« Le chinois, c’est simple », disent-ils

Suite à une conversation avec un lecteur, je glisse des précisions sur quelques liens de parenté en chinois, les tantes et oncles maternels.
Imaginez que votre mère est l’aînée, elle a deux sœurs plus jeunes et un frère, le benjamin. Ces deux sœurs sont vos tantes maternelles, 姨妈 yí mā,姨 = tante et 妈 = mère.
La plus âgée des deux sera 二姨 èr yí (la seconde en âge, votre mère est la plus vieille), littéralement 2 tante, l’autre tante, la plus jeune des trois, sera 三姨 sān yí -3 tante. Comment appeler les oncles, les maris des tantes, 姨夫yífū。夫 vient de 丈夫 zhàng fu, mari. Nous avons 二姨 et son époux 二姨夫,  三姨 et son époux, 三姨夫.

Et l’oncle maternel ? 舅舅 jiù jiu. Son épouse, votre tante 舅妈 jiùmā.
Il existe aussi quelques variantes pour compliquer le tout !

Simple ! Nous sommes du côté maternel, mais pour le pendant paternel, ce sont d’autres mots !

Un quizz sur un lien de parenté ici


25 janvier 2021

Quel beau-frère?

Cherchez le beau-frère!

Les liens de parenté en chinois, c'est plus qu'un roman. Il faudrait un croquis sur un grand mur pour tout mettre. Votre soeur aînée, c'est 姐姐 jiějiě,  le mari de votre soeur aînée - le beau-frère, c'est 姐夫 jiěfū。 Pour votre soeur cadette (妹妹 mèimei), son mari par rapport à vous c'est ?  Le beau-frère en français, mais en chinois, on fait la distinction entre le mari de la soeur aînée et celui de la soeur cadette.

Cochez la bonne case pour les deux caractères désignant l'époux de la soeur cadette :

D’autres quizz :

L’homme et la nature ne font qu’un

Evolution d’un caractère chinois

23 janvier 2021

Les relations de 系 xì

Les premiers siècles des écritures chinoises comportaient de nombreuses idées de lien, d’attachement, de relier avec des graphies rappelant les cordes, les attaches ou des nœuds. Les composants幺, 玄, et 丝 en sont des témoignages. Les écritures ossécailles avaient une quarantaine de caractères avec la soie 丝 sī. Aujourd’hui, nous nous penchons sur  系, xì ou jì. Les premières graphies montraient une main qui tenait deux fils de soie, d’où le premier sens de relier :

Le caractère a pris d’autres significations au fil de l’histoire : 系, xì, relation, relier, souci, inquiétude, système, département. Prononcé jì, il signifie attacher. Jusqu’au début du XXe siècle, il avait le sens d’« être » en chinois classique. Il est intéressant de voir comment il a évolué avec le développement du polysyllabisme de la langue chinoise et ses associations.  Pour les plus courantes, j’ai repéré quatre ramifications : système, attacher, relation et lien. Voir le tableau ci-dessous. La première rencontrée dans l’apprentissage du chinois est la célèbre 关系, guān xi, relation.


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Où est le port parfumé?

22 janvier 2021

D’où vient l’automne 秋, qiū?

Les péripéties et transformations du caractère signifiant automne montrent sous quels aspects peut être évoquée une idée. La composition de la graphie est passée des insectes ou tortues à une céréale avec le soleil et le feu pour finir sans le feu.

Tortue, grillon, sauterelle

Les premières écritures ont été interprétées différemment, une tortue (Tang Lan) ou un grillon (Guo Muoro) ou encore une sauterelle.

 automne chine

Le Grand Ricci rappelle que la ponte de sauterelles survient à la fin de la saison chaude et annonce la venue de l’automne.

+ Feu

Sur les graphies ultérieures, le feu arriva dans la partie inférieure. Pour exterminer les insectes ?

+ Céréale + soleil


Sous les Royaumes Combattants, les composants changèrent, la céréale 禾 arriva. Le soleil trouva également sa place durant cette période dans presque tous les systèmes d’écritures des différents États de l’époque. 
Graphie de l’État de Jin :

 

– Soleil

Enfin, l’écriture des Qin a la structure qui est restée : céréale et feu : 禾 + 火 = 秋. Une fois l’Empire unifié par ce royaume, la réforme de l’écriture retint en priorité les graphies Qin.

 

Le Shuowenjiezi expliqua ainsi la composition de 秋 : Maturité des céréales : automne. 
Autre interprétation des deux composants :  l’automne, les feuilles ont du rouge et le blé a du jaune, ces couleurs ne rappellent-elles pas la couleur du feu ? Convaincant?

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雪, neige et nettoyer

21 janvier 2021

Origine et fin en chinois

 元, yuán, (origine, premier, commencement) et 完 , wán (achever, finir, complet, entier) ont des graphies proches, puisque 完 est composé de 元 et du toit 宀. Nous nous sommes arrêtés sur l’étymologie du premier ici. Les premières graphies évoquaient une tête. L’explication donnée par Xu Shen, dans le Shuowenjiezi, laisse assez perplexe, comme une bonne partie de ses commentaires. 宀 est l’élément sémantique et 元, la partie phonique. Toute la tradition des commentaires a repris cet argument sans ciller pendant près de vingt siècles. La signification des deux caractères devrait quand même réveiller des signaux. L’un est dans le commencement et l’autre dans la fin. Un début d’une période ne signe-t-elle pas la fin d’ une autre période ? 

commencement et fin en chine

Je suis en train de lire une thèse qui apporte de l’eau au moulin de ces « excuses » non-phonétiques,  Études d’étymologie graphique chinoise à la lumière de données comparatives (Paris, 1997). Chrystelle Maréchal réétudie l’étymologie de certains idéo-pictogrammes et pense que bon nombre d’étymologies sont fausses en raison du préjugé phonétique. On attribue une valeur phonétique à un composant sans tenir compte de la valeur sémantique. Afin d’élargir le spectre des réflexions, l’auteur compare les origines des caractères avec l’étymologie d’autres civilisations. 

Pour 完 , wán, achever, elle note que « achever », qui vient de l’ancien français a chief, est en rapport avec la tête. Chief au Xe siècle signifiait chef, celui qui est à la tête. Chef vient de caput « tête » par l’intermédiaire du latin vulgaire * capum « extrémité ». Benveniste précise dans Le vocabulaire des institutions indo-européennes  : “achever, c’est mener à chef. Ce chef est bien la tête, mais entendue comme terme ultime du mouvement, d’où le sens de mener à son terme, à son extrémité. Or la tête en grec, que ce soit kephale ou kara, ne suscite que les métaphores inverses, celles du point initial, de la source d’origine”. Dans certaines langues indo-européennes tête et fin sont liées. Dans les langues celtiques, on retrouve cette particularité, penn en breton signifie tête et bout ; en gallois, pen tête et fin, même chose avec cenn en irlandais. En italien on retrouve le capo ( latin caput) dans capo d’anno, jour de l’an, comme on retrouve 元 dans 元旦,qui a le même sens.

 

Ces considérations indiquent la piste du cercle où commencement et fin se rejoignent comme 元 et 完. Il faut certainement creuser dans ce sens. 
On est assez déçus quand on lit une partie des étymologies de Xu Shen, beaucoup de composants sont appelés uniquement phoniques alors que le bon sens voit un aspect sémantique.  Certes, Xu Shen ne connaissait pas les écritures ossécailles qui dormaient depuis de nombreux siècles avant leur découverte à la fin du XIXe siècle. Heureusement, les spécialistes chinois actuels corrigent petit à petit ces travers.

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La femme et le balai?

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14 janvier 2020

La tête, le premier principe et le commencement, 元/兀

Je reviens sur le caractère 元 et de son collègue 兀 qui ont fait objet d’une discussion ici.
元 yuán dispose de plusieurs sens : origine, premier, commencement. C’est aussi un nom de famille; 元 sert à désigner la monnaie chinoise et accompagne d’autres caractères pour signifier dollar 美元 ou yen 日元 par exemple. La signification moderne de 兀 wù est  haut plateau.

 


Les recherches montrent que 兀 était le caractère d’origine. L’une des première graphies n’avait pas de trait au-dessus, mais un point qui représentait une tête (1. dans le tableau). Le premier sens était tête. Par extension, il a donné : premier principe, origine. Par la suite, à partie de la graphie 3, un trait est venu renforcer cette signification et faire la différence avec 兀. L’idée de tête et de premier principe/ origine est certainement lié au processus de construction d’un caractère. En effet, la pensée chinoise part d’observations concrètes pour donner des concepts. C’est la tête du bébé qui sort d’abord du ventre de la mère, c’est la sortie de sa tête qui marque le commencement de sa vie (voir l’article de Marcel Granet sur cet aspect de la langue chinoise).
On retrouve l’idée de commencement et de premier dans diverses associations, exemple :
元旦 yuán dàn, Jour de l’an -元首 yuán shǒu, chef d’Etat.

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兀 et 元 – discussion

La simplification des caractères, des Shang à aujourd’hui

13 janvier 2020

La femme et le balai?



Les termes pour désigner l’épouse en chinois sont nombreux, en voici une brochette 妻子 qīzi, 夫人 fūrén, 爱人 àirén, 老婆 lǎopó, 太太  tàitài et  媳妇儿 xí fu er.妇, en traditionnel  婦, a une étymologie acceptée assez intrigante.  Le caractère avait aussi le sens d’épouse royale. A la suite de Xu Shen au 1e siècle, on pense qu’il représente une femme avec un balai qui nettoie la demeure. La partie de gauche en haut est considérée comme un balai : . L’auteur du Shuowenjiezi, Xu Shen, a vécu sous la dynastie Han, qui a enregistré un recul du statut de la femme. La langue est le reflet de certaines valeurs certes, mais l’étymologie doit-elle se soumettre aux courants d’une époque et réduire la femme à la tâche ménagère et au balai? 
Dans une étude « Le roi et moi ou le rôle motivateur des objets manufacturés dans la formations des idéo-pictogrammes chinois », Shun-chiu Yau s’étonne que le censé balai est toujours présenté vers le haut sur les premières graphies. Il pense que la graphie devait représenter « une sorte de flabellum, l’attribut décoratif d’une reine ou d’une favorite royale. « Cet attribut ressemble à l’éventail de plumes 羽扇 ou 宫扇 à longue poignée du théâtre chinois, que l’on tient dressé derrière une dame de cour, la graphie peut être perçue comme un symbole royal ». La découverte en 1976 de la tombe de Fu Hao 婦好 , l’épouse favorite de Wu Ding, roi du milieu du XIIIè siècle Av. J.-C., apporte des arguments avec la mention de son nom sur 109 des bronzes exhumés. Le motif est placé au-dessus du nom et même détaché et semble être l’emblème du nom.

Cette reine n’était pas une simple favorite, elle mena des campagnes militaires et avait un rôle important dans les rituels, les oracles et les sacrifices. Il est étonnant qu’une personne d’un statut social aussi élevé ait pu avoir pour emblème un balai. Par ailleurs, le chercheur rappelle qu’il est néfaste dans la tradition chinoise de poser un balai brosse en l’air.

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Multiplicité des graphies sous les Shang

La simplification des caractères, des Shang à aujourd’hui

12 janvier 2021

La prune et le voyage

Quand on retrace l’histoire des caractères dans le champ sémantique de l’arbre et du bois, on rencontre par exemple les caractères suivants : 木, 本 ,末, 果,  桌, 李.
李 lǐ signifie prune et est également un nom de famille très répandu. Le poète des Tang Li Ba i 李白 avait ce 李. Certains dictionnaires donnent pour signification supplémentaire prêt à voyager, on retrouve 李 dans 行李 xíng li bagage. On peut être assez étonné qu’une prune devienne un bagage. Autant 行 xíng (marcher, agir, faire) a sa place , autant prune jure dans le tableau. 
Les explications habituelles des premières écritures tournent autour de la partie supérieure dont le sens d’origine est arbre et voit en dessous un fruit mûr avec des feuilles ou d’autres considèrent que la première graphie représentait l’enfant dès le début.
En fouinant dans les études, j’ai trouvé que 季旭昇 dans 說文新證 (page 486) rappelle que certaines premières écritures étaient composées de 来, qui a donné le son. Comme il arrive souvent, le caractère a été « abrégé » ; ici en 木.  On peut s’interroger sur le lien du sens de « prêt à voyager » et de 来, venir. L’explication peut venir de ce 来. Un jour, on découvrira peut-être plus d’arguments pour aller dans ce sens.

Le tableau ci-dessous est issu de cet ouvrage. La graphie 1 est de l’époque des Shang, de 2 à 6 des Royaumes Combattants (2, Etat de Qi ; 3, Jin, 4 à 6, variantes de Chu). 7, 8, 9 des Qin, 10 des Han occidentaux.

Une autre explication plus probable : 行理  xíng  lǐ avait le sens de « voyageur » et de « bagages que prend un voyageur avec lui » dans les anciens textes dès le Zuo Zhuan ( principal commentaire des Annales des Printemps et des Automnes, une chronique de l’État de Lu de 722 à 480 av. J.-C). 行理之 往 來(左 傳 僖 三 十 年), Les messagers vont et viennent (Dictionnaire Couvreur, p.464). 李, même prononciation que 理, a certainement été emprunté. L’histoire, à ses débuts, a vu de nombreux va-et-vient de sens entre caractères. 行 et 理 ne sont plus utilisés ensemble. La prune a pris le relais. Je remercie Jean-Michel Bindner de m’avoir signalé cette option.

木 mù, bois, arbre
本, běn, racine
末, mò, extrémité
果, guǒ, fruit
桌 zhuō, table / bureau

A suivre… !

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Statue et caractère

8 janvier 2021

雪, neige et nettoyer

雪, xuě, a deux principales significations : neige et essuyer/laver. Comment expliquer ces deux sens ? 

Par extension, la neige renvoie à sa couleur, blanc, voir Li Bai, dans son poème, 将进酒 La chanson à boire  “君不见,高堂明镜悲白发,朝如青丝暮成雪, Ignorez – vous, amis, que nos parents contemplent tristement leurs cheveux dans le miroir, noirs au matin, blancs comme neige au soir?”

 li bo poeme

Par extension, est-on arrivé à essuyer?  Verbe, 雪 a pris le sens de réhabiliter et même de purifier dans les textes anciens. 

Graphies anciennes de 雪 des Shang aux Han :


La plupart des commentaires voient la partie sémantique en haut avec la pluie 雨 et en bas l’élément phonique :甲骨文 雪 écriture primitive chine ou /   彗. Parfois, l’élément inférieur est considéré comme des morceaux de neige.

Plus rarement, dans ce type de graphie, une explication s’écarte du « consensus ».
Des mains enlèvent/nettoient la neige qui tombe. Cette vision semble plus convaincante, mais ce n’est pas une raison pour croire que c’est la bonne ! Encore une zone d’ombre !

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7 janvier 2021

Multiplicité des graphies sous les Shang

Suite à la question d’un lecteur, j’apporte quelques compléments sur la multiplicité de graphies pour un même caractère et les simplifications/complexifications des caractères.
L’écriture chinoise a vu le jour sous la dynastie Shang (1570 à 1045 av. J.-C) aux alentours du XVe siècle Av. J.-C. Les premières inscriptions furent gravées sur des écailles de tortue et des omoplates de bovins. Plus de cinquante mille inscriptions avec six mille signes ont été mises à jour. On les appelle 甲骨文 ou écriture ossécaille ; elle sont les traces d’un système d’écriture arrivé à maturité. La dernière capitale de la dynastie, Yin Xu 殷墟  yīn xū, dans le nord de la province du Henan, proche de la ville actuelle de Anyang, renferme le plus ancien corpus d’écritures chinoises connues.

Elles étaient gravées à l’aide d’un poinçon. elles sont parfois considérées comme des formes de caractère courantes 俗體字, à la différence des inscriptions sur bronze de la fin des Shang, qui bénéficièrent de plus de rigueur. On trouve donc de nombreuses formes pour le même caractère. Dans un article 殷墟甲骨文字形表義論,韓江蘇 rappelle les diverses écritures découvertes à Yin Xu ( voir tableau) de 涉, shè, traverser. Si la structure présente des composants différents, le sens reste le même. La première et la cinquième colonne contiennent les diverses graphies :

Certains scribes simplifieront, d’autres feront le contraire. Pour le cheval, les premiers signes comprenaient la tête, le corps, la queue : . Pour les derniers, l’œil et la queue restaient, mais le corps avait presque disparu : .

Les caractères étaient le fruit d’observations, certains chevaux ont des rayures si bien que d’autres scribes qui voyaient ces rayures les ajoutèrent :

Source : Les graphies proviennent de 陳年福, 殷墟甲骨文字詞總表

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Cheval et centre

3 Janvier 2021