Economie chinoise, qu’est-ce qui se passe?

Est-ce toujours facile de savoir exactement ce qui se passe dans l’économie chinoise ? Les chiffres officiels doivent être pris avec des pincettes, les estimations des économistes des grands organismes sont basées sur ces chiffres – on ne contrarie pas le numéro deux, presque un, de l’économie mondiale. Les médias occidentaux effleurent le sujet et préfèrent en général répéter toujours le même discours sur Hong Kong, le Xinjiang, Taïwan et les droits de l’homme. Les quelques médias en langue occidentale qui s’écartent du mainstream sont parfois un refuge de déçus du socialo-communisme qui pensent avoir trouvé le dernier salut de leur idéologie en terre chinoise. On regarde la Chine avec sa propre grille de lecture sans voir la réalité. Habiter en Chine ne garantit pas l’objectivité, parfois l’inverse. On réfléchit parfois en fonction de ses propres intérêts ou de son idéologie et on parvient facilement à se mettre un voile devant les yeux. Je sais un peu de quoi je parle, j’y ai passé deux décennies et rencontré toutes sortes de sous/surréalistes.
La meilleure solution est d’être en relation avec le terrain, ou plutôt les terrains. La géographie économique est très variée et les secteurs connaissent des fortunes diverses, parfois contrastées. Autant, les nouvelles technologies et l’Internet ont le vent en poupe, autant certaines industries du siècle passé peinent, comme certains secteurs dans la distribution. Afin d’avoir du recul, il est bon de trouver des observateurs qui ne parlent pas que des trains qui arrivent à l’heure, ont la liberté de le dire et ont la connaissance, ce qui est rare. Wang Jian est ma meilleure source critique pour mieux approcher l’économie. Lui-même reconnaît que ce n’est pas facile de jauger son état de santé.  Dans une de ses dernières analyses, il prend un indicateur sur les loyers de bureaux et le taux d’inoccupation (空置率) qui reflète l’état des entreprises et la demande, regarde les points forts et faibles de l’économie.

Baisse des loyers de bureaux sur deux ans

Des données sur les trois villes leaders viennent de sortir. A Pékin, les loyers des bureaux affichent une baisse au dernier trimestre de 2020 pour la 8e fois de suite, soit durant deux années. Le taux d’inoccupation atteint un plus haut historique à 19,4%. Le secteur de la production est pratiquement inexistant dans la capitale. Le recul des loyers touche surtout sur le secteur des services.  
Quant à Shanghai, les prix enregistrent une baisse pour un 9e trimestre de suite avec un taux plus élevé à 21,85%. Shenzhen, avec un 9e trimestre consécutif en recul également, enregistre un taux de vacances de 27,9%. Au dernier trimestre, le prix de vente moyenne du mètre carré de bureau atteignait 47 900 yuans, ce qui donne une baisse de 9,1% sur un an. A la location, le mètre carré est passé de 232 en 2018 à 192 yuans en 2020. Shenzhen est la ville de la création d’entreprises et est un bon baromètre de la vitalité de l’économie. 
Le secteur des promoteurs ne se porte pas mieux. Les entreprises sont en constante recherche de financement, les autorités de régulations craignant des taux d’endettement trop dangereux ont encore resserré les limites des emprunts.

L’export va bien, jusqu’à quand ?

A côté de ce tableau peu enthousiasmant, le secteur de l’export s’est distingué cette année avec une hausse grâce principalement à deux facteurs : 1. Le remplacement de production d’autres pays qui ne pouvaient pas produire, la production a été transférée en Chine (voir ici ) 2. L’exportation d’articles contre l’épidémie (notamment des masques et gants).   Ces points vont disparaître lorsque l’épidémie sera maîtrisée. L’économie chinoise a prospéré grâce à l’export et à l’investissement. La normalité revenue, il faudra moins compter sur ce secteur.
Un terme a vu le vente en poupe : l’économie de la maison -宅经济 , on reste à la maison, on y travaille et on y consomme. Le phénomène a bénéficié à l’économie numérique chinoise, qui est certainement la plus développée au monde. Suffit-il?

Consommation, maillon faible

La consommation chinoise est encore à la traîne. Le poids du nombre masque la réalité. Certes, le secteur du luxe profite de la soif de consommation des articles haut de gamme, mais quand on regarde les moyennes, on est loin du compte. Les chiffres des revenus disponibles 可配置收入 pour 2019 sont éloquents ; ils marquent encore les mêmes disparités et inégalités depuis des décennies. 
Shanghai et Pékin caracolent en tête du classement avec 69 442 et 67 756 yuans par personne alors que la moyenne est à 30 733 – revenu médian à 28 228. 

Seulement, neuf provinces-villes sont au-dessus. Les revenus disponibles du Shanghaïen représentent pratiquement le double de ceux d’un habitant du Fujian (7e rang), 69442-35616 et 3,5 fois de ceux des trois provinces les moins aisées, Guizhou, Tibet et Gansu. Pour regarder le verre à moitié plein, on doit ajouter que le revenu disponible a augmenté de 21966 à 30 733 sur 2015-2019.

Moyenne des revenus disponibles de 2015 à 2019 et croissance (ligne verte) :

Bien entendu, il est important d’écouter le discours officiel et voir comment est décrit l’économie et surtout envisagé l’avenir. A côté, il est indispensable de chercher une information éclairée et critique pour avoir une vue équilibrée. Généralement, dans notre monde manichéen, l’un rejette l’autre. Les uns taxent de chinese bashing la moindre critique. De tels chroniqueurs chinois comme Wang Jian s’inquiètent depuis des années du sort Jack Ma au milieu des factions politiques et des requins qui veulent s’approprier ses biens.  Plus d’une fois, le bruit courait qu’il s’était refugié aux Etats-Unis surtout depuis l’annonce de sa retraite forcée d’Alibaba en 2018. Si une plume non chinoise avait sorti une telle information, qu’aurait-on dit ?
Quoiqu’il en soit, tous les signaux ne sont pas au vert pour l’économie chinoise. Mais la rigueur aux caractéristiques chinoises dans la lutte contre l’épidémie a pu effacer le fiasco du début et la Chine, en dépit de ses problèmes structurels, se porte mieux que tout le monde. Elle doit néanmoins changer son modèle de développement, moins dépendre de l’export, de l’investissement et de la planche à billets tout en générant une vraie classe moyenne qui puisse soutenir l’économie. Il faudra certainement régler l’épineuse question de la répartition des richesses et sa captation par une infime minorité qui fait de la Chine un pays avec de grandes inégalités.

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Source :

12 janvier 2021

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