Acheter Ant, c’est acheter la Chine de demain !

Le 20 juillet, le groupe Ant Financial a annoncé préparer son entrée en bourse simultanée sur les deux places financières de Shanghai et Hong Kong. La société vise une évaluation de 200 milliards de dollars. Jack Ma, fondateur du groupe Alibaba, a établi cette société en 2014. Elle se concentre sur cinq activités : Finances, technologie, financement, assurance et crédit.

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Alipay, la porte d’entrée

L’application de paiement en ligne, Alipay, est la porte d’entrée à ses services. Alors que Paypal compte 300 millions d’utilisateurs, son concurrent chinois regroupe 900 millions de personnes en Chine et 400 millions à l’étranger.Paypal a une capitalisation d’environ 200 milliards de dollars, Visa et Mastercard de plus de 300.
Concernant les services financiers, le groupe enregistre 740 millions de clients et peut compter sur 28 millions de micro-entreprises.  80% des utilisateurs d’Alipay ont recours à trois autres services d’Ant et 40% à cinq services. Avantage pour les sociétés américaines, pour l’instant, le consommateur occidental demeure plus rentable que le consommateur chinois.

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Alipay-We Chat

Le concurrent d’Alipay sur le marché chinois est le porte-monnaie de We Chat qui a une part de marché de 30% sur le paiement en ligne. Cependant, We Chat ne peut soutenir la comparaison en termes de montant car ils sont beaucoup plus faibles. Sur le commerce hors ligne, We Chat a une part de marché plus forte avec une proportion 7:3 en sa faveur.

Synergie avec Alibaba

Alipay bénéficie aussi de tous les services qu’offre le groupe Alibaba avec la vente de tickets de cinémas, agence de voyages, livraison à domicile. Il compte développer les services de conseils médicaux. Les deux sociétés ont investi beaucoup dans le développement tout en collaborant avec des partenaires pour le développement de petites applications. We Chat travaille avec 1,5 millions de développeurs et Alipay a mis en place un d’un milliard de yuans pour les développeurs.

Des finances vers la technologie

Le secteur le plus rentable est celui des services financiers, notamment les emprunts. L’économiste Huang Qifan, ancien maire de Chongqing, estimait qu’en 2019, Ant avait un résultat de 10 milliards de yuans, 45% provenaient de deux sociétés de Chongqing spécialisées dans les « petites prêts » aux PME   – 36 000 yuans en moyenne. Le dossier d’introduction n’est pas encore sorti, mais on pense qu’Ant a accordé 1700 milliards de yuans de crédit en 2019, + 72% par rapport à 2018.
Le secteur des assurances présente un potentiel très important. Ant a enregistré 240 millions de yuans sur ce segment en 2019, le milliard devrait être dépassé cette année.
Ant tient à mettre l’emphase davantage sur les services technologiques que sur la finance. Au lieu de Fintech, à Hangzhou, on parle de Techfin. Cinq chantiers sont au cœur des recherches, le blockchain, l’intelligence artificielle, la sécurité, l’Internet des objets et l’information. 
En juin 2020, le groupe a changé de nom, il enlevé « services financiers 金融服务 » pour laisser place à « technologie 科技 » et « Zhejiang  浙江» sa province d’origine, pour d’une part mettre en évidence son cœur de métier, la technologie, et d’autre part enlever la connotation locale et afficher son ambition mondiale.

International

L’internationalisation est un pôle important ; en 2018, Ant a levé 14 millions de dollars pour le développement à l’international. L’objectif à 2025 est de compter 2 milliards de clients, dont 50% à l’étranger. Actuellement sur 1,3 milliard d’utilisateurs, 30% se trouvent hors de Chine. 
Asie
Ant a racheté ces dernières années nombre de sociétés ou créé des alliances. En Asie, le développement se passe plutôt bien.
En Inde, en février 2015, il est entré au capital de Paytm en tant qu’investisseur stratégique pour former le premier acteur local du paiement en ligne. Il a envoyé 100 techniciens à Delhi pour partager son expertise.  En deux ans, les chiffres se sont envolés, les transactions de l’alliance ont décuplé avec 200 millions d’utilisateurs, dont 90 millions d’actifs.  Fin 2019, le nombre s’élevait à 300 millions. On ne parle pas de rentabilité, mais de cash burn. Paytm affichait une perte nette de 500 millions de dollars. Le gouvernement indien, à la suite des tensions avec son voisin, dans un objectif de sécurité nationale, a interdit l’utilisation de 59 applications chinoises, dont We Chat et Tik Tok. En revanche, Ali Pay et Paytm ont été épargnées. Dans d’autres pays et territoires d’Asie, Thaïlande, Pakistan, Corée du Sud, Malaisie, Hong Kong, la stratégie reste la même : s’allier, avec des participations minoritaires, à un leader local qui a une bonne couverture Internet et un vaste réseau d’utilisateurs.

 rachat de Wordlfirts par un groupe chinois, ant Financial


Royaume-Uni, pas d’Etats-Unis
Aux Etats-Unis, l’aventure n’a pas connu le même succès. Le gouvernement américain a mis son veto en 2018 au rachat de Money Gram pour des questions de sécurité. Le groupe mené par Jack Ma s’est rabattu sur le britannique WordFirst le 14 février 2019 avec un montant de 700 millions de dollars. Dans le même temps, ce dernier mettait un terme à ces opérations sur le sol américain. Afin d’éviter un blocage du rachat par les autorités américaines, qui voit d’un mauvais œil les données de citoyens américains dans les mains d’une société chinoise ? Alipay a déjà passé de nombreux accords avec la plupart des pays européens. 

Les autorités de régulation

Les autorités de régulation de plusieurs pays ne voient pas toujours d’un bon œil l’implantation du géant chinois, l’administration chinois, quant à elle, suit de très près les évolutions ; le site Caixin pense qu’elle présente un véritable défi. Le secteur bancaire se plaignait qu’Alipay fonctionnait sur certains aspects comme une banque sans les contraintes et les obligations de sécurité d’une banque. En 2014, la Banque centrale chinoise avait déjà stoppé temporairement les transactions d’Alipay. Au premier trimestre 2018, le montant des sommes disponibles sur les comptes des clients s’élevait à 1690 milliards de yuans. La commission de régulation a interdit aux sociétés une pratique courante dans le secteur, faire travailler ces sommes à leur profit. Elle leur a enjoint de les déposer en tant que réserve sur les comptes de la Banque central, sans aucun intérêt. Une enquête pourrait être lancée par le comité anti-monopole sur Ant et Tencent, le propriétaire de We Chat. Les deux géants du paiement en ligne effectuent près de 95% des transactions en ligne du pays.

Les soutiens politiques

Les interrogations sont multiples sur l’appui que doit avoir Jack Ma pour « avoir la permission » de monter aussi haut et de défier les banques en place sur leur terrain. Fait-il partie d’un club d’hommes d’affaires de haut vol qui a le soutien du groupe de Shanghai (déclinant) que combat le président actuel depuis son accession au pouvoir ? C’est le lot des grands patrons chinois de composer avec le politique et d’obtempérer aux « demandes patriotiques » s’ils veulent pouvoir continuer à développer leur société (voir l’article). 

Acheter Ant, c’est acheter la Chine de demain !

Alipay gagne de l’argent sur le volume, mais le challenge du groupe est de transformer un service à faible marge en sociétés de services technologiques à grosse marge. Le groupe Alibaba a contribué aux profonds changements de la société et du commerce en Chine ces deux dernières décennies, Ant pourrait susciter d’autres transformations profondes. Acheter l’action Ant, c’est acheter la Chine de demain !
Le secteur des services génère près de 60% du PIB chinois, mais il a besoin d’une grande modernisation et la digitalisation que veut encore apporter le groupe donnera-t-elle un autre visage à la Chine ? Sans doute !

Sources :
Article de Caixin

Rubriques à consulter :
Economie
Finance

5 août 2020

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