Penser (en général, et à la Chine en particulier)

Article écrit par Stephane Baillie Gee, Consultant en management, Europe – Chine

Dans toutes ses dimensions (surface, population, économie, histoire), la Chine est ”énooooooorme”. Alors comment intégrer un aussi gros morceau? La réponse simple serait : “une bouchée à la fois.” Sauf que ce n’est pas si évident. En voici quelques raisons.

Courbe en cloche

Nombre de choses sur notre planète suivent une distribution “normale” que l’on appelle aussi la courbe en cloche. Ne parlons pas de la Chine, sujet épineux s’il en est, mais de la taille des êtres humains. En moyenne, elle est d’environ un mètre soixante-cinq. Maintenant, imaginez-vous dans une conversation où vous relayez cette information. Combien de temps, à votre avis, avant que quelqu’un vous dise (parfois avec un ton accusateur, triomphant ou de dédain) que vous avez oublié les basketteurs ? De bonne disposition, vous les ajoutez à votre description. Mais combien de temps avant que l’on vous mette sous le nez les amis de Blanche-Neige ? Vous voyez le problème. 

Général et particulier

Parler de la Chine, c’est pareil. Vous dites une généralité, et vous allez vous prendre un retour sur le fils de la voisine qui est sinologue et qui habite un quartier de Guangzhou où ce n’est pas comme vous dites. D’une manière générale, il est essentiel d’être capable de naviguer entre le général et le particulier. Or, le particulier peut aller à l’encontre du général, mais ça ne change rien. 
J’ai eu l’occasion d’avoir ce genre de conversation avec des collègues chinois à de nombreuse reprises. Je leur demandais comment ils faisaient telle chose en Chine et la réponse était invariablement “tu sais, nous sommes un milliard quatre, ça dépend”. C’est très frustrant pour un occidental à la recherche d’une certitude.
Avec l’habitude, on se rend compte que finalement, oui ça dépend, mais qu’il y a malgré tout une tendance. Elle donne une idée de la culture. Une définition de la culture que j’apprécie est : “c’est comme ça qu’on fait ici”. Mais c’est aussi une histoire de poupées russes : les gens de Xintiandi à Puxi (rive gauche de Shanghai) ne sont pas les mêmes que ceux de Jinqiao à Pudong (rive droite). Alors maintenant, il faut choisir, on veut le pedigree de tous les Chinois ou une généralité qui par définition ne pourra décrire toutes ses exceptions ?

foule chinoise

Généralité et stéréotype

Il est important de comprendre la différence entre généralité et stéréotype. La première est l’application d’une “règle” dans un but pratique et de rapidité. Mais, et c’est un grand “mais”, avec souplesse et adaptabilité. Je vois un asiatique dans un restaurant chinois, donc c’est un chinois : rapide, pratique. Mais il parle coréen, donc c’est un coréen : souple et adaptable. 
Le stéréotype est tourné vers l’application “quasi-idéologique” de la même règle. Vous savez, dans la vie, il y a deux types de gens… Etc. L’addiction aux catégories peut nous empêcher de naviguer avec délice entre le micro et le macro, le général et le particulier, tout et son contraire. 
Surtout qu’il n’y a pas que l’addiction aux catégories, il y a aussi celle de savoir mieux que les autres. C’est peut-être imaginable avec les vins de Bordeaux (je dis cela car je n’y connais rien), mais la Chine, vraiment, je n’y crois pas. Pour montrer qu’on s’y connait mieux que les autres il suffit souvent de montrer qu’ils n’y connaissent rien. 
Les stratagèmes sont multiples. Il y a tous les sophismes tels que : “Comment osez-vous citer Untel, il était alcoolique !” Euh… oui ! Ou encore : “tout le monde sait que…!” Euh… non. Je vous laisse faire vos recherches sur le sujet. 

Syndrome de Robinson Crusoe

Enfin, il y a un mal particulier aux étrangers en Chine. Il m’avait été décrit comme une variante du syndrome de Robinson Crusoe : Je suis perdu en Chine, il ne peut donc y avoir que moi en Chine. Si vous vous êtes un peu baladé dans l’Empire du milieu, vous avez peut-être croisé un “laowai” qui vous regardait de travers sans autre raison que justement, à cause de vous, il n’était plus seul en Chine. Rassurez-vous, retourné au pays, il est redevenu le seul à pouvoir en parler. 

Un éléphant (et) sa trompe!

Comme je l’ai indiqué au début, la Chine est “”énooooooorme”, alors plutôt que de vouloir avoir absolument raison, souvenons-nous de cette histoire où un éléphant est apporté dans un village où personne n’en avait jamais vu. La nuit tombée, certains se sont glissés dans son enclos. La conversation du matin : “c’est un tuyau qui monte au ciel” dit celui qui avait touché la trompe. “Non, c’est une énorme colonne” dit celui qui avait trouvé une des pattes. “Pauvres de vous, c’est une voile” dit celui qui s’était retrouvé près de son oreille”. J’espère vous avoir mis la puce à l’oreille.

9 juillet 2020

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