Montée en gamme obligatoire pour la Chine!

Dans un article intitulé « Le plus grand écart du cycle intérieur : pourquoi les salaires japonais sont-ils quatre fois plus élevés que ceux de la Chine ? », le bureau de recherches Tigger Trend s’interroge sur les rebondissements et les péripéties de 2019-2020, qui mènent à une stratégie de cycle intérieur (voir ici). Après avoir étudié les raisons du différentiel des salaires entre la Chine et les deux pays,Corée et Japon, il montre que le manque d’industries moyen/haut de gamme en Chine est un handicap et un facteur qui poussent vers le piège des revenus moyens ( l’incapacité à créer une véritable classe moyenne majoritaire). Pour lui, ce piège est l’objectif du découplage que veut amorcer l’adversaire américain. L’auteur pose les problèmes du vieillissement démographique, de la nécessité à monter en gamme et a l’espoir que la sortie de pauvreté d’une centaine de millions de personnes va apporter des bénéfices importants. Ci-après une traduction/résumé des principaux passages de l’article.

« Les Etats-Unis tentent de procéder au découplage avec la Chine pour l’enfermer dans le piège des revenus moyens. Peu l’ont noté. Le pays tente de construire un système avec un cycle intérieur, mais cela marchera-t-il ?

Industrie moyen et haut de gamme, la comparaison avec le Japon et la Corée


Avantage Japon/Corée
Comment se fait-il que lorsque nous voyageons au Japon et en Corée, nous voyons souvent un serveur dans un restaurant ordinaire qui gagne un salaire de 10 000 à 15 000 yuans. Pourquoi un poste aussi peu qualifié puisse être payé trois ou quatre fois plus qu’en Chine ?
Le Japon et la Corée du Sud ont une plus grande proportion d’industries haut de gamme. Le premier, avec une population de plus de 100 millions d’habitants, compte 52 entreprises figurant au classement Fortune 500, telles que Toyota, Softbank, Mitsui, Fujitsu et Toshiba. La Corée du Sud, avec une population d’environ 50 millions d’habitants, compte 16 entreprises figurant au classement Fortune 500, telles que Samsung Electronics, Samsung Life, Samsung Bussan, SK, LG, Hyundai et Kia. La Chine, avec 1, 4 milliards d’habitants, ne compte que 129 sociétés dans ce classement, 2,5 fois de plus que le Japon, qui a une population 14 fois moins grande. Les deux voisins, en proportion, possèdent beaucoup plus d’industries moyen et haut de gamme. La productivité globale de la production est également plus élevée et peut créer plus de richesse par habitant. Les employés qui travaillent dans les industries de pointe ont de meilleures rémunérations. Les emplois bas de gamme qui servent ces personnes en bénéficient également, puisqu’ils sont trois ou quatre fois plus rémunérés qu’en Chine. Par conséquent, la capacité des habitants d’un pays à gagner des revenus élevés dépend de la force de la région en matière d’innovation scientifique et technologique ainsi que du niveau de l’industrie.

made in china  japon coree

Transformation vitale


Si la Chine tarde à se transformer et à se moderniser avec succès, nos salaires seront forcément inférieurs à ceux des autres pays. Le revenu par habitant de la Chine ne représente qu’un quart de celui du Japon et environ un tiers de celui de la Corée du Sud. En 2019, le PIB par habitant de la Chine dépasse la barre des 10 000 dollars, soit 2 375 dollars sous le seuil des pays à revenu élevé. Au cours des 70 années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, seuls douze pays ne sont pas tombés dans le « piège des revenus moyens ». (L’auteur parle de l’incapacité d’un pays à créer une véritable classe moyenne majoritaire). La plupart des économies de plus de 100 millions d’habitants – le Brésil, le Mexique, les Philippines n’ont pu éviter ce piège.  
Le découplage visé met en évidence la concurrence à faible coût humain des pays à bas revenus et la forte concurrence en matière d’innovation des pays à revenu élevé, ce qui augmente le facteur de risque d’un ralentissement de la croissance économique chinoise.

Les mesures prises par les États-Unis


Au cours des deux dernières années, les États-Unis ont placé trois cents entités et personnalités chinoises sur une liste noire. Il s’agit notamment de géants industriels tels que Huawei, ZTE, China Aerospace Science and Technology Group, China Electronics Technology Group, Qihoo 360, Shang Tang, Kuangxi et Etu, ainsi que des universités de recherche, notamment Beihang, Harbin Institute of Technology. Ces institutions, se placent toutes à la pointe de l’innovation technologique et de l’application des technologies d’incubation. Les restrictions imposées interdisent l’exportation vers les Etats-Unis. C’est l’équivalent d’un blocus technologique.

Objectif : couper l’accès 


Les États-Unis tentent de couper l’accès de la Chine aux technologies de pointe et aux composants clés. Le découplage de la Chine et des États-Unis ralentira invariablement la modernisation industrielle de la Chine. Nous aurons alors plus de nouvelles difficultés à concurrencer les pays à revenu élevé en matière d’innovation.

La production sort de Chine, conséquences


Dans le même temps, l’augmentation du coût de la terre et de la main-d’œuvre a entraîné le déplacement de certaines activités de fabrication bas de gamme en Chine vers des régions comme l’Asie du Sud-Est et l’Afrique. Cela aura un effet négatif sur la croissance des revenus du travail dans les industries bas de gamme. Afin de rester compétitif, les entreprises essaient de réduire le montant des salaires.
Sous cette double pression, la Chine pourrait être freinée, les industries bas de gamme ne peuvent pas augmenter les revenus et celles du haut de gamme ne peuvent pas entrer dans le haut de gamme mondial. Le niveau des salaires de l’ensemble de la société restera au même niveau qu’avant, ou augmentera lentement. C’est un point sur lequel nous devons être vigilants et que nous ne devons pas prendre à la légère.
La question de savoir si la Chine peut surmonter le piège des revenus moyens n’est pas vraiment déterminée par les riches, mais par les pauvres.

L’agriculture : point vital 命门


Beaucoup ne se rendent peut-être pas compte que l’un des points vitaux de la Chine est en fait l’agriculture. La productivité de l’agriculture est naturellement à la traîne par rapport au secteur industriel. En effet, la récolte n’est pas seulement un ensemble de travail et d’ingéniosité humaine, mais aussi un facteur variable – le climat – que l’homme ne peut éliminer. Le cycle de croissance de l’agriculture est fixe et presque immuable. Sous les tropiques, le riz peut être cultivé pendant trois saisons, et dans les régions tempérées pendant deux saisons, et il n’y aura pas cinq à dix saisons grâce à l’utilisation de machines et à l’amélioration de la technologie des engrais. L’industrie manufacturière est différente. Le système industriel est un système relativement fermé qui élimine autant que possible les interférences de la nature. Dans les années 1840, une femme ne pouvait coudre qu’une chemise par jour ; après l’invention de la machine à coudre, elle pouvait en coudre 11. En 1914, au début de la Première Guerre mondiale, il fallait 14 heures à Ford pour assembler un modèle T. Dix ans plus tard, on en sortait un toutes les 10 secondes. Les améliorations de la technologie industrielle et l’optimisation du processus de production se produisent à chaque minute de chaque jour. Parfois c’est rapide, parfois c’est lent, mais cela va certainement continuer et ne s’arrêtera jamais. Ainsi, les caractéristiques de ces deux industries réunies aboutissent à un résultat : la population agricole a du mal à s’enrichir et la capacité industrielle est facilement surchargée. C’est un problème auquel tous les pays du monde ont été confrontés.
Et par rapport aux États-Unis, la population agricole chinoise est confrontée à un défi beaucoup plus difficile pour s’enrichir. Il est beaucoup plus ardu de promouvoir l’agriculture mécanisée à grande échelle parce les gens sont nombreux et la terre n’abonde pas. La productivité agricole est naturellement en retard sur l’industrie, de nombreuses zones rurales n’ont pas profité des dividendes de la montée en puissance de l’industrialisation et de l’urbanisation de la Chine, ce qui a entraîné une pauvreté.

Baisse de la pauvreté

Fin 2012, la Chine comptait encore 98,99 millions de personnes et 832 comtés pauvres. Cette population de près de 100 millions vit dans des conditions environnementales, historiques et sociales extrêmement complexes, par exemple, l’eau infertile des plateaux de lœss, les handicaps physiques. La Chine a quand même sonné la charge en 2015 pour lutter contre la pauvreté, pour éradiquer complètement la pauvreté d’ici à la fin de 2020 et pour mener 1,4 milliard de personnes vers une société aisée. Pourquoi le faire ? En plus de la mission politique et historique, il y a aussi le rôle économique qui ne peut absolument pas être ignoré.

Disparition de l’avantage démographique


Nous devons être conscients que l’avantage démographique de la Chine est en train de disparaître. En 2011, la population chinoise en âge de travailler (15-59 ans) a atteint un pic de 940,72 millions, pour retomber à 911,25 millions à la fin de 2019. Cette « évaporation » de 29,47 millions de personnes équivaut à la perte d’une Australie.En 2000, la Chine comptait 130 millions de personnes âgées de 60 ans et plus, soit 10,3 % de la population totale, et à la fin de 2019, elle en comptait 254 millions, soit 18,1 % de la population totale. C’est presque le double en deux décennies. Le déclin de la population active, ainsi que l’augmentation du nombre de personnes âgées, entraîneront une baisse du niveau de consommation sociale et un ralentissement, voire une contraction de la croissance de la demande intérieure. Les données montrent également qu’en 1990, la Chine comptait 316,59 millions d’enfants âgés de 0 à 14 ans, qui représentaient 27,7 % de la population totale contre 16,9 % en 2018, avec 235,23 millions. En 1998, il y avait 139,53 millions d’élèves dans l’enseignement primaire et 63,01 millions dans l’enseignement secondaire de premier cycle. En 2018, ils sont passés à 103,39 millions et 46,52 millions, respectivement. La consommation pour les bébés et enfants en Chine diminue aujourd’hui, tout comme celle pour l’éducation.

100 millions de personnes 


La guerre contre la pauvreté menée précédemment vise à donner à ces 100 millions de personnes un niveau de consommation plus élevé. Nous ne devons jamais sous-estimer le pouvoir de ces 100 millions de personnes. Leurs revenus ne seront pas très élevés lorsqu’ils sortiront de la pauvreté, ils ne pourront peut-être pas se permettre d’acheter des voitures, des ordinateurs. Cependant, ils pourront s’offrir des articles de 500 à 1 000 yuans, c’est un début. Les 100 millions de personnes qui seront devenues aisées auront la possibilité d’investir dans l’éducation de leurs enfants et de cultiver une grande armée de réserve de travail de relativement bonne qualité. Cela aidera la Chine à poursuivre la promotion des technologies de pointe sur le terrain et à accroître la productivité sociale. La Chine disposera ainsi d’une base plus solide pour concurrencer les pays à revenu élevé en matière d’innovation technologique. Le nombre de personnes pauvres dans les zones rurales du pays est passé de 98,99 millions en 2012 à 5,51 millions en 2019, le taux de pauvreté de 10,2 % à 0,6 %.  
Les effets de l’intégration de près de 100 millions de personnes se feront lentement sentir à l’avenir. Elle augmentera progressivement le niveau de la demande intérieure dans l’ensemble de la société grâce à la transmissibilité de la réaction en chaîne, rendant l’économie chinoise actuelle plus apte à construire un macrocycle intérieur. À mes yeux, le cycle intérieur a une signification très importante, qui est de donner à l’innovation indépendante de la Chine un terrain d’essai.


Tous nos produits innovants peuvent être instables et coûteux au début, mais ce n’est rien si le marché intérieur est prêt et capable de consommer, les entreprises peuvent continuer à s’améliorer, et finalement rattraper le niveau international. De cette manière, la Chine pourra accélérer la transformation et la mise à niveau industrielles, à relever le niveau moyen des salaires de l’ensemble de la société et à ne pas tomber dans le piège des revenus moyens. Le marché est énorme avec une population de 1,4 milliard d’habitants, dont un groupe de 400 millions à revenus moyens. Le pays est maintenant entré dans une phase de développement, de 10 000 à 30 000 dollars de revenus, avec un grand potentiel de vitalité économique. »

La Chine fait beaucoup pour monter en gamme et sortir du Made in China bas de gamme. Les investissements dans le numérique en sont un exemple. Les mesures prises par l’administration Trump, l’orientation récente de la mondialisation et les problèmes structurels de la Chine auront-ils raison du dynamisme du pays ? Quand on pose un regard froid, détaché de toutes les idéologies, passions et intérêts de nombreux observateurs, on constate que la période est la plus dure des quatre dernières décennies et que l’optimisme obligatoire doit être tempéré par des considérations plus réalistes évoquées en partie dans cette analyse. 

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30 août 2020

Publié le Catégories Economie

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