Succès et fiasco dans la lutte contre le Covid en Chine et en Occident, selon Qin Hui

Les textes de l’historien Qin Hui 秦辉 m’ont toujours captivé. Il est encore une voix en Chine, qui se démarque de la chanson officielle et observe la réalité avec un souci d’objectivité.
Il a écrit un très long texte de 30 000 mots sur la réussite et le fiasco dans la lutte contre l’épidémie du Covid-19 en Chine et dans le monde entier. Il ne tombe pas dans le piège habituel binaire, où tout est noir ou blanc en Chine ou ailleurs, selon la place qu’on occupe sur l’échiquier politique. Il estime que la Chine a profité de son faible avantage en matière de droits de l’homme pour appliquer un maillage et un verrouillage drastiques à la société et lutter efficacement contre l’épidémie. Je rajouterais que les populations chinoise et des pays et territoires voisins (Corée, Japon, Taïwan, Hong Kong et Vietnam) ont une plus grande sensibilisation aux phénomènes d’épidémie, qui sont nombreuses en Chine. En janvier, j’étais dans le nord de la Chine et on s’inquiétait de l’apparition de la peste. Par ailleurs, ces pays ont une meilleure discipline collective et on évite les n’importe quoi au nom d’une censée liberté que pensent avoir certains Occidentaux, voir un article sur le sujet. Qin Hui ajoute que l’Occident a été handicapé par son avantage élevé en matière des droits de l’homme. De quoi donner du grain à moudre aux louanges du modèle chinois. David Ownby a organisé la traduction de ce texte en plusieurs langues, en français, notamment. Son introduction et la traduction sont téléchargeables ici.

秦辉 intellectuel chinois Qin qui


Quelques extraits : 

“La réalité de l’épidémie en Chine comme en Occident montre que ce n’est pas une bonne idée de faire taire les lanceurs d’alerte mais que ce n’est pas suffisant non plus de les laisser parler. L’expérience occidentale montre que leurs dires ne provoquent pas la panique, ce qui signifie qu’il n’est pas raisonnable que la Chine ait utilisé la prévention de la panique comme raison pour le faire. Mais l’absence de panique n’empêche pas en soi les épidémies. Faire taire les lanceurs d’alerte a effectivement eu pour effet de propager le coronavirus, d’abord en Chine. Mais lorsque cette propagation est devenue un fait accompli, peu importe ce que vous faites avec ces mêmes dénonciateurs, ce qu’il faut savoir c’est si vous pouvez effectivement verrouiller une ville.”

“Mais ce qui donne à réfléchir et est véritablement frustrant, c’est que, lorsqu’une grave épidémie se produit, la mollesse des démocraties envers leurs citoyens n’aide pas à lutter contre l’épidémie, alors que la ‘cruauté’ de la Chine, ses sévères quarantaines et ces atteintes aux libertés, se sont avérés efficaces.  » 

“La critique féroce des premiers jours du ‘verrouillage de Wuhan’ en Chine a presque disparu maintenant que ses effets sont devenus clairs. Sachant ce que nous savons maintenant, si nous pouvions revenir en arrière, je pense que les gouvernements européens et américains auraient choisi de copier la Chine dès le début de l’épidémie. La question est de savoir si le système démocratique leur permettrait de le faire. Mais aujourd’hui, alors que la deuxième vague du coronavirus frappe des économies déjà dévastées, le dilemme de choisir entre ‘mourir du virus ‘ (le laxisme persistant aggravant le risque de faire la maladie qui continue de se propager) et ‘mourir de faim’ (via un contrôle renouvelé susceptible d’entraîner l’effondrement d’économies déjà affaiblies) est d’autant plus douloureux.
Cela soulève une question aiguë: quelle urgence permet de ‘limiter’ les droits de l’homme ou d’y ‘déroger’ et dans quelle mesure ces limitations ou dérogations peuvent-elles être ‘suffisamment’ imposées pour être efficaces ? Les démocraties doivent-elles être à ce point incompétentes face à une situation d’urgence? Le slogan ‘Vivre libre ou mourir’ est certes intemporel et de valeur universelle en tant que slogan pour la liberté; ce choix, pour certains individus, peut même être considéré comme étant à admirer. Mais pour une société dans son ensemble, voire l’humanité toute entière, la survie est plus importante que la liberté, et mettre en péril la sécurité publique pour sa propre liberté devient contraire aux valeurs universelles (pas seulement aux ‘valeurs asiatiques’). Bien sûr, l’épidémie actuelle n’est peut-être pas le défi le plus sérieux qui nous attend; après tout, le taux de mortalité n’est pas très élevé. Mais que se passerait-il si le taux de mortalité était celui de la peste noire et qu’il n’y avait toujours pas de médicament efficace ou de vaccin disponible? »

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2 réflexions sur « Succès et fiasco dans la lutte contre le Covid en Chine et en Occident, selon Qin Hui »

  1. Cet article soulève des questions intéressantes. Par contre, je ne partage pas le cadre théorique de l’auteur. Selon moi, la Chine socialiste est bien plus démocratique que les démocraties bourgeoises impérialistes occidentales. Bien fraternellement!

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