La simplification des caractères, des Shang à aujourd’hui

L’étude des caractères et leur histoire, montrent très vite, que la simplification a existé depuis les premiers siècles, j’ai évoqué le sujet à plusieurs reprises, voir l’article. En cherchant davantage de données sur le sujet, je viens de lire une recherche en français sur le sujet, Trois mille ans de simplification des caractères chinois – du processus spontané aux mesures normatives – de Chrystelle Maréchal. La chercheuse dresse une très claire synthèse de la problématique. 
Quelques notes sur cette étude :

Dès la fin de la dynastie des Shang (1570-1045 Av. J.-C.), la simplification est déjà à l’oeuvre. Un exemple avec le caractère 工 gōng, ouvrier. Comme on peut le voir sur l’image ci-dessous, la première écriture (1)  s’est simplifiée pour arriver à des graphies (3 et 4) proches du caractère moderne 工 :

Sous la dynastie suivante, les Zhou, plusieurs types de simplifications survinrent. L’un consistait a conservé l’élément le plus significatif de la graphie. Les premières écritures de 车/車 chē char, véhicule, des Shang, 1 à 7 et une des Zhou (8) présentaient une structure plus complexe.

graphie chinoise char voiture

Par la suite, sous les Zhou, elle est devenue plus simple :

On conserve des traces de la première mise en ordre des caractères sous le roi Xuan (827-782 Av. J.-C.) 
L’époque des Zhou orientaux 770-221 est une période critique pour l’écriture chinoise, notamment durant les Royaumes combattants, à partir du Ve siècle Av. J.-C.  Sept États féodaux émergeront, le phénomène favorisera le développement de graphies différentes selon les Royaumes, voir un exemple avec cheval sur la première ligne et centre sur la seconde :

On conserve des traces de la première mise en ordre des caractères sous le roi Xuan (827-782 Av. J.-C.).

L’époque des Zhou orientaux 770-221 est une période critique pour l’écriture chinoise, notamment durant les Royaumes combattants, à partir du Ve siècle Av. J.-C.  Sept États féodaux émergeront, le phénomène favorisera le développement de graphies différentes selon les Royaumes. Voir un exemple avec cheval et centre. Sur le tableau, la 2e ligne comprend les graphies de 马, cheval et la 3e de 中 centre. La 2e colonne contient les écritures de l’Etat de Qi, la 3e de Yan, la 4e de Jin, la 5e de Chu et la dernière de Qin :

 

De nombreux procédés de simplifications circulaient, l’un consistait à remplacer un composant catégoriel par un autre sémantiquement proche mais comprenant moins de traits. Par exemple, 土 la terre a pris la place de , guo rempart. Une des graphies de  城 chéng ville au début des Royaumes Combattants s’écrivait ainsi   avant de retrouver une forme similaire au caractère moderne avec le composant 土 sur la gauche : .


L’Etat de Qin devenu puissant au fil des siècles réussit à fonder le premier empire chinois. Le ministre Li Si (280-208, Av. J.-C.) procéda à une normalisation des écritures, qui, consistait notamment en une simplification.  Les Qin avaient conservé une écriture proche de celles des Zhou ; la réforme bannit également les graphies différentes de celles de Qin. 

Sous les Han, le processus de simplification se poursuivit spontanément avec l’écriture courante 行书 et surtout de la cursive dite brouillonne 草书.

Sous les dynasties du Nord et du Sud (220-589) et des Sui (581-618), la désunion du pays s’accompagna d’une explosion des graphies non orthodoxes. On adopta déjà des variantes simplifiées utilisées aujourd’hui, telles 来 lái, 万 wàn, 顾 gù, 乱 luàn, 笔 bǐ, 法 fǎ, 给 gěi,
 pour des formes plus élaborées, 來 萬 顧 亂 筆,灋 給 respectivement. 
L’usage du papier augmenta la production des écritures et les variantes pour un même caractère.

L’époque moderne, face à la confrontation avec le progrès de l’Occident, connut une remise en question de la culture chinoise et de son écriture. De nombreux intellectuels souhaitaient une romanisation de la langue chinoise. Les caractères tinrent bon, mais déjà en 1935, sous le gouvernement national, une liste de 324 caractères simplifiés fut proposée, les conservateurs parvinrent à repousser ces volontés de réforme. Le nouveau gouvernement de la République Populaire de Chine n’opta pas pour la romanisation de la langue, mais pratiqua la simplification de 2236 caractères. Pour certains, il s’agissait de normaliser des graphies populaires utilisées comme 乐, joie, et  礼, rite ou de reprendre les premières graphies, telles 从 ou 云. Dans les faits seulement, 521 sont réellement simplifiés car la simplification d’un caractère entraîne la simplification d’un autre caractère dont il est le composant. Quand 貝 coquillage/cauris  devient 贝 ,  貴 noble  devient 贵 et abandonne l’ancienne graphie de 貝. Parmi, ces 521 simplifications de caractères, seulement 111 sont des simplifications radicales car toutes les autres existaient déjà, 67 déjà depuis l’époque pré-Qin.

La simplification de l’écriture chinoise durant plus de trente siècles a connu deux types : l’une spontanée et anarchique qui ne répondait pas à des normes précises, parfois elles étaient individuelles. Pour la seconde, les autorités ont procédé à une normalisation et ont, en majorité, sélectionné les variantes populaires les plus adoptées. La période moderne a coïncidé dans un premier temps à une remise en question de la culture chinoise. On s’interrogeait sur les obstacles que pouvaient présenter la langue chinoise dans la marche vers le progrès. La simplification s’inscrit dans ce mouvement pour rendre les caractères plus faciles à apprendre. Mais les caractères sont-ils plus simples à retenir ? Pas sûr ! Mais c’est une autre histoire !
Plus de détails, lire l’étude mentionnée.

Articles connexes :

Traditionnels et simplifiés

Cheval et centre

Jour de Noël 2020

Laisser un commentaire