La Chine, c’est comme ça! Non, je ne crois pas!

Dichotomie, riche ou pauvre?


Un article du South China Morning Post intitulé, “Is China rich or poor? Nation’s wealth debate muddied by conflicting government data » évoque le débat suscité par deux types de données sorties ce mois. Je suis toujours assez étonné quand on regarde la Chine en mode dichotomie. Le pays est trop diversifié et complexe pour l’enfermer dans une catégorie ou l’autre. Poser la question en ces termes, riche ou pauvre, ne permet pas d’aborder la problématique chinoise sous l’angle le plus judicieux. D’ailleurs, cette remarque peut s’appliquer à d’autre domaines que la pauvreté/richesse de la Chine.

Des contradictions ?

La Banque du Peuple avait sorti une étude montrant que le patrimoine moyen d’un ménage dans les villes chinoises s’élevait à 3,175 millions de yuans (450 000 USD), voir l’article du 5 mai. L’étude a vite été supprimée du compte public de l’établissement, suite à des réactions de famille qui ne pouvaient s’identifier à ces chiffres.  D’un autre côté, le Premier ministre Li Keqiang, le 28 mai, rappelait que 600 millions de personnes n’avaient que 1000 yuans de revenus mensuels (140 USD). 
Avec un jugement rapide, on pourrait trouver ces données contradictoires. On oublie que la fulgurante croissance a enrichi une infime partie de la population aux premières places de l’économie et engendre des inégalités difficilement évitables. La répartition des richesses n’est pas un problème nouveau. Déjà, Wen Jiabao, chef du gouvernement lors de la première décennie du XXIe siècle, s’inquiétait de voir la Chine tomber dans le piège des économies d’Amérique Latine, qui n’arrivent pas à faire émerger une véritable classe moyenne. La Chine n’est pas très bien classée sur le coefficient Gini, qui mesure les inégalités, voir l’article du 29 mai.

Inégalité en Chine

Les inégalités s’accroissent


L’économiste de Shanghai Li Xunlei, 李迅雷, évoquant les propos de Li Keqiang, notait hier sur son compte Weibo que les inégalités continuent de se creuser : « Les revenus sont divisés en 5 groupes, les groupes des bas revenus et des moyens-bas revenus regroupent 560 millions de personnes avec un revenu moyen de 965 yuans. De 2016 à 2019, le groupe des hauts revenus a enregistré une croissance des revenus de 29% alors que le groupe des revenus moyens une hausse de 19%, ce qui veut dire que les différences de revenus s’accroissent… »
Une partie de la population évidemment vit dans l’aisance, dont les 400 millions qu’on regroupe dans la classe moyenne et qui font partie de ceux qui ont un patrimoine moyen dans les villes de 3,175 millions de yuans, 9 millions pour Pékin et détiennent 1,5 appartement par couple. L’envol des prix de l’immobilier a bien entendu fabriqué cette « richesse » relative.  Elle n’appartient pas ou peu à la catégorie du milliard de Chinois, qui n’a jamais pris l’avion (selon Li Xunlei).

Je ne crois pas que ce soit simple de répondre à la question riche ou pauvre. Il est plus intéressant de montrer la structure de la société chinoise, le puzzle qui la compose. Au mieux, on pourrait affirmer que le pays va vers la constitution d’une véritable classe moyenne, qui représente aujourd’hui seulement un tiers de la population. Combien de temps faudra-t-il pour qu’elle comprenne 60% de la population ? Par ailleurs, quand on aborde la Chine, il est capital de ne pas trop s’attacher aux grandes généralités qui ont un fond de vérité, mais rester conscient que la grande variété du pays et du brassage des population la rend à la fois complexe et diversifiée. Ce qui rend la Chine passionnante ! Il est préférable de ne pas prendre des villes comme Shanghai ou Pékin ou encore Canton, pour les lieux les plus représentatifs de la Chine.

Un article sur les différences entre Canton, Shanghai et Pékin et le comportement dans les affaires par Maître Wu !

31 mai 2020

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