Pékin-Washington : Guerre et Paix

DANSE A LA MAISON BLANCHE
Les relations sino-américaines ont connu une semaine agitée. Dans un premier temps, le ton dur de l’administration américaine a dominé.  Face à sa défaillance dans la lutte contre le Covid 19, la tentation est grande de rejeter la responsabilité sur la Chine, de mettre le projecteur sur le manque de transparence du gouvernement chinois. Le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, évoquait des preuves significatives montrant que le virus provenait d’un laboratoire de Wuhan. D’un autre côté, les renseignements américains affirmaient n’avoir aucune preuve dans ce sens et l’épidémiologiste Anthony Faucy, conseiller de la Maison Blanche pensait que le virus est naturel.


LE RISQUE
Si la Maison Blanche s’aventure dans la voie de l’affrontements en demandant des compensations financières pour la diffusion de l’épidémie, elle doit peser les conséquences, elle pourrait perdre tous les avantages des accords commerciaux ; Pékin s’était engagé à augmenter de 200 milliards ses achats de produits américains sur 2020 et 2021. Une seconde phase de cet accord est prévue. Le gouvernement chinois en toute logique oublierait l’accord et les entreprises américaines en subiraient les conséquences.
En pleine difficulté économique avec un chômage qui explose, la perte des commandes chinoises serait une épine de plus dans le pied. Le spectre d’une défaite électorale en fin d’année se rapprocherait.

BUSINESS FIRST
Très vite, le pragmatisme américain apparemment a repris le dessus.  Des voix de Washington affirmaient que si les accords commerciaux étaient respectés, tout le monde pouvait être satisfait.  Le clan du « Business first » semblait l’emporter. Le 8 mai, Pékin annonçait que les deux parties, après un entretien téléphonique, se sont dites prêtes à renforcer leur coopération en matière macroéconomique et de santé publique et à tout faire pour créer une atmosphère favorable à la mise en œuvre de leur accord économique et commercial préliminaire, en vue de parvenir à des résultats positifs.

不见兔子,不撒鹰

TACTIQUE
L’attitude américaine semble a priori assez déconcertante. Mais : les deux parties ont intérêt à s’entendre et tous les éclats de voix ne doivent pas masquer la stratégie de chaque clan. Le journaliste économique Wang Jian, 王剑, décrit la tactique américaine des derniers jours en utilisant un proverbe chinois : « Tant qu’on n’a pas vu le lapin, on ne lâche pas le faucon, 不见兔子,不撒鹰 ». Tant que l’objectif n’est pas clair, aucune action concrète ne sera entreprise. En d’autres termes, l’administration américaine tâtonnait, cherchait des marques pour déterminer la meilleure direction à prendre. Le taux de chômage qui s’est envolé à 14,7% , a certainement aussi incité le président américain à revenir à des considérations plus concrètes et à se recentrer sur les accords commerciaux.

Cette semaine semble dessiner un tournant vers des cieux plus calmes. Mais nous ne sommes pas à l’abri de plus amples rebondissements…

12 mai 2020

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