Fenêtre sous Lune

明 míng continue de nous éclairer dans la recherche de ses origines. J’avais déjà abordé le sujet : 明 est composé aujourd’hui du soleil 日 et de la lune 月,il signifie clair, brillant. L’association des deux luminaires est éloquente. Aujourd’hui, j’apporte quelques précisions sur les anciennes graphies.

Les écritures connaissent de nombreuses variantes, comme le montre ce tableau (tiré de l’ouvrage de Ji Xusheng 季旭昇, 說文新證,p. 551). 

Fenêtre et lumière intérieure

Une des plus anciennes (1) comporte à gauche la lune et la fenêtre à droite. Sur la seconde les composants ont un ordre inverse.
Ainsi, on peut avoir cette explication : la lumière de la lune qui pénètre dans la pièce par la fenêtre, une image de l’éclairement intérieur, la compréhension intérieure. Comme le souligne le dictionnaire Ricci, 明 dans la pensée chinoise signifie  « Restaurer l’éclat de sa vertu naturelle ; arriver à la clair conscience de la Voie du Ciel ». Dans le taoïsme, 明 est l’illumination, la lumière qui vient du Ciel et est marque de la sainteté.
Ji Xusheng note que sous les Shang et les Zhou, les graphies avaient la fenêtre et non le soleil. Les graphies suivantes (3 et 4) avaient des éléments, similaires au champ 田 ou au soleil 日. En fait, elles étaient des variantes de le fenêtre 冏.
Plusieurs Etats sous les Royaumes Combattant penchèrent vers  日,les Qin avaient une variante avec 目, oeil (23), tout comme les Han (25). 

冏 et sa renaissance


冏 jiǒng,dont le sens d’origine est fenêtre, a une vie pleine de rebondissements, il représentait la lumière divine et est passé dans la langue japonaise avec ce premier sens. Il est peu utilisé de nos jours en japonais, comme en chinois ou presque. Il a connu une seconde vie avec une série hongkongaise dans les années 2000 qui l’a rendu célèbre sur Internet. Les traits en oblique évoquent des sourcils froncés au-dessus de la bouche. L’image renvoie à un visage désemparé. Il a pris sur les réseaux sociaux le même sens que 窘 jiǒng qui signifie gêné, embarrassé, dans l’embarras.


Ouverture

Les péripéties de 明 nous montrent qu’il faut rester ouvert dans la recherche des étymologies car la diversité des approches n’est pas rare. Comme nous l’avons vu avec d’autres caractères, les variantes peuvent être le fruit de l’imagination ou de l’inclinaison esthétique d’un scribe. Par ailleurs, la division du pays en plusieurs États sous les Royaumes Combattants a favorisé leur développement. Le premier empereur Qin Shi Huang (221-210 avant notre ère) et son ministre Li Si, ont freiné les initiatives éparses avec l’unification des caractères. A partir des Han, l’écriture aura trouvé une relative stabilité.

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1er mars 2021

2 réflexions sur « Fenêtre sous Lune »

  1. Je crois que vous avez raison, il convient de rester prudent face aux étymologies et aux interprétations. Convenons également que nous en retenons certaines car elles nous « plaisent » davantage que d’autres.

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