發憤忘食 Etudier avec une telle ardeur qu’on oublie de manger

Entretiens de Confucius VII, 18

葉公問孔子於子路,子路不對。yè gōng wèn kǒngzǐ yú zilù, zilù bùduì. 
葉 se lit shè
公 prince
葉公問孔子於子路 La préposition  於 porte sur la personne à qui on s’adresse 子路Littéralement : Le prince de She interroge Zi Lu sur la personne de Confucius, mais il ne répondit pas.
對 : répondre
Couvreur : Le prince de Che ayant interrogé Tzeu lou sur la personne de Confucius, Tzeu lou ne répondit pas. 
Lévi : Le gouverneur de Cheu ayant demandé à Tseulou quelle sorte d’homme était son maître, celui-ci resta coi.

子曰:女奚不曰:‘其爲人也,發憤忘食,樂以忘憂,不知老之將至云爾
zǐ yuē:“nǚ xī bù yuē:‘qí wèi rén yě, fāfèn wàng shí, lè yǐ wàng yōu, bùzhī lǎo zhī jiàng zhì yún ěr
女 pour 汝 tu. Il faudrait écrire 汝, mais  女 est parfois employé
奚 pronom interrogatif, que, quoi ; pourquoi
其 Pronom personnel, 3è personne
爲 en tant que
憤 rage


發憤忘食 (发愤忘食) est devenu chengyu signifiant Etudier avec une telle ardeur qu’on oublier de manger ou bien être plein d’ardeur
將 sur le point
至 arriver
老之將至 , chengyu équivalent de vieillesse
云 ainsi
爾 marque l’interrogation ?
Couvreur : Le Maître dit : « Pourquoi n’as-tu pas répondu : C’est un homme qui s’applique avec une telle ardeur qu’il oublie de manger, éprouve une telle joie qu’il oublie tous soucis ; et ne sent pas venir la vieillesse ? »
Lévi : Tu aurais dû lui dire : « C’est un homme à qui la rage fait oublier de manger et la musique les soucis, tant et si bien que le voici parvenu au seuil de la vieillesse sans même s’en être rendu compte. »

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Du feu au train chinois

Wang Li dans plusieurs articles parus dans les années 60, 70 et 80 évoque l’évolution de langue chinoise du chinois archaïque à nos jours. Je transcris mes notes prises au fil de la lecture.

Grammaire chinoise

La grammaire chinoise est restée assez stable au cours de son histoire. Cependant, quatre développements importants sont intervenus. 

Mono à Poly

Le passage d’une langue d’un stade de mots à majorité monosyllabique à l’époque de Confucius à majorité polysyllabique. D’une part, afin d’éviter l’existence de mots de prononciation identique, le développement de mots polysyllabiques a vu le jour. Par exemple, en pékinois, 眼 œil est devenu 眼睛 et 角  corne 犄角. D’autre part, l’essor de la société a nécessité de nouveaux mots. Leur création s’est effectuée sur la réunion d’anciens caractères :
火车, train : 火 feu +  车 char
电灯, lampe électrique : 电 éclair/électricité + 灯 lampe 
电话, téléphone : 电 éclair/électricité + 话 parole
火柴 huǒ chái, allumette: 火 feu + 柴  bois de chauffage

Les désinences

La création de désinence, peu courante dans l’ancien chinois, a alimenté le développement de la langue : pour les noms, 子 儿 们, les adjectifs 的 ou les adverbes 地, les aspects (情貌) pour les verbes 了, 过.

Les classificateurs

Les classificateurs étaient peu nombreux dans les textes des Royaumes Combattants. A l’inverse du chinois moderne, ils étaient placés après le nom.  乘 accompagnait les chars 车 et 匹 les chevaux : 车千乘、马千匹. La batterie de spécificateurs que nous connaissons actuellement est arrivée plus tard, 一个人, 一所房子, 三条鱼, 五棵树.

Causatif

Les premiers siècles connaissaient très peu le causatif ( le sujet détermine une transformation affectant le second actant).  Par exemple en chinois moderne, 打败了他 Ils l’ont vaincu alors qu’en classique, on aura : 踣之. D’autres exemples :

Développement du vocabulaire

Nouveaux besoins

De nombreux caractères utilisés avant l’avènement des Han ne sont plus utilisés dans la langue moderne. Citons 俎 zǔ table à sacrifice, 尊 zūn vase, spécificateur, 彝 yí vase. Bien entendu, la création de nouveaux caractères et mots a surpassé la perte d’autres. L’apparition de nouvelles techniques et l’essor de nombreux domaines ont nécessité un nouveau vocabulaire. 

Influences étrangères

Les influences étrangères sont importantes également. On peut distinguer trois périodes principales : 1. Influences du Nord et de l’Ouest, surtout durant la dynastie Han ( 206 Av. J.-C. à 220 Ap. J.-C.). Des mots étrangers sont entrés dans la langue, tels 箜篌 kōng hóu konghou (harpe chinoise), 琵琶 pí pa pipa (instrument de musique), 葡萄 pú tao raisin et 苜蓿 mù xu luzerne. 2.  Influence indienne à l’époque des Han de l’Ouest (25-220) avec 佛 fó Bouddha, 菩萨 pú sà bodhisattva, 和尚 hé shang bonze, 世界 shì jiè monde (univers), 地狱 dì yù enfer 3. A partir des Guerres de l’Opium, avec la pénétration de la culture, la science et la technologie occidentale.
En1981, Wang Li écrivait qu’un tiers des mots dans le journal avait vu le jour après le mouvement  du 4 mai 1919 (五四).

Étranger et sinisation

A part une minorité de caractères comme 沙发 shā fā sofa/canapé et 咖啡, kā fēi café, qui sont des transcriptions phonétiques,  on ne peut dire que d’autres mots (火车 huǒ chē train, 轮船 lún chuán bateau à vapeur, 电灯 diàn dēng lampe électrique, 火柴 huǒ chái allumette, 肥皂 féi zào savon, 电影 diàn yǐng, cinéma, film) soient des emprunts d’une langue étrangère car ils ont été bâtis à partir de l’esprit de langue chinoise et de caractères existants.  En revanche, les mots et concepts abstraits peuvent être considérés comme des emprunts : 哲学 zhé xué philosophie, 文学 wén xué littérature, 逻辑 luó ji logiqu, 前提 qián tí prémisse / condition préalable, 具体 jù tǐ concret, 抽象 chōu xiàng abstrait, 经济 jīng jì économie , 革命 gé mìng révolution

Source : 古代汉语常识,王力

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Zeng Shen a tué un homme 曾參殺人

Texte des Stratagèmes des Royaumes Combattants :

昔者曾子處費,費人有與曾子同名族者而殺人,人告曾子母曰:曾參殺人。 曾子之母曰:吾子不殺人。織自若。有頃焉,人又曰:曾參殺人。 其母尚織自若也。頃之,一人又告之曰:曾參殺人。 其母懼,投杼踰牆而走。
Zengzi vivait à Fei. Un homme, qui portait le même nom, tua un autre homme.  On rapporta à sa mère que son fils avait tué quelqu’un. Elle répondit : « Mon fils n’a tué personne ». Elle continua de tricoter comme si de rien n’était. Peu après, une autre personne lui redit : « Zeng Shen a tué un homme ». Sa mère, qui tricotait, restait de marbre. Peu après, un homme vint lui dire : « Zeng Shen a tué un homme. » Effrayée, la mère jeta la navette, sauta par-dessus le mur et s’enfuit.
xī zhě céngzi chù fèi, fèi rén yǒu yǔ céng zǐ tóngmíng zú zhě ér shārén, rén gào céng zǐ mǔ yuē:‘Zēngshēn shārén.’ Céng zǐ zhī mǔ yuē:‘Wúzi bù shārén. Zhī zìruò. Yǒuqǐng yān, rén yòu yuē:‘Zēngshēn shārén.’ Qí mǔ shàng zhī zìruò yě. Qǐng zhī, yīrén yòu gào zhī yuē:‘Zēngshēn shārén.’ Qí mǔ jù, tóu zhù yú qiáng ér zǒu.

曾子, nom. 曾参, autre nom de Zengzi : Zeng Shen.
昔, autrefois
处, 住在, habiter
自若, 像原来一样(镇定如常) comme si de rien n’était
與, 跟 et
同名族 du même nom ,名 =  名字, 族 =  姓
吾子 Mon fils. Comme en chinois moderne, le pronom personnel peut être adjectif possessif. 吾, je, mon ; 子, fils
顷, moment
其,  son, sa
投, 丢下
惧, effrayer
逾墙:passer le mur
杼 navette ( textile)

Zengzi, est un philosophe chinois, disciple de Confucius. 曾子殺人 ou 曾參殺人 Zengzi/Zeng Shen a tué un homme, est devenu un chengyu pour rappeler qu’une rumeur peut devenir vérité et même provoquer des désastres. Dans le langage populaire, on dit qu’une fausse information répété trois fois devient vérité. La mère, après avoir écouté trois fois l’accusation portée sur son fils, l’a cru.

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Pluriel ou pas?

En chinois moderne, on peut en général faire la distinction entre singulier et pluriel pour les pronoms et les noms avec 们. A 我 je, on ajoute 们 pour obtenir nous, à 你 tu, pour vous 你们, à 他/她 il/elle pour 他们/她们 ils/elles. Même les noms peuvent bénéficier de 们 , 朋友们 voudra dire (les) amis ou 同志们 (les) camarades. 

En chinois classique, ce n’est pas le cas. 
我 peut dire je ou nous, 尔 ou 汝 tu ou vous, 之 ou 其, il/elle ou ils/elles, 是 ce/cet/cette ou ces. 
Dans ce passage des Entretiens, 我 est égal à nous : 日月逝矣,歲不我與, rì yuè shì yǐ, suì bù wǒ yǔ) Le jour et les mois passent, les années ne nous attendent pas. 

Dans un autre passage, 尔 est la 2e personne du pluriel et non du singulier : 子路、曾皙、冉有、公西華侍坐。子曰:‘以吾一日長乎爾,毋吾以也。居則曰,不吾知也;如或知爾,則何以哉?zilù, céng xī, rǎn yǒu, gōng xī huá shì zuò. Zǐ yuē:‘Yǐ wú yī rì zhǎng hū ěr, wú wú yǐ yě. Jū zé yuē, bù wú zhīyě; rú huò zhī ěr, zé héyǐ zāi?Le Maître dit à Tzeu lou, à Tseng Si, à Jen Iou et Koung si Houa, qui étaient assis à ses côtés : « Parlez-moi : franchement, sans considérer que je suis un peu plus âgé que vous. Laissés dans la vie privée, vous vous dites : “Les hommes ne reconnaissent pas mes mérites”. Si les hommes les reconnaissaient, que feriez-vous ?

之 ici, est l’équivalent de « les ».
老者安之,朋友信之,少者懷之 Lǎozhě ānzhī, péngyǒu xìnzhī, shǎo zhě huái zhī
Les traducteurs ne reprennent pas structure de la phrase chinoise qui littéralement est ainsi : Les vieux apaiser les. Traduction de Couvreur : Apaiser les vieillards, mériter la confiance de mes amis, attirer l’affection des jeunes gens.

其, troisième personne, veut dire leur aussi : 百工居肆以成其事 Les artisans demeurent constamment dans leurs ateliers sur la place publique, afin d’accomplir leur ouvrage.

皆 jiē, ensemble, tous marque parfois le pluriel. 

A noter que 予 et 余 , je, ne signifient jamais nous.

On ne peut pas affirmer que le pluriel n’existe pas. 儕/侪chái 曹 cáo, 属 shǔ, 等 děng 輩/辈děng bèi sont parfois ajoutés aux pronoms personnels pour exprimer le pluriel.
吾輩仁者乎抑智者乎 wúbèi rénzhě hū yì zhìzhě hū ? Sommes-nous bienveillants ou intelligents ?

NB : Pour les Entretiens de Confucius, j’ai pris la traduction de Couvreur, d’où la transcription des noms différente du pinyin.

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Confucius sans trêve

Entretiens de Confucius , VII.2 

默而識之,學而不厭,誨人不倦,何有於我哉? mò ér zhì zhī, xué ér bùyàn, huìrénbùjuàn, hé yǒu yú wǒ zāi

Cette phrase ne présente pas de difficultés majeures quand on connaît le vocabulaire. Pour mémoire, Wang Li estime qu’un étudiant chinois doit apprendre la signification en chinois classique de 1 000 caractères . En d’autres termes, 1000 caractères courants ont un sens différent de la signification moderne.

默 : silence
識 : 記住, garder en mémoire. Ici, la prononciation est zhì pour ce sens. L’autre signification « connaissance » aura une autre prononciation shí. On le retrouve dans le chinois moderne avec le binôme 認識/认识.
厭 :  滿足 Pleinement satisfait. 
誨 : enseigner
倦 : lassé
何…哉, cette construction indique une question rhétorique. Par ailleurs, le pronom interrogatif se place avant le verbe ou le prédicat dans une question, voir ici. Couvreur traduit avec une question alors que Levi choisit le jugement et une phrase négative, ce qui revient au même sens.
於 : pour

Couvreur : « Engranger en silence les connaissances, apprendre sans éprouver jamais de satiété, enseigner sans jamais se lasser, quelle est [la difficulté] pour moi ? »
Lévi : « Se remémorer en silence, étudier sans trêve et enseigner sans relâche n’est pas pour moi un fardeau.

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Prince et Je

Les termes utilisés en chinois classique pour s’adresser à une personne sont assez codifiés ; nous l’avions vu pour la première personne du sujet ici.

Je, 寡人


Dans de nombreux textes, le Prince d’un État pour je utilisera un terme précis. Dans les ouvrages de la période des Royaumes combattants, il utilise souvent 寡人. Le Livre des Rites le  notait déjà,  « 其與民言,自稱曰寡人 ».
Que vient faire ici le caractère 寡 signifiant peu, manquer de ou veuf ? 

Moi, prince indigne, qui manque de la vertu du prince

En fait, le binôme 寡人 guǎ rén est un terme de modestie ; il signifie dans la pensée chinoise « Moi, prince indigne, qui manque de la vertu du prince (寡德之人), peu digne d’être prince ».  En effet, dans la tradition chinoise, le Souverain doit être digne de sa fonction. L’Empereur qui unifie le pays encore plus. Claude Larre, dans un passage sur le souverain le rappelle bien : « Nul n’est digne d’accéder à la fonction impériale » (Les Chinois, page 65).

Même Laozi se fait l’écho de cette tradition : « Vouloir se saisir de l’Empire et le manier à son gré, Je ne vois pas qu’on puisse y parvenir, L’Empire est un vase sacré, on ne le manie pas à son gré. Qui le manie court à l’échec, Qui lui sait il lui échappe 欲取天下而為之,吾見其不得已。天下神器,不可為也,為者敗之,執者失之.» 

N.B : Le texte de Laozi est sujet à diverses interprétations; 天下 peut être rendu par Empire, Le monde, l’Univers.

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Ne vous affligez pas de ce que les hommes ne vous connaissent pas ; affligez-vous de ne pas connaître les hommes

Chinois classique

Je relis tout doucement un ouvrage de Wang Li « 古代汉语常识 Connaissances générales de chinois classiques ». La partie sur l’ordre des mots 次序 a retenu mon attention ; dans le même temps, il nous livre un bel adage confucéen. Je livre quelques notes ici.

Pronom-complément avant ou après le verbe

Pour la structure verbe-complément, le verbe précède le complément comme en chinois moderne. Cependant, la première période (pré-Han) présente quelques caractéristiques. 
Dans une phrase négative, le pronom-complément se retrouve souvent avant la verbe comme dans cet extrait des Entretiens de Confucius : « 莫我知也夫Personne ne me connaît. » Le pronom personnel complément est 我,il se place donc avant le verbe.
Autre exemple du même ouvrage «不患人之不己知,患不知人也, Ne vous affligez pas de ce que les hommes ne vous connaissent pas ; affligez-vous de ne pas connaître les hommes. » 己 est le pronom personne complément, il se place avant le verbe 知. En revanche, 人 n’est pas un pronom personnel, il se place après le verbe 知.

 


Il est donc important de bien faire la distinction entre pronom et nom. 君, 子, 先生 ne sont pas des pronoms, ils se placent après le verbe.

Pronom interrogatif avant le verbe

Un autre cas enregistre le même déplacement. Le pronom interrogatif se place avant le verbe :
牛何之 ? Où va le bœuf ? (Mencius). 何 se trouve avant le verbe  之. On retrouve avec cette construction le chengyu 何去何从 hé qù hé cóng quel chemin à suivre ?
彼且奚适也 ? Jusqu’où va-t-il voler ?

Le pronom interrogatif placé avant le verbe a peu d’exception selon Wang Li, à la différence du pronom complément placé avant le verbe dans une phrase négative.

Une leçon de grammaire qui nous permet de retenir une belle citation de Confucius, qui montre bien la règle des pronoms :不患人之不己知,患不知人也bù huàn rén zhī bù jǐ zhī, huàn bùzhī rén yě
Ne vous affligez pas de ce que les hommes ne vous connaissent pas ; affligez-vous de ne pas connaître les hommes
患 affliger

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是不是?

Une petite note pour répondre à la question d’un lecteur sur la différence d’utilisation de 是 en chinois moderne et classique dans la phrase de jugement.

Dans la phrase de jugement (判斷句), en général, on n’utilise pas de copule (系词); on appelle la phrase, phrase nominale. En chinois moderne, on utilise la copule 是 ; par exemple on dira pour « Confucius est un homme de Lu » : 孔子是鲁国人.
Dans le chinois classique ancien ( pré-Han), on n’emploie pas 是 dans ce cas , on écrira 孔子,鲁人 ou bien 孔子,鲁人也 ou encore 孔子者,鲁人也. Les copules 為 et 乃 sont peu utilisées. ( Voir l’emploi de 也 ici).


是 est un prénom démonstratif, nous l’avons rencontré dans le fabliau du tigre et du renard : 今子食我,是逆天帝命也 Si tu me manges maintenant, ce sera  violer les décrets célestes (是 = ce).  
D’autres exemples : 
是女子不好, Cette fille n’est pas belle(是 = cette).
誠哉是言 也! Oh ! que cet adage est véritable (是 = cet) ! 

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言 n’est pas 語 (2)

Un éminent lecteur m’a fait remarquer tout l’importance de bien faire la distinction entre 言 yán et 語 yǔ en chinois classique, voir un article sur le sujet. Hier, je lisais un ouvrage de Wang Ning. Elle consacre quelques pages sur ce point et apporte quelques précisions. Je retranscris mes notes ici.

言 spontané


Très tôt la différence apparaît, bien avant la période Qin-Han. Dans le 禮記, le lecteur voit bien les deux emplois : 言, parler (de manière spontanée) et 語, répondre, converser : 三 年 之喪而不 sān nián zhī sàng, yán ér bù yǔ. Durant le deuil de trois ans, on peut parler, mais on ne peut tenir une conversation. Couvreur traduit 言 par les choses nécessaires, c’est plus une interprétation, même si on reste dans l’esprit :  » Durant le deuil de trois ans, on peut dire les choses nécessaires, mais on ne tient pas de conversation ». 

語  réponse, dialogue


語 amène l’idée de dialoguer, de répondre à d’autres paroles. 語 verbe, dans la plupart des cas, signifie répondre ou répliquer. 子不怪,力,亂、神 Le Maître ne répondait pas aux questions sur les choses extraordinaires, les actes de violence, les troubles et les esprits ( Entretiens de Confucius, VII,2).
 Le sens de répondre est attesté par un autre passage des Entretiens où il est noté que Confucius ne désire pas s’entretenir sur ses sujets : 季路問事鬼神,子曰:未能事人,焉能事鬼。’‘敢問死。’曰:‘未知生,焉知死。XI,12 Ji Lu interrogea Confucius sur la manière d’honorer les esprits. Le Maître répondit : « Celui qui ne sait pas remplir ses devoirs envers les hommes, comment saura-t-il honorer les esprits ? » Tzeu lou reprit : « Permettez-moi de vous interroger sur la mort. » Le Maître répondit : « Celui qui ne sait pas ce qu’est la vie, comment saura-t-il ce qu’est la mort ? XI,12

言 prendre l’initiative de parler

Dans les deux passages suivants encore, il est clair que 言 exprime bien le fait de prendre la parole de sa propre initiative.  Confucius désire parler au Prince de Chu, il va le voir de sa propre initiative : 孔子下,欲與之言。趨而辟之,不得與之言 (XVIII,5) Confucius descendit pour lui parler, mais l’autre l’a rapidement évité si bien que Confucius n’a pas pu lui parler.

A son disciple Zi Gong, il affirme qu’il ne veut plus parler :子曰:予欲無言。子貢曰:子如不言,則小子何述焉?子曰:天何言哉?四時行焉,百物生焉,天何言哉 ?XVII.18. Le Maître dit : « Je voudrais ne plus parler. – Maître, dit Tzeu koung, si vous ne parlez pas, qu’aurions-nous, vos humbles disciples, à transmettre ? » Le Maître répondit : « Est-ce que le Ciel parle ? Les quatre saisons suivent leur cours ; tous les êtres croissent. Est-ce que le Ciel parle? »

言 interroger, réconforter

Il est intéressant de constater que par extension de sens 言 a gagné les significations de  詢問 interroger et 慰问 wèi wèn, réconforter, consoler.

語 s’opposer, correspondre

Quant à 語, ses extensions de sens ont donné les significations de s’opposer 對抗 et correspondre 對應.  Ce processus confirme une nouvelle fois la différence de sens de 言 avec une connotation de parler de sa propre initiative et de 語, qui parle en réponse à un autre.

Attention, ces extensions de sens de 語 et 言 ne sont pas très fréquentes, Wang Ning les prend en considération pour voir si elles confirment ou non l’analyse.

Le temps a rapproché les deux caractères pour pratiquement effacer les différences si bien qu’en chinois moderne les 言 et 語 ont des emplois pratiquement équivalents.

Source : 古漢語詞义搭问, 王寧

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Matin et soir

Matin

Les lecteurs assidus se rappellent que le premier sens de 朝 est matin (voir l’article). Les expressions à quatre caractères, omniprésentes dans les langues parlée et écrite, tissent souvent les liens entre l’histoire et le présent. Seule une érudition à toute épreuve permet d’en connaître la quasi-totalité. On ne peut pas toujours plonger dans un dictionnaire, on peut essayer de deviner. A votre avis, que peuvent signifier ces deux expressions aux sens très proches ? Le vocabulaire pourra vous aider :
朝, matin ; 暮, crépuscule (soir) ; 秦, Qin, État de Qin ; 楚, État de Chu
朝三暮四 zhāo sān mù sì ; 朝秦暮楚zhāo qín mù chǔ
Cochez la proposition qui vous paraît la plus appropriée :


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