Les six écritures

Comme je relis 文字学概要 de Qiu Xigui 裘锡圭 sur l’écriture chinoise , j’ai l’intention d’exposer sa vision de la classification des caractères. Avant, il est utile de rappeler les six catégories de caractères que l’histoire a retenues, ou plutôt les six écritures 六书, pour rester plus près de l’expression chinoise.

Les six écritures 六書

On fait remonter cette classification à l’auteur du Shuowenjiezi 说文解字, Xu Shen 许慎 (58-148 Ap. J.-C.), qui vécut sous les Han. Cependant, les six catégories étaient déjà mentionnées dans le rituel des Zhou 周礼. Très tôt, les érudits de l’époque Han ont réfléchi sur cette question et les divergences existaient. Retenons les six catégories de Xu Shen, qui sont restées dans l’histoire. 

1. Pictogramme

象形字 (象 = image, 形 = forme,字 = caractère), caractères qui représentent la forme extérieure ou des imitations des formes de la nature. En d’autres termes, ce sont les pictogrammes. Sur 9353 caractères analysée dans le Shuo Wen, seulement 364 se retrouvent dans cette première partie. Parmi les plus connus, nous pouvons citer le soleil, la lune et la montagne. Ils sont simples :


Beaucoup de chemins les séparent de leur forme moderne, les techniques d’écriture et les diverses standardisations les ont modifiés. Maintenant, ils s’écrivent ainsi:日 ,月, 山. Ils rappellent encore ces premières graphies, ce qui n’est pas le cas des figures plus complexes. Par exemples, celles qui désignent des animaux.


Nous pouvons, sur l’illustration ci-dessous, voir l’écriture d’origine du rat, du bœuf, du cheval et de la chèvre et dessous le caractère moderne qui ne rappellent ni l’animal désigné, ni le pictogramme.

2. Indicateur des choses


 指事字 (指 = indiquer, 事 = chose), caractère indicateur des choses : ils expriment une idée abstraite, à la différence des pictogrammes qui « représentent » la chose désignée. Xu Shen en dénombre 125. Il en cite deux dans sa postface , 上, qui signifie notamment dessus et sur et下, dessous et sous. Tous deux sont composés d’un trait horizontal, les deux traits du premier 上 situés au-dessus indiquent le sens, comme le second 下 avec les traits au-dessous. Cette catégorie a suscité de nombreuses discussions car des pictogrammes pourraient appartenir à cette seconde catégorie. Par exemple, pour 大 dà, Xu Shen explique ainsi le caractère, « Le Ciel est grand, la Terre est grande ; mais l’homme aussi est grand. C’est pourquoi le caractère 大 représente l’homme, 天大,地大,人亦大,故大象人形. » Qiu Xigui pense que Xu Shen considère 大 comme un pictogramme alors qu’il exprime plutôt une idée abstraite.

3. Réunion de sens

会意字, caractère de réunion de sens. C’est une association de deux ou plusieurs caractères et idées, qui donnent un nouveau sens. 1168 font partie de cette troisième catégorie.
Dans les formes simples, nous avons : un arbre 木 ; deux arbres 林 = bois; trois arbres 森 forêt.Une femme 女 et un enfant,好 : 好 =  bon. Les combinaisons de cette troisième catégorie sont le fruit de caractères des deux premières.

4. Forme-Son

形声字 (forme-son), caractère forme-son. Dans un premier temps, l’écriture chinoise a vu le développement de créations pictographiques simples, on les appelle 独体字. 人, homme, 月, lune 日soleil, 自 nez, en sont les émanations modernes. Ce type de graphie était majoritaire alors que les structures comportant deux éléments, l’un sémantique, l’autre phonique approchaient seulement 20% de l’ensemble. Ce sont les 形声 forme-son. En revanche, le processus de création des caractères forme-son domine la seconde période qui débute au IIIe siècle avant notre ère.  Ils représentent désormais plus de 80% des écritures. Le choix de l’indicateur phonique n’est plus sémantiquement motivé. 
Exemple : 情 qíng, sentiment, émotion, affection est composé d’un élément sémantique à gauche, 忄, et à droite 青, qīng, de l’indicateur phonétique. L’élément phonique peut être également porteur de sens. Dans cet exemple, on peut se demander si 青, qui a plusieurs significations, notamment vert, jeune,herbe verte, a une valeur sémantique. On peut rapprocher la jeunesse et les sentiments, la fougue des sentiments de la jeunesse

5. Caractère emprunté

假借,Caractère emprunté, une signification a emprunté la forme graphique d’une autre signification. 来 à l’origine désignait le blé. Puis, il a signifié venir. En l’absence de fil logique dans ce processus, on qualifiera d’emprunt le phénomène. Le concept est assez controversé, car historiquement, il est difficile de prouver le passage d’un sens à l’autre dans certains cas.

6. 转注, doublet

Deux caractères proviennent d’une même graphie. L’exemple le plus connu est 老 vieux et考 défunt (ancien sens), qui viennent d’une écriture montrant un vieillard chenu et penché.

Ces six familles ont cimenté une grande partie de la réflexion sur la structure des caractères. Il est indispensable de les connaître pour avancer dans la compréhension de leur interaction. Cependant, cette conception est très discutée. Nous allons voir les propositions de Qiu Xigui dans les jours prochains.

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