Un roman croustillant de Qiu Xiaolong

Retrouver les romans policiers de Qiu Xiaolong suscite un sentiment diffus. Si le plaisir est au rendez-vous, au final, je ne sais si j’ai le plus apprécié dans La danseuse de Mao un roman dit policier, une chronique sur la croissance économique et les magouilles de Shanghai ou une attaque bien ciblée sur le spectre Mao.

Une enquête politique


L’intrigue pour cet auteur sert plutôt de prétexte pour nous emmener dans une Chine qui a souffert et qui se transforme non sans fracas. Le légendaire inspecteur Chen, doit mener une enquête diligentée par un ministre, sur la petite fille d’une probable maîtresse du Président Mao. Le pouvoir qui veut promouvoir cette fameuse harmonie dans la société craint tout scandale qui pourrait ternir son image. Une enquête très politique. Ses citations poétiques et littéraires ne sont pas anodines et donne de la profondeur à la signification de sa peinture. On peut méditer sur l’illusion que crée un gouvernement pour rester en place avec une phrase du classique, Le rêve dans le pavillon rouge, « Quand le vrai est faux, le faux est vrai, là où il n’y a rien, il y a tout ».
L’auteur montre du doigt également les passe-droit de ces ECS – enfants de cadres supérieurs, les fameux 高干子弟, qui s’enrichissent avec les passe-droits et les relations familiales dans un pays où le droit a de la peine à régner.
Qiu ne manque pas de dépeindre un Mao cruel et tyrannique et rappelle la déchéance des gardes rouges, la création du grand timonier, « À une table du fond, un des clients se retourna et Chen reconnut Gang, un habitant du quartier. Celui-ci avait été un dirigeant puissant dans l’organisation des Gardes rouges de Shanghai au début de la Révolution culturelle, mais depuis, sa chute avait été complète, il avait fini sans emploi, ivrogne, et traînait dans le quartier en vivant d’expédients. »

Le canard laqué


Les pages gastronomiques réjouissent le palais, avec des descriptions culinaires alléchantes, ainsi des précisions sur « L’authentique canard laqué à la pékinoise. De six à huit mois, spécialement gavé. Dans la plupart des restaurants, on le cuit à présent au four électrique. Nous restions fidèles au four à bois traditionnel, et nous utilisons du bois de jujubier. Le parfum pénètre la chair. Un procédé réservé aux empereurs, dit-elle avec orgueil. Nos chefs perpétuent la tradition qui consiste à décoller la peau du canard en soufflant à l’intérieur et à lui coudre le croupion avant de l’enfourner… Nous proposons les fameuses cinq façons de le préparer : fines tranches croustillantes roulées dans une crêpe, tranches frites à l’ail vert, pattes plongées dans le vin, gésiers, sautés aux légumes verts, et soupe de canard, mais il faut environ deux heures avant qu’elle soit d’un blanc parfaitement crémeux. »
Le canard laqué me manque. Le dernier canard laqué authentique dégusté remonte à mi-janvier 2020 à Pékin.

Un roman croustillant.

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