S’appuyer sur une montagne 靠山, essentiel en Chine!

Le second promoteur immobilier du pays, China Evergrande de Shenzhen, fait face à une dette, qui pourrait le conduire à un défaut de paiement. Il avait averti le gouvernement de la province du Guangdong dès la fin du mois d’août du besoin d’une restructuration de sa dette. Au-delà d’un événement peu surprenant en Chine, quels enseignements peut-on tirer de cet épisode ?

123 milliards de dollars de dettes

Le groupe, fin juin, avait un encours de dette de 835,5 milliards de yuans (123 milliards de dollars). 130 doivent être remboursés fin janvier, l’équivalent de la quasi-totalité de sa trésorerie. Les informations sont sorties fin septembre, ce qui a suscité un plongeon des actions du groupe, avant de rebondir de plus de 45% depuis le 25 septembre, grâce au soutien apporté par ses investisseurs et l’Etat.

靠山, S’appuyer sur une montagne

Quand une société est lourdement endettée, les investisseurs soupèsent moins la dette, que l’appui dont peut bénéficier la société au niveau politique. En chinois, on utilise l’expression s’appuyer sur la montagne, 靠山. Si la société a le bon soutien, la dette n’est pas un gros problème. En d’autres termes, on s’interroge sur l’identité des véritables investisseurs, si ce sont des investisseurs « rouges » influents ou des princes rouges. S’ils font partie des plus gros groupes d’intérêts proches du gouvernement central, la fête peut continuer. Un groupe, sans appui, n’est rien. Par ailleurs, il faut avoir la bonne « montagne ». Certaines entreprises pourraient se développer davantage si elles avaient choisi le bon appui.

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Quand on regarde les investisseurs principaux d’Evergrande, on voit la bonne couleur, comme des sociétés qui sont quasiment publiques, telle 山东高速集团, Shandong High Speed Group ou encore une société privée,  苏宁Suning, un Darty chinois, avec beaucoup de fonds proches de l’Etat.

La machine à dettes


A chaque fois, qu’un accrochage survient, on édicte quelques mesures pour mieux contenir la frénésie de l’endettement et en même temps occuper la galerie. Les autorités ont délimité le mois dernier trois lignes rouges en matière d’endettement.
La Chine a pu se développer avec l’aide de la machine à endettement. Un professeur chinois d’économie m’avait expliqué en mots simples le modèle de croissance : « Pour investir, si tu utilises ton propre argent, tu marches. Tu empruntes, tu es en voiture. Tu fais des hypothèques, tu es en avion. » Il faut reconnaître que ces derniers années les autorités ont évité le dérapage qui pointait au début de la dernière décennie et la situation s’est améliorée.
Le secteur immobilier bénéfice d’un meilleur crédit auprès des établissements financiers que par exemple, le secteur de la fabrication. Les promoteurs peuvent mettre en garantie les biens, utiliser divers effets de levier et emprunter davantage. Sur les 50 plus importants acteurs du marchés, la moitié a un endettement dépassant 80%, supérieur aux leaders de la plupart des secteurs de l’économie.

Evergrande protégé aussi pour son importance

Les ventes des plus 100 plus importants promoteurs ont peu baissé sur le premier semestre, – 1,45%. La créativité, avec des ventes en ligne, a permis de limiter les dégâts. Surtout, ce sont les promotions avec des prix très attractifs, qui ont permis des rentrées d’argent. Evergrande montre des chiffres en hausse, mais la rentabilité a évidemment baissé et affecté la trésorerie.  Le Vice-Ministre, l’économiste Liu He, à propos d’Evergrande a mentionné le célèbre facteur de stablité. En effet, le groupe emploie 140 000 personnes, coopère avec 8400 sociétés dans 229 villes sur 7792 projets. Sa faillite pourrait toucher près de trois millions d’employés. Pékin a bien entendu tout intérêt à soutenir la société de Shenzhen.

Lessive en cours

Personne n’est dupe ! Evergrand n’est que la pointe de l’iceberg. L’économie se porte moins bien ces dernières années, l’épidémie n’a qu’accentuer des difficultés. Une partie des dettes ne pourra être honorée. Le secteur est devant un grand nettoyage. Huang Qifan, qui fait office de porte-parole gouvernemental en matière économique, avait déjà prévenu lors d’une conférence durant l’été 2019, que sur les 97 000 société dans l’immobilier, les deux tiers devraient disparaître dans les dix prochaines années. Il y a beaucoup trop de petites sociétés, le marché est trop complexe. 15% contrôlent 85%, ce qui veut dire que plus de 80 000 entreprises (85%) se partagent 15% du marché. En période de baisse des recettes publiques, les entreprises de petites et moyennes envergures ne peuvent pas trop espérer l’aide des gouvernements locaux. La prédiction de Huang montre que le gouvernement est tout à fait conscient des enjeux du marché et préfère délaisser les petits pour un assainissement d’un secteur embouteillé.

Le politique fait l’économie ?

La Chine est en proie à des dettes colossales. Ce n’est pas nouveau ! La dette d’une entreprise n’est pas un facteur inquiétant si derrière les bons appuis sont présents, au niveau gouvernemental. L’économie ne fait pas la politique, le politique fait l’économie ?
Les plus intéressantes pour le gouvernement – à divers niveaux – pourront survivre alors que la logique économique devrait laisser périr les autres ?

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Sources :

房企剔除预收款后的资产负债率不得高于70%

黄奇帆:今后十几年,中国房企数量会减少三分之二以上

7 octobre 2020

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