Influence indienne en Chine, similitudes et différences entre les deux pays

L’ancien consul chinois de Mumbai, Yuan Nansheng 袁南生, lors d’une conférence en juillet, expose ses réflexions sur l’Inde en abordant divers sujets, culturels, religieux, économiques et politiques. Il rappelle plusieurs aspects, comme l’influence de l’Inde sur la Chine durant l’histoire, les similitudes et les différences entre les pays, ainsi que la longue coopération malgré des moments difficiles.

Résumé/traduction de plusieurs parties de la conférence :

Influence de l’Inde sur la Chine


L’Inde est la puissance mondiale qui a eu la plus grande influence sur la Chine ancienne, notamment avec le bouddhisme, la philosophie, l’agriculture, la musique, la danse, la sculpture et la médecine. Les dynasties Han et Tang sont les dynasties les plus puissantes de l’histoire de la Chine, l’Inde a beaucoup compté. Trois grandes vagues d’études à l’étranger ont vu le jour dans l’histoire chinoise, la première pour l’Inde a commencé sous la dynastie Han et s’est étendue sur six cents ans jusqu’à la dynastie Tang. La seconde, à la fin de la dynastie Qing et au début de la République de Chine s’est dirigée vers le Japon. Avec la troisième vague, les directions principales sont l’Angleterre et l’Amérique.
Deux personnages se détachent de ce mouvement vers l’Inde: Fa Xian sous la dynastie orientale des Jin et l’autre le moine Xuanzang 玄奘 des Tang. Fa Xian est le premier étudiant étranger de l’histoire chinoise en 399 après JC. Par la suite, l’URSS a exercé une grande influence sur la Chine, puis maintenant les Etats-Unis.
Xuanzang 玄奘 :

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L’Inde, influence étrangère

L’Inde est un pays où les civilisations étrangères ont laissé une profonde empreinte. Certains des Aryens d’Asie centrale se sont déplacés vers l’ouest, occupant ce qui est maintenant l’Allemagne ; d’autres se sont déplacés vers le sud, l’Inde. Ces Aryens ont apporté le brahmanisme et le système de castes en Inde. Les langues de l’Inde et de l’Europe ont des racines communes, l’indo-européen. Les Mongols ont ensuite occupé l’Inde et ont établi la dynastie moghole. A cette époque, les Mongols croyaient en l’Islam, ils ont donc apporté l’Islam . Plus tard, les Britanniques sont arrivés l’Inde avec le christianisme, faisant de l’Inde le plus grand pays anglophone et la plus grande démocratie. L’Inde est le pays qui a la plus grande et la plus profonde empreinte étrangère.

L’Indien réussit mieux à l’étranger

L’Inde est le pays comptant des ressortissants qui ont le mieux réussi à l’étranger. Contrairement aux Chinois, qui parlent toujours du retour, l’Indien s’adapte facilement – où qu’il aille, c’est sa patrie. Lorsque j’étais ambassadeur au Surinam, 36% des habitants étaient des Indiens, ils constituaient le plus grand groupe ethnique, et le deuxième était les Indonésiens. En fait, dans des pays comme Trinidad et Tobago et l’île Maurice, les Indiens sont le groupe ethnique numéro un. En Afrique du Sud, au Zimbabwe et dans de nombreux autres pays, les Indiens ont une forte présence locale. Dans ces endroits où j’ai travaillé, les Indiens gagnent de l’argent sans effort, les Chinois l’inverse, beaucoup d’effort sans gagner d’argent, pourquoi ? Les Indiens sont bons en langue, ils sont instruits, spéculent sur les actions, ouvrent des sociétés de valeurs mobilières ; deviennent juges, propriétaires de banque . L’argent vient vite. Les Chinois font généralement des « travaux forcés ». Aujourd’hui, aux États-Unis également, les PDG de nombreuses grandes entreprises américaines sont des Indiens. Lorsque j’étais consul général de San Francisco aux États-Unis, le groupe aux revenus les plus élevés aux États-Unis était celui des Indiens-Américains, 165 000 dollars par an par famille ; les Chinois viennent en deuxième position avec 145 000 dollars, les Blancs 85 000 dollars, les Mexicains 23 000 dollars US par an. La diaspora indienne est celle qui réussit le mieux à l’étranger.

Position stratégique

 L’Inde attire les grandes puissances pour des raisons stratégiques. Le taux de croissance économique annuel est généralement supérieur à 7%, c’est l’une des économies les plus dynamiques du monde. L’Inde importe 80% de son pétrole, le prix du pétrole a beaucoup baissé. Il s’agit d’une opportunité unique pour l’Inde. L’économie de l’Inde est désormais plus importante que celle de la Russie. Avec la guerre des prix du pétrole, pour chaque baisse d’un dollar, la Russie perd deux milliards de dollars par an, pensez à l’argent que la Russie doit perdre. Mais l’Inde est ravie, et bien sûr la Chine profite beaucoup de la baisse des prix du pétrole. 

Similitudes entre la Chine et l’Inde

Les similitudes sont au nombre de quatre.
1.Tout d’abord, la Chine et l’Inde font partie des quatre anciennes civilisations.
2. La Chine et l’Inde ont généré les plus grandes économies du monde dans l’Antiquité. Selon les conclusions de l’historien Angus Maddison, durant les 1500 premières années de l’ère chrétienne, l’Inde comptait le plus gros PIB mondial. Mais l’Inde ancienne était plus étendue. Elle comprenait le Pakistan, le Cachemire, le Bangladesh, le Sri Lanka, le sud de l’Afghanistan, le Népal. Sous les Ming, au XVIe siècle, la Chine a pris la place de l’Inde.  
3. Deux pays en développement.
4. Des économies à croissance rapide, qui font partie des BRIC.

Les différences

Mais la Chine et l’Inde sont différentes à plus d’un titre.
1. La Chine a un système socialiste alors que l’Inde a un système capitaliste avec une séparation des pouvoirs.
2. Les traditions culturelles sont différentes. Je pense que c’est une différence très fondamentale. Dans un sens, la culture chinoise est une culture de ce monde, une culture séculière. Cette culture ne croit pas en une vie après la mort, ne valorise pas le karma et se concentre sur cette existence et sur la nécessité de se réaliser dans cette vie. L’histoire en Chine depuis des milliers d’années est très importante, les Chinois aiment laisser un nom dans l’histoire. En revanche, la culture indienne,au contraire,  est une culture religieuse. La théologie indienne est très développée. La religion se concentre sur le bonheur dans l’au-delà, pas dans cette vie. On peut comprendre la remarque de Marx « l’Inde n’a pas d’histoire », l’ancienne cour de l’Inde n’a pas de Sima Qian, pas de Sima Guang, pas d’historiens pour enregistrer l’histoire, ils ne valorisent pas cela, ils valorisent l’au-delà. Dans l’ensemble, la culture indienne est une culture qui croit que plus les gens souffrent ; plus ils sont proches de Dieu, plus ils seront heureux dans leur prochaine vie. Le gandhisme (l’idée de Gandhi, le père fondateur de l’Inde) est donc l’incarnation de la culture de la souffrance dans les temps modernes. La culture chinoise est à l’opposé, une culture de la joie, pourquoi ? Les Chinois ne croient pas en une vie après la mort, vivent chaque jour,  chaque jour pour être heureux. L’Occident est une culture de la culpabilité, qui croit que nous sommes nés dans le péché et que nous devons aller à l’église le week-end pour expier nos péchés. 
Nous pouvons rappeler qu’à l’époque pré-chrétienne, il y a plus de deux mille ans, les sages, les saints, les penseurs de l’humanité, réfléchissaient aux questions fondamentales de la destinée humaine. En Europe, Aristote et Archimède, par exemple, ils réfléchissaient à quelle question ? La relation entre l’homme et la nature. Il existe donc une tradition de sciences naturelles en Europe, qui est très bien développée jusqu’à présent. Que pensent les Indiens ? Les Indiens réfléchissent à la relation entre l’homme et Dieu, la théologie indienne est donc particulièrement développée. Tous les livres anciens en Inde sont théologiques et agricoles, il n’y a pas de livres d’histoire. À quoi pensaient les sages de Chine il y a plus de deux mille ans, Confucius, Mencius, Guiguzi, Laozi, Zhuangzi, Sun Tzu ? Ils pensaient aux relations humaines. Les Occidentaux parlent d’abord de ce qui est bien ou mal. Les Indiens parlent de réincarnation. Les cultures distinctes de la Chine et de l’Inde ont permis aux deux pays de communiquer, d’apprendre et de se compléter pendant des milliers d’années.
3. Les pressions dans la vie sont différentes. L’Inde a la gratuité des soins médicaux pour tous, même pour les étrangers à l’hôpital. Les études sont presque gratuites. L’Inde investit beaucoup dans l’éducation, environ 4% de l’ensemble du PIB.  A l’exception des films, toutes les représentations culturelles sont gratuites. Les billets sont payés par le groupe Tata ou par le gouvernement indien. En outre, de nombreux musées, des sites du patrimoine mondial et des galeries n’ont pas d’entrée payante.
4. Le logement. Le système est du côté du  locataire, il peut louer à d’autres personnes, même s’il ne peut pas payer le loyer. La loi indienne prévoit que le propriétaire ne peut pas expulser le locataire ; le locataire doit être « certifié ».
5. La force économique est différente. La Chine est maintenant la deuxième économie mondiale, notre PIB dépasse quatorze mille milliards de dollars, soit environ 60 % du PIB total des États-Unis. L’Inde est la cinquième économie, avec trois mille milliards de dollars, la Chine est plus de cinq fois plus grande que l’Inde. L’Inde doit avoir environ 20 ans de retard sur la Chine dans son ensemble.

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Les relations entre la Chine et l’Inde


Pour la Chine et l’Inde, la relation sino-indienne est l’une des plus importantes dans les relations extérieures. L’Inde est au centre de notre diplomatie en Asie du Sud. Qui ont été les premiers Chinois à découvrir l’Inde ? D’après nos livres d’histoire, Zhang Qian, né en 164 Av. J.-C., a effectué trois voyages en Occident ; le premier, il a fait des transactions avec des marchands indiens. Zheng He, sous les Ming, s’est rendu à sept reprises dans un endroit appelé Guri.
Après l’indépendance de l’Inde, les relations sino-indiennes sont entrées dans une nouvelle période faste. Lorsque l’Inde est devenue indépendante, qui a été le premier ambassadeur à présenter des lettres de créance en Inde et le premier à arriver en Inde ? C’était l’ambassadeur de Chine. Après la fondation de la République populaire de Chine, le premier pays non socialiste à reconnaître la République populaire de Chine est l’Inde, et le premier pays socialiste, l’Union soviétique. Au cours de sa vie, le président Mao Zedong n’a fréquenté qu’une seule ambassade étrangère à Pékin après la fondation de la République populaire de Chine. Quelle ambassade ? L’ambassade de l’Inde. En avril 1954, le Premier ministre fondateur de l’Inde, Jawaharlal Nehru, s’est rendu en Chine, c’était la première visite d’un grand dirigeant étranger depuis la fondation de la République Populaire. Lors de la visite de Nehru en Chine, un banquet a été organisé à l’hôtel de Pékin, avec huit cents fonctionnaires chinois. Il a fait une exception à la règle qui interdisait de boire de l’alcool en goûtant du Maotai.
Grâce à la coopération, aux efforts et à la collaboration du Premier ministre indien Nehru, la Chine, avec Zhou Enlai, a participé à la conférence de Bandung – la première et la plus importante conférence internationale. Une guerre a éclaté entre la Chine et l’Inde dans les années 60. Mais, c’est du passé. L’amitié et la coopération entre la Chine et l’Inde sont essentielles pour saisir les opportunités de développement communes. Le président Xi a dit ceci : lorsque la Chine et l’Inde parleront d’une seule voix, le monde entier les écoutera. Si la Chine et l’Inde travaillent ensemble, le monde entier y prêtera attention. Maintenant, le Premier ministre Modi, Il a déclaré que la Chine et l’Inde sont « deux corps, un esprit ». 
Il y a maintenant trois forces dans le monde qui ont des doutes sur la Chine, quelle est la première force ? Que pensent les États-Unis de la Chine ? Êtes-vous un ami ou un ennemi ? Il se pose des questions àce sujet. La deuxième force est l’Afrique, des dizaines de pays africains regardent la Chine et se demandent également ce que cela signifie, la Chine est-elle un pays développé ou un pays en développement ? Est-ce une superpuissance ? En Chine, nous avons toujours dit que nous étions le plus grand pays en développement. Lorsque le président Hu Jintao s’est rendu au Nigeria et a prononcé un discours au parlement nigérian, il a voulu dire que le Nigeria est le plus grand pays en développement d’Afrique et que la Chine est le plus grand pays en développement du monde. Quand il a dit cela, des centaines de députés nigérians ont dit « Non, non, non » à l’unisson. Ce qu’ils veulent dire, c’est que la Chine n’est pas un pays en développement, mais une superpuissance. Aux yeux des Africains, la Chine est une superpuissance avec des richesses et de l’argent sans fin. La troisième force est l’Inde. Qu’est-ce qui fait que l’Inde se méfie de la Chine ? Le développement de la Chine, l’essor de la Chine, est une bénédiction ou une malédiction pour l’Inde ? La Chine est très développée, en fin de compte, est-il préférable de travailler avec la Chine, de miser sur le développement rapide de la Chine en matière de coopération gagnant-gagnant dans le domaine des éoliennes ? Ou devrions-nous chacun travailler de notre côté ? Gagnera-t-elle ou perdra-t-elle en suivant ? Elle nourrit des doutes sur la Route de la Soie.  
L’Inde n’est pas accueillante pour les entreprises chinoises opérant en Inde. J’ai rencontré ces problèmes quand j’étais Consul général à Mumbai. À cette époque, Huawei a construit le plus grand institut de recherche étranger à Bangalore, appelé Huawei India Research Institute. À l’époque, elle a engagé plus de sept cents ingénieurs indiens de haut niveau. Quel problème n’a pas pu être résolu ? Les dizaines de membres du personnel de Huawei Chine ne peuvent pas obtenir de visa de travail, seulement des visas de tourisme, mais les visas de tourisme vont bientôt expirer, cela ne donne pas de visa de travail. Huawei possède un grand institut de recherche là-bas, comment la société peut gérer sans son propre personnel ?  
Les entreprises chinoises ont des difficultés pour ouvrir le marché local Récemment, les Indiens ont boycotté les produits chinois, des dizaines de logiciels chinois ont également été interdits.
Afin de répondre au nationalisme et au populisme intérieurs, l’Inde joue la carte de la frontière depuis des années. Il n’est donc pas rare que quelque chose se passe à la frontière indienne, et ce problème est indissociable des problèmes historiques hérités de l’héritage colonial britannique. Le gouvernement britannique a laissé cette situation derrière lui. Mais je ne pense pas que la Chine et l’Inde se dirigent vers une guerre à grande échelle. 

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Source : 袁南生:印度不可思议

14 octobre 2020

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