Quelques caractéristiques chinoises !

Il est courant d’observer la Chine avec sa grille de lecture occidentale et de beaux modèles. L’exercice est plus confortable. Parfois, la simplicité fourvoie et on regarde passer le train sans monter à l’intérieur. Divers économistes tournent en rond dans le catastrophisme chinois depuis 30 ans sans l’atterrissage de catastrophe. Nous aurons l’élégance de ne pas citer ces ouvrages de censés spécialistes.
Nous devons garder à l’esprit les caractéristiques chinoises qui découlent de données très clair.

Les évidences
Les évidences doivent être rappelées car elles changent souvent la donne :
1. Le poids de la population ; elle se concentre sur l’Est de la Chine qui comprend 80% des 1,4 milliards d’habitants alors que deux provinces le plus à l’Ouest, le Tibet et le Xinjiang occupent 2,9 millions de km2 (30% du territoire chinois ou plus de 5 fois la superficie française) avec 25 millions de personnes. Le Shandong, par exemple, province trois à quatre fois plus petite que la France, sur la façade est au sud de Pékin, compte plus de 100 millions de personnes.
2. Le gouvernement sans véritable contre-pouvoir peut prendre rapidement des mesures énergiques et efficaces et orienter avec aisance l’économie. Je nous vous rappellerais pas les difficultés qu’un gouvernement occidental ( notamment la France)  a à faire adopter des réformes !

Mesures de restriction dès 2010, une caractéristique
Les secteurs de l’automobile et de l’immobilier qui reflètent souvent l’état de l’économie, sont de bons exemples pour notre propos. 
Alors qu’il était très simple d’acheter un appartement en Chine jusqu’à la fin de la première décennie du XXIè siècle – même pour les étrangers avec un simple passeport – des restrictions ont vu le jour pour les achats d’appartement pour freiner la spéculation et l’envolée des prix dès 2010.

L’explosion des prix dans l’immobilier
Prenons l’exemple de Pékin. Le prix du m2 a été multiplié en moyenne par 20 entre 2003 et 2020.  Aujourd’hui, il est d’environ 60 000 yuans, soit près de 8 000 euros. Une moyenne (comme souvent en Chine) n’est pas très pertinente. La superficie de la capitale est de 16 410 km2, 16 fois celle de Paris. Pour le centre de Pékin, le moyenne par m2   dépasse 100 000 yuans (13 000 euros) alors que les quartiers à la périphérie enregistrent des prix autour de 3 000 euros. De plus la superficie d’un logement n’est pas calculée de la même façon. Les parties communes sont inclues. Un appartement de 100 m2 en Chine pourra correspondre en France à 88 m2, voire beaucoup moins dans les grands ensembles. On peut descendre jusqu’à 72. On a donc le terme de taux « efficient d’habitation », 得房率. Ainsi, le mètre carré habitable est bien plus cher. Le patrimoine moyen d’un ménage à Pékin est de 8,97 millions de yuans ( soit près de 1,2 millions d’euros) et il est est constitué à 70% d’immobilier, voir ici.
La folle explosion des prix a vu des scènes assez hallucinantes, comme des centaines de personnes qui faisaient la queue la nuit – certains dormaient dans des tentes – pour être sûr de pouvoir acheter un appartement dans une résidence quand le bureau ouvrirait le premier jour au petit matin. Des portefeuilles plus fortunés pouvaient payer une personne pour faire la queue toute la nuit et obtenir un numéro pour des montants astronomiques plus de 25 000 euros. Oui, ça paraît incroyable. Je connais plus d’un homme d’affaires qui, au début des années 2000, a payé une telle somme et ils ne le regrettent pas.
Des groupes de spéculateurs, souvent de Wenzhou, 温州炒房团, venaient acheter quartier par quartier dans de nombreuses villes chinoises. 

La réaction et les mesures concrètes
Même si les municipalités engrangeaient une grosse partie de leurs revenus du secteur immobilier, le gouvernement a dû réagir, peu après le plan de relance dans la foulée de la crise des subprimes. L’ouverture large des vannes du crédit avait permis une nouvelle flambée des prix et dès le mois de mai 2010 il est sorti une loi sur la limitation des achats 限购, qui est encore appliquée dans de nombreuses villes avec quelques variantes locales.


Limitation des achats en Chine


Dans la capitale actuellement (à l’exception du district de Tongzhou), pour les Pékinois, les célibataires peuvent acheter un appartement, un couple deux. Pour les non-Pékinois, un appartement est permis mais il faut d’abord avoir cotisé 5 ans à la sécurité sociale de Pékin ou avoir réglé ses impôts durant 5 ans tout en ayant un permis de résidence. Les étrangers ont le même traitement, mais ce bien doit être résidentiel, il ne peut être loué – en théorie. Dans les faits, il existe des pratiques administratives contradictoires qui « autorisent » un étranger d’être propriétaire bailleur. 

Des restrictions efficaces ?
Il existe quelques petites techniques locales pour contourner les règlements même jusqu’à « officiellement » divorcer pour pouvoir acheter un appartement supplémentaire. Dans un pays, habitué à beaucoup de soubresauts dans l’histoire, la pierre reste la valeur la plus sûre, ce qui n’empêche pas de pratiquer sportivement la bourse. Ces mesures restrictives n’ont pas empêché les prix d’être multipliés par 2,5 entre 2011 et 2019. 
On peut donc imaginer la hausse des prix s’il n’y avait pas ces restrictions. D’ailleurs, à chaque rumeur de levée de restriction, les professionnels et les investisseurs sont dans les starting block pour profiter des nouvelles opportunités. 


Des leviers
Depuis 20 ans, on me demande constamment quand la bulle immobilière chinoise va éclater. Bien entendu, je connais tous les ratios qui montrent le fol écart entre les prix des logements et les revenus moyens, mais les spécificités chinoises m’interdisent de réfléchir en Français et de prédire tous les quatre matins l’explosion du marché. Il est trop important pour l’économie chinoise et le gouvernement réagirait vite s’il le fallait. Les autorités ont encore des leviers. Il suffirait d’alléger les restrictions pour que le marché retrouve de la rigueur sans oublier la baisse des taux d’emprunts, qui sont actuellement entre 4,1 et 5,6%.


Des restrictions sur l’automobile
Quant au secteur automobile, dès 2010, les autorités ont été obligées de prendre des mesures restrictives sur les achats dès 2010 également dans plusieurs villes chinoises pour ne pas aggraver la congestion de la circulation. La municipalité pékinoise a adopté un système d’attribution limitée de plaques d’immatriculation au tirage au sort. Shanghai a opté pour un système d’enchères. A la suite de l’épidémie, les journaux évoquaient des quotas de 100 000 plaques supplémentaires à Pékin pour l’année 2020 afin de stimuler le secteur. Le bureau du commerce de la ville a dû démentir la nouvelle causée par une « mauvaise » interprétation des débats. L’ouverture des vannes du crédit ont apparemment suffi à redonner des couleurs au marché automobile. Encore une fois, le gouvernement possède une arme supplémentaire pour aider le secteur automobile en cas de besoin : l’assouplissement des mesures de restriction.

J’ai pris deux exemples montrant qu’il faut absolument essayer de comprendre de l’intérieur la Chine avant d’avoir un avis, c’est le cas pour beaucoup d’autres secteurs et même pour l’ensemble de la compréhension de la Chine. Nous devons faire preuve de plus grande ouverture quand nous approchons des terres fort différentes. 

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