Les dangers d’une création de monnaie excessive

Les performances économiques japonaises ont toujours suscité beaucoup d’intérêt en Chine. L’économiste Li Xunlei, face à la création monétaire chinoise, prend l’exemple du voisin nippon pour inciter à la prudence dans l’usage excessif de la création monétaire. La pandémie a incité de nombreux états à assouplir les règles de de création monétaire. Le Japon a une longue expérience en ce domaine et il est utile d’observer les effets de cette politique monétaire.

Inflation très faible et baisse des salaires 

Après l’éclatement de la bulle immobilière des années 90, afin d’éviter la récession et la déflation, le Japon a appliqué une baisse des taux jusqu’à 0, l’assouplissement quantitatif et les achats de biens à risque. Selon la théorie monétaire, cette politique aurait dû entrainer une inflation importante.  Or, sur les 20 dernières années, l’inflation est au total de …2%. Les salaires sur la même période affichent une baisse moyenne de 11,3%. Clairement, la population en général n’est pas la bénéficiaire. 
Graphique sur l’évolution des salaires au Japon depuis 1970 :



Baisse des salaires au Japon sur 20 ans


Où est donc passée cette création de monnaie ? Assurément, elle n’est pas allée vers les produits et la production.

Banques et marchés financiers


En effet, une partie est restée dans les réserves bancaires. La Banque centrale exige un niveau de 0,79%, mais les réserves totales atteignent 27,2%. La circulation de cette monnaie s’arrête dans le système financier, et n’en sort pas. Les entreprises ont conservé une partie de leurs bénéfices, un montant équivalent à 27,9% des biens des entreprises sont mis en épargne. Elles ont également placé leur excédent sur le marché boursier, le Nikkei a grimpé de 145% en moins de 10 ans, alors que la moyenne annuelle de la croissance du pays atteint 1% . Pourquoi cette création monétaire ne va pas vers les produits ?

Bipolarisaison de la richesse et de la pauvreté

La raison principale est la bipolarisaison de la richesse et de la pauvreté. Prenons 10 citoyens avec 2 riches et 8 pauvres. Le pauvre aura en proportion une consommation plus importante des besoins de base et les prix de la nourriture et des vêtements monteront. Alors que pour le riche, ces domaines représentent une faible part de leurs dépenses. Les plus bas revenus utilisent 78,6% de leurs revenus dans la consommation de base alors que les plus hauts revenus 36,6%. La monnaie prendra la direction des biens. La bipolarisaton s’est donc accrue et les données sur les revenus montrent cette tendance. En effet, les plus hauts revenus ont une proportion dans l’ensemble des revenus toujours plus élevée. La concentration des richesses ne cesse. Une étude de Kitao & Yamada montre qu’entre 1994 et 2013 la « richesse » des 10% les plus riches s’est accrue de 26,1% et que celle des 20% les plus pauvres a baissé de 47,2%. L’argent appelle l’argent, les plus fortunés ont plus de facilité à obtenir des emprunts pour investir.

L’économiste alerte des effets peu productifs de la « super création » monétaire. Elle bénéficie davantage aux plus riches et contribue au creusement des inégalités et de la répartition des richesses. Il s’adresse à la Chine, mais son article a bien entendu une portée mondiale car nous sommes tous en face de l’« helicopter money ».

Source : Article de Li Xunlei

25 juin 2020

Publié le Catégories Finance

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