Circuit intérieur, fermeture du pays?

Une expression a envahi les discours économiques ces derniers jours,  内循环 nèi xúnhuán, circuit intérieur. On utilise ces trois caractères pour désigner par exemple le circuit que suit une climatisation à l’intérieur d’une voiture.

内循环 fermeture de la chine

Le président chinois a commencé à évoquer le sujet le 23 mai lors d’un discours pour insister sur l’importance du marché intérieur, « Nous devons répondre aux demandes du marché national et en faire le point de départ et d’arrivée du développement, 我们要把满足国内需求作为发展的出发点和落脚点 » tout en précisant « qu’un nouveau modèle de développement prendra forme progressivement, dans lequel le grand circuit intérieur sera le pilier, et les circuits nationaux et internationaux se stimuleront mutuellement, 逐步形成以国内大循环为主体,国内国际双循环相互促进的新发展格局».

Beaucoup n’ont retenu que la première partie, « mettre l’emphase sur le marché intérieur ». Certains milieux en Chine et hors de Chine, qui remarquent depuis quelques mois un vocabulaire digne de la Révolution Culturelle, craignent même un retour en arrière, une fermeture de la Chine, l’époque des coupons alimentaires, les grandes pénuries, l’indépendance, le fait de compter sur soi-même 自力更生 et une économie planifiée. Une inquiétude qui oblige certains économistes à monter au créneau.

 

Le bureau d’études Zhigu dans un article intitulé « Le circuit intérieur arrive, La Chine va de nouveau être un pays fermé? “内循环”来了,中国要重回闭关锁国了吗? »,  qualifie de telles déductions une erreur de jugement. Le pays a encore une grande dépendance aux marchés extérieur et le yuan n’a pas la place du dollar au niveau international.Le fait que la Chine soit un pays à excédent commercial important n’a pas changé, et il est également vrai que l’excédent commercial de biens avec les États-Unis représente 70 % de l’excédent total de la Chine au cours des six dernières années. Dans le même temps, le déficit commercial de la Chine en matière de services avec les États-Unis s’accroît rapidement depuis 2008. La Chine a besoin de devises étrangères, elle n’a pas la possibilité d’abandonner « la circulation extérieure, 外循环 . »
La crise économique, entraînée par l’épidémie, ne permet pas d’attendre les bras croisés. Elle doit faire face à des faillites d’entreprise, la montée du chômage, la baisse des revenus et à la réaction en chaîne. La Chine doit d’abord s’appuyer ses propres forces. D’ailleurs, l’accent sur le marché intérieur n’est pas une directive nouvelle, mais cette politique existe déjà depuis 2018. Beaucoup de bruit pour rien!

Je ne peux qu’être d’accord avec ces remarques de Zhigu sur l’impossibilité de fermer le pays. En revanche, les réactions et les inquiétudes évoquées reflètent le sentiment d’une partie de la population face au resserrement du pouvoir ces dernières années. Où va-t-on ? La lutte politique enclenchée en 2013, sous couvert de lutte anti-corruption, a fait des dégâts et les hommes d’affaires en privé n’affichent pas à l’unanimité ce sourire obligatoire des belles photos.

L’article du bureau d’études Zhigu

11 août 2020

Publié le Catégories Economie

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