A quinze ans, j’avais le cœur à l’étude

Entretiens de Confucius, extrait du volume II, Gouvernement :

子曰:吾十有五而志于學, 
Zǐ yuē: Wú shí yǒu wǔ ér zhì yú xué, sìshí ér bùhuò, wǔshí ér zhī tiānmìng, liùshí ér ěrshùn, qīshí ér cóngxīnsuǒyù, bù yú jǔ.
Lévi : Le maître a dit : A quinze ans, j’avais le cœur à l’étude.
Couvreur : Le Maître dit :  À quinze ans, ma volonté était tendue vers l’étude. 
十有五 : quinze. 有, équivalent de 又 relie un nombre rond et et les unités.志 : se décider à ,
but, volonté. Ici, 志 doit être considéré comme verbe, avec tout la dynamique que ça implique. Dans cette première partie, l’importance de l’étude 學 pour Confucius est encore mise en évidence. Il est important de rappeler ce que signifie 學  pour le maître : 1. L’étude des classiques et des six arts – les rites 礼/禮, la musique, 乐/樂, le tir à l’arc 射, la conduite des chars 御, l’écriture idéographique 书/書 et les mathématiques 數.  2. 思, penser, faire une introspection pour se corriger 3. 行, comportement, conduite. Mettre en pratique, faire accorder ses connaissances et ses actions (voir le texte).

三十而立 sānshí érlì
Lévi : à trente ans, j’étais indépendant
Couvreur : à trente ans, je m’y perfectionnais 
立 Le premier sens est se tenir debout (voir l’article) ; la connotation du caractère est diversement comprise : indépendant, se perfectionner, se lever pour faire les actions correctes. Elles peuvent toutes s’accorder pour dire que le fruit de ses études lui ont permis d’être mûr pour avant dans la bonne voie.
三十而立 est resté dans le langage populaire pour devenir un chengyu, dont la signification moderne est « A trente ans, on est indépendant ». La signification est plus profonde, 立 peut vouloir dire  établi ou encore accompli,ou bien la personne a atteint la stabilité ; l’image de l’homme debout tenant fermement sur ses jambes renvoie à ce sens. 立 en tant que vecteur remplit bien sa tâche. On utilisera 三十而立 lorsqu’une personne aura accompli un fait ou aura une nouvelle situation (travail, mariage, enfants, par exemple) qui lui permettra d’être debout, avoir assurance pour le futur.

四十而不惑, 五十而知天命, 六十而耳順, 七十而從心所欲,不踰矩
sìshí ér bùhuò, wǔshí ér zhī tiānmìng, liùshí ér ěrshùn, qīshí ér cóngxīnsuǒyù, bù yú jǔ.
Lévi : à quarante ans, je n’hésitais plus ; à cinquante ans, je connus mon lot ; à soixante ans mes oreilles s’étaient faites à tout, Maintenant que j’en ai soixante-dix, je lâche la bride à mes passions sans jamais dépasser la mesure.
Couvreur : à quarante ans, je n’éprouvais plus d’incertitudes ; à cinquante ans, je connaissais le décret céleste, à soixante ans, je comprenais, sans avoir besoin d’y réfléchir, tout ce que mon oreille entendait ; à soixante-dix ans, en suivant les désirs de mon cœur, je ne transgressais aucune règle.
惑 : incertitudes, troubles, égarement.  Confucius plus loin donne des précisions sur ce terme : « 爱之欲其生,恶之欲其死,既欲其生,又欲其死,是惑也
On souhaite la vie à ceux que l’on aime et la mort à ceux que l’on hait. Mais souhaiter tour à tour la vie et la mort, c’est de l’égarement (12 ,10). En d’autres termes, 惑 c’est laisser la colère, le désir de vengeance ou la haine l’emporter ; les sentiments l’emportent sur la raison.
天命, Ici, a le sens de décret du ciel, lois naturelles, ce qu’un homme doit accomplir. Autre sens :  le mandat accordé par le ciel aux empereurs pour monter sur le trône. 
耳順 écouter la voie de la raison naturelle. 六十而耳順 suit la partie mentionnant le décret du ciel, 五十而知天命, ce qui autorise de comprendre : écouter la voie du ciel.
從心所欲 : 從, suivre ; 心 cœur ; 欲 , désir, désirer, avoir envie. Ici, 欲 est un verbe mais : 所 , avant un verbe, peut servir à nominaliser une expression verbale qui devient un complément d’objet du verbe (voir l’article). Couvreur traduit ainsi : en suivant les désirs de mon cœur.
踰 = 逾 : dépasser
矩 : règle, chinois moderne : 规矩

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Cours sur ce passage des Entretiens, en chinois :

19 avril 2021

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