisseurs, si ce sont des investisseurs « rouges » influents ou des princes rouges. S’ils font partie des plus gros groupes d’intérêts proches du gouvernement central, la fête peut continuer. Un groupe, sans appui, n’est rien. Par ailleurs, il faut avoir la bonne « montagne ». Certaines entreprises pourraient se développer davantage si elles avaient choisi le bon appui.

chinois 靠山 appui soutien s'appuyer sur la montagne chine

Quand on regarde les investisseurs principaux d’Evergrande, on voit la bonne couleur, comme des sociétés qui sont quasiment publiques, telle 山东高速集团, Shandong High Speed Group ou encore une société privée,  苏宁Suning, un Darty chinois, avec beaucoup de fonds proches de l’Etat.

La machine à dettes


A chaque fois, qu’un accrochage survient, on édicte quelques mesures pour mieux contenir la frénésie de l’endettement et en même temps occuper la galerie. Les autorités ont délimité le mois dernier trois lignes rouges en matière d’endettement.
La Chine a pu se développer avec l’aide de la machine à endettement. Un professeur chinois d’économie m’avait expliqué en mots simples le modèle de croissance : « Pour investir, si tu utilises ton propre argent, tu marches. Tu empruntes, tu es en voiture. Tu fais des hypothèques, tu es en avion. » Il faut reconnaître que ces derniers années les autorités ont évité le dérapage qui pointait au début de la dernière décennie et la situation s’est améliorée.
Le secteur immobilier bénéfice d’un meilleur crédit auprès des établissements financiers que par exemple, le secteur de la fabrication. Les promoteurs peuvent mettre en garantie les biens, utiliser divers effets de levier et emprunter davantage. Sur les 50 plus importants acteurs du marchés, la moitié a un endettement dépassant 80%, supérieur aux leaders de la plupart des secteurs de l’économie.

Evergrande protégé aussi pour son importance

Les ventes des plus 100 plus importants promoteurs ont peu baissé sur le premier semestre, – 1,45%. La créativité, avec des ventes en ligne, a permis de limiter les dégâts. Surtout, ce sont les promotions avec des prix très attractifs, qui ont permis des rentrées d’argent. Evergrande montre des chiffres en hausse, mais la rentabilité a évidemment baissé et affecté la trésorerie.  Le Vice-Ministre, l’économiste Liu He, à propos d’Evergrande a mentionné le célèbre facteur de stablité. En effet, le groupe emploie 140 000 personnes, coopère avec 8400 sociétés dans 229 villes sur 7792 projets. Sa faillite pourrait toucher près de trois millions d’employés. Pékin a bien entendu tout intérêt à soutenir la société de Shenzhen.

Lessive en cours

Personne n’est dupe ! Evergrand n’est que la pointe de l’iceberg. L’économie se porte moins bien ces dernières années, l’épidémie n’a qu’accentuer des difficultés. Une partie des dettes ne pourra être honorée. Le secteur est devant un grand nettoyage. Huang Qifan, qui fait office de porte-parole gouvernemental en matière économique, avait déjà prévenu lors d’une conférence durant l’été 2019, que sur les 97 000 société dans l’immobilier, les deux tiers devraient disparaître dans les dix prochaines années. Il y a beaucoup trop de petites sociétés, le marché est trop complexe. 15% contrôlent 85%, ce qui veut dire que plus de 80 000 entreprises (85%) se partagent 15% du marché. En période de baisse des recettes publiques, les entreprises de petites et moyennes envergures ne peuvent pas trop espérer l’aide des gouvernements locaux. La prédiction de Huang montre que le gouvernement est tout à fait conscient des enjeux du marché et préfère délaisser les petits pour un assainissement d’un secteur embouteillé.

Le politique fait l’économie ?

La Chine est en proie à des dettes colossales. Ce n’est pas nouveau ! La dette d’une entreprise n’est pas un facteur inquiétant si derrière les bons appuis sont présents, au niveau gouvernemental. L’économie ne fait pas la politique, le politique fait l’économie ?
Les plus intéressantes pour le gouvernement – à divers niveaux – pourront survivre alors que la logique économique devrait laisser périr les autres ?

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7 octobre 2020

Les recettes publiques sont en berne

Les journalistes du site Yicai 第一财经 ont réalisé une étude sur les recettes publiques des municipalités chinoises des sept premiers mois de 2020. Que nous apprend leur analyse ?

60% des villes ont des recettes publiques en baisse

Parmi les 330 municipalités ayant le rang de ville, certaines sont administrées en directement par le gouvernement central. On ne peut les comparer. Une partie des villes n’avait pas de données complètes. 176 ont donc été retenues. 60% d’entre elles accusent une baisse des recettes publiques sur les sept premiers mois de l’année. Les plus touchées, telle Harbin, sont dépendantes de l’industrie lourde et d’une structure industrielle non diversifiée.

Le Hubei et le Nord-Est

Parmi les 74 villes à croissance positive, sept ont affiché une hausse de plus de 10%. La plupart se trouvent dans le Guangxi.
Sur les 102 villes qui enregistrent un recul de leurs recettes, 20 accusent une chute de plus de 10%. Certaines se sont trouvées au cœur de l’épidémie dans le Hubei : Xianyang -47,2%, Shiyan, Jingzhou et Wuhan.
Xianyang -47,2%, et Shiyan – 36,3 ont connu les plus fortes chutes. Le marché automobile est très important pour ces deux cités. Au point mort au premier trimestre, le secteur a pesé sur les revenus. Wuhan, qui comptait une baisse de 45,9% au premier trimestre, a réussi à ramener la chute à 30,5% sur les sept premiers mois.
Le Nord-Est a souffert, Harbin est à -20,7%. Les régions concentrées sur les industries lourdes et l’énergie n’ont pas été épargnées, comme Yangquan et Ordos en Mongolie Intérieure.

L’économie numérique encore

L’économie numérique, qui a généré le quart du PIB national au premier semestre avec une hausse de 10,5%, a permis aux municipalités investies dans le secteur de résister.
Hangzhou a bénéficié d’une progression de ses recettes de 1,1%. 

Les gouvernement locaux meilleurs

Les gouvernements locaux s’en sortent mieux que le gouvernement central avec un recul des recettes de 6,2% contre 11,3%. En effet, les recettes centrales sont davantage liées à l’économie, et l’impact de l’épidémie sur les taxes et les impôts est fort. Les impôts locaux, comme les taxes liées au foncier, sont moins affectés. Par ailleurs, les gouvernements locaux, face aux difficultés financières, emploient plus d’énergie à percevoir les taxes et n’hésitent pas à les augmenter pour arriver à un équilibre. Ils ont tout un arsenal à leur actif ; d’ailleurs, les recettes non fiscales affichent une augmentation bien plus forte que les recettes fiscales habituelles. Avec des taxes spéciales sur l’éducation, les charges administratives, ils peuvent vendre des actifs et des terrains.

Billets chinois

Deux phénomènes

Zhang Zhenyu, directeur de l’institut de recherches des finances locales de l’Université de Dalian, deux points importants sont à considérer :  1. A côté de l’émergence du Centre de la Chine, on assiste à un recul du Nord-Est. A côté d’une structure de l’économie Est-Ouest, la différenciation Nord-Sud prend forme. 2. La qualité des recettes publiques baisse, les recettes non fiscales prennent trop d’importance.

Un PIB positif et des recettes publiques en berne!

Ces chiffres sont intéressants car ils permettent d’avoir une autre vue de l’état de l’économie. A côté de la croissance du PIB, les recettes publiques baissent , beaucoup pour le gouvernement central, 11,3%, moins localement 6,2%, selon cette étude. Personne ne s’étonne de cette différence dans les données sur le PIB et les recettes. On peut rester perplexe ! Quant aux gouvernements locaux, ils emploient leur créativité habituelle pour sauver les meubles et faire rentrer de l’argent dans les caisses. Publiquement, l’article ne peut aller plus loin dans les causes et les implications.
Ils attirent l’attention sur le recul du Nord-Est évoqué la semaine dernière et l’écart qui se creuse entre le Nord et le Sud ces dernières années. La bonne nouvelle est la confirmation du dynamisme du Centre du pays autour d’une zone Chengdu-Chongqing.

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28 septembre 2020

Les grappes de villes et la redistribution des cartes

Les spécificités de la Chine ont suscité des modèles de développement uniques tout en créant une Chine à plusieurs vitesses. Les grappes de villes récoltent les principaux fruits du développement économique tout en marquant de nettes disparités entre elles. Prenons quelques données.

Les grappes de villes

La taille de la Chine (17 fois la France) et sa population concentrée dans l’est et le centre ont suscité une urbanisation et une structuration des villes spécifiques.  On distingue les grappes de villes 城市群 définies ainsi : une très grande ville regroupe dans sa périphérie proche au moins trois grandes villes, toutes reliées par des communications efficaces et des complémentarités économiques.

80/20


Les douze grappes les plus importantes vérifient la loi des 80/20. Elles occupent 19% du territoire et génèrent 82% du PIB national. Quand on regarde plus près, cinq grands groupes se dégagent :
1. Pékin-Tianjin-Hebei dans le nord
2. Le delta du Yangzi avec Shanghai, les grandes villes du Zhejiang et du Jiangsu
3. Le Yangzi moyen autour de Wuhan, Changsha et Nanchang
4. Le Delta de la Rivière des Perles dans la province du Guangdong
5. Les villes autour de Chengdu et Chongqing

La façade est


Le phénomène accentue les inégalités géographiques. Elles attirent le plus les populations, les très grandes villes voient des arrivées de populations et les petites villes des départs. Entre grappes, les différences sont importantes également. Alors que la zone de la Rivières des Perles a enregistré une croissance de sa population de 20% entre 2006 et 2015, celles de Pékin et de Shanghai ont affiché des progressions de 10%. Quant aux grappes du Nord-Est -Harbin et Changchun – elles ont accusé des replis. Le mouvement des populations suit une tendance sud-est. Dans le Nord, on constate une diminution de la population. Pékin, la capitale, et sa périphérie, sont l’exception. Elle a d’ailleurs dû mettre des restrictions pour endiguer la croissance de la population, tout comme Shanghai. La carte ci-dessous pour 2019 montre bien les accroissements la population sur la façade est (les provinces en vert), notamment dans le Sud avec les provinces du Guangdong et du Zhejiang, qui affichent des soldes positifs de plus de 800 000 personnes.

chine immigration dans le sud

Une redistribution des cartes ?

La concurrence reste forte entre ces divers groupes. Certaines villes ont mis en place des mesures pour attirer le personnel qualifié avec, par exemple, des allocations aux ingénieurs et aux étudiants comme à Hangzhou. D’autres, comme Shenzhen, n’en ont pas vraiment besoin. Les plus faibles risquent encore de reculer, d’autant plus que la guerre commerciale américaine et l’épidémie ont mis en mal les finances des municipalités. Le média financier 第一财经 a réalisé une enquête sur 176  des 330 plus grandes villes chinoises. 60%, 102, ont une croissance négative des recettes publiques sur les sept premiers mois de l’année. Celles qui sont orientées vers le futur avec l’économie numérique s’en sortent bien, alors que le nord et son industrie lourdes peinent davantage. Va-t-on assister à une nouvelle distribution des cartes ? 

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Que peut espérer le Nord-Est?

Une enquête de « Finance et économique du XXIe siècle » rapporte que douze districts rattachés à des villes comptent des prix de l’immobilier très bas, permettant d’acheter des appartements à moins de 100 000 yuans (14 700 USD). Parmi ces douze lieux, huit se trouvent dans le Nord-Est. Ils ne sont pas forcément mal placés, ils se trouvent près du centre ou de la gare. Cette analyse rappelle le déclin de cette région, ancien bastion d’une économie planifiée dépassée. Le bureau de recherches Trigger Trend, à la suite de l’enquête, rappelle les faits, expose les causes de ce déclin et tente de trouver les solutions de sortie.

Résumé de l’article : 

Baisse de la population

La région comprend les trois provinces du Liaoning, Jilin et Heilongjiang.

Confrontée à une économie en décalage avec les provinces prospères, elle a commencé a enregistré un déclin de la population dès 2013. Elle a perdu 1,64 million de personnes sur les sept dernières années. Avec 107,9 millions d’habitants, elle a 7,7% de la population du pays contre 8% en 2014.

Un carrefour mondial

Grâce à la construction du transsibérien reliant Moscou aux ports de Vladisvostok et Dalian, il y a plus d’un siècle, le Nord-Est avait connu un premier essor. Harbin devint un carrefour du monde, et les villes isolées de Shenyang et Changchun entrèrent dans l’économie mondiale. Le réseau ferroviaire développé, jusqu’en 1978, a contribué à l’essor de l’économie. 

Un point stratégique perdu

La révolution du container et le boom du commerce maritime ont relégué le train aux places de spectateur. Par ailleurs, la façade est de la Chine, intégrée dans le commerce mondial, utilise les grands ports voisins. Le coût du transport entre Harbin et Dalian est quatre fois plus élevé que celui entre Shanghai et New York. Lors des traités inégaux (Argun et Pékin en 1860), la dynastie Qing affaiblie à cédé à la Russie 600 00 km ² au nord du fleuve Heilongjiang et 400 000 km² à l’est du fleuve Ossouri tout en perdant un accès la façade maritime. Le Heilongjiang et le Jilin sont donc enclavés.
Cependant, la mer est toute proche. Depuis le village de Fangchuan à Hunchun, il y a 15 kilomètres sur la rivière Tumen jusqu’à la mer du Japon.

 La Corée du Nord et la Russie ont apparemment uni leurs forces pour étrangler complètement l’embouchure de la rivière Tumen au nord-est.
La Russie a construit un pont ferroviaire pendant la guerre de Corée afin de livrer du matériel d’aide à la famille Kim. Comme le pont n’a que 7 mètres de haut, il bloque tous les gros navires. La Corée du Nord n’a autorisé que les bateaux de pêche chinois à prendre la mer, les cargos et les navires de guerre ne peuvent passer, et tout le fleuve Tumen a perdu sa valeur commerciale.
Beaucoup de gens pensent que si la Chine avait détruit le pont ferroviaire et fait plier la Corée du Nord lors de la réforme et de l’ouverture, le Nord-Est aurait pu s’intégrer dans l’économie mondiale à « moindre coût ». Non seulement un grand nombre d’investisseurs étrangers viendraient ici pour investir dans des usines, mais le nord-est aurait davantage profité des marchés du Japon et de la Corée du Sud et même des Etats-Unis soit le marché de centaines de millions de consommateurs.

Le fleuve Tumen ne peut sauver le Nord-Est


Beaucoup croient que le fleuve Tumen pourrait sauver la région en cas de négociations avec la Corée du Nord et la Russie. Mais tous les fleuves ne s’appellent pas le Yangzi. Le fleuve Tumen, très attendu par le Nord-Est, n’est pas un grand fleuve.
Le seul endroit du Tumen où les bateaux de mille tonnes peuvent passer est la voie navigable de 15 kilomètres à  Fangchuan. Avec un peu d’amélioration, les navires fluviaux et maritimes de 300 à 2000 tonnes peuvent passer. Cependant, plus on avance à l’intérieur, plus le nombre de navires qui peuvent passer par la mer est faible.
Pour le Yangzi, c’est totalement différent. La profondeur d’eau du canal du port de Ningbo est de 30 à 100 mètres, et les navires de 300 000 tonnes peuvent entrer et sortir librement, tandis que les navires de plus de 400 000 tonnes peuvent entrer et sortir à marée haute. En aval du fleuve Yangtze, la profondeur de l’eau est de 12,5 mètres, et les paquebots de 100 000 tonnes peuvent arriver au port de Nanjing avec des charges plus légères, tandis que les paquebots de 50 000 tonnes peuvent y arriver directement. Dans les eaux peu profondes du Yang Tsé, des cargos de 5 000 tonnes et des flottes de 10 000 tonnes peuvent également atteindre directement Chongqing.


Une meilleure navigation apporterait une amélioration marginale, mais en aucun cas, elle ne changerait la situation.
De nombreuses usines automobiles utilisent des rouliers pour réduire les coûts de transport, des bateaux qui peuvent transporter des milliers de voitures à la fois, mais qui pèsent des milliers de tonnes. Les entreprises choisiraient-elles d’ouvrir une usine automobile en amont sur la rivière Tumen ?
La profondeur du tirant d’eau de la voie navigable est directement liée au développement urbain. La principale voie d’eau dans la partie nord de la province du Jiangsu est une voie d’eau de mille tonnes, qui relie Lianyungang, Huai’an, Suqian, Xuzhou et d’autres villes et regardez le niveau de développement dans le nord de la province du Jiangsu aujourd’hui.

Les racines du déclin

Après la guerre, le Nord-Est devint la région la plus développée et la plus avancée économiquement en Chine, produisant 41% du ciment du pays, 76% de son électricité, 92% de son acier et 95% de ses mines de charbon.
Après 1949, la région regroupait près de 40 % des projets de construction en coopération avec l’Union soviétique. Le pétrole de Daqing, le fer et l’acier d’Anshan, le charbon de Fushun et l’automobile de Changchun sont tous sortis de cette province pour être vendus dans l’ensemble du pays. La région n’avait parié que sur une industrie lourde et elle paie les conséquences de cette stratégie. Le gouvernement a identifié 80 zones aux ressources limitées, un tiers se trouve dans le Nord-est.
Tout le monde pense qu’autour de la capitale, la Chine du Nord forme l’anneau de la ceinture de pauvreté de Pékin. En fait, autour de Shenyang, se forme aussi une ceinture d’épuisement des ressources avec Fushun, Gongchangling, Panjin et Fuxin.
Il est vraiment difficile pour le Nord-Est de décoller.
Cependant, je suis particulièrement en désaccord avec certains qui affirment que la véritable cause des malheurs économiques du Nord-Est est une structure industrielle obsolète qui est trop chargée d’industries lourdes.
À l’époque de l’économie planifiée des « échecs nationaux », rien de tout cela ne posait problème. Les produits industriels de Liaoning sont fournis à l’ensemble du pays selon le plan, souvent en excédent de la demande, et il n’y a pas besoin de commercialisation, tant que le plan national est respecté ; peu importe si une mine est épuisée, l’État finit par transférer les employés.
Les temps ont changé, et ce type de structure industrielle est devenu un problème aujourd’hui. Depuis la réforme et l’ouverture, la répartition géographique de nombreuses industries a considérablement changé. L’industrie chimique lourde du nord-est n’est plus dominante, mais est confrontée à la concurrence de plusieurs provinces. Par exemple, XCMG, qui produit des machines de construction lourdes, est basée dans le Jiangsu, tandis que Zoomlion et Sany Heavy Industries sont basées dans le Hunan.
L’industrie pétrochimique du Liaoning occupait autrefois une position centrale dans le pays. Cependant, avec plus de 500 000 tonnes en projets d’éthylène à Wuhan, Nanjing, Shanghai, Tianjin, Pengzhou, Zhenhai, Maoming et d’autres endroits en plein essor, l’industrie pétrochimique du Liaoning n’est plus souriante. D’un point de vue macroéconomique, la saturation du marché a pénalisé l’industrie chimique lourde.Malgré des politiques de revitalisation du secteur dans le Nord-Est, la proportion de l’industrie lourde a beaucoup baissé, elle a des proportions moins importantes que d’autres régions traditionnellement moins importantes sur ce marché. La proportion de l’industrie lourde dans le PIB du Jilin est de 67,9% et 67,4% pour le Heilongjiang alors que la province du Canton est 68,3%, Chongqing 79,6% et Ningbo 74,5%.
À mon avis, la véritable cause des malheurs économiques du Nord-Est ne provient pas de l’industrialisation lourde et de son homogénéisation industrielle, mais plutôt des deux raisons suivantes. La première est l’absence de bonnes voies navigables et de services publics efficaces. Il est difficile pour le Nord-Est de se développer dans l’industrie lourde ou de se tourner vers l’industrie légère, d’avoir des avantages en prix et être capable d’affronter la concurrence.

Désavantage transport

Dans le passé, les résultats économiques de la Chine ont longtemps été dominés par la fabrication de produits bas et de moyen de gamme. Pour obtenir un avantage concurrentiel, les industries à forte intensité de main-d’œuvre doivent être bon marché.
Par conséquent, la clé du développement de l’industrie manufacturière bas de gamme est le faible coût de la main-d’œuvre et des transports.
L’ensemble économique de Chengdu-Chongqing, qui se trouvait à l’intérieur des terres au début, a pu s’élever car il possédait ces deux points forts. Puis, étape par étape, il a migré vers l’information électronique et d’autres industries à forte valeur ajoutée pour élever son niveau. Au stade précoce de la transformation, le Nord-Est dispose d’un grand nombre de travailleurs qualifiés et d’un taux d’urbanisation très élevé, ce qui peut correspondre au premier point. Mais le Jilin, le Heilongjiang et même le Liaoning, avec l’absence de voie navigable, ne peuvent rivaliser en termes de coût de transport.
Le débit annuel des eaux de ruissellement du Liao dans le Liaoning n’est que de 13,7 milliards de mètres cubes, soit seulement 4 % de la rivière Perle,  t 23 %  du Huaihe. Les eaux peu profondes, la boue et le gel en hiver rendent la valeur du Liaohe pour le transport maritime très faible. Que le Nord-Est produise une industrie légère à forte intensité de main-d’œuvre ou une industrie lourde à forte intensité de capital, elle doit d’abord être transportée par rail ou par route vers le port de Dalian et d’autres lieux de transit.
Ce surcoût de transport est prohibitif. Certaines entreprises étrangères orientées vers l’exportation y verront une raison pour renoncer tout simplement à investir dans le Nord-Est. 

Le poids du passé

Cette situation, associée au fait que le Nord-Est  a été le premier endroit en Chine à mettre en place une économie planifiée,  avec la plus grande application, a laissé beaucoup de cicatrices. L’histoire du camion Jiefang-Libération- illustre ces pratiques de l’économie planifiée: depuis 1956, date de la naissance du premier camion Jiefang, il n’y a eu aucune modification technique ou changement dans le camion depuis plus de 30 ans. Ce n’est qu’après la création de la zone d’exploitation qu’on a décidé d’apporter des améliorations. Dans ce système bureaucratique, comment le Nord-Est peut-il mieux attirer les investissements et servir les entreprises ?
Dans les grandes industries de plus grande envergure, le Heilongjiang et le Jilin comptent respectivement 466 et 356 entreprises contrôlées par l’État, soit moins que les 715 du Hunan. Mais les pertes de Heilongjiang et de Jilin   sont deux fois plus importantes dans ce domaine. Tout cet environnement des affaires est bien connu. 
Le Nord-Est peut être en mesure d’accueillir une entreprise particulière, mais il est difficile de rassembler l’ensemble de la chaîne industrielle, en utilisant un soutien en amont et en aval, et en utilisant les économies d’échelle pour réduire les coûts de production.
Sans avantage de prix, que laissez-vous au Nord-Est pour qu’il puisse concurrencer des produits similaires dans le delta du Yangzi et la région de la Grande Baie ? Comment le Nord-Est peut-il survivre à la concurrence mondiale féroce sans être mis en liquidation ? Cela n’a rien à voir avec le fait que vous choisissiez la voie de l’industrie lourde ou de l’industrie légère.

Porte de sortie idéologique

 À mes yeux, la seule chose qui peut sauver le Nord-Est est le Nord-Est lui-même. En fin de compte, le plus grand problème du Nord-Est ne réside peut-être pas dans l’absence d’un exutoire physique, mais plutôt idéologique.
Fin du résumé de l’article

Trigger Trend, face aux difficultés de la région, ne voit pas beaucoup de solutions. Il considère qu’elle paie encore les séquelles d’une époque peu favorable à l’innovation et au développement. Le Nord-Est a besoin de sortir d’un esprit hérité d’une économie planifiée et d’emprunter des sentiers plus propices à la créativité. L’ auteur n’aborde pas certains sujets comme les chiffres du chômage – il ne peut pas certainement! La région a dû ces deux dernières décennies effectuer de massifs dégraissages de personnel dans les usines d’Etat, très déficitaires. Le déclin récent n’a pas amélioré la situation. Le chômage est-il dans la moyenne nationale « harmonisée » de 5,6% dans les villes? Quelle est la véritable croissance de l’économie? Zéro, négative, positive?

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24 septembre 2020


Numérique, tout va bien?

Quand on regarde ces dix dernières années, on fait vite le constat que le rattrapage en Chine dans le numérique s’est effectué au début de la décennie, voire avant, pour prendre très vite de l’avance sur la plupart des pays occidentaux. Fin 2015 en Chine, déjà, je n’utilisais plus d’argent liquide ou de carte de crédit pour les achats à l’extérieur, tout passait par We Chat ou Alipay. Au début, j’avais toujours un billet et une carte avec moi, au cas où… , je les laissais dans mon bureau au bout de quelques semaines. Toute est devenu plus simple avec la numérisation, banque, santé, et même les administrations ont pris le train. Le secteur a même prospéré durant l’épidémie.

36,2% du PIB

L’économie numérique chinoise continue de progresser en Chine. Elle a généré 36,2% du PIB chinois en 2019,  avec 3500 milliards de yuans, contribuant à la croissance à hauteur de 67,7%. Le Big data compte 810 milliards, + 32% . Les services de technologie d’information et les entreprises de logiciels ont affiché une hausse de 21,4% et ceux liés à Internet de 29,1%. Le secteur de la fabrication des équipements électronique a avancé de 9,3%. Le montant des transactions sur Internet a atteint l’an dernier 3 481 milliards de yuans.

chine économie digitale internet

25% des ventes de détail de produits physiques en ligne


Au mois d’août, les ventes de détail sur Internet des produits physiques, en hausse de 15,8%, représentaient le quart des ventes totales. La catégorie des articles physiques/concrets 实物商品 englobent tous les produits qui sont livrés par un système de transport, comme des vêtements, des livres, de la nourriture. Ils ne peuvent être vendus de manière dématérialisée, comme un logiciel ou un abonnement numérique. On ne peut comparer exactement les mêmes catégories, mais à titre d’information, le commerce en ligne en France ne devrait pas générer beaucoup plus de 10% du chiffre d’affaires du commerce de détail cette année. Aux Etats-Unis, la proportion des ventes en ligne est passée de 15,1% au second trimestre 2019 à 16,1% à la même période de 2020

Tous les feux sont au vert?

Le chiffre d’affaires des plates-formes Internet a augmenté de 13,6% sur le premier semestre. Le secteur du cloud bénéficie également de la hausse de la demande avec une croissance de 14,3%. Les entreprises industrielles dans les services ont dépassé la barre des 400 000 et les APP industrielles 250 000. 

De nombreuses transformations vont voir le jour, le gouvernement pousse la numérisation de l’économie et de la société avec d’importants moyens. Tous les secteurs sont touchés, même l’agriculture. La monnaie numérique fait ses premiers pas . Ant, qui va effectuer son entrée en bourse, tire le secteur à la hausse avec Alibaba et Tencent. 

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19 septembre 2020