De l’accueil en Chine

Si Confucius m’était conté!

Nous pouvons être assez émerveillés devant l’accueil des Chinois recevant des étrangers, que ce soit des partenaires commerciaux ou des connaissances plus ou moins amicales. On aime répéter que les Chinois sont de bons hôtes (中国人好客 !) et ce n’est pas qu’un cliché. Je travaillais avec une entreprise française du Sud de la France et à leur première visite du partenaire chinois à Wuhan, le propriétaire m’a lancé : « Il va falloir assurer en France et être à la hauteur d’un tel accueil quand ils viendront ! ». Les Chinois avaient mis le paquet avec une escorte digne d’un président de l’aéroport à l’hôtel. L’homme d’affaires avait passé trois jours royaux! Un art à part entière!
Je n’ai jamais creusé la question sur les origines, je me suis contenté de l’explication un peu simple d’une enseignante, qui relie cette attitude au confucianisme et à la fameuse exclamation dans les Entretiens de Confucius : « 有朋自远方来,不亦乐乎 ? N’est-ce pas un bonheur de recevoir un ami qui vient de loin? » C’est certainement une partie de l’explication.  
Je joins le récit d’un ami qui avait connu une belle expérience dans un train. Histoire assez renversante !

有朋自远方来,不亦乐乎

L’histoire de Damien :

3 jours, 3 ans!

Juillet-Août 1992, je dois passer un mois en Chine pour des recherches sur une thèse avec un sujet improbable, l’immigration des Russes orthodoxes en Chine.
Le 3e jour à Pékin, je devais prendre un train pour le Xinjiang et trouver un passage pour rentrer en Europe, mais ce 3e jour-là, je rencontrai celle qui est mon épouse. Si bien que je ne suis pas resté 3 jours à Pékin, mais 3 ans.

Pékin-Wuhan : A boire, à manger, une coiffeuse!

J’étais étudiant et j’avais un budget étudiant, donc il fallait trouver un travail. Mon visa avait eu droit à quelques courtes extensions et au mois d’octobre, je devais filer à Hong Kong pour avoir un nouveau visa et en même temps l’espoir de rencontrer une société française qui voulait ouvrir un bureau à Pékin.
Je ne pouvais pas me payer l’avion, donc je décide d’y aller en train. Impossible au départ de Pékin d’acheter un billet Pékin- Hong Kong ou Canton. L’employé me dit : « Prends un aller pour Wuhan et tu as une demi-heure pour acheter le Wuhan-Canton et de là, tu prends un train pour Shenzhen ».
La première portion Pékin-Wuhan se passe bien dans des couchettes dures (2è classe) où tout le monde m’offre à manger et à boire. La coiffeuse du dessous aurait bien aimé avoir un copain étranger. Un « capitaliste » m’expliquait qu’il venait d’acheter sa première voiture à Wuhan et que j’étais invité à la maison ; « Maintenant les étrangers peuvent être reçus chez des Chinois, c’est l’ouverture ! »

Wuhan-Canton avec deux Cantonais et un accent à couper au couteau

Le train arrive à l’heure à Wuhan et j’ai le temps d’acheter mon billet pour Canton, seulement des billets couchettes molles, 1ère classe.
Je trouve ma cabine à 4 couchettes confortables. Deux hommes l’occupent.
Après les formules de politesse, ils me racontent leur vie, ils sont producteurs de fruit dans la campagne à 100 km de Canton. Celui au grand sourire, édenté, est le plus bavard. Mais ils ont un accent à couper au couteau et je me rappelle le dicton « Je ne crains ni le ciel, ni la terre mais je crains seulement un Cantonais qui parle mandarin, 天不怕地不怕只怕广东人说 普通话 ». Quand la contrôleuse de billet vient, j’ai l’impression de me reposer avec son accent très standard. Mais ils sont tellement sympas que je prends plaisir à discuter avec eux même si, au bout d’une heure, j’avais l’impression d’avoir laissé beaucoup d’énergie à me concentrer à comprendre cet accent terrifiant. C’est la première fois qu’ils discutent avec un étranger et ils sont avides d’en savoir un peu plus sur l’extérieur. Je ne sais plus combien de temps a duré le voyage ; 12- 15 heures probablement. Heureusement, on a dormi un peu. Avant l’aube, une musique nous réveille et on reprend la conversation.

Une carte, pas de cash


J’espère arriver le plus tôt possible à Hong Kong car la personne que je dois voir part de son bureau vers midi pour l’aéroport et avant je dois déposer mes affaires chez un ami français, prendre une douche et « me faire une beauté ». Je n’ai pas pu prendre assez de cash et le coût du billet en première classe à Wuhan ne m’a pas laissé beaucoup de yuans. Arrivant vers 6H30, je dois attendre l’ouverture de la banque de Chine pour retirer avec ma carte française, ce qui compromet mon rendez-vous. Je demande à mes nouveaux amis si il y a un distributeur de billets qui accepte une carte étrangère à la gare. Ils ne pensent pas et me demandent quel est mon problème. Je leur explique. Le grand fait un petit sourire, cherche dans sa poche son portefeuille, le tâte et sort des gros billets (500 HK$, je crois). Il me dit : « Je n’ai que 2000 HK$. Ca peut t’aider. Dans un premier temps, je refuse. Il insiste plusieurs fois avec l’habituel, « nous sommes des amis, 我们是朋友 », « tu me les rendras quand tu auras ton nouveau travail, je te donne mon adresse, mon numéro de compte ». Je réfléchis, ça va me faire gagner du temps et je pourrai lui rendre dans quelques jours. Du coup, je prends les billets, le remercie dix mille fois et on se sépare à l’arrivée.

Merci beaucoup

Les HK$ m’ont fait gagner beaucoup de temps, j’ai pu refaire mon visa, je n’ai pas eu le job, mais tout s’est bien passé par la suite.
Extraordinaire expérience pour moi, un inconnu me prête l’équivalent de plusieurs mois de salaires moyens chinois de l’époque pour me rendre service. Je m’étais dit, c’est complètement impossible en France.
Je ne sais pas si cette histoire m’a influencé, mais quand des Chinois me demandent des renseignements en France ou ailleurs, je fais le maximum et je garde une reconnaissance éternelle à ce Cantonais fort sympathique. »

Un témoignage vaut mieux qu’un longue théorie pour décrire quelques spécificités chinoises.

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25 mai 2020

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