Le poulet du mendiant et 难/難

Quelle relation entre le caractère 难/難, difficile, et un succulent plat, le Poulet du mendiant?

Terre jaune + oiseau


Dans la Chine ancienne, une technique de cuisson pour oiseaux s’est répandue. On enduisait l’oiseau d’argile jaune. Le volatile grillé, on enlevait les plumes noircis et on pouvait manger la viande. Cette opération était difficile à accomplir, d’où, par extension, la signification difficile du caractère. 
Certaines graphie anciennes   comporte trois composants  huáng, jaune, , 土 tǔ, la terre et un oiseau 。 Dans d’autres caractères , la terre laisse la place au feu , huǒ. 難 ainsi a son histoire, selon Liao Wenhao dans son ouvrage 漢字樹.
Autre explication : la théorie dominante – assez paresseuse – voit en 難 un nom d’oiseau, qui par emprunt, a donné le sens de difficile. Elle n’est pas très convaincante, mais elle survit.

Main + oiseau


Le caractère simplifié 难 n’ a pas conservé la structure ancienne. La partie de gauche, qui désigne la main, associée à l’oiseau, peut servir d’astuce mnémotechnique : un oiseau est difficile à attraper.

gastronomie chinoise poulet du mendiant

Vendredi aime ce poulet

Cette cuisson prit le nom de 叫化鸡,  et donna un plat prisé du même nom :  叫化鸡,Poulet du mendiant. La technique ne semble pas exclusive à la Chine, puisque  Michel Tournier  dans Vendredi ou la Vie sauvage la mentionne : « L’idéal pour Vendredi, c’était certes de manger le mieux possible, mais n’importe où, n’importe quand, et surtout sans avoir besoin d’une cuisine et d’ustensiles. L’explosion avait détruit les plats et les casseroles qu’il y avait dans l’île. Par exemple la plupart des oiseaux qu’ils mangeaient, Vendredi les préparait à l’argile. C’est la façon la plus simple et la plus amusante de faire cuire un poulet ou tout autre volatile : Vendredi le vidait et mettait dans son ventre du sel, du poivre, et à volonté des herbes aromatiques ou même un peu de farce, mais ce n’est pas indispensable. Il lui laissait toutes ses plumes. Ensuite il préparait de l’argile mouillée – pas trop mouillée, mais assez pour qu’elle soit facile à modeler et à pétrir – il en faisait une galette bien plate. Puis il roulait cette galette autour de l’oiseau, il l’enfermait bien dans la pâte, il faisait autour de lui comme une boule d’argile qui ressemblait à un gros œuf ou à un ballon de rugby, selon la grosseur. La couche d’argile devait avoir de un à trois centimètres. Il faisait dans un trou un feu de bois assez nourri, car il fallait beaucoup de braises. Quand le feu était bien pris, il mettait la boule d’argile dans le trou, au milieu des braises. Ensuite il entretenait le feu une heure ou deux. L’argile séchait et durcissait comme une poterie. Quand la boule était devenue bien dure, il la sortait du trou et il la cassait. Les plumes restaient collées à l’argile, et l’oiseau était cuit comme au four, tendre et savoureux. »
Vous pouvez lire l’article du site Sinogastronomie sur ce plat, où j’ai découvert le texte de Tournier.

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Clé 巳

31 octobre 2020

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