Mais si le peuple n’a pas confiance en ceux qui le gouvernent, c’en est fait de lui

Penchons-nous sur un texte peu alambiqué des Entretiens de Confucius (XII,7), où un disciple pose des questions au Maître sur le gouvernement.

子貢問政 zi gòng wèn zhèng 
政 gouverner 
Confucius n’est pas mentionné, mais le contexte permet de comprendre que le disciple s’adresse à lui.
Zi Gong interrogea Confucius sur l’art de gouverner

子曰足食足兵民信之矣  zǐ yuē zú shí zú bīng mín xìnzhī yǐ
足 suffisant
之 est un pronom personnel. 之 remplace quel mot ? Il faut chercher avec le contexte. Le verbe est 信 avoir confiance, son sujet 民 le peuple. Le passage est sur l’art de gouverner, le gouvernement. 之 remplace gouvernement.
曰, dans contexte, répondre et non dire.
Le Maître répondit : « Qu’il y ait assez de nourriture, assez de forces de défense et que le peuple ait confiance ! »

子貢曰必不得已而去於斯三者何先 zi gòng yuē bì bùdéyǐ ér qù yú sī sān zhě hé xiān 必不得  = 必  nécessaire + 不 ne pas + 得 obtenir. Ne pas obtenir ce qu’il faut
已  accompli 
而 indique une conséquence entre deux actions
去 rejeter, abandonner. En classique, ce verbe n’a pas le même sens qu’en chinois moderne, aller.
斯 ce, cette façon. 於斯 dans ce cas.
者 ici se rapporte à三 trois
何先 , 何 = pronom interrogatif. Lequel en premier ?


Zi Gong demanda : S’il n’est pas possible d’obtenir les trois, que faut-il rejeter ?

子曰 去兵  zǐ yuē qù bīng 
Le maître répondit : les forces militaires.

子貢曰必不得已而去於斯二者何先 zi gòng yuē bì bùdéyǐ ér qù yú sī èr zhě hé xiān 
Zi Gong demanda : S’il n’est pas possible d’obtenir les deux, que faut-il rejeter ?

子曰去食.  zǐ yuē qù shí  
Le maître répondit : « Les vivres »

自古皆有死 zìgǔ jiē yǒu sǐ 
自古 depuis toujours
皆 : tous
自古皆有死 depuis toujours les humains ont été sujets à la mort

民無信不立 mín wú xìn bù lì
不立ne pas tenir debout ;le sujet ici n’est pas énoncé, c’est le gouvernement. 
Mais si le peuple n’a pas confiance en ceux qui le gouvernent, c’en est fait de lui.Kyril Ryjik commente ce passage, il souligne ce dernier passage est ambigu :
On peut le comprendre de deux manières : « 1. Un peuple 民 sans 無 confiance 信 不 ne saurait tenir debout 立ou 2. Avec un peuple sans confiance ( un gouvernement 政) ne saurait être institué (立)…. Paradigme pour bien des pages en 文言 : la concision du texte nous dit « ne tient pas debout » mais ne nous oblige pas à faire de 民 le sujet de 立, la question étant sur  政, c’estlui qui peut être le sujet : (avec) un peuple qui n’a pas confiance, un gouvernement ne peut tenir debout. » (p. 79 à 88, L’Idiot chinois, I, 2014)



Traduction de Couvreur :
Tzeu koung interrogea Confucius sur l’administration des affaires publiques. Le Maître répondit : 

— Celui qui administre les affaires publiques doit avoir soin que les vivres ne manquent pas, que les forces militaires soient suffisantes, que le peuple lui donne sa confiance. 

Tzeu koung dit : 

— S’il est absolument nécessaire de négliger une de ces trois choses, laquelle convient-il de négliger ? 

— Les forces militaires, répondit Confucius. 

— Et s’il est absolument nécessaire d’en négliger encore une seconde, dit Tzeu koung, quelle sera-t-elle ? 

— Les vivres, répondit Confucius, car de tout temps les hommes ont été sujets à la mort, mais si le peuple n’a pas confiance en ceux qui le gouvernent, c’en est fait de lui. 

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