Don’t speak Chinese!

Quand on a étudié le chinois de longues années et couché des myriades de caractères sur le papier, on aime pratiquer et parler la langue. On peut considérer que c’est un avantage de la parler en Chine. J’ai dû me rendre compte que ce n’est pas toujours le cas ! Contrairement à ce que j’ai toujours pensé pendant longtemps !

Shanghaïen/non-Shanghaïen

A Shanghai en janvier 2015, Xu passe me voir dans mon bureau, m’explique qu’il a besoin de moi pour un cas compliqué et finit par une phrase en anglais « Don’t speak chinese ! ».
Le directeur du développement, Ma, a pris un rendez-vous avec l’un de tous premiers Shopping Mall de la ville. La directrice, Li Meihong, qui doit le recevoir est Shanghaïenne.  Le jeune cadre doit négocier un contrat qui au départ est peu intéressant; la marque paie très cher pour avoir un emplacement. Aucun bénéfice est envisageable. Ma ne se sent pas en position de force. Par ailleurs, lui, originaire du Jiangxi, quand il considère le censé « sentiment de supériorité des Shanghaïens », il ne part pas dans les meilleures conditions. Du coup, il demande à son directeur, Xu, Shanghaïen, d’assurer le rendez-vous afin d’être sur un même pied d’égalité. Et Xu, le stratège, pour mettre toutes les chances de son côté demande au Français de venir afin de mettre plus de poids dans la démarche.

I do not speak Chinese

La tactique des langues

Xu détaille la tactique. Le deal ne nous est pas favorable, on va faire valoir tous nos atouts pour qu’elle baisse les royalties. On ne va pas la mettre dans une position la plus confortable. Elle parle anglais, mais pas très bien. On fait le rendez-vous en anglais, pas en chinois. Si elle ne comprend pas tout, je traduis. Tu ne montres pas que tu parles chinois. Je la connais, par respect pour toi, elle essaiera de parler anglais devant toi. Moi, par contre, je fais plus fin, je ne vais pas parler shanghaïen quand je traduis si besoin, ça ferait trop « téléphoner », elle comprendrait que je veux jouer la fibre locale d’un autre côté et ce serait contre-productif. Je traduirai en chinois.

On s’amuse et on gagne

La rencontre avait un aspect cocasse car Li Meihong s’exprimait dans un anglais limité, elle a dû s’escrimer la moitié du temps à composer dans la langue de Shakespeare. Je devais éviter toute réaction quand elle parlait en chinois, car j’étais censé de ne pas comprendre. Parfois, j’avais envie de mettre un terme à son calvaire linguistique. A cette époque, je travaillais principalement en Chine, dans un milieu professionnel à 100% chinois, je ne pratiquais jamais l’anglais. Les premiers réflexes me venaient en chinois et je ne parle jamais anglais avec des Chinois. J’avais l’impression de participer à une comédie à l’envers. 
Finalement, la directrice a revu à la baisses les prétentions sur les royalties. La stratégie des langues a-t-elle joué? I don’t know!

Je me suis retrouvé fréquemment dans des situations où mes collègues chinois me présentaient toute une brochette stratégie lors de rendez-vous ou repas. L’utilisation de l’anglais n’est qu’une flèche à un arc sophistiqué. Je me suis souvent demandé quelle efficacité avons-nous avec une approche occidentale plus directe et moins sophistiquée. 

22 juin 2020

Laisser un commentaire