Les trois défis de l’export en Chine

Le rapatriement des commandes indiennes vers la Chine évoqué dans le dernier article ne doit pas masquer la réalité. Le bureau de recherche Trigger Trend rappelle les trois défis majeurs qui se dressent devant les exportations, la hausse du yuan face au dollar, les délocalisations et la structure de l’économie chinoise trop dépendante des investissements.

La hausse de la monnaie chinoise 

Avec, la reprise économique chinoise et de l’élargissement du différentiel de taux d’intérêt entre les États-Unis et la Chine, le yuan par rapport au dollar américain a réalisé sa meilleure performance trimestrielle des 12 dernières années au cours du troisième trimestre avec un sommet à 6,69 pour un dollar, son plus haut niveau depuis avril 2019.

hausse de la monnaie chinoise

Au retour des vacances nationales, alors que le moral est revenu et que les marchés des changes commencent à parier sur la possibilité d’une victoire de Biden, le yuan s’est envolé de 1,4 % en une seule journée, son plus important gain en une journée depuis 15 ans. La banque centrale a réagi en limitant les prises de risque sur les contrats à terme, en vain.  
L’incertitude sur les élections américaines à court terme continuera également d’ entretenir la volatilité du yuan. Le gouvernement veut éviter le piège japonais avec l’accord de Plaza en1985 : une appréciation rapide du yen par rapport au dollar, qui alimenta le marché boursier bulle et la bulle immobilière avant de s’écrouler.
Pour les exportateurs chinois, le taux de change malmène leurs bénéfices. Plus les commandes arrivent, plus on craint de vendre à perte. Les prix donnés lors de la passation de commande n’incluaient pas le risque du change. Les sociétés travaillent sur des cycles de un à trois mois entre la commande et le paiement à la livraison.

Délocalisation

Les commandes textiles indiennes en partie ont été rapatriées en Chine, mais ce n’est pas la tendance de fond, l’industrie de fabrication des téléphones portables se tournent vers l’extérieur et notamment l’Inde. Afin d’attirer les investissements étrangers, le gouvernement indien a lancée cette année un programme d’incitation de 6,6 milliards de dollars et un plan d’infrastructure majeur de 1 400 milliards de dollars, destinés à faire de l’Inde un nouveau centre de production de smartphones.
Début août, Apple a déplacé six lignes de production de la Chine vers l’Inde, et a maintenant « délocalisé » huit usines de la Chine vers l’Inde. En juillet, le ministère indien des technologies de la communication a annoncé que l’iPhone 11 avait été mis en production dans l’usine Foxconn de Chennai, et que Foxconn prévoyait d’investir un milliard de dollars pour agrandir l’usine afin de mettre en place un cinquième de la capacité de production d’iPhone de l’usine chinoise.
Des informations provenant de la région du Guangxi indiquent que neuf cents techniciens chinois passaient la frontière vietnamienne pour prendre leur poste. Les employeurs sont des sociétés à capitaux chinois et taïwanais, comme la fameuse Foxconn. Par ailleurs, plusieurs centaines d’ouvriers entrés illégalement dans le pays ont été renvoyés en Chine. Ce genre d’événements n’apparaît dans les médias officiels chinois pour l’instant !
La dégradation des relations entre les États-Unis et la Chine a renforcé les inquiétudes des entreprises américaines et européennes quant à leur dépendance excessive à l’égard des chaînes d’approvisionnement chinoises. L’épidémie n’a que temporairement perturbé l’ajustement de la chaîne industrielle mondiale,  qui avait déjà commencé avant la crise sanitaire.

 La difficile transformation structurelle de l’économie chinoise

 La Chine a annoncé les résultats de son PIB pour le troisième trimestre. Bonne nouvelle : l’économie chinoise est passée dans le vert, avec une croissance de 4,9 % au troisième trimestre et de 0,7 % au cours des trois premiers trimestres. 
Mais en regardant de plus près les trois principales composantes du PIB, on voit que l’économie reste encore dépendante du modèle passé. Au cours des trois premiers trimestres, la consommation traîne derrière les investissements et les exportations. Les investissements en actifs ont augmenté de 0,8 % en glissement annuel : l’industrie manufacturière accuse un recul de 6,5 %,  les infrastructures enregistrent une augmentation de 0,2 %   et la promotion immobilière de 5,6 %.
Le total des importations et des exportations a progressé de 0,7 %, les exportations de 1,8 %, mais les importations ont glissé de 0,6 %. 
Les ventes au détail de biens de consommation ont diminué de 7,2 % en glissement annuel.
La dépendance économique de la Chine vis-à-vis de l’immobilier n’a pas baissé. Telles sont les réalités auxquelles la stratégie du « double cycle » doit faire face.

L’économiste Liu Yuhui compare l’économie chinoise à un camion surchargé sur une pente descendante qu’on essaie de freiner  – 中国经济是踩着刹车下坡的超载重卡. Les risques et défis sont de plus important et il est indispensable de passer à une réallocation des ressources et de sortir du « kidnapping » de l’immobilier.  La structure de l’économie doit changer, sinon tout le monde en pâtira même l’exportation. 

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Sources :
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23 octobre 2020

Publié le Catégories Economie

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