La grande histoire

Quand on commence à apprendre les caractères chinois, on peut avoir l’impression qu’un caractère chinois est composé clairement de tel ou tel composant et que le fait est établi. C’est normal, au début, on ne va pas s’encombrer de toute une série d’arguments étymologiques, peut-on penser. Je ne sais pas si c’est la meilleure solution, mais j’aurais préféré débuter mon apprentissage du chinois avec plus d’ouverture et de bases sur l’origine des caractères, plutôt que d’apprendre des histoires péremptoires, parfois tronquées, qui ne racontent qu’une seule partie de la grande histoire.

Tortue et sauterelle en automne

Prenons l’exemple de 秋 automne que j’ai déjà visité ici.  Il est composé aujourd’hui de la céréale 禾 et du feu 火. En explorant l’évolution de la langue, on s’aperçoit qu’une grande partie des explications proviennent de la période Han, notamment du premier dictionnaire chinois, le Shuowenjiezi 說文解字 de Xu Shen 許慎 (IIe siècle Ap. J.-C.). Cet auteur commente ainsi la graphie : « Maturité des céréales : l’automne. » Ces Han ne connaissaient pas les écritures ossécailles Shang qui dormaient dans les sous-sols de l’ancienne capitale, Yin 殷. Un millénaire, plus ou moins, les séparait de cette période Shang. Certaines graphies ont connu de grandes transformations au point de ne plus avoir d’air de famille avec celles des Han. Pour revenir à l’automne : sous les Shang, l’écriture parfois contenait uniquement une sauterelle, ou bien une sauterelle avec le feu, ou encore une tortue :

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Retour vers le roi et ses traits

Aujourd’hui, je reviens sur  王 wáng le roi, déjà abordé ici.  J’avais dans un premier temps appris que ce caractère contient trois traits horizontaux reliés entre eux par un trait vertical médian ; les trois traits représentent le Ciel, la Terre et l’Homme ; celui qui les réunit et les fait communiquer, c’est le roi. Plus tard, dès les premiers pas de recherches en époque Shang, je compris que le cours avait de plus de complexité. Les premières graphies ossécailles avaient plusieurs représentations. Il est aussi important de se rappeler que les écritures ossécailles Shang qui nous sont parvenues ont été inscrites sur une période s’étendant sur plus de 250 ans entre le XIV et le XIe siècle avant notre ère. Bien entendu, elles ont évolué elles aussi.

En deux-trois siècles, il se passe des choses

Les paléographes divisent cette époque entre cinq périodes. La première s’étend sur une centaine d’années (dates estimées – 1381 à 1283) avec quatre rois.  Elle affiche deux types de graphies : l’un qui peut rappeler un tertre ou une hache et un autre un homme grand debout sur terre (le trait inférieur):  . La période suivante, qui s’étend sur quarante ans, voit arriver le troisième trait supérieur :  .

 Dans la plupart des graphies de la dernière période, la cinquième (1209-1112 environ), les écritures avec trois traits horizontaux prédominent, une stabilité relative se détache pour se rapprocher du caractère moderne.

Les Zhou suivent

Avec la dynastie suivante des Zhou, qui, dans les premiers temps, aura des écritures ossécailles, les graphies restent dans la ligne des dernières Shang :


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Dans le texte

Afin de mettre en pratique, j’ai cherché une inscription de cette cinquième période avec le roi 王. Mon choix s’est arrêté sur la pièce 36496.  Effectivement, comme on peut le voir sur le fac-similé, le roi a bien les trois traits horizontaux :

Je reviendrai sur cette pièce Heji, qui a des points intéressants à regarder.

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11 septembre 2021

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