Les familles de caractères

Comprendre les ramifications des caractères, les réseaux qu’ils forment est une clé pour acquérir une connaissance plus profonde de la langue chinoise. L’ouvrage du linguiste Wang Li 王力, 同源字典 Dictionnaire des familles de caractères chinois, dormait dans un carton d’un déménagement chinois. Je vais commencer une série d’articles sur le sujet. Aujourd’hui passons à une simple définition et quelques exemples.

Définition


Les caractères d’une même famille ont un son et un sens proches, ou des sens proches et une signification identique, ou encore des sens proches et le même son. Ils ont tous une même origine. Ils peuvent avoir été créés durant la même période l’un après l’autre. Ils ont dans n’importe quel cas, un même noyau. Le phonologue Laurent Sagart[i] les définit ainsi : « deux mots appartiennent à la même famille lorsque leur sens est proche et leur prononciation identique, à l’exception du type syllabique, et des affixes qu’ils contiennent. Ainsi dans l’exemple ci-dessus 并 *bpeng « combiner, mettre ensemble », et 駢 *aN-peng « attelage de deux chevaux » appartiennent à la même famille de mots car ils contiennent la même racine *peng (« mettre ensemble »), même si leur type syllabique est différent, et si le second mot contient le préfixe N- ; de même 引 *blin/ et 紖 *blrin/ appartiennent à la même famille de mots car ils ont en commun la racine *lin/ (« tirer ») même si le second a l’infixe -r-. »

Exemples


Regardons quelques exemples donnés par Wang Li. On retrouve 句 dans les sens anciens de caractères désigant les petits d’un animal. 古 est lié à des écritures désignant un manque d’eau et 夬 à une ouverture – voir tableau.


Wang Li ne donne pas d’explication sur la présence de ces composants, il expose simplement. Il est vrai que la langue chinoise, plus on avance, plus les zones d’ombres s’épaississent. Il reste de nombreux points sans explication à moins de partir dans des supputations abracadabrantes pour tout justifier. Ce n’est pas le cas de Wang Li et de ses confrères paléographes, qui appliquent rigueur dans leur démarche tout en reconnaissant les limites des connaissances actuelles.
A suivre…

[i] Laurent Sagart. L’emploi des phonétiques dans l’écriture chinoise. F. Bottéro et R. Djamouri. Ecriture chinoise/Données, usages et représentations, Centre de Recherches Linguistiques sur l’Asie Orientale, pp.35-53, 2006, Collection des Cahiers de Linguistique Asie Orientale. halshs-00103227 
https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00103227/document

L’ouvrage de Wang Li :

Articles connexes :

经/經 et son réseau

La clé de la maladie 疒 et son réseau de caractères chinois

Les ramifications de 巳 et 子


6 juillet 2021

Laisser un commentaire