Prince et Je

Les termes utilisés en chinois classique pour s’adresser à une personne sont assez codifiés ; nous l’avions vu pour la première personne du sujet ici.

Je, 寡人


Dans de nombreux textes, le Prince d’un État pour je utilisera un terme précis. Dans les ouvrages de la période des Royaumes combattants, il utilise souvent 寡人. Le Livre des Rites le  notait déjà,  « 其與民言,自稱曰寡人 ».
Que vient faire ici le caractère 寡 signifiant peu, manquer de ou veuf ? 

Moi, prince indigne, qui manque de la vertu du prince

En fait, le binôme 寡人 guǎ rén est un terme de modestie ; il signifie dans la pensée chinoise « Moi, prince indigne, qui manque de la vertu du prince (寡德之人), peu digne d’être prince ».  En effet, dans la tradition chinoise, le Souverain doit être digne de sa fonction. L’Empereur qui unifie le pays encore plus. Claude Larre, dans un passage sur le souverain le rappelle bien : « Nul n’est digne d’accéder à la fonction impériale » (Les Chinois, page 65).

Même Laozi se fait l’écho de cette tradition : « Vouloir se saisir de l’Empire et le manier à son gré, Je ne vois pas qu’on puisse y parvenir, L’Empire est un vase sacré, on ne le manie pas à son gré. Qui le manie court à l’échec, Qui lui sait il lui échappe 欲取天下而為之,吾見其不得已。天下神器,不可為也,為者敗之,執者失之.» 

N.B : Le texte de Laozi est sujet à diverses interprétations; 天下 peut être rendu par Empire, Le monde, l’Univers.

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30 avril 2021

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