Synthèse sur l’époque Shang

Le sinologue américain David N. Keightley a rédigé un article « The Shang » dans The Cambridge history of Ancient China, en 1999, p. 232 à 291.

Après avoir exposé les sources d’information sur la dynastie Shang – la tradition et les inscriptions divinatoires – il rédige une synthèse des connaissances sur l’époque en traitant les sujets suivants : la religion royale, le culte des ancêtres, le traitement des morts, les caractéristiques de la dynastie, la lignée royale l’agriculture, l’élevage, les tributs, les subordonnés, les campagne militaires et l’héritage laissé.

J’ai rédigé ci-dessous une fiche de lecture sur l’article, puis un commentaire.

La dynastie Shang ( environ 1570-1045 Av. J.-C.) est la première dynastie à avoir des sources écrites. Les inscriptions sur os et carapaces de tortues retrouvées remontent à la dernière période Shang, et ses neuf derniers rois, de Wu Ding 武丁, le 21ème roi, à Di Xin 帝辛, le 29 ème et dernier roi.

Wu Ding :

Sources

La tradition
Les Shang sont mentionnés par les chroniqueurs et les philosophes des Zhou Orientaux, comme Confucius. Les Annales Historiques de Sima Qian 司馬遷 consacrent un chapitre à la dynastie. Le début commence par la conception miraculeuse de l’ancêtre des Shang, Qi (voir ici). L’historien des Han tient une partie de ses informations de divers ouvrages, notamment Le Classique des odes 詩經,  Le Classique des documents 書經, le Zuo Zhuan 左傳 et Les discours des Royaumes 國語.

Les inscriptions sur bronze, plusieurs milliers d’écritures sur bronze nous renseignent sur des moments importants de l’époque.

Les inscriptions ossécailles 甲骨文


Depuis leur découverte en 1899, plus 200 000 fragments ont vu le jour. L’auteur note que lors de la première période des écritures à l’époque de Wu Ding, le groupe de devin articulait le texte sans une question directe aux puissances. L’inscription mentionnait la prédiction, l’une positive, l’autre négative, marquant également un espoir ou une peur. Les devins sous Wu Ding s’attachaient aux questions suivantes : la récolte, les mauvaises augures, les captures de prisonniers, la naissance d’enfants, les activité de 帝 Di , dieu suprême de la nature, les autres puissances de la natures, les rêves, les inondations, la stratégie militaire, les ordres à donner, la pluie, les inspections royales, la maladie, l’envoi en mission, les  voyages, l’approbation spirituelle, l’ assistance, les blessures, le paiement de tributs.
Le contenu des séances de divination changea. Dans la cinquième et dernière période, l’alternative devient plus rare et les domaines traités moins étendus. La plupart des séances se concentrait alors sur le résultat sur une échelle précise de temps, dix jours 旬, voire cinq jours.  « Est- ce qu’il y aura un désastre  旬亡禍 ? » est une expression fréquente à l’époque, voir ici. De nombreux thèmes de la première période ont disparu : l’espoir d’une naissance mâle, le sens d’un rêve, la cause et le rite pour guérir d’une maladie, le choix d’alliés durant une guerre et la mobilisation de conscrits et les constructions. Les graphies grandes et épaisses du début sont devenues minuscules. Les divinations sont plus systématiques, moins spontanées et compréhensibles tout en devenant plus optimistes. Ces changements sont certainement liés à des développements culturels : la systématisation du cycle des cinq rites, le triomphe de la succession filiale sur la succession de la fratrie.  On a régularisé et simplifié les pratiques du culte et politiques
L’accroissement du pouvoir et de la confiance du roi ont mené à une administration plus routinière, une simplification du processus de divination et l’apparition des nombres, qui mènera vers la formation des hexagrammes du Yijing. 
Par conséquent, nous avons moins d’informations sur la période des derniers rois Di Yi et Di Xin que sur l’époque de Wu Ding.

Divination et cadre religieux 
Les supports, os et carapaces, servent de media, les devins les employaient dans les rites à l’adresse des ancêtres. Ces derniers servaient d’intermédiaires entre les participants des rites et les puissances ancestrales.

Chronologie, Temps et calendrier

Les dates des règnes ne peuvent être déterminées précisément.
Les périodes du jours et de la nuit étaient désignées par huit graphies, par exemple le temps de la lumière 明, petit déjeuner 小食,   midi 中午. Ils étaient en relation avec les mouvements du soleil et des événements sociaux (repas).
Le calendrier était basé sur une combinaison de dix tiges célestes et douze rameaux terrestres :

 

Voir l’article ici.

Religion royale

Le panthéon peut être divisé en six groupes : 

  1. 帝 dieu suprême de la nature, qui commande le vent et la pluie, et peut envoyer les désastres. Voir l’article.
  2. Les forces de la nature tels,土 l’Esprit protecteur du Sol (社 des textes ultérieurs), 河l’Esprit du fleuve, 日 le Soleil
  3. Les Ancêtres Maîtres : 夒 Náo, 王亥
  4. Les Ancêtres prédynastiques, tel Shang Jia 上甲
  5. Les ancêtres dynastiques, tel le premier roi appelé Da Yi 大已 ( Wu Ding)
  6. Les épouses des rois

Le roi se tient au centre de sa communauté de parents ( kinship community). La distinction entre la lignée directe du roi et les lignes collatérales est bien établie et se retrouve dans les rites. 

Autel, tables ancestrales et temples 
Les Shang commémoraient les ancêtres avec des tablettes. La graphie de 示 les désigne. Elle a également le sens d’ancêtre. Le culte et les divinations étaient généralement célébrés dans les temples 宗 . La graphie ancienne montre un toit avec des tablettes au-dessous : . Les rois ont érigé de nombreux temples dédiés aux ancêtres. 

Caractéristiques du culte
Les Shang utilisaient du millet, des bestiaux, des chiens, des moutons, des grains et des humains qu’ils offraient aux ancêtres lors des sacrifices tout en priant pour la venue de la pluie, d’une bonne récolte et bien d’autres choses énumérées plus haut. Diverses indications montrent que les offrandes d’alcool et la fumée de viande rôtie plaisait aux Puissances de la nature.
La nature sociale des sacrifice Shang est suggérée par le rite 賓bīn au cours duquel le roi accueillait un des ancêtres. La graphie du rite 鄉 xiāng montre deux hommes face à face au cours d’un banquet ou d’une célébration : . Cette écriture est employée lorsque le roi offre un banquet à ses alliés ou quand il participe à un sacrifice et partage la bénédiction avec sa lignée.

Le cycle des cinq rites
Le culte des ancêtres était centré sur le cycle des cinq rites, qui était régulièrement opéré durant les IIè et Vè périodes de l’écriture Shang, moins au cours des IIIe et IVe. Ils ont permis de reconstruire le calendrier et la liste des rois. 
Les cinq rites sont : 
翌 yi
祭 ji
洅 zai
劦 xie
彡(肜)yong

Évolution des conceptions religieuses 
Après le règne de Wu Ding, les rois ne procédèrent plus à des divinations sur les ordres de Di pour la pluie, le tonnerre ou une demande d’assistance ou d’approbation. Cette disparition des écritures suggère que la confiance dans les ancêtres devint plus importante à la mesure de la montée d’indifférence face à Di. Ou bien les intentions étaient trop difficiles à cerner pour avoir recours à lui. Le fait que les temples dédiés aux rois de lignée directe dans leur titre aient le nom de Di montre la croyance croissante dans la majesté des ancêtres. 

Le roi shaman
La thèse d’un roi shaman a souvent été avancée. Les parentés des graphies signifiant roi 王 avec celles d’ossature voutée et chétif 尪 wāng et  de 狂 kuáng fou, furieux, sont des arguments avancés. Ces sens qualifient souvent l’aspect du shaman.

Traitement des morts
L’étude de 5 300 squelettes de Xiaotun a permis une estimation de leur mort à l’âge moyen de 34,5 ans. 
Le rite obligeait de transformer le nouveau mort en un ancêtre vivant. Ils étaient enterrés avec de nombreux objets. La tombe de la reine Hao 婦好 contenait 468 bronzes  d’une tonne et demie, 755 jades et 6 880 cauris. 44,8% des bronzes étaient des vases rituels, 28,6% des armes et 8,8% des instruments divers (musique, objet vase).

Ces enterrements attestent (1)   la croyance dans l’utilisation des objets après la vie par les personnes décédées, (2) la prépondérance émotionnelle que les parents exercent sur les descendants, (3) l’intensité du travail exigé pour le culte. Une véritable industrie existait pour la fabrique de ces objets.  

Accompagnement des morts et sacrifices humain
La préservation du statut des morts dans l’existence post-mortem était exprimée avec le sacrifice de membres de la famille, des élites ou d’autres subordonnés qui étaient enterrés dans la tombe du mort. 
La plupart des sacrifiés étaient des hommes entre 15 et 35 ans, il y avait peu d’enfants. En moyenne, on trouve cinq à dix sacrifiés par tombe. Les écritures divinatoires montrent que le peuple ennemi 羌 Qiang était souvent utilisé pour les sacrifices. 

L’État et la dynastie

Politique et territoire
Les Shang avaient une conception carré du monde, avec le centre nommé  中商 centre Shang. Autour du centre, la zone était divisée en quatre parties 四土 (sol) ; 土 indiquait les directions cardinales. Les prières pour les récoltes étaient adressées aux Forces des quatre régions 四方. 方 a de nombreuses significations sous les Shang : côté, frontière, pays ou région. Il désigne également une tribu ennemie. La graphie de 方 : .

Les inscriptions mentionnent de nombreuses lignées 族  que présidait le roi. La 族 fonctionnait comme une entité sociale et politique dont les membres étaient liés au roi par divers liens hiérarchiques dans la parenté, des avantages, des privilèges et des obligations.

La lignée royale
La lignée royale 王族 formait le cœur de la dynastie, gouvernée par le roi et ses fils. Ces derniers, adultes, en tant que prince 子,  avaient leur propre lignée .
Les titres de 多子 et 多子族  se réfèrent aux cousins du roi et à leurs lignées.

帝辛 Di Xin, le dernier roi Shang :

Les devins
Compte tenu de l’importance de la divination, ils avaient une position importante dans la société Shang. La moitié des 120 devins des inscriptions sont connus.

Officiers et chefs
Les officiers des champs 田, les pasteurs 牧, les gardes 微, les officiers des chiens 犬 s’occupent des diverses activés du roi. 
Les marquis 侯 et les comtes 伯 étaient chargés des territoires plus éloignés. Voir les articles sur les graphies de 侯 et 伯 ici.

Les épouses royales
Elles sont désignées à leur mort par le terme de 多母. Elles participent avec le devin aux préparations de la divination. Leur capacité à donner des naissances à des fils leur donnait plus de poids. La reine Hao 婦好 à un temple qui lui est consacré du nom de Mère Xin.

Agriculture
La région des Shang, Anyang dans le Henan, avait un climat plus humide et plus chaud qu’aujourd’hui, plus de 2° en moyenne. La population des divers pays et communautés sous la sphère d’influence Shang vivait dans des petites bourgades 邑 entourées de champs 田. Les fermes contrôlées par le roi étaient sous l’autorité de divers officiers, comme les 小臣. 
Le millet était prépondérant dans l’agriculture de l’époque. Les récoltes étaient à la merci de maladie et d’invasion. Les questions sur la récolte sont fréquentes dans les écritures divinatoires, voir l’article.

Ouverture de nouveaux territoires
A plusieurs reprises, les inscriptions attestent que les rois ordonnent d’ouvrir de nouveaux territoires et d’effectuer des drainages de champs aux officiers 多尹. Ces expéditions étaient quasi militaires et on mobilisait les 眾人, qui étaient des travailleurs.

Élevage
Les gouvernants avaient de larges groupes d’animaux, capturés durant les guerres ou les chasses ou élevés. Des officiers appelés les Duo Chiens 多犬  ( beaucoup chiens) et les Duo Chevaux多馬 sont mentionnés dans ce domaine. 

Tribut et service
La puissance de l’économie Shang dépendait des tributs offerts par les territoires subordonnés et les alliés. Divers pays envoyaient des êtres humains ( souvent des 羌  prisonniers ou offraient les services de leurs propres travailleurs (眾)). Le tribut le plus important était constitué par l’envoi de carapaces de tortues et d’omoplates de bœuf pour la divination.  Le montant des envois pouvait atteindre 1 000 pièces, mais en général, il était dans une fourchette de 100-150. La documentation disponible ne peut attester un véritable système de tribut. 

Travailleurs
Les travailleurs étaient désignés par la graphie 眾. L’interprétation a été souvent débattue. Certains spécialistes les assimilent à des esclaves, d’autres à des hommes libres, appartenant à des lignées Shang. 
Ils doivent être distingués des 人,qui était un terme neutre. On retrouve des 人 dans l’armée du roi. Mais la graphie a de nombreux emplois. Le roi peut l’utiliser pour se désigner ( Moi l’unique homme 余一人 par exemple). Il désigne également des ennemis, des prisonniers ou des hommes pour le sacrifice. Les 人, dans les mobilisations pour des guerres semblaient moins importants pour le roi, les pertes dépassent largement celles des 眾 . Les 射 archers et 馬l es  “officiers cheval ” étaient moins sollicités. 

Mobilisation et guerre
Les ateliers des Shang fabriquaient armements en bronze, lance, épées, pointes de flèches, bouclier, casque et pièces de char. Wu Ding menait lui-même ses forces militaires. Les troupes engagées comptaient entre 3 000 et 5 000 hommes, mais elles pouvaient atteindre les 10 000. 
戈 Arme courte, maniée d’une main sous les Shang :

Esclaves

Les termes esclaves ou hommes libres n’existent pas à l’époque Shang. En l’absence de concept légal de droits individuel, il est plus utile d’envisager la problématique sous l’angle de dépendance et de privilèges, plutôt qu’avec les idées d’esclave et d’homme libre. 

Bureaucratie 
Le processus de divination révèle l’existence d’une bureaucratie. Certains indices montrent l’existence d’un système d’archivage méticuleux des supports de divination. Les tablettes 典 pour le cycle des cinq sacrifices et les  册, documents cérémoniels, qui enregistraient les alliances et les mobilisations militaires, attestent le rôle des documents écrits dans l’administration. 

Politique et développements militaires
L’absence apparente de murs défensifs dans les villes Shang suggère que la dynastie Shang ne craignait pas les invasions extérieures.  La capitale Xiaotun avait des douves sur une partie et sur l’autre le fleuve Huan.
Sous le règne de Wu Ding, des attaques furent menées contre les Tufang et les Gongfang et de nombreuses batailles eurent lieu contre les Qiang. Les autres rois ont également mené des expéditions militaires contre des tribus voisines. La plus importante campagne de la dernière période des écritures est engagée contre les 人 Ren à l’est.

Héritage des Shang
Le système de gouvernement était basé sur une théocratie gouvernée par le chef de la lignée, le roi. Son autorité provenait de sa relation aux ancêtres et des liens socio-religieux d’une autorité patriarcale et des liens filiaux avec ses subordonnés directs. Le statut politique dépendait davantage des statuts au sein de la parenté que des titres. Le nombre de princes impliqués dans les activités du roi indique un manque de délégation administrative et la grande importance de l’attention personnelle du roi, qui agissait un peu comme le « grand chef » de la tribu.
L’enterrement des morts, accompagnés de subordonnés, et son rituel montre l’importance de la conservation des statuts et des obligations après la mort. 

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Commentaire personnel à la suite de la lecture de l’article de Keightley :

Documentation limitée et interprétation

La documentation sur la dynastie Shang reste assez limitée. La tradition relayée par les chroniqueurs et philosophes chinois ne peut être suivie les yeux fermés. La relation des faits dépend en partie des conceptions de l’époque et du message à passer. Les discours prêtés à tel personnage Shang ne reflète certainement pas toute la réalité. Le Livre des documents 尚書 écrits sous les Zhou met dans les discours des Shang le terme de 天命 mandat du ciel, qui est un concept apparemment inexistant à l’époque. Il est arrivé plus tard sous les Zhou… pour justifier la guerre contre le dernier souverain Shang, qui aurait perdu le mandat du ciel.
L’autre pan de la documentation tient dans les inscriptions divinatoires, mais elles ne concernent que la dernière partie de la dynastie Shang et ne reflètent que les préoccupations de la cour royale et de son entourage ; nous ne savons pratiquement rien sur le reste de la société. Par ailleurs, comme le mentionne Keightley, les écritures sont beaucoup plus nombreuses sous la période de Wu Ding ; nous avons donc moins d’informations sur les périodes suivantes. Les considérations sur la période sont parfois le fruit d’interprétations et comme l’origine des graphies, nous ne pouvons pas toujours être sûr des constatations. A partir de l’époque Han, nous commençons à avoir une vue assez détaillée et large des différents niveaux de la société. Sous les Shang, la vision dépasse peu les rangs de l’élite.
Il est indispensable de s’aider des découvertes archéologiques des dernières décennies pour confirmer ou infirmer les conclusions actuelles qui n’ont pas toujours des bases très solides. Les tombes des Shang recèlent des trésors de connaissances qui demandent à être davantage exploités. 

Héritage

Le culte des ancêtres est certainement l’un des héritages qui a le plus marqué les millénaires qui ont suivi. Sans oublier qu’il a modelé une partie de la psychologie chinoise, où le respect des aînés reste important. 
L’écriture chinoise tire son origine de cette époque. Après un long processus de création et de développements mêlés de divers mouvements de simplifications et de diversifications, elle a trouvé une phase de stabilité à partir de l’époque Han. Le socle formé à cette dernière époque a permis une relative stabilité de près de 2 000 ans. 

L’article donne une bonne introduction à l’époque Shang. Les apports des découvertes non encore pleinement exploitées des dernières décennies sont indispensables pour corriger et affiner les connaissances actuelles.

9 novembre 2021

Publié le Catégories Histoire

2 réflexions sur « Synthèse sur l’époque Shang »

  1. Merci maître pour cette synthèse qui devrait encourager tous ceux qui s’intéressent à l’écriture chinoise – donc à l’histoire de la Chine – à étudier la dynastie des Shang. Je pense à tous ces étudiants à qui l’on a appris que l’histoire de Chine commence avec les Qin et surtout les Han. Il convient d’étudier les choses dans le bon ordre, en l’occurrence de ne pas oublier l’époque pré-impériale. 卜力

    1. Bonjour Monsieur 卜, merci pour votre passage sur le plateau! Je m’oblige de nouveau à faire des fiches de lecture pour mieux cadrer mes lectures. La documentation sur cette époque est beaucoup plus importante depuis deux décennies. Je ne sais pas comment on enseigne l’histoire de la Chine à l’université de nos jours. Tu devrais le savoir.Non?
      A notre époque, c’était léger…

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