戌 en pictogramme

Je poursuis l’exploration de la conférence du paléographe Qiu Xigui, entamée hier. Aujourd’hui, je m’arrête à la partie consacrée au caractère 戍 shù et à ses diverses graphies.

Marques claniques

Il existe un type d’inscriptions sur bronze (金文)appelé 記名金文. Elles correspondent principalement à des noms de personnes et de clans, on les appelle les marques claniques. Elles sont de très nets pictogrammes. Qiu Xigui pense que ce sont d’anciens caractères. Cet avis ne fait pas l’unanimité. Redouane Djamouri note que « l’aspect fortement figuratif de beaucoup de ces marques, notamment les représentations fortement anthropomorphes et zoomorphes – a conduit nombres d’épigraphistes chinois à considérer qu’il s’agissait de graphies archaïsantes témoignant de l’origine pictographique de l’écriture chinoise…En réalité, nous disposons d’aucune preuve épigraphique décisive attestant l’antériorité de ces marques  par rapport aux  signes graphiques employés dans  les inscriptions sur os et carapaces. Au contraire, tout porte à croire que ces marques sont contemporaines des signes en question dont l’usage est par ailleurs conjoint. »*
Les graphies du tigre et du dragons sont les plus connus :

 戍 pictogramme et simplification

Qiu, à partir de quatre graphies de 戍, revient sur la simplification de l’époque.

La première écriture  est un véritable pictogramme, elle se trouve sur ces inscriptions sur bronze 記名金文. Elle montre un homme qui porte une arme, une hampe à long marche a tridents. Le sens de défendre, protéger, surveiller a naturellement suivi. La graphie de la première période Shang, , n’avait pas cette dimension de pictogramme. L’homme ne tenait pas son arme, elle était placée verticalement à côté de lui. Elle est apparue durant la première période de l’écriture Shang connue et elle appartient à la catégorie des formes simplifiées. La signification de protéger n’est plus aussi flagrante. Les graphies de la première période sont en général plus simplifiées. On trouve également un autre type de graphie sur les écritures ossécailles. L’homme semble tenir avec la main son arme en position verticale : . Les bronzes contiennent également cette forme , qui marque une influence des graphies ossécailles courantes ( 俗體). Quand on considère les écritures sur bronze comme les formes standards, on constate l’influence des formes courantes. Bien entendu, il est nécessaire d’aborder la problématique avec souplesse car dans certains cas les bronzes peuvent véhiculer des formes courantes, mais c’est une autre histoire.

NB : La période Shang a traversé de nombreuses guerres, les graphies désignant des armes sont nombreuses et parfois les formes se ressemblent. L’article Je, les armes et les airs de famille donne quelques exemples.



*1995 « Marques dites `claniques’ sur les bronzes Shang et Zhou », in YAU Shun-chiu, éd., Ecritures archaïques : systèmes et déchiffrement. Paris, Langages Croisés, p. 99-108.

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30 septembre 2021

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