Que retenir du discours du Premier ministre?

Les deux assemblées ont commencé le 21 mai. 
Le rapport de travail du gouvernement du Premier ministre, Li Keqiang, a lancé les opérations. Afin d’avoir un éclairage sur ce genre d’exercices, j’ai visionné ou lu plusieurs analyses.

Regards différents et complémentaires :

D’abord, les explications de deux économistes sur une des chaînes nationales, CCTV4. Évidemment, le ton n’était pas critique, on brossait dans le sens du poil. Cependant, il est important d’écouter ce son de cloche car les intervenants expliquent de l’intérieur les intentions et actions du gouvernement. Les médias taïwanais insistent sur le projet de loi annoncé pour Hong Kong, renfoncer les processus d’application au niveau de la protection de la sécurité nationale.  Les chroniqueurs invités sur la chaîne pensent que le concept lancé par Deng Xiaoping « Un pays, deux systèmes » voit sa fin pour laisser place à « Un pays, un système » . On pense que les départs de Hong Kong pour Taïwan vont s’accélérer ( article sur le sujet).

Six points à retenir

Le journaliste d’origine chinoise Wang Jian, installé depuis quelques années aux États-Unis, a un regard plus équilibré. Après une remarque amusée sur Xi Jinping, qui a applaudi le rapport de Li Keqiang, à l’inverse de l’an dernier, Wang relève les points importants :

1. Dans la lutte contre l’épidémie, la Chine a obtenu de grands résultats mais il faut continuer à rester vigilant.

2. Le ton principal est dans la formule « Le défi des risques 风险挑战 », qui appelle à ne pas baisser la garde en cette période compliquée.

3. Pour cette année exceptionnelle, la croissance n’aura pas d’objectifs. Pour Wang, les dirigeants locaux ont besoin de direction, ils ont des modèles et en fonction de leurs objectifs de croissances, ils savent quelles directives ils peuvent donner sur les montants des crédits à accorder et les investissements à mettre en œuvre ou attirer. Les économistes officiels relèvent que le Premier ministre a toutefois donné beaucoup de chiffres et de direction.

Premier ministre chinois


4. L’accent a été mis sur l’emploi, le bien-être et la société de « moyenne aisance, 小康 ».
On vise pour les villes cette année 9 millions de création d’emploi contre 13 millions l’an dernier et un chômage à 6%.
Le discours ne le dit pas, mais on comprend bien que l’économie n’est pas en forme. Rien de plus normal avec les secousses de la guerre commerciale l’an dernier et surtout un trimestre boxé par l’épidémie.

5. La dette va être portée à 3,6% du PIB. Elle va être augmenté de 1 000 milliards de yuans (160 milliards dollars) et dans le même temps 1000 milliards d’Emprunts d’Etats spéciaux lutte contre l’épidémie – 抗疫特别国债 – vont être créés, moins que prévu ; des analystes attendaient le double au moins. Apparemment, le souci est de contenir la croissance de la dette. Cette augmentation est destinée aux gouvernements locaux et surtout aux investissements dans les infrastructures et dans le  secteur sanitaire, ainsi que pour les dépenses dans la lutte contre l’épidémie sans oublier les besoins de maintenir un niveau de bien-être – les 6 stabilités et les 6 garanties. Les économistes pensent que les recette publiques vont baisser cette année de 8 à  9000 milliards de yuans. Par ailleurs, un plan d’investissement de 3 750 milliards est précisé.

6. Hong Kong : Wang Jian, ancien journaliste à Hong Kong, a la même opinion que ses confrères taïwanais. La réaction de la Chine pour contrer la contestation populaire sonne la fin de l’exception de Hong Kong. Les marchés boursiers ont fait écho hier à cette crainte avec une chute de 5,56% de l’indice Heng Seng et de 2,2% de la place financière de Shenzhen, de l’autre côté de la frontière. Pour Lui, le parti communiste chinois montre son ADN : combattre, 斗。Quand on regarde les 70 ans passés, les jours calmes sont minoritaires, la lutte et les combats sont omniprésents. La dernière lutte censée contre la corruption entamée avec l’arrivée de Xi Jiping a permis de mettre au pas tous ses ennemis, qui menaçaient son pouvoir. Avec Hong Kong, pas de répit.

Quelles que soient les opinions politiques des uns et des autres, il faut bien reconnaître, qu’après le gros retard à l’allumage jusqu’à mi-janvier, le gouvernement chinois a plutôt lutté avec efficacité contre l’épidémie et qu’il est bien armé pour mieux s’en sortir que les pays occidentaux. Les deux assemblées viennent de débuter, il est encore trop tôt pour tirer une conclusion. La seule vraie surprise concerne l’annonce sur Hong Kong. 
Comme le souligne le site du gouvernement, le discours de Li Keqiang a été interrompu trois fois par des applaudissements. Tout va bien alors !


Si ce sujet de la vie politique chinoise, les deux assemblées, vous intéresse, vous pouvez lire nos articles sur le sujet :

Point de vue de Taipei sur les deux assemblées

Quatre points à suivre à Pékin

La fête des amoureux, Taïwan et le gouvernement chinois

La fin de l’épidémie

23 mai 2020

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