De la tentation du simplisme étymologique


Dans un premier temps, l’écriture chinoise a vu le développement de créations pictographiques simples, on les appelle 独体字. 人, homme, 月, lune 日 soleil, 自 nez, en sont les émanations modernes. Ce type de graphie était majoritaire alors que les structures comportant deux éléments, l’un sémantique, l’autre phonique approchaient seulement 20% de l’ensemble. Ce sont les 形声 forme-son. En revanche, le processus de création des caractères forme-son domine la seconde période qui débute au IIIe siècle avant notre ère.  Ils représentent désormais plus de 80% des écritures. Le choix de l’indicateur phonique n’est plus sémantiquement motivé (voir Études d’étymologie graphique chinoise à la lumière de données comparatives (Paris, 1997) de Chrystelle Maréchal, page 209).

Astuces et étymologie

Quand le chinois n’est pas la langue natale, l’étudiant essaie de trouver des procédés mnémotechniques pour retenir le caractère ( voir l’article sur 偷), cette technique aide- jusqu’à un certain point. Souvent, elle ne permet pas d’embrasser toute la portée du caractère dans son développement, ses ramifications de sens et les liens qui les unissent à d’autres caractères. Pour bien retenir et progresser, l’étape de compréhension de l’origine du caractère est très utile. Cette approche bute parfois sur des explications séduisantes à première vue, mais, qui ne résistent pas toujours à l’analyse historique. Dans d’autres cas, on reste perplexe et on ne sait que penser.

虽/ 雖

Prenons un exemple avec 虽 suī bien que, malgré. Le caractère traditionnel s’écrit ainsi 雖.  Les premières graphies, de l’époque des Printemps et Automne jusqu’aux Han n’ont pas connu de changements radicaux :

Par la suite, une forme populaire 虽, n’a conservé que la partie de gauche, qui correspond au caractère simplifié adopté en Chine. Le simplifié 虽 a déjà une vingtaine de siècles d’existence.

口 se promène

Revenons aux premières graphies : Commençons avec la rigueur de l’érudit Li Xueqin 李学勤. Dans 字源 à la page 1157, il décompose le caractère en deux parties,虫  l’indicateur sémantique et 唯, l’élément phonique. Il rappelle que le 口 de 唯 a été placé très tôt sur 虫 pour donner 虽 ; 口 a par conséquent disparu de 唯 . Ainsi, il a été facile de croire à tort que cette écriture était composée de deux parties à l’origine, 虽 et 隹.

Serpent

Le linguiste Wang Li 王力 dans son dictionnaire du chinois ancien 古汉语字典 note également 唯 comme indicateur phonétique. Cette graphie a l’origine désignait un lézard et 虫 était l’élément sémantique, le premier sens de 虫 était serpent.

Se défier

De nombreuses prétendues étymologies circulent et il est facile de se fourvoyer. 
Par exemple pour notre caractère, un auteur explique ainsi la structure. La partie de droite est celle d’un un oiseau à queue courte, 隹, et à gauche, le serpent 虫. Les deux se défient et se mesurent. Par extension, cette idée d’opposition a mené vers la signification de bien que. 

Il est plus aisé de retenir cette image, qui parle davantage à notre imaginaire qu’un ennuyeux concept d’indicateur phonétique. La tentation est belle de retenir cette thèse, quitte à pencher dans le simplisme?

Articles connexes :

9 février 2021

Laisser un commentaire