Le roi Tang et le ciel

Les écritures Shang nous fournissent des informations sur l’histoire, les institutions et les croyances de l’époque, mais elles restent limitées. Nous sommes dépendants des textes ultérieurs pour connaître l’histoire de la dynastie. Des auteurs, comme le premier historien chinois, Si Maqian 司馬遷 ((env. 145-env. 87 av. J.-C.), relatent les faits les plus importants de la dynastie.  Le Classique des Documents 尚書 rédigé sous les Zhou est également une source. 

Harangue de Tang

Il reprend le discours du futur premier roi Shang ( XVIIe siècle avant notre ère), Tang 唐, qui appelle à la révolte contre le corrompu et dévoyé dernier roi Xia.

Le mandat du ciel
Bien entendu, l’orientation de ces écrits correspond aux idées des historiens et peut justifier la vision officielle de l’histoire. Il faut lire avec un certain recul ces livres. Le souverain Shang mentionne les crimes des Xia et la volonté du ciel de les exterminer : « 有夏多罪,天命殛之 Le souverain Xia a commis beaucoup de crimes, et le ciel a ordonné sa perte ».  天命 est utilisé, il signifie mandat du ciel, ce concept n’existait pas sous les Shang, il a été créé sous les Zhou pour justifier le renversement des Shang et la souveraineté des Zhou. Les auteurs des textes ont mis dans la bouche des Shang des visions du monde de l’époque ultérieure des auteurs.  Même si ici, on peut rétorquer que 天 est le sujet et 命 le verbe.

上帝 et le ciel
Un autre terme utilisé est 上帝. Ce terme correspond au ciel et au « roi du ciel ». Plus tard, il servira à traduire Dieu, pour la religion chrétienne. Léon Vandermeersch* rappelle que « Sous les Shang, le Ciel, appelé l’Auguste Ciel Souverain d’En-Haut 皇天上帝 et le Souverain d’en-Haut 上帝 sont une seule et même entité. Il était le régulateur des phénomènes naturels, le Ciel régissait le monde naturel et la société, il n’avait pas encore été personnifié. « A l’époque des Zhou, le « ciel » et les « phénomènes célestes » étaient déjà des divinités à visage humain. Plus tard, on en vint à voir dans le « Ciel » et dans les « phénomènes célestes » un panthéon ordonné et hiérarchisé, et il faut reconnaître que cela s’est fait sous l’impulsion de la religion taoïste ou d’autres religions populaires. » 

Lisons le début du discours de Tang  唐 táng, dans le Shu Jing, traduit par Séraphin Couvreur en 1897, l’ouvrage est disponible en ligne ici. 王 est traduit par empereur et dans la transcription de l’époque Hia correspond à Xia.
« L’empereur dit :
— Approchez, peuple nombreux ; écoutez et comprenez bien ce que je vais vous dire. Je suis comme un faible enfant ; ce n’est pas moi qui oserais exciter une sédition. Mais le prince de Hia (le tyran Kie) a commis beaucoup de crimes, et le ciel a ordonné sa perte.
À présent, vous peuple nombreux, vous dites: « Notre prince n’a pas compassion de nous. Il nous ordonne d’abandonner le travail de la moisson, et d’aller châtier et retrancher la race des Hia. » J’ai entendu vos discours. Mais le chef de la famille des Hia est coupable ; et par respect pour la volonté du roi du ciel, je n’ose m’abstenir de le châtier.**»

唐 origine de la graphie

Avant de nous pencher sur la graphie de 唐, rappelons que dans les écritures Tang, il est également  appelé 成 Cheng et 大乙 Da Yi. Plus tard, on utilisera d’autres termes pour le désigner, notamment : 商唐 Shang Tang,  Wu Tang 武湯 Wu Tang, 天乙 Tian Yi et 成唐 Cheng Tang.

La graphie des Shang est composé de deux parties, l’une inférieure la bouche 口 kǒu, indicateur sémantique,  et l’autre supérieure 庚 gēng qui est l’élément phonique, d’où le premier sens vantardise, exagérer.  
On peut s’étonner que 庚 gēng soit classé comme élément phonétique. Ces écritures ont vu le jour plus de trois mille ans auparavant et la prononciation était différente. La plupart de ces classifications viennent des érudits Han. Dans leur travail de reconstruction phonétique, Baxter et Sagart montrent que 庚  et 唐 avaient une prononciation très proche en chinois archaïque, ce qui explique la présence de 庚. 庚 se prononçait *kʕraŋ et唐 *r̥ ʕaŋ. Vous trouverez plus de détails sur leurs travaux ici. 
Dans un passé encore récent, des auteurs ont voulu trouver une indication sémantique à chaque partie des caractère chinois, faisant fi des études linguistiques. Les dernières recherches en phonologie permettent de mieux comprendre pour quelle raison telle partie était classée uniquement en élément phonique. Néanmoins, il n’est pas interdit de voir ce peut apporter comme sens l’élément censé non sémantique. Les origines de 庚 sont partagées. Certains pensent qu’elle est illisible, d’autres qu’elle désignait un instrument de musique donnant la cadence dans les batailles ou encore un instrument agricole, une fourche à trois dents, tenu par deux mains, voir une de ces diverses graphies :. 庚 est employé dans les inscriptions divinatoires pour le 7e des 10 troncs célestes. 

Le caractère moderne 唐 a connu une grande prospérité avec  la dynastie Tang唐 (618-907). 唐 a pris également le sens de « en vain ».

*Le Ciel, Tangyijie et Léon Vandermeesrch, Desclée de Brouwer, 2010
** Texte original du discours de Tang : 王曰:“格尔众庶,悉听朕言,非台小子,敢行称乱!有夏多罪,天命殛之。今尔有众,汝曰:‘我后不恤我众,舍我穑事而割正夏?’予惟闻汝众言,夏氏有罪,予畏上帝,不敢不正。

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