Les caractères forme/son 形声 en chinois

Hier, nous avons vu comment Qiu Xigui répartit les différents idéogrammes. Maintenant, nous avançons dans la partie des caractères forme/son, qui comportent un élément sémantique et un indicateur phonétique. Ce pan de la structure des caractères chinois est capital à assimiler car ce type de caractère représente plus de 80% des caractères existants. Par ailleurs, l’étude des caractères chinois est restée fortement dépendant de la somme de Xu Shen 许慎, le Shuowenjiezi 说文解字, de l’époque Han, mais lui-même ne connaissait pas l’écriture ossécaille des Shang qui a été redécouverte en 1899. Evidemment, de nombreuses incompréhensions ont suscité des erreurs et le préjugé phonétique a été amplement utilisé. 
En outre, de nombreux manuels d’apprentis étymologistes ont proliféré et ont généré des étymologies qui ne correspondent pas toujours avec l’évolution des caractères. On ignore parfois l’élément phonétique pour faire sa propre interprétation. L’exercice est tentant et exaltant, mais  parfois on lit une belle histoire,  fruit de l’imagination, loin de la réalité. Revenons à Qiu, qui divise ces écritures forme/son en quatre familles.

1. Idéogramme + indicateur phonique

 La graphie de 鸡 jī poulet était d’abord un pictogramme. Ensuite, l’écriture a changé : à gauche, est arrivé un élément phonique 奚 xī et à droite, l’élément sémantique l’oiseau 鳥 niǎo.

Autre exemple avec 裘 qiú dont le premier sens était manteau de fourrure. Les premières graphies étaient des pictogrammes ( 1  sur l’illustration). 2. Par la suite, 又 yòu, la main est devenu l’élément sémantique. 3. 衣 yī, vêtement, peau a pris la place de l’indicateur sémantique, puis 求 qiú a remplacé de l’élément phonique.

A noter que 裘 est également un nom. C’est le caractère du nom de l’auteur Qiu Xigui 裘锡圭.

2. Modification d’une partie de l’idéogramme, qui donne la partie phonétique

羞 xiū,sens d’origine : viande offerte en sacrifice. 1. L’ideogramme comporte une chèvre et une main. 2. Puis, la main est remplacée par 丑 chǒu, qui devient élément phonétique pour donne une nouvelle graphie, 3.

 

A noter que les prononciations de l’époque en vieux chinois étaient parfois différentes avec les prononciations actuelles ; si on ne fait pas un retour dans l’histoire des prononciations, on ne voit pas toujours le lien.

羞 xiū a perdu sa signification initiale au profit de nouvelles : timidité / honte / timide / honteux / être intimidé / avoir honte.

3. Élément phonétique ajouté à une écriture existante

Cette partie est la plus importante de cette catégorie des Formes/sons. Le plus souvent, le but est d’éviter une confusion de signification.  On peut la diviser en trois sous-parties.

1.Pour préciser la signification.
Le premier sens de 师  shī était professeur ; à l’époque des Han, on a emprunté ce caractère pour désigner le lion. Ensuite, pour éviter la confusion, on a ajouté le chien 犬, sous forme de clé 犭à gauche, puis on on est passé du monosyllabisme 狮  au plurisyllabisme 狮子 shī zi  en ajoutant 子.

2. Pour préciser une extension de sens 
取 qǔ signifie prendre; par extension, il signifiait se marier (à une femme/prendre femme). Afin d’éviter la confusion, le caractère de la femme 女 nǚ a été inséré : 娶 qǔ.  Ce caractère peut ête analysé aussi l’angle de l’association de caractère 取 prendre + 女 femme.

3. Préciser le sens d’origine 
Le premier sens de 它 tā : serpent. On a ajouté 虫 (petit serpent à l’époque)- 蛇 shé;  pour éviter la confusion 蛇 shé avec d’autres sens de 它, autre, cela. Ce phénomène touche principalement des caractères assez fréquents. Le sens d’origine abandonne souvent le caractère ; ce dernier aura les sens acquis par extension ou emprunt. 它 ne signifie plus serpent, il est devenu un pronom.

Il arrive qu’on redouble la clé pour clarifier le sens : 然 rán, à l’origine, signifiait brûler. Il avait déjà la clé du feu dessous 灬, on a jouté à gauche le feu 火 pour former une nouvelle graphie, 燃 rán, qui a aujourd’hui le sens de brûler, allumer, alors que l’ « ancêtre » 然 a délaissé cette signification et  veut dire mais, cependant, correct.

4. Remplacement d’un indicateur phonétique.

L’un des premiers sens de 振 zhèn est lever, soulever. Par extension de sens,  secourir et subvenir aux besoins sont arrivés par la suite. Afin d’éviter la confusion, la clé de la main a laissé la place à la clé du coquillage 贝/貝 qui intervient dans de nombreux caractères liés à la monnaie et l’argent.  Ainsi赈/賑 zhèn a pris la signification de secourir par charité / subvenir aux besoins, qu’ « abandonna » 振.

Avec Qiu Xigui, nous avons examiné les quatre grands phénomènes qui impliquaient l’arrivée d’un indicateur phonique au sein d’un caractère. Dans les prochains articles, nous approfondirons le processus de formation de tels caractères.

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